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6 articles avec l'univers culturel avec juvenale

Doctrovée Bansimba, Artiste congolaise

Publié le par Juvénale Obili

Née au Congo Brazzaville, Doctrovée Bansimba est une artiste et peintre congolaise. Elle a reçu le Premier prix de peinture à l'issue des Premières Rencontres Internationales d'Art Contemporain des Ateliers Sahm en 2013. Elle est aussi récipiendaire du Sanza de Mfoa 2016. Elle a réalisé un portrait de Serge Gainsbourg à l'occasion de la célébration du vingtième anniversaire de la mort de l'artiste sur le mur de sa maison.

Juvénale Obili s’est entretenue avec elle pour le compte du Sanctuaire de la Culture.

 

1-Bonjour Doctrovée. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. S’il faut retracer ton parcours, que dirais-tu? Es-tu une femme qui se sent investie par une mission ? Quels sont les moments forts de ton parcours d'artiste ?

 

Tout a commencé par le gribouillis de l’école maternelle, ensuite par des dessins au sol sous forme de contes ainsi que le modelage d’argile au bord du Djoué. Il y a aussi eu les moments où je récupérais des petits objets ça et là : les chutes de tissus et les poupées qui finissaient par être brûlées par ma mère. L’envie d’en faire un peu plus se transformait en une joie inexplicable où se se rendre utile devenait comme un appel. Je réalisais des « Morceaux choisis » d’entrée en classe de sixième pour les autres alors que je n'étais qu'au CM1. Au collège je rêvais de faire les Beaux-Arts après le B.E.P.C, malgré l’opposition de l’autorité parentale. Cependant, je peignais les murs des maisons, et dessinais sur les murs des boutiques … les bouteilles de jus, des morceaux de viande, des tranches de saucisson. C'était une sorte de Street art commercial. J'ai fait cela jusqu’au lycée. Enfin, après l’obtention du baccalauréat en 2006, j'ai fait à la fois l’École Nationale des Beaux-Arts et l'Académie des Beaux-Arts de Brazzaville de 2007 à 2011. Ajoutant des expériences en ateliers auprès d'anciens de la scène artistique congolaise comme Rémy Mongo Etsion le sculpteur, et un certain maître Shims . À partir de 2012 j’ai enchaîné résidences de création, rencontres internationales, ateliers et récompenses. Lorsque je suis en face d’un support  vide, et que j’ai une  pensée  en  accord  avec mon état d’âme  fusionnant avec mes instruments de prédilection , rendre palpable une vie comprise dans une autre  qui au départ n’était qu’une simple pensée ,sourire  la naissance de cette œuvre qui vie,  sourit et fait cogiter les autres ,c’est ça ma mission et  mes moments les plus forts .

 

3- Tu es une artiste. En quoi consiste ton art ? Quel regard portes-tu sur l’art congolais ?

 

Je chante la poésie du monde : celle d’Afrique et d’ailleurs, je déclame la succession des vers : vers de douleur, douleur de soi douleur de l’autre, les vers de rites, d’étreinte, de barrière, du regard de l’autre, de toute sorte de guerre ,de cette guerre qui ne se vit pas seulement à travers  les crépitements des armes, je déclame les vers de la nature, nature de l’homme, nature de… mon art est aussi une forme de thérapie pour moi. L’art congolais est riche, il mérite que l’on retrace son histoire et qu’on en fasse un programme  pédagogique.

 

portrait de Serge Gainsbourg sur le mur de sa maison. Peinture réalisée par Doctrovée Bansimba à l'occasion du 20e anniversaire de la mort de l'artiste.

4- Quelle est ta relation avec le pinceau ? Combien de tableaux à ton actif ? Où peut-on les trouver ? As-tu déjà participé à une exposition ?

 

J’ai pas mal d’œuvres, et  j’entretiens une forte relation avec mon pinceau.  J’ai participé à quelques expositions un peu partout, à Brazzaville, à Kinshasa, à la biennale Dak'art avec les ateliers Sahm, en France à Paris , en Suisse. J’ai exposé à Londres  1:54 Contemporary African Art Fair avec Barthélémy Toguo ; à Vienne, et ça continue…    

 

5- Être une femme et artiste, qu'est-ce que cela représente au quotidien dans une société où la femme a encore du mal à faire valoir ses compétences .

