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18 articles avec la minute philosophique

À l'école de l'Écoute

Publié le par Nathasha Pemba

Le commencement de bien vivre c'est de bien écouter, écrivait Plutarque. L'écoute fait partie des socles essentiels de la vie en communauté. Pourtant, il n'est pas facile de la réaliser, car elle est une qualité bien rare. En dehors de ceux et celles qui écoutent, dans le cadre d'une profession, peu de personnes écoutent de nos jours. Plutarque considère l'écoute comme la condition nécessaire de tout apprentissage; l'apprentissage de la vie reste en premier plan.

Quand on grandissait, les parents nous l'imposaient. Plusieurs subissaient. Mais après l'éclatement de ces gardes-fous familiaux qui ont libéré notre parole et parfois notre égoïsme, nous avons repris le pouvoir de parler sans écouter. d'imposer sans solliciter. On ne s'étonnerait donc pas aujourd'hui que plusieurs initiatives sur le dialogue n'aboutissent pas. Soit on subit, soit on parle trop. Bref on écoute rarement parce qu'écouter implique toujours une réciprocité.

Lorsque l'on prend le temps de s'écouter et non simplement de s'entendre ou de s'entendre dire, la compréhension est au rendez-vous. Or, Dieu seul sait combien nous nous comportons souvent en Incompris. À tort ou à raison, je ne saurais le dire, mais l'incompréhension est une vraie gangrène qui tue progressivement la relation. Écouter nous permet de transcender le préjugé et de devenir tolérant en dehors de toute forme de relativisme moral.

Dans un univers où l'on ne s'écoute pas, la solitude n'est jamais loin. Le conflit semble permanent. Esclave des préjugés ou des qu'en dira-t-on, on ferme la porte de la réussite et même quelques fois la possibilité de rêver à ceux et celles qui ont bien envie qu'on les écoute et qu'on leur donne notre avis. 

"J’ai beaucoup appris en écoutant attentivement. La plupart des gens ne sont jamais à l’écoute."

(Hemingway)

Écouter ok, mais comment écouter ?

J'aime beaucoup cette prière de Patrice de La Tour du Pin

"En toute vie le silence dit Dieu. Tout ce qui est tressaille d'être avec Lui. Soyez la voix du silence en travail, couvez la vie, c'est elle qui loue Dieu. Pas un seul mot, et pourtant c'est son Nom que tout secrète et presse de chanter; n'avez-vous pas un monde immense en vous ? Soyez son cri et vous aurez tout dit. Il suffit d'être, et vous entendrez rendre la grâce d'être et de bénir; vous serez pris dans l'hymne de l'univers, vous avez tout en vous pour adorer car vous avez l'hiver et le printemps, vous êtes l'arbre en sommeil et en fleurs; jouez pour Dieu des branches et du vent, jouez pour Dieu des racines cachées. Arbres humains, jouez de vos oiseaux, jouez pour Lui des étoiles du ciel qui sans parole expriment la clarté: jouez aussi des anges qui voient Dieu. Amen".

La question que l'on a envie de se poser: Comment le silence peut-il être au fondement de l'Écoute?

C'est simple. Celui qui écoute doit être capable de se taire, de faire silence en lui, de prendre du temps pour que l'Autre en face de lui puisse s'exprimer en toute liberté. Quand on prend le temps d'écouter l'Autre activement sans l'interrompre, on est un héros du vivre ensemble. Écouter implique de ce fait l'oubli de soi, pour quelques instants. Écouter, ce n'est donc pas ici pomper des conseils à Autrui ou encore lui remonter le moral. Non, Écouter ici c'est écouter pour que l'Autre puisse exister. Écouter pourrait donc s'apparenter ici à de la Maïeutique socratique, car il est question, en écoutant l'Autre, de l'aider à trouver en lui-même (à accoucher) des pistes de solutions pour sortir de ce qu'il croit être sa misère.

"Celui qui sait écouter deviendra celui qu'on écoute."

(De Vizir Ptahhotep) 

Il y a plus de 20 ans, j'ai fait ma promesse dans le Mouvement "Bilengé ya Mwinda" (Jeunes de La Lumière), ma parole d'engagement était "Seigneur, aide-moi à être  une lumière pour les Autres, Une présence pour leur donner un espace d'expression". Je n'avais pas 18 ans. Plus j'y pense, plus je me rends compte que cela n'a jamais été facile. La route a toujours été jalonnée d'épines, parce que la volonté c'est toujours de vouloir être soi-même, briller soi-même. Ce n'est jamais une marche, encore moins un acquis. Chaque jour il faut se reconquérir et marcher, parce que la vie implique toujours l'Autre. C'est dans ce mouvement que j'ai appris le sens de l'écoute, lors des partages. Il fallait écouter les autres, être juste là sans les juger.

Écouter ce n'est pas une chose facile. On s'efface pour laisser à l'Autre le terrain dans le but de coexister à ses côtés. Il peut aussi arriver que l'on accepte de prendre sur soi, momentanément, sur soi tout ce que l'Autre est capable de dire car, à ce moment-là, ce n'est pas de notre rejet ou de nos suggestions dont il a besoin. Il a juste besoin qu'on soit là.

Écouter, c'est participer à la libération de l'expression de l'autre.

Quand on ne peut pas écouter l'Autre, cela signifie qu'on est incapable de s'écouter soi-même. On est, de ce fait, une personne désintégrée qui court les rues pour prodiguer des conseils alors qu'elle est incapable de s'écouter. C'est pourquoi une écoute active est nécessaire pour nous aider à aller à la rencontre de la vie dans ses diverses manifestations.

S'écouter, c'est donner de l'importance aux mots, donner à l'autre la possibilité de s'exprimer librement. Ne jamais couper la parole quand l'Autre parle. Ne jamais lui poser des questions quand il parle. En somme, tout le monde parle, peu écoutent. En cela, écouter est un art car elle nous engage.

 

Nathasha Pemba

 

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Les bienfaits du rire: Je ris donc je suis

Publié le par Nathasha Pemba

Kathy que ses amis qualifient de bonne rieuse, et qui ne rit ou ne sourit pas moins de trente fois par jour, répète sans cesse que grâce aux vertus du rire, elle se sent toujours prête à affronter toutes les situations, même celles liées à son état de santé et à son bien-être social : « Ce n’est pas une banalité. Je ne banalise rien, mais je ne veux pas non plus aggraver. Rire et sourire me font un bien fou. Le rire est gratuit. Je ne manque jamais une occasion de rire, parce que je sais que cela peut me faire du bien à moi et à mon entourage. Ma devise personnelle est : « Rire est bon pour le moral », souligne-t-elle.

