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10 articles avec femmes inspirantes

Fabiola Chenet: Auteure de romances

Publié le par Nathasha Pemba

Bonjour Fabiola comment vas-tu?

Bonjour Pénélope, et merci pour cette opportunité. J Au moment où je commence à répondre à ces questions, je vais bien. LOL Je donnerai peut-être une autre réponse d’ici la fin du questionnaire. Edit : fin du questionnaire 15 jours après : c’est le week-end donc ça