 

Je suis une femme oui et ça se voit, par contre dans le contexte du travail, je me définis comme artiste tout court. J’aime bien cette pensée d'Indira Gandhi : « il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui prennent le crédit. Tentez d’être du premier groupe ; il y a moins de compétition » .  Alors il  suffit juste de travailler comme il se doit pour s’affirmer, trouver sa place... voilà.

 

6- Sur le plan humanitaire, y a –t-il une cause qui te tient le plus à cœur ?

 

Protéger les enfants contre toutes les formes d’exploitation et de violence surtout ceux qui sont abandonnés à eux-mêmes dans tous les coins des rues, leur donner l’accès à une éducation et une formation de qualité, répondre à leurs besoins vitaux (la santé, la nutrition, l’eau, et assainir leur environnement), favoriser gratuitement la scolarisation des personnes en conditions de handicap.

 

7- Si Doctorovée était Ministre de la culture, quelle serait sa priorité ?

 

Je me sens très bien dans ma peau d’artiste qui est aussi celle d’un ambassadeur de la culture, donc être ministre ne m’a jamais traversé l’esprit. Par contre en tant qu'artiste je demanderais ou peut-être, proposerais à ceux qui ont la possibilité de l’être de prendre exemple sur les autres:  Juger l’art et l’artiste de son pays à sa juste valeur, lui donner une grande visibilité, favoriser les échanges culturels, donner l’opportunité aux artistes d’aller faire découvrir leur art et découvrir celui des autres ; créer des sérieuses activités culturelles, des espaces favorables d’expression pour artistes, des musées, et tout ça pour de vrai. Préserver précieusement son patrimoine culturel, et surtout d’arrêter de transformer les salles de cinéma et autres en une sorte de Super market ou d’église, pour un perpétuel épanouissement et développement.

 

8- En 2006 après l'obtention de ton BAC, tu as préféré vivre ta passion en dépit de la volonté des parents. Y a t-il un parallélisme entre l'engagement et la passion artistique ?

 

Lorsque l’on a la chose en soi, et qu’on est destiné précisément à cette chose, la passion prend le dessus de tout engagement. Ce qui m’inspire le plus c’est tout ce qui nous entoure, le  mystère de l’univers.

 

10- Qu’est-ce que l’art t’apporte de plus dans la vie ?

 

Qu’est-ce que l’art m’apporte de plus dans ma vie ? Waouh ! Je vis l’art je respire l’art, je rêve l’art, je pleure l’art, je danse l’art, je souris l’art, je baigne l'art, je vois l’art, je transpire l’art, je déclame l’art, je mange l’art, je chante et bouge l’art, je crie l’art, je discute l’art, je dors l’art, je me lève l’art, je marche l’art, et l’art c’est toute ma vie.

 

11- Quel est ton rêve pour la jeunesse congolaise ?

 

Que cette jeunesse soit celle qui baigne dans une potion pour se cultiver continuellement pour un meilleur lendemain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juvénale Obili et Doctrovée Bansimba

                                                    

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Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur: Noël Kodia-Ramata

Publié le par Juvénale Obili

Contenant 200 pages et publié en août 2010 par les éditions Edilivre, « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » est un roman de Noël Kodia-Ramata, essayiste, romancier, poète et critique littéraire. 

 

Congolais de Brazzaville et Docteur en littérature française de l'Université de Paris IV Sorbonne, Kodia-Ramata a enseigné les littératures congolaise et française à l'école normale supérieure ( E.N.S ) de l'Université Marien Ngouabi. On lui doit également le premier dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le genre romanesque.

 

De quoi parle « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » ?

 

L'histoire se passe dans un pays nommé la Katamalaisie. Il y règne un climat politique d'après les indépendances. On retrouve deux protagonistes : Claude Alain (journaliste blanc) et Galiana (journaliste katamalaisienne). Le premier travaille à RFI et est venu en Katamalaisie pour réaliser un reportage sur les enfants de la rue. La deuxième travaille à l'ORTK (office de radiodiffusion télévision katamalaisienne) où elle est la plus brillante.

 

Le séjour du journaliste blanc fait les pages de ce livre.