Dans un monde qui roule à mille à l’heure et où les gens ne cessent de courir, le stress est devenue la pierre de touche de l’existence humaine. Métro-boulot-stress. On manque le temps du plaisir et le rire a perdu sa place, à force de croire que celui qui rit ne peut être pris au sérieux. Rire est devenu un luxe, parce que beaucoup de nos contemporains pensent que rire est une perte de temps. Pourtant on ne peut pas faire abstraction du rire, tant qu’on vit. Rire est dans l’être de l’homme.

Parmi les nouvelles tendances du siècle, il y a les stress, la déprime et les conventions sociales (ne pas rire devant des hommes ou des inconnus). On vous dit simplement que dans certains milieux, il ne faut pas rire au risque d’être taxée de personne de mœurs douteuses. Résultat : des visages renfrognés et le stress chronique, même à table, dans le métro… ou en famille. On est toujours pressé.

Empêcher à l’être humain de rire ou de sourire, n’est ce pas lui ôter une partie importante de son être, de ce qui fait son humanité?

Toutefois, les spécialistes et les psychologues nous disent que dix minutes de rire par jour est un bon supplément pour la santé. Un bon facteur d’équilibre psychologique. Un peu comme le calcium, le magnésium ou la vitamine D.

Les vertus du rire

Les réseaux sociaux ont trouvé un moyen de traduire le rire, montrant par là, que même dans un monde virtuel, on a besoin de rire : Lol[1], mdr[2] pdr[3]. Certains vont même jusqu’à dire expdr[4] ou même rdr[5] etc…

Tout cela montre à quel point, partout où est l’homme le rire reste présent. On a besoin de le traduire le plus fortement possible, lorsqu’on ne peut l’observer de manière visible.

Bergson, un philosophe français des derniers siècles, a consacré une œuvre impressionnante sur la question du rire. Dans son livre intitulé Le rire,  Henri Bergson, considère le rire comme quelque chose d’essentiellement humain, car il est non seulement visible par le fait que l’on peut facilement dire d’une personne qu’elle est en train de rire, mais il est aussi cérébral, parce que lorsqu’on rit, c’est une dimension de notre cerveau qui est mis en exergue et qui travaille. Pour lui, le rire a aussi une fonction sociale:

Pour comprendre le rire, il nous faut le remettre dans son environnement naturel, qui est la société, et surtout, nous devons déterminer son utilité, qui est sociale. (…) Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Il doit avoir une signification sociale.

Comme on peut le constater, en plus de posséder des fonctions de médiateur social, le rire  permet aussi aux tensions physiques et mêmes psychologiques de s'évacuer. Dans certaines situations. Même dans les moments d’énervements, certaines personnes rient, quelques fois elles rient jusqu’à pleurer. Et bien au-delà de cette embrouille intérieure, le corps humain se détend de manière inéluctable, car son système nerveux central et les glandes endocrines produisent des substances (endorphines, hormones du plaisir, de la morphine naturelle) qui ont une vocation réparatrice. D’ailleurs, dans certains pays, par exemple, de plus en plus, il y a des clubs de rire, et même des clowns et des humoristes qui sont engagés dans les centres hospitaliers et les cliniques médicales, pour détendre les malades et ce, notamment les enfants.

Une étude a montré qu’en plus de dérider, le rire est un véritable contrepoison au mal-être. Il chasse les angoisses existentielles qui habitent sans cesse l’être humain et secrète la joie de vivre et le bonheur de vivre avec les autres, car un rire ouvre toujours à la rencontre de l’autre, surtout lorsqu’il se laisse communiquer.

Selon les scientifiques, le rire met en jeu une douzaine de muscles du visage : ceux des paupières, des lèvres, des pommettes (dont les fameux petit et grand zygomatiques), du cou....

La plupart des médecins sont unanimes à dire que le rire fait du bien à l’être à part entière. Il agit sur le système cardio-vasculaire, la digestion, la douleur, la respiration, le système neuro-hormonal, le système immunitaire, le sommeil, l’humeur, l’émotionnel, la confiance en soi, l’estime de soi, l’énergie, la mémoire, l’intellect, la communication avec soi et autrui, le système musculaire,

L’impact du rire sur la santé : une prescription nécessaire.

Dans quel cas utiliser ce médicament ?

Ce médicament est un produit sans molécule chimique qui agit pour le bien-être de l’être entier de la personne, âme et corps. Il lutte contre la douleur interne et externe et le stress. Ses propriétés correctrices peuvent se manifester à forte dose. Peut être prescrite chez l’adulte et chez l’enfant, à partir de la naissance jusqu’à la mort.

Il est utilisé dans les cas suivants :

  • Le traitement de la douleur : bon antalgique contre la  douleur intérieure : le rire distrait et baisse le niveau des tensions au niveau des muscles.
  • Le traitement du stress : source de bien-être, le rire détend et permet l’amitié entre les personnes.
  • Le traitement de la colère : dès qu’on commence à rire, c’est déjà le signe que la colère s’en va.
  • Le traitement de la digestion : le rire aide à guérir la constipation. Quand on rit, on fait des exercices abdominaux. Ce qui aide au bon transit intestinal.
  • Le traitement des incommodités fonctionnelles : l’excès de cholestérol, l’hypertension artérielle, l’asthme, les infections pulmonaires.
  • Le traitement de l’insomnie : en supprimant les tensions, le rire nous détend et permet de s’endormir plus facilement. Un bon remède contre l’insomnie !
  • Le traitement de la mauvaise humeur : Le rire influence l’humeur, nous rendant joyeux et énergiques. Le rire a des conséquences positives sur le psychisme humain.

 

Mode d’emploi et posologie

  • Le matin : deux minutes.
  • L’après midi : quatre minutes.
  • Au coucher : cinq minutes minutes ou plus.