 

Le roman présente une société influencée par une politique qui la plonge dans le gouffre du désespoir et de la sottise après les événements politiques dont les stigmates sont encore bien pointus : la dégradation de la mentalité des habitants qui subissent le chômage, la crise économique, et bien d'autres soucis rendant ainsi leur vie difficile au quotidien.

 

La Katamalaisie est au coeur de l'Afrique centrale. Il jouxte le Congo-Zaïre et le Congo-Brazzaville. L'arrivé du journaliste blanc à Tourneville (capitale de la Katamalaisie) tombe sur l'événement du coup d'État raté, organisé par le capitaine Moléki Nzéla, contre le pouvoir du guide suprême, le président Koudia Koubanza. Aidé par Galiana qui a été son guide dans la ville, il comprend toute l'histoire politique de ce pays qui l'a marqué. Par l'occasion, il obtient une interview du président dans le palais présidentiel qu'il découvre pour la première fois.

 

La thématique développée dans le roman incarne l'histoire politique d'un pays, l'image alarmante de sa société et la mentalité dont fait preuve son peuple à travers la mauvaise gestion des biens publics et l'incivisme particulièrement. Ce roman évoque la soif du pouvoir pendant la période de l'Afrique post-coloniale. Il rejoint, de fait, les questions développées dans  « Le Pleurer-Rire » d’Henri Lopes.

 

Kodia-Ramata a une plume intéressante qui donne le goût de la lecture. La personnification revient à maintes reprises dans le roman. Sont mentionnés expressément : le sobriquet Papa Wemba, «Le manguier, le fleuve et la souris», le marché de Plateaux des 15 ans, les quartiers Mafouta et Kombo etc... afin de nous situer l'histoire dans un pays que nous pourrions bien imaginer.

 

Outre la trame principale du roman, on y rencontre divers thèmes : promotion de l'Afrique et ses valeurs; amitié ou amour entre deux amis: homme et femme; le phénomène d'enfants de la rue et sorciers; la vie des orphelins; religion ancestrale de l'Afrique et l'arrivée des blancs; l'unité nationale [reflétée par ce personnage apparent: Denis Ondongo (un nom réputé du Nord) Malonga (réputé du Sud)]; entre talent et rêve d'un petit enfant...

 

Personnellement, la lecture de ce roman m'a fait penser à un grand Lissapo [ conte] qui a regroupé plusieurs facettes sur les questions de société. C'est le témoignage d'une époque. Si l'on faisait de ces écrits un film, plusieurs pays africains se sentiraient visés par la fiction qui s'apparente littéralement avec la réalité des dits pays en général, notamment du point de vue de la politique. Le fait que l'auteur puisse terminer l'histoire par le bonheur d'un jeune orphelin qui va partir en Europe pour poursuivre son rêve de grand footballeur, nous laisse croire qu'au milieu de toutes nos inquiétudes, il y a de l'espoir, la croyance en l'avenir...

 

Nous avons aussi retenu que l’auteur reste marqué par deux préoccupations fondamentales : la jeunesse et l'anxiété des États africains qui ne jouissent pas de leur richesse économique:

 

 

Et pourtant notre pays, la Katamalaisie est riche. Il possède la bauxite comme la Guinée, les diamants comme le Congo-Zaïre et le pétrole comme le Congo. Mais pourquoi les jeunes continuent-ils de végéter dans la misère, le chômage, la délinquance, l'oisiveté, la drogue et le sida sexuel ? Nous n'avons plus notre part de bonheur. Nous n'avons plus notre part de bauxite. Nous n'avons plus notre part de diamant. Nous n'avons plus notre part de pétrole. Plus rien ne peut plus être comme avant. Plus rien ne peut plus être envisagé. 

 

 

 

Je vous recommande vivement ce livre 🙂

Juvénale Obili


 

Quelques termes utilisés dans le livre :


- Mvouamas [ hommes riches ]

- Kanzanko [ sorte de chemise de femme confectionnée à partir d'un pagne ]

- Nzambi ya Mpungu [ Dieu tout puissant ]

- Mosutu [ pénis non circoncis ]

 

Références:

Noël Kodia-Ramata, Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur, Paris, Edilivre, 2010.

Prix: 17.00 €

 

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Vhan Olsen Dombo : Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance

Publié le par Juvénale Obili

Terre. Mère. Art. Liberté.

Performance. Rap. Slam. Poésie. Cinéma.