Conseils :

  • Bon pour l’estime de soi
  • Augmente la qualité des relations
  • Bonne intégration en société, génératrice de liens, une vision moins étriquée de la société dans sa dimension diverse.
  • Le rire permet de vivre plus vieux. Le rire limite donc l'usure de l'organisme.
  • Le rire fait maigrir le rire permet de stimuler 400 muscles du corps humain. Une personne qui rit activement pendant une heure brûlerait 500 calories. (L’homme et le rire)

Nathasha PEMBA

 

Sources bibliographiques :

L’homme et le rire : http://tperire.e-monsite.com/pages/iii-les-effets-du-rire.html

Henri Bergson, Le rire : essai sur la signification du comique, Paris, PUF (14e édition), 2012.

Norman Cousins, La volonté de guérir, Paris, Éd. Seuil, 1980.

Sébastien Bohler et de Véronique Durruty,  La chimie de nos émotions,  Paris, Éd. Aubanel, 2007.

Madan Kataria,  Rire sans Raison, Paris, le Club du rire,

 

 

 

 

[1] Laughing out loud : je rigole très fort.

[2] Mort de rire

[3] Pouffer de rire

[4] Extrêmement pouffer de rire

[5] Ressusciter de rire.

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La minute philosophique: l'idée de réciprocité

Publié le par Nathasha Pemba

Dans l'idée de réciprocité, il n'y a ni grands ni petits, ni dominateurs ni dominés. On vit une relation humaine équilibrée où l'autre a sa place et où j'ai aussi ma place. Dans beaucoup de relations, quelques fois l'un des amis ou encore l'époux ou l'épouse crée un univers de soumission ou de domination qui n'a pas de sens. C'est pourquoi, dans chaque relation humaine, il faut toujours savoir distinguer la soumission du respect. Un ami qui tyrannise son semblable ne le considère pas comme un égal.

Il en est de même d'un frère envers son jeune frère ou un oncle envers son neveu ou sa nièce.

Le oui de l'amitié ou du mariage, par exemple, implique nécessairement la réciprocité. On est dans et avec l'autre. De ce fait, on n'est pas au service de l'autre. La relation humaine est par essence libre. Lorsqu'il est est question des relations, mon regard se tourne toujours vers Bachelard qui, commentant "Je et tu" de Buber a écrit: "Au commencement est la relation". Voici une vérité incontestable et évidente qui déboussole toute tendance égocentrique.

De nos jours, il y a encore certaines personnes qui pensent que certains attributs leur donnent le pouvoir sur autrui. Il y a la jalousie, la rivalité, le désir de dominer, le mépris. Il y a ce désir en nous de nous prendre pour le centre du monde. Croyant être libres, nous sacrifions sur l'autel de notre suffisance à la fois notre liberté et notre sens humain. La grandeur n'a de sens qu'en fonction de la petitesse. C'est l'humilité qui donne du sens à la grandeur. Être humain est un privilège... Il ne faut jamais l'oublier.

Voilà ce qu'écrit encore Bachelard: "La réciprocité n'apparaît vraiment que sur l'axe ou oscille, où vibre, le je-tu...L'être rencontré se soucie de moi comme je me soucie de lui; il espère en moi comme j'espère en lui. Je le crée en tant que personne dans le temps même où il me crée en tant que personne... Il faut dire "tu" pour dire nous... Oeil pour oeil, souffle pour souffle, âme pour âme. Je te vois et je comprends, donc nous sommes des âmes...Le "Je" n'arrive pas à Dieu en évitant le "tu"...Le je est responsable du tu et le tu est responsable du je (Préface de Gaston Bachelard)

 

Nathasha Pemba

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Être une lumière pour les autres et ne pas briller tout seul

Publié le par Nathasha Pemba

Certains philosophes disent que la tendance de l'homme moderne, c'est le repli sur soi... Cette espèce d'individualisme qui nous enferme et nous conduit à oublier l'existence des autres. Alors comment comprendre, dans ce contexte, la phrase :"Être une lumière pour les autres?"

Dans une société où le modèle demeure important, l'humain que  chacun de nous représente est appelé à "briller pour les autres" afin que les autres puissent trouver en lui une occasion d'avancer. Cela devient en quelque sorte une mission à accomplir dans ce monde. Être lumière signifie aussi, éclairer les autres et les aider à mettre en avant leur lumière, les aider à prendre conscience qu'ils ont eux aussi reçu une lumière.

La tâche d'éclaireur n'est pas facile, mais elle est exaltante, parce qu'il y a comme un va et vient permanent qui existe entre nous et notre âme. En effet, lorsque nous sommes conscients de notre capacité à éclairer, nous nous éclairons au même moment, car il peut arriver que les ombres de cette société nous fassent oublier ce que nous sommes.

"Être une lumière pour les autres", nécessite en amont beaucoup de patience, de volonté, d'humilité et de courage, car l'autre vers qui nous allons peut nous rejeter. Il nous faut donc assez de patience et d'humilité pour se rendre compte que chaque réalité a besoin de temps pour être.

 

Et si on devenait des lumières les uns pour les autres?

 

Nathasha

 

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Hier j'ai eu une petite pensée pour le modèle d'intégration français. Je

Publié le par Nathasha Pemba

Hier j'ai eu une petite pensée pour le modèle d'intégration français. Je suis devenue accro à deux boulangeries québécoises. Pour deux choses: ils font du bon pain et de bons croissants. Seulement, je me suis rendue compte que depuis que j'y vais, je n'ai jamais rencontré de Noirs. Je me suis dit que, probablement un Noir se posait la même question que moi s'il venait aux heures où je n'étais pas là. Et puis, ce n'est pas tous les jours que j'y vais. Hier, j'y ai fait un tour. Je n'avais pas prévu de lunch pour midi, il m'en fallait un. Je me suis rendue compte que presque tout le personnel me souriait. L'habitude certainement. Et la vendeuse. Lorsque j'ai fait ma commande, elle s'est rendue compte que je m'étais trompée. Elle m'a rappelé ce que j'ai pris la dernière fois. J'ai souri.

Et puis je lui ai demandé:

-De quel coin de France venez-vous?

-Je suis Alsacienne?

Je pensais que vous étiez de Limoges.

-Non.