Exil. Identité. Choix. Afrique.

Je. Tu. Il. Nous.

Tels sont les mots que l'on retrouve dans le discours de Ya Vé, artiste congolais.

Juvénale Obili l'a rencontré.

***

Bonjour Vhan, comment vas-tu ?

Bonjour ! Je vais bien. Merci.

Nos lecteurs aimeraient savoir qui est Vhan Olsen Dombo ?

Vhan Olsen Dombo est un Artiste-Rappeur-Slameur-Auteur-Comédien-Metteur en scène et Performeur congolais, exilé au Cameroun depuis deux ans.

Pourquoi Ya Vé comme nom d'artiste ?

Parce que le nom de la terre est sacré et étant coupé du temps. Par la falsification de l’histoire et de la désorientation du souffle identitaire, J’ai dû entreprendre la fabrication de l’être et de l’Artiste comme une réponse au temps. Ya Vé c’est le côté maniaque et contradictoire de Vhan Olsen Dombo.  Dans Ya Vé, il y a le diminutif de Yaya (Aîné ou Grand) et Vé qui veut dire en langue « Non » ! Ya Vé c’est un grand « Non », celui qui sait dire « Non » ! Ya Vé comme nom d’Artiste parce qu’il y a un moyen de rectifier ce qui avait été décidé avant que je vienne au monde.

Tu portes plusieurs vestes... Quel est finalement ton domaine précis, comme artiste ?

Un domaine précis… Je n’en ai vraiment pas ! C’est le même souffle artistique qui, tantôt, s’appelle Rap ou Slam, tantôt, du Théâtre, de la Performance ! Moi, je m’exprime et les autres catégorisent. Tout se confond dans ma tête. Si l’on bouleverse les règles de reconnaissance de tel genre artistique, brassant tout dans un même pot, l’on trouvera un nom pour le classifier dans une case. On dira « Genre inclassable » ! Dire « genre inclassable » c’est classer et catégoriser ! L’on se sent souvent en danger quand l’on n’a aucun nom à ce qui se présente à notre conscience humaine. L’humain se croit au dessus de tout. Une épreuve qui échappe à la conscience identitaire, est soit, de la sorcellerie ou la folie. Comme si la sorcellerie était le summum du miracle africain. Après l’on se place dans un regard occidental et judéo-chrétien de l’ancien colonisé pour cracher sur la sorcellerie, alors que ça fait partie de mon quotidien. Donc, mon domaine précis c’est la sorcellerie artistique !

La performance… qu’est ce ?

La performance c’est l’enfant terrible de l’Art qui va à contre-courant des règles prédisposées. Les définitions quasi-formelles en sont légion. L’Art Performance n’est admis dans aucun conformisme artistique, donc, répéter la définition des autres, c’est valider son contraire. Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance. Chaque Performance est une redéfinition de l’instant. Redéfinir. Du Japon en Allemagne jusqu’en Afrique du Sud, et enfin au Congo, la Performance a une autre définition. Et ça se définit et se dessine au moment de l’action. De ma démarche artistique, l’Art de la Performance c’est l’humanisation du suprême et la déification du gris-gris africain, à travers des actes sur un espace du mentir-vrai.

Trouve-t-on tes œuvres sur le marché?

Au marché, l’on trouve des commerçants et de la marchandise. Rires. J’aurais aimé que l’on trouve mes œuvres au marché Total au Congo ou Marché Mokolo au Cameroun mais je n’ai pas encore trouvé de tables. Donc, il n’y a que la scène pour trouver mes œuvres ou l’espace public.

Les moments qui ont marqué ton parcours d'artiste : Quelques  souvenirs ?

Les moments qui ont marqué mon parcours… Je suis marqué tout le temps. Des bons et des mauvais souvenirs. Ce qui m’a marqué, c’est l’exil. Être séparé de la terre et de la mère. Et entreprendre un travail de vagues réminiscences pour chanter, gueuler, écrire et jouer le pays. Puis, être confronté aux problèmes des camerounais avec un mal fou du pays. Je dirais précisément l’année 2010 avec la rencontre de Marc Antoine Vumilia, un Auteur et metteur en scène de la RDC, ayant échappé à une condamnation à perpétuité et qui a saisi l’Art comme une bouée de sauvetage. Je l’ai vu se battre dans son exil. Cinq ans plus tard, j’échappe aux griffes de la dictature pour saisir l’Art et l’écriture comme une dernière chance à la vie. Se souvenir ! Les beaux moments, c’est que depuis 2011, au Congo-Brazzaville, chaque année jusqu’à ce que je m’exile, j’ai reçu des différentes récompenses autant dans l’Art que dans le sport. J’en garde des beaux souvenirs. Et ce qui me rappelle qu’il faut encore pousser plus loin.