Elle a souri. Le premier jour, j'avais su, par son accent, qu'elle était Française. Je suis allée m'asseoir sur une immense table vide. Je me suis assise au bout pour voir les gens rentrer. Et je voyais tout le monde. Chacun concentré sur son menu, ses amis, un journal… Bref. Pas de regard soupçonneux. Rien. L'ambiance était belle quoi. Mais la fréquentation d'une certaine catégorie de personnes dans ce genre de lieu m'a fait penser que le modèle du multiculturalisme pouvait aussi générer le communautarisme. Bref, on se tolère, on est côte à côte, mais toujours étranger. Les Jaunes vont chez les Jaunes, les Bleus chez les Bleus, les Noirs chez les Noirs et les Blancs chez les Blancs. Puis j'ai pensé que le modèle d'intégration français n'était pas si mal que ça finalement… Peut-être qu'il faut davantage l'expliquer en la séparant de l'idée d'assimilation… Le modèle est malade ou en crise. Doit-on pour autant l'abandonner ? Si on abandonnait tous nos malades, que deviendrait le monde. Intégration et acceptation des différences sont-elles vraiment incompatibles ?

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Je m'aime moi non plus: question d'estime de soi

Publié le par Nathasha Pemba

Avant on disait si facilement « je t’aime »…Et puis l’expression a été galvaudée et réduite à une réalité purement charnelle. Elle a connu une éclipse. Même lorsque l’on veut traduire un sentiment fort qui n’est pas que de l’amour charnel, on dit si facilement, désormais, « je t’aime bien ». Si cela semble rassurer, cela peut aussi se révéler être une sorte de fuite de responsabilité sentimentale.

Le monde actuel a peur de l’amour ou du moins c’est l’impression qu’il donne. Avec l’arrivée des Réseaux sociaux, les choses n’ont pas beaucoup changé, car l’amour est devenu quasi-hypocrite, quasi-mensonger. Quelques émoticônes en forme de cœur, victimes d’un clic rapide, représentent tant de choses. S’ils désignent des cœurs pour celui qui les reçoit, personne ne sait ce qu’ils signifient pour celui qui les envoie.

J’aime ton post ? Je t’aime ? Prends ce cœur et laisse-moi tranquille…Bref c’est un cœur rose signe de l’amour. Mais est-ce vraiment de l’amour ? Quel impact pour l’estime de soi ?

Et Moi dans tout cela ?

J’essaie de me consoler de ce cœur. Je me dis que l’autre m’aime et c’est le plus important. Mais souvent dans cette précipitation de la quête de l’amour de l’autre, j’en oublie de m’aimer. Est-ce compréhensible de savoir que je cherche à m’aimer ? Pourquoi dois-je m’aimer, moi qui suis humaniste et qui accorde toujours de l’importance à l’autre ?

En tant qu’individu j’ai besoin de me valoriser et surtout d’être moi. Je n’ai pas besoin d’incarner un autre type de personne et je ne veux pas être noyée par les autres.

Être moi c’est me valoriser. Mais je ne peux être moi que si à la base j’en suis conscient ou consciente, si à la base j’ai de la bonne humeur. Bref si je suis bien dans ma peau et dans ma qualité d’être. Comme dans toute chose, même dans mon estime de moi, il faut au fondement une attitude positive, car c’est elle qui me conduit à me sentir bien dans ma peau et à m’estimer à ma juste valeur. Ce n’est pas de l’orgueil. Cela est juste important si je veux estimer les autres. Tant que je ne serai pas conscient ou consciente de ce que je suis, je ne saurai jamais reconnaître les autres à leur juste valeur. Une bonne estime de soi génère de la responsabilité et conduit à s’engager.

Quand on apprend à s’estimer, on a le courage de s’auto évaluer et de poser une échelle de valeurs pour voir ce qu’il y a à prendre et à laisser. Ce qui ne va pas. Ce que nous ne sommes pas. Au niveau émotionnel, une personne qui s’estime a sa juste valeur reste très fiable et stable. Ce qui est tout à fait le contraire d’une personne qui manque d’estime d’elle-même. Elle est instable. Elle a peur de s’engager et personne ne lui fait confiance, parce qu’elle même manque de confiance en elle. Elle n’est sûre de rien.

Sarah a 18 ans. Elle a un problème manifeste avec son physique. Elle a un problème d’acceptation de soi. Elle cherche toujours de la reconnaissance dans les yeux des autres. Elle est devenue esclave du jugement des autres. Elle a changé de look parce qu’elle veut faire plaisir à ses amies. Du coup elle s’aliène et ne s’apprécie guère que dans les yeux des autres.

"Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même", a dit Sartre.

En quoi autrui est-il important dans mon estime de moi ?

Dans le monde de la vie, la présence de l’autre est importante et souvent son regard peut conduire à augmenter notre estime de nous-mêmes. Cette dimension relationnelle compte beaucoup pour faire grandir l’estime de soi.

Il y a un toutefois…

Oui…souvent ce besoin du regard des autres peut envahir et finir par nous aliéner. Surtout lorsqu’il s’agit d’un groupe. Facilement, on peut être pris par le poids et conduit à ne nous valoriser qu’à l’intérieur d’un groupe. Il y a aussi le regard souvent négatif que le groupe peut poser sur nous qui conduit finalement à nous mésestimer.

Dans son roman « Ces mains sont faites pour aimer », Pascale Wilhelmy, écrivaine québécoise, parle de l’enfance de Julia, le personnage principal de son roman. De Julie qui rêvait d’être blonde alors qu’elle avait des cheveux noirs : « À cinq ans, je l’avais espéré plus que tout. C’était à l’approche de Noel. Je faisais mes premières armes dans un monde inconnu : la maternelle. Il y avait trois mois déjà que j’y étais. Nous devions présenter une petite pièce de théâtre, inspirée de la nativité. Il y aurait Jésus, Joseph et Marie, le Rois mages et les bergers. Des anges aussi. Lorsqu’était venu le temps de choisir la douce Marie, l’institutrice avait demandé qui souhaitait l’incarner. Pour la première fois depuis mon arrivée en classe, j’avais osée lever la main. J’écrasais ma timidité démesurée. Elle m’avait à peine regardée. Elle n’en avait que pour trois petites blondes aux cheveux bouclés, à la peau blanche. Elles allaient se disputer le grand rôle. J’étais écartée. Pas même finaliste. Quelques jours, j’avais fini honteuse, avec toute la tristesse que peut porter secrètement une fillette, à quatre pattes. Devant les élèves des autres classes, devant les parents. On m’avait confié le rôle qui me revenait. Celui de l’âne. On m’avait épargné le bœuf. J’ai porté les séquelles de cette première apparition publique pendant les années. Je refusais tous les rôles. Même ceux de figurante, qu’on me proposait charitablement. Le temps n’a rien adouci. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à pardonner à ce professeur… » p13-14

Comme on vient de le constater à travers cet exemple de Julia, l’estime de soi se génère dès l’enfance. Quand un enfant est souvent mis à l’écart et diminué, il aura de sérieux problème en grandissant. On notera aussi que l’estime de soi n’est pas statique. Elle peut évoluer, changer, diminuer selon les situations et les contextes. Disons qu’au lieu de passer notre temps à nous sous-estimer, nous devons entrer dans la danse. Oser essayer, même si nous ne sommes pas si sûr de réussir dans la perfection, mais faire. S’engager. Donc aimer. Oser dire « je t’aime ».

Quelques trucs pour une meilleure estime de soi… Simplement.

-Ne jamais se sous-estimer

-Se féliciter d’avoir fait quelque chose de bien

-S’encourager pour mieux faire…dans la vie les erreurs sont permises

-Intérioriser le connais-toi toi même avant de s’engager dans une action ou dans une relation

-Éviter d’entrer dans l’esprit de la « fausse modestie »…quand on te félicite, sois heureuse et fière de toi.

-Comme l’écrit Hervé Gournelle, « Ne laisse jamais personne te dire ce dont tu es capable. C'est à toi de choisir et de vivre ta vie ».

Nathasha Pemba

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Amitié et Vérité

Publié le par Nathasha Pemba

"Platon m’est cher, mais la vérité me l’est encore davantage" écrit Aristote dans "Ethique à Nicomaque" et " Politique". Être ami de…est une bonne chose, mais être ami de la vérité l'est encore davantage. Ce qui s'oppose radicalement à "Magister dixit" ou "Amicus meus dixit" (le maître a dit ou mon ami m'a dit).

Est-ce que parce que le maître a dit que même s'il faut mentir je dois mentir ? Est-ce parce que c'est mon ami qui a dit que je dois violer les droits humains et tuer, je dois l'exécuter ? Discernement oblige. Sans devenir le radical ennemi du maître ou de l'ami l'on doit pouvoir faire appel à son bon sens. Ainsi sans contredire Platon son maître et son ami, Aristote qui fut son élève disait-il "j'aime Platon, mais j'aime encore plus la Vérité".

Quelques siècles plus tard, le Cardinal Malula écrira "Je préfère être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité". La suite sur sa vie en témoigne. En choisissant la Vérité, il a subi le martyr comme à la croix. Il est mort en exil pour avoir refusé de trahir la Vérité et se mettre au service d'un maître de ce monde.

Dans un monde qui tend de plus en plus en plus à se collectiviser, choisir la Vérité peut paraître aberrant ou faire de nous un traître, un démissionnaire, un méchant. Bref un individualiste sans coeur. C'est normal tout ça! Ça semble humain! Mais avoir le privilège de choisir la Vérité c'est accepter d'être en paix avec soi-même, parce qu'être en paix avec soi-même est le tremplin nécessaire pour être en paix avec les autres. C'est un combat difficile mais Hugo ne disait-il pas que "ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent ?". La lutte n'est pas que physique. Il ne faut jamais l'oublier. Tous les jours l'humain lutte avec les idées, les siens, les ennemis et les amis. C'est la lutte.

En somme dire qu'on aime la Vérité plus qu'un ami ou un maître devrait réjouir notre ami ou notre maître parce qu'il gardera au moins la certitude d'avoir en face de lui un Ami et un disciple plein de bon sens, car par exemple dans le cas de Platon, il enseigne lui-même à préférer la Vérité à quelque sentiment: "un homme ne mérite pas qu'on fasse cas de lui plus que de la Vérité" (République, Livre X).

Il n'y a pas d'amitié sans conséquences.

Nathasha Pemba

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1- L'amour est-il la clé? Une relecture de quelques textes de Frédéric François.

Publié le par Pénélope M.

Aujourd'hui je ne parle pas d'un livre…mais d'un texte de Frédéric François.

J'écoute beaucoup ce que chante Frédéric François. Depuis plus de vingt ans, je ne me lasse pas de l'écouter…Et s'il y a une constante chez lui, c'est cette force que l'on retrouve dans les mots qui émergent de son coeur. Frédéric François ne chante pas exclusivement l'amour charnel. Et c'est ce qui est particulier chez lui. Pour lui l'amour est un grand sentiment, le plus grand, le plus fort…L'amour traverse la nature de l'homme et fait se tenir le monde entier. Quand je l'écoute par exemple chanter "Et si l'amour était la clé", je m'incline devant son génie et je considère que ce texte est l'un des plus beau, des plus vrais de sa carrière.

Quelques fois le temps passe, on rencontre des nouvelles personnes, on garde de bons souvenirs,…on est parfois déçu…on déçoit aussi les autres, mais il y a toujours comme cette lueur qui reste…celle qui ne part pas. Celle qui, finalement, fait que si une autre personne arrive, on ose faire confiance parce qu'on ressent quelque chose et parce qu'on pense que quelque chose est toujours possible, parce qu'en fait, l'amour est tout…parce qu'on ne peut pas vivre sans amour.

"Tendre la main, Ça ne veut pas dire mendier,

Pour ceux qui n'ont rien, Ça signifie fraternité Au cours d'une vie, La chance peut passer à côté Chacun a besoin de chacun, Dans ce monde déboussolé"

Après ce premier couplet, il s'interroge:

"Et si l'amour était la clé Du futur de l'humanité Du bonheur tant recherché (…) Le message qu'il nous a laissé Le chemin à retrouver Pour que le monde puisse exister?" Frédéric François rejoint, comme beaucoup d'auteurs, la vérité de la loi divine: celle de l'amour. Il va au-delà de l'idée restreinte que les gens se font de l'amour aujourd'hui. Pour lui, bien au-delà du charnel ou de l'attirance corporelle, l'amour a une grande mission: changer le visage de la terre. Mais aimer ne se limite pas aux mots. Aimer est tout un engagement qui implique une attitude. En un mot pour Frédéric François, l'amour ne juge pas, l'amour va toujours vers l'autre. L'amour est un chemin de dignité...

Écoutons-le: "Prendre le temps Les écouter sans juger Pour les oubliés C'est retrouver la diginité Lorsque tout bascule Vers qui ou vers quoi se tourner Personne n'a le temps pour personne Dans ce monde désemparé"

En définitive, Frédéric François nous invite à comprendre que l'amour est la Clé de l'existence. Peut-être que si on s'aimait un peu plus le monde n'irait pas si mal?