Comme acteur, tu apparais dans ''Entre le marteau et l'enclume'' du réalisateur Glad Amog Lemra... Que penses-tu du cinéma congolais ?

Le Cinéma congolais est entrain de renaître de ces cendres. Il y a un moment, l’on a cru que le Cinéma congolais se limitait aux sketches diffusés à longueur de journée sur les chaines nationales. Non… le Cinéma est une science qui répond à un certain nombre de critères techniques. Ce n’est pas parce qu’il y a l’adjectif « congolais » qu’il faut faire le con sur TéléCongo et dire que c’est le Cinéma. Le Cinéma congolais a plus d’une cinquantaine d’années. Heureusement qu’il y a des réalisateurs, scénaristes et cinéastes qui mettent le Congo sur un piédestal cinématographique international. Et ceux-là, œuvrent dans l’indifférence des pouvoirs publics depuis des décennies. Avec des maigres budgets, ils rivalisent par la qualité et la pertinence avec des pays où l’Etat a fait du Cinéma, une affaire personnelle. C’est un travail monstre. Et lorsqu’on parle du Congo au Burkina Faso, tu auras le trésor public qui va saigner parce qu’un ministre de la culture s’est souvenue qu’il y avait des cinéastes au Congo-Brazzaville. Du Cinéma, je n’en ai pas assez joué mais l’on me retrouve dans un court métrage « Bad Apples » de Ori Uchi Kayser et un long métrage « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra… C’est des noms de cinéastes comme Amog Lemra, Ori Uchi Kayser, Rufin Mbou, Liesbeth Mabiala que le nom « Cinéma congolais » se chuchote dans les grands rendez-vous du Cinéma. C’est des putains de samouraïs !

Comment décris-tu ta plume et quelles sont tes sources d'inspiration ?

Parlant d’écriture, ma plume c’est du souffle de marathonien. En toute humilité. J’écris tous les jours. Toutes les nuits, je lis. Parce que l’on ne peut devenir écrivain si l’on n’a jamais été lecteur. Sinon, c’est de l’imposture. C’est un relais qui n’admet pas de juste milieu. Je n’ai pas encore de roman publié. Je l’espère très bientôt. Puisque j’en ai dans mes tiroirs. Mais depuis un moment, je publie mes textes sur les réseaux sociaux dans un style qui m’est propre. Et depuis un moment, un nombre d’amis m’envoient leurs textes pour des retours et conseils mais j’y reconnais mon style. Alors, je les invite à découvrir d’autres écrivains, mieux inspiré que moi et bien expérimenté. Ce n’est qu’en faisant le tour du monde des livres qu’on trouve sa propre voie. Ce qui m’inspire, c’est tout ce qu’on peut voir, lire, écouter, sentir et toucher. Des noms d’auteur, il y a Sony Laboutansi, Kossi Efoui, Laurent Gaudé, Alain Mabanckou, Fatou Diome, Guy-Alexandre Sounda…

Tu es membre ou tu as été du mouvement citoyen Ras-le-bol... Qu'est-ce que c'est? Te décris-tu comme un artiste engagé, révolté ou résistant?

Se définir comme un Artiste engagé ou révolté, cette étiquette est un euphémisme pour le Congolais que je suis… Nous avons créé le Mouvement citoyen Ras-le-bol dont j’ai assuré la coordination avant l’exil, c’était parce qu’aucun politique ne voulait prendre ses responsabilités alors que le pays plongeait dans un tournant décisif de son histoire. Mais cela ne suffit pas pour faire  de moi, un Artiste dégagé ou engagé. Etre Artiste engagé, c’est du business maintenant. C’est un truc de politique, ça ! D’abord, on s’illustre dans l’opposition et porte les costards d’opposant, puis, l’on finit dans le troisième rang d’un système qu’on a toujours combattu. Pareil pour les artistes ! On brandit des pancartes révolutionnaires dans les spectacles pour passer à la caisse ensuite. Le père Noël n’a pas de salaire. Et moi, je ne suis pas Père Noël. Je suis un Artiste avec ses faiblesses et ses inquiétudes. Un jour, je bois. Un jour, je déconne. Un jour, j’écris. Un jour, je ris ! Un jour, je pleure. Je suis un Artiste, pas plus qu’un autre. Je laisse ces étiquettes de merde aux artistes de service !

Des perspectives ?

Des perspectives !!! Mon Album de Slam « Enfant d’Afrique » arrive dans un mois au Congo-Brazzaville. Une manière pour moi de faire sentir ma présence auprès de ceux et celles à qui je manque. Je prépare un troisième album. Un album de rap ! Les miens l’attendent impatiemment. Un spectacle de Théâtre à jouer dans quelques mois en Afrique de l’Ouest. Une Performance à faire dans un mois à Yaoundé. Deux livres à sortir avant la fin de l’année. Un rôle principal à jouer dans un film à Yaoundé dans une semaine. Et un recueil de poésie à boucler aujourd’hui.

Un mot à la jeunesse congolaise…

Nous sommes des milliers à l’extérieur du pays. Nous attendons de la jeunesse qu’elle s’impose et impose le respect de l’humain sur toute l’étendue du territoire comme l’ont fait ceux grâce à qui, nous sommes à quelques pas de l’affranchissement… Ainsi, le retour au pays de tous les Artistes, intellectuels, scientifiques, politiques, activistes congolais à l’extérieur ne sera déterminé que par la soif de liberté de cette jeunesse. Quand un orteil te démange, on l’arrache. Loin du pays, nous réfléchissons autrement que nos compatriotes, donc, ne partageons pas les mêmes reflexes pour imposer ce qu’elle doit être et faire. A la jeunesse congolaise sur le terrain de déterminer s’il va falloir qu’une stèle soit posée sur le Congo ou s’il faut que l’on brandisse son drapeau tricolore à jamais : Choisir !    

Propos recueillis par Juvénale Obili

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Coeur d'Aryenne de Jean Malonga

Publié le par Juvénale Obili

J'ai lu Coeur d'Aryenne il y a une année. Jusqu'à lors, ce que j'en avais retenu n'a pas quitté mes pensées. C'est un message très fort qui a pris racine en moi.
*
Jean Malonga, C'est d'abord le premier écrivain de la littérature moderne congolaise d'expression française. Coeur d'Aryenne son premier roman est de ce fait, le premier acte de la littérature congolaise. Ainsi, Jean Malonga est, sans contester, le patriarche des écrivains congolais. Certains documents disent qu'il est né à Kibouendé au Moyen-Congo; d'autres qu'il serait né à Brazzaville. Néanmoins toutes les sources s'entendent pour dire qu'il est né le 25 février 1907. De 1948 à 1955, il siège à l'assemblée nationale comme sénateur de la Ve république française.
 
Romancier et conteur, il étudie les mœurs et coutumes du Congo. En outre, il se penche sur le problème des relations entre Blancs et des Noirs, en défendant également les intérêts des populations autochtones. Il décède le 1er Août 1985 à l'âge de 78 ans.
En dehors de Cœur d'Aryenne, Jean Malonga a publié d'autres œuvres littéraires parues aux Ed. Présence Africaine, à Paris.
 
Cœur d'Aryenne a été publié en 1953 dans un numéro spécial de la revue Présence Africaine. Il est réédité en 2013 par les Ed. Hemar et Présence Africaine dans le cadre de la célébration des 60 ans de la littérature congolaise.
 
Préfacé par Henri Djombo, Coeur d'Aryenne contient 191 pages subdivisées en trois parties : le sauvetage, la déclaration et la fin du monde. On retrouve des personnages singuliers: Mambeké, le jeune homme noir et Solange, la jeune fille blanche mettent du moteur dans l'histoire. Il y a aussi Yoka et Tango qui sont les parents de Mambeké; Roch Morax et Marie-Rose qui sont les parents de Solange; ainsi que les autres personnages secondaires.
 
Coeur d'Aryenne est écrit avec une tonalité tragique. En effet, le narrateur démontre passionnément -dans une position de focalisation zéro où il aborde un point de vue omniscient- sa connaissance de l'histoire.
 