N.P

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Le mensonge en vue du bien est-il tolérable ? Comment interpréter les mensonges commis par des figures bibliques?

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

La recrudescence du mensonge interpelle plus d’une personne dans la société actuelle. Qu’il s’agisse du philosophe, du politicien, du sociologue, du théologien ou de l’éthicien, la question mensonge donne matière à réfléchir. En effet personne n’aime découvrir qu’on lui ment ou qu’on lui a menti, même dans la meilleure intention. Pourtant de nos jours, le mensonge, contraire de la vérité, est celui qui se rapproche davantage d’elle. On pourrait même dire que la vérité et le mensonge sont proches. Ce qui est réel dans la mesure où il n’y a pas de vérité sans mensonge et vice versa. Il est d’autant plus difficile pour un être humain d’être pris en flagrant délit de mensonge que de parler d’une conversation quotidienne dépourvue de mensonge. Quelques figures bibliques nous montrent que le mensonge peut avoir plusieurs sens.

Toutefois, retrouver un mensonge dans les écrits bibliques étonne plus d’une personne car, il est impensable de considérer que la bible véhicule des mensonges, d’autant plus qu’elle est supposée transmettre un message de vérité. De ce point de vue, comment dans le cadre de certains exemples bibliques, interpréter le mensonge commis par des figures bibliques ? Est-ce mentir que de s’abstenir de faire une déclaration embarrassante qui risque de coûter la vie à un être humain ? Le mensonge de certaines figures de la Bible est-il légitime ? Autant de questions universellement controversées auxquelles nous tenterons d’apporter une réponse. De prime abord nous définirons le mensonge selon la méthode de Thomas d’Aquin, c’est-à-dire par son contraire qui est la vérité. Après avoir exposé dans la deuxième partie quelques exemples bibliques, nous montrerons dans la troisième partie l’enjeu moral de ces figures de mensonge dans la Bible, pour montrer qu’au-delà de son caractère faux, le mensonge, dans certaines situations, peut être considéré comme un moindre mal.

I-Nature du mensonge

On définit souvent le mensonge comme un fait contraire à la vérité, c’est pourquoi, nous inspirant de la méthode thomasienne, nous définirons le mensonge en partant de son contraire qui est la vérité. Qu’est ce que donc la vérité ? Du latin Veritas, la vérité est la qualité de ce qui est vrai. C’est la conformité de l’idée avec son objet, c’est-à-dire, est vrai ce qui est conforme au réel. Thomas d’Aquin définit la vérité comme adéquation de l’intellect avec le réel : « veritas est adaequatio intellectus et rei ». C’est ainsi que dans l’article sur la vérité, il distingue trois sortes de vérité[1]. Premièrement il parle de la vérité logique, deuxièmement il parle de la vérité théologale, et puis de la vérité morale qui est le point focal de ce sujet. Car c’est la vérité au plan moral qui s’oppose au mensonge; vérité au sens d’une vertu morale, non pas comme adéquation de l’intellect à la réalité. Vérité ici reprend le sens de véridique dans le sens aristotélicien. Chez Thomas d’Aquin, il n’est possible de comprendre le mensonge que sur fond de vérité. La vérité ayant ainsi été défini, qu’est-ce que donc le mensonge ?

Il est plus facile d’entendre les gens dire : « c’est un mensonge » ou encore « espèce de menteur » que de leur entendre définir le mensonge. Cependant s’il est toujours entendu comme ce qu’il ya de plus négatif dans le rapport avec les êtres humains, il doit bien avoir une définition. Le mensonge est considéré comme l’énoncé délibéré d’un fait contraire à la justice vérité ou encore la dissimulation de la vérité. Toutefois certains auteurs le définissent comme une forme de manipulation qui vise à croire et à faire à l’autre ce qu’il n’aurait pas cru ou fait s’il avait su la vérité. En général le mensonge s’oppose à la véracité, à la sincérité ou à la franchise.

C’est dans les œuvres de Platon que nous retrouvons quelques textes sur le mensonge notamment dans les dialogues de Socrate avec les sophistes. Il en ressort donc que le mensonge qui est la capacité de dire faux, suppose une connaissance du vrai, car dire le faux et connaître le faux n’est pas symétrique. Celui qui ignore que ce qu’il dit est faux ne ment pas, puisque le mensonge est intentionnel. L’homme qui dit le faux ne se trompe pas par hasard. Il dit le faux parce qu’il a l’intention de tromper. Il est à noter aussi que le mensonge, en un sens, est lié au langage, parce que le nom imite la chose qu’il désigne. Connaître le nom c’est connaître la chose, car le nom est signe d’une réalité.

Aristote est celui qui fait un dépassement de cette conception du mensonge. Dans L’éthique à Nicomaque, il définit le véridique et ses opposés. Ainsi c’est au plan du vice et de la vertu que le stagirite pose le problème du mensonge. Celui qui ment est un homme qui entretient le vice, voilà pourquoi pour Aristote, l’homme vertueux c’est celui qui se garde à la fois de l’excès et du défaut quand ses passions le sollicitent.

La tradition chrétienne quant à elle, considère le mensonge comme un mal en soi, comme un péché. Le mensonge est intentionnel, parce que celui ment sait qu’il trompe, mais il ment parce que son intention a un objectif précis. Ainsi les causes du mensonge sont multiples.

Saint Thomas d’Aquin considère le mensonge comme un manque de vérité. D’abord il situe ce manque au niveau de la parole à travers la relation entre le signifiant et le signifié. Selon lui, le mensonge exprime une réalité en s’appuyant sur les signes ; d’où le rapprochement entre les hommes et les animaux en matière d’acte intentionnel. Il stipule que le mensonge étant de l’ordre de la raison, l’animal ne peut ni mentir, ni dire la vérité. Saint Thomas d’Aquin explique que pour parler de mensonge, trois conditions doivent être réunies : « fausseté de ce qui est dit, volonté d’exprimer cette fausseté, intention de tromper [2]»et il> ajoute que de ces conditions découlent un résultat triple aussi : « fausseté matérielle, puisqu’on dit quelque chose de faux ; fausseté formelle puisqu’on veut le dire ; fausseté efficiente, puisqu’on a l’intention de le faire croire », mais ajoute l’Aquinate, « c’est la fausseté formelle qui constitue la raison de mensonge, à savoir la volonté d’exprimer ce qui est faux. C’est pourquoi on appelle « mensonge » (mendacium) ce que l’on dit "contre sa pensée" (contra mentem) [3]». A traves ces considérations, il apparaît clairement qu’à tous les niveaux, le mensonge s’oppose à la vérité. Thomas fait un dépassement de l’adéquation entre le signifiant et le signifié, car une expression ou énonciation ne peut être dit acte moral qu’à condition d’être volontaire et intentionnelle, puisqu’il a pour objet le vrai ou le faux.

II-Les récits bibliques du mensonge :

Parmi les récits qui nous présentent une pratique du mensonge, nous en avons retenu deux principalement : celui d’Abraham et Sara et celui des sages femmes égyptiennes

II-1/ Abraham et Sara

« (…) Lorsqu’il fut près d’entrer en Egypte, Abraham dit à sa femme Sara : vois-tu, je sais que tu es une femme de belle apparence. Quand les Egyptiens te verront, ils diront : « c’est sa femme », et ils me tueront et te laisseront en vie. Dis, je t’en prie, que tu es ma sœur, pour qu’on me traite bien à cause de toi et qu’on me laisse ne vie par égard pour toi(…) [4]»

II-2 / Les sages femmes égyptiennes

« (…) Le roi d’Egypte s’adressa aux accoucheuses des femmes des hébreux en leur disant : Quand vous accoucherez les femmes des hébreux, surveillez bien les deux pierres. Si c’est un fils, faites-le mourir. Si c’est une fille, laissez-la vivre. Les sages femmes égyptiennes craignirent Dieu. Elles ne se conformèrent pas à l’ordre du roi d’Egypte et laissèrent la vie sauve aux garçons. Le roi d’Egypte leur demanda pourquoi elles avaient agi ainsi. Elles lui répondirent : les femmes des hébreux sont vigoureuses. Avant que l’accouchement n’arrive auprès d’elles, elles se sont délivrées… [5]»

III-Enjeu moral du mensonge

Parler de l’enjeu moral du mensonge nous renvoie à la question de la légitimité du mensonge : le mensonge est-il tolérable ou acceptable ? Ce problème a fait l’objet d’une polémique entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant. Le premier fait de l’interdiction de mentir une obligation morale inconditionnelle tandis que le deuxième qui rejette cet impératif, le taxant de trop abstrait.

III.1-Est-il permis de mentir ?

Dans un Le droit de mentir, Kant rejette un prétendu droit de mentir, parce que selon lui, le mensonge nuit toujours à autrui, si ce n’est à un autre homme, à l’humanité en général. En effet pour cet auteur, le mensonge est un mensonge, et c’est un mal. Il ne peut exister de droit de mentir, d’abord envers soi même, puis envers autrui, car toute personne sans exception et devant n’importe quelle situation doit pouvoir dire ce qu’il croit être la vérité. Considérant le devoir moral comme un impératif catégorique, sans condition et s’appliquant à tous les cas, Kant explique que le devoir vaut universellement et nécessairement pour tout homme, car un devoir, originellement commande de manière absolue et sans contour, ni exception. Selon lui, il n’existe pas de bon mensonge. Même si grâce à un mensonge, on a sauvé une vie, juridiquement nous sommes responsables de toutes les conséquences qui pourraient en découler. Ainsi, refusant tout droit de mentir, Kant recommande à l’homme envers lui-même et envers autrui, le devoir de toujours dire ce que l’on pense sincèrement être vrai.

Le premier devoir de l’homme étant la véracité et la sincérité, la vérité indique donc une adéquation entre ce qui est dit et ce qui est pensé. Etre vrai ou véridique, c’est dire ce que l’on croit, ce qui n’exclut pas de dire involontairement faux. Il a donc un devoir absolu de véracité, mais nul n’a le droit de mentir fut-il exceptionnel. Kant pense qu’en mentant, rien ne garantit qu’on sauvera autrui, pas plus qu’on ne peut être sûr qu’en disant la vérité, on livrera notre ami. Selon la logique kantienne, Abraham n’était pas tenu de mentir que Sara était sa sœur. Il a manqué à son devoir moral, parce que rien ne prouve qu’il ait pu être tué en disant la vérité ou en se taisant. Ainsi, que ce soit Abraham ou les sages femmes égyptiennes, ils ont tous manqué à leur devoir moral non seulement envers eux-mêmes, mais aussi envers autrui.

III. 2- Le mensonge, un mal nécessaire

La nature même du mensonge ne facilite pas la tâche à ceux qui tentent d’apporter une explication aux mensonges commis par certaines figures bibliques, car si la Bible a pour rôle principal d’amener l’homme à la morale, le mensonge ne peut se justifier dans un tel contexte. S’il faut s’en tenir à la vision kantienne du mensonge, les mensonges de la Bible sont condamnables. Néanmoins, avant ou après Kant, des auteurs ayant réfléchi sur cette notion considèrent le mensonge comme une fausseté certes, mais en même temps, et devant certaines situations, ils soulignent la nécessité du mensonge, en s’appuyant sur l’idée d’intention. Saint Thomas d’Aquin le dit : « celui qui a l’intention de tenir sa promesse n’est pas un menteur, puisqu’il ne parle pas contre sa pensée (…)[6] »Cependant si le mensonge est intentionnel et a une finalité, une question s’impose : En vue de quoi le mensonge ? Pourquoi certaines figures bibliques ont-ils utilisé le mensonge pour vis-à-vis de certaines personnes?

Dans certains cas pourtant, il semble important de parler de « contexte du mensonge », car si le mensonge a pour objet le salut de l’autre, cela ne pose pas de problème, par contre si le mensonge est réalisé pour offenser le prochain, il devient un vice et un péché. Le mensonge peut aussi être lié à un but, une intention qu’on pourrait qualifier de bonne ou de mauvaise suivant des critères moraux. Or s’intéresser à ce contexte, outre qu’il est difficile à déterminer (même si on laisse de côté la question du critère moral) conduit encore une fois à négliger le mensonge (l’énoncé) en tant que tel, et à accepter le mensonge commis dans une bonne intention.