Coeur d'Aryenne aborde le thème de l'amour inter-racial et l'injustice que les Blancs infligeaient aux noirs à l'époque de l'auteur. L'intrigue se déroule à Mossaka, à l'époque coloniale. Le père de la jeune française est un colon sans scrupule, raciste et alcoolique qui considère l'homme noir comme sa chose, un être très inférieur à lui. Il règne en maître absolu sur Mossaka. Lorsque, bien plus tard, il découvre que sa fille Solange, a un enfant de Mambeké, il libère toute son agressivité tout en étant conscient que ce dernier est totalement acquis à la culture occidentale. Solange, quant à elle, n'échappera pas à sa furie et ne pourra sauver son enfant qu'en tuant son père.
 
On remarque que derrière le comportement raciste du colon, c'est toute la cruauté d'une culture dominante qui est dénoncée et à laquelle résiste le jeune couple jusqu'à ce que leur amour défile au drame: Solange se donne la mort.
 
Pourquoi Cœur d'Aryenne ?
Ce titre fait allusion à la jeune fille blanche, Solange. C'est une Aryenne qui n'a rien de commun avec sa race du point de vue mental et moral. Son amour pour Mambeké en est la preuve. On le comprend bien à la page 119 où les deux jeunes se déclarent leur amour. Solange arrache son cœur d'Aryenne et l'offre à Mambeké. Symboliquement, pour signifier qu'il doit désormais la considérer comme sa femme et reconnaitre que cette blanche de la race Aryenne a un cœur rempli de bonté, d'amour et de bienfaisance. Historiquement, la race humaine aryenne tire son origine de l'Allemagne où elle était considérée comme supérieure à toute autre race et se devait de conserver sa pureté. Donc, Coeur d'Aryenne est un hommage au cœur de Solange, la jeune fille blanche citoyenne du monde.
 
Quel message Jean Malonga a voulu nous faire passer à travers cette œuvre ?
Coeur d'Aryenne est un roman de lutte qui dénonce le racisme sous toutes ses formes. Il s'y dégage un message de l'unité nationale qui pour moi, est un bel exemple à suivre. Originaire du Pool, Jean Malonga parle de Mossaka avec élégance comme si c'était son village natal. On décrypte une alerte contre le tribalisme dans un élan de patriotisme et d'unité dans la diversité.
 
 
 
 
Je vous le recommande
Juvénale Obili
 
Extrait du ''Likouba'' ( une langue parlée par les habitants de Mossaka ):
- Mouana ondelé okiti o mai = l'enfant du blanc est tombé à l'eau.
- Io, na oki, ondelé = oui, j'ai bien compris, blanc.
- Ondelé-N'dombé = Blanc-Noir, titre péjoratif dont usent les africains pour désigner les évolués.
- Mobalé-O-Tembé = le joli mâle.
 
Références:
Jean Malonga, Coeur d'Aryenne, Paris, Présence Africaine, 2013.
Prix : 7 euros
En vente sur toute l'étendue du territoire congolais.

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Juvénale Obili et la passion de la Lecture

Publié le par Juvénale Obili

Tant que les livres garderont perpétuellement leur identité d'œuvres de l'esprit, la lecture restera un meilleur outil d'exploration ou de découverte. Aller à la rencontre des esprits, c'est simplement se procurer des livres dans lesquels on salue une partie de l'Âme du monde qui s'y découle à travers l'imagination, surtout de l'évidence ignorée par tant de consciences qui ont toujours eu du mal à accepter la réalité et encore à la voir en face.

Ce qui nous unit ce sont les Lettres. Chacun de nous a sa manière de les utiliser pour peindre ses pensées, sa perception de la vie ou de la nature humaine, sa description du monde, ses convictions etc... Voilà pourquoi, la lecture tient de la curiosité principalement.

Ce qu'on met dans les livres, c'est l'héritage de ce que nous sommes. Analyser son identité ou son être pour comprendre la culture dans laquelle nous avons vécu, vivons et nous nous adaptons à vivre afin de faire attention à ce que nous écrivons est synonyme d'amour à l'endroit de ceux qui nous lisent.