Il semble ici que le mensonge des personnages bibliques demeure en lien avec le respect de la dignité de la personne humain. En analysant ces textes bibliques, il est facile de se rendre compte que chaque mensonge évoqué a pour objectif de sauver des vies. Il faut reconnaître toutefois que l’impératif inconditionnel du devoir de véracité chez Emmanuel Kant relève d’une inconséquence morale, car en voulant considérer l’homme comme une fin, non pas comme un moyen, il oublie que ce qui importe c’est aussi respecter sa vie. Or tel qu’il présente sa vision, il met l’homme en danger, parce qu’en livrant son ami au meurtrier, l’ami manque au respect de la dignité de la personne. Saint Thomas quant à lui, considère que le mensonge n’est pas seulement un vice, mais aussi un péché, une mauvaise chose en soi ; il ne peut jamais être bon et tolérable, dans la mesure où l’action posée n’est jamais conforme avec la parole dite.

Néanmoins, parlant des visages du mensonge dans la Bible, il y a une exception, car entre laisser tuer quelqu’un en disant la vérité ou mentir pour le sauver, il semble que le mensonge s’avère comme une nécessité. Dans le cadre de l’exemple d’Abraham, par exemple, nous savons que c’est par lui et Sara que devrait se réaliser la promesse du salut ; alors en affirmant que Sara était sa femme, il courrait le danger de sa propre mort et donc peut-être une rupture dans la promesse de Dieu. Puisque même après avoir présenté Sara comme sa sœur, Pharaon a été puni par le Seigneur. La loi recommande de respecter la personne humaine et de l’aimer comme soi-même. Il est donc possible, si l’on croit certains auteurs de mentir au nom du respect de la vie humaine et de l’amour prochain. Pour Thomas d’Aquin, dans certains contextes, le mensonge peut être admis, mais comme un moindre mal ; il le dit en ces termes : « Il faut choisir un moindre mal pour en éviter un pire ; c’est ainsi que le médecin coupe un membre pour éviter l’infection du corps entier. Mais on fait moins de mal en communiquant une information fausse qu’en commettant ou en laissant commettre un homicide [7]». Dans le cas des sages femmes, aussi, dénoncer aurait créé un malaise et un déséquilibre total dans le monde juif ; on peut ici parler de dissimulation prudente de la vérité.

Cette question du mensonge à travers quelques personnages bibliques nous ramène à l’adage populaire qui consiste à dire que « toute vérité n’est pas bonne à dire ». En effet que serait-il arrivé si Sara s’était présenté comme étant la femme d’Abraham aux égyptiens ? Ces derniers n’auraient-ils pas tués Abraham pour prendre Sara comme femme. Il est important ici de se placer dans ce contexte qui n’oblige pas à tout dévoiler et non plus à se taire aussi. Ainsi Sara qui dit qu’elle est la sœur d’Abraham, dévoile une partie de la vérité, puisqu’elle est en réalité la sœur d’Abraham, par son père. Cette question du mensonge est tellement présente qu’il nous semble important, au nom de la personne humaine et du respect de la vie, qu’il y ait désormais une réflexion éthique sur le mensonge. Si mentir ne nuit pas à autrui, cela ne devrait pas poser de problèmes.

Conclusion

Au regard de tout ce qui vient d’être dit, force est de constater que comme tous les vices, le mensonge se situe aux antipodes de la morale. Une contradiction nette semble se présenter entre le commandement biblique « tu ne mentiras pas » et les figures de mensonges commis dans la bible. Toutefois, par rapport à sa nature qui consiste à dire le contraire de la vérité, il ne faut pas ignorer que le mensonge est un acte blâmable comme n’importe lequel (tuer, voler, injurier…). Si pour certains auteurs le mensonge est un manque dans la pratique du devoir moral, pour d’autres par contre, son existence n’est pas une mise en question de la vérité, car selon eux, il n’est qu’une des manières dont un énoncé peut manquer son but. Saint Thomas, à cet effet parle de dissimulation prudente de la vérité, lorsque la vie d’une personne est en danger ; cela peut même être un devoir que de mentir en sauvant une vie.

Ainsi dans certains cas, il est possible de tolérer le mensonge, sans pourtant enfreindre à la loi morale, comme le rappelle le pape Benoit XVI, lorsqu’il souligne : « (…) c’est pourquoi, même dans les moments les plus difficiles et les situations les plus complexes, nous devons non seulement réagir en conscience, mais aussi et surtout nous référer à son amour[8] ». Le mensonge est une faute, mais le manque de charité est pire. quand il s’agit de l’amour du prochain et du respect de la dignité humaine, le mensonge en vue du bien est-il tolérable ?

Pénélope Mavoungou.

[1] Thomas d’ Aquin, Somme de Théologie, II-II, Q.109, a.1

[2] II-II, Q.110, a.1, ad

[3] Idem

[4] Bible de Jérusalem, Genèse 12, 13.19 ; 20, 2.5

[5] Bible de Jérusalem Exode 1, 8- 21

[6] II-II, Q.110, a.3, solution 5

[7] II-II, Q.110, a.3, obj.4

[8] Benoît XVI, L’amour dans la vérité, Paris, Cerf, 2009, P 109

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La trace du féminin…dans l'oeuvre de Levinas

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

L’auteure de ce livre propose une analyse de la différence sexuelle dans les écrits d'Emmanuel Levinas. En pensant l'Autre comme irréductible au Même, Levinas rompt avec l'apparente neutralité du sujet philosophique. Il établit corrélativement un rapport entre la femme, le féminin et l'hospitalité.

Le philosophe étant celui qui s'interroge sur tout et sur le Tout, la question du féminin est en elle-même une question éminemment philosophique. Ce livre, par le biais d'une lecture des œuvres de Levinas, propose une nouvelle image de la pensée, examen de la " différence des sexes " comme " douce défaillance " et la " subjectivité au féminin " qui ramène à l'immémorial.

Il en émerge, in fine, la trace du féminin dans l'un des textes majeurs de la philosophie contemporaine de l'altérité.

Démarche du livre:

Paulette Kayser utilise des occurrences.

1-Totalité et infini: "le féminin ouvre l'espace du chez soi"

Ici l'hospitalité de la demeure et première présence est considérée comme préalable à l'éthique.

2- Autrement qu'Être/ Au delà de l'essence: Trouble de la dimension éthique et défaillance du viril, à travers la phénoménologie de l'Eros, où le féminin s'ouvre à la maternité. Ici l'auteur insiste sur la fait qu'il ne faudrait pas comprendre féminité et maternité dans son sens littéral, mais d manière symbolique, c'est-d ire comme dimension du sujet "dénuclée"

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