Qu'est-ce que nous écrivons ? Pour qui nous écrivons ? Avec quelles intentions écrivons-nous ? Quel message voulons-nous faire passer à travers nos écrits ? Ce n'est pas tous les livres qui détiennent des richesses capables de devenir des apports positifs après lecture.

Finalement, nous comprenons que la culture crée la société dans la mesure où elle constitue un environnement dans lequel vit l'homme et  aussi parce qu'elle inspire l'homme pour ce qu'il est. Effectivement, elle est productrice de la philosophie étalée dans des livres qui contribue, en l'occurrence, au développement personnel ou à au divertissement de l'esprit.

En somme, l'intellect n'est pas négligé dans question de la lecture. Lire est un exercice apaisant qui fait travailler les neurones. Il y a l'intelligence dans des livres, alors n'hésitons pas, allons à la découverte ou à l'exploration des esprits, des identités ou des êtres, de la culture tout simplement.

Juvénale Obili, La jeune Fleur

20 Décembre 2016

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L'univers culturel avec Juvénale

Publié le par Juvénale Obili

Dans ''L'univers culturel avec Juvénale'', nous vous offrons une belle image de la littérature congolaise en passant sur le reflet magnifique que renvoie le miroir culturel du Congo sous toutes les formes, notamment celui de l'art .   À partir de cette rubrique nous faisons la promotion de notre identité culturelle, en l'occurrence de la littérature congolaise

Le livre congolais n'est pas le moindre dans le monde littéraire. Il est aussi précieux comme tout autre ouvrage que l'on peut retrouver partout dans le monde. Il est beau, il parle, il bavarde, il a de l'humour, il transmet beaucoup d'émotions, il éduque, il stigmatise les réalités néfastes de sa société, il redonne espoir, il fait aussi la politique... Oui, le livre congolais a aussi une personnalité non négligeable. Nous vous invitons, dans ce blog et précisément dans cette rubrique, d'aller à sa rencontre. Nous parlerons des écrivains tout en précisant que les jeunes écrivains demeurent notre priorité.

La littérature congolaise a toute une histoire. Du père fondateur Jean Malonga à J.B Tati Loutard, en passant par Sony L.T, Tchicaya U Tam'si et bien d'autres, la plume congolaise s'est perfectionnée de plus bell. Elle s'est multipliée au cœur de tout âge et au fil des temps, en relatant les faits et réalités de la vie selon les époques. Comme le souligne Noel Kodia Ramata dans son ouvrage intitulé ''Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises'' : « Les romans et récits congolais sont en général le reflet de la société dans laquelle ont évolués ou évoluent leurs auteurs. » ( P. 19 )

À travers la littérature, les auteurs congolais ne laissent pas leur culture en laisse. Ils la valorisent en passant par les langues nationales telles que le Lingala, le Kituba ou encre par leurs ethnies comme le kongo, le Lari ou encore le Kouyou. On retrouve tout d'abord ces langues flashées dans certains textes; ensuite elles se manifestent à travers les us et coutumes qui expriment mieux les culturesqui se retrouvent partout dans des bibliothèques dans lesquelles d'autres peuples viennent les découvrir. « Au niveau de l'écriture se remarquent la congolisation de certains mots français et l'utilisation ou la francisation de quelques expressions et mots du vocabulaire du terroir. » ( P. 45)

Par ailleurs, il est important de détourner le préjugé qui consiste à dire que les congolais ne lisent pas beaucoup. Nous soulignons que le chemin tracé par les pères de la littérature congolaise est continuellement visité par les jeunes.. Les jeunes congolais lisent. Ils écrivent. Ils aiment la culture en dépit de la carence publicitaire ou communicationnelle qui fait souvent défaut. Il y a une relève qui est en route. Elle avance à petits pas, tout doucement en se ressourçant dans la sagesse des aînés. Elle écrit en cachette. La jeunesse congolaise fera parler de la littérature congolaise d'hier, d'aujourd'hui et de l'avenir. Comme aime à le dire un jeune poète congolais au nom de Diaf Bikriyan: « Si la littérature congolaise néglige ces jeunes remplis d'engouement et de talent, alors elle ne sait pas ce qu'elle rate.»

Alors, à très bientôt pour de belles chroniques littéraires enrichissantes teintées d'une critique qui ouvrira certainement des portes à d'autres thématiques

La Jeune fleur

18 juin 2017.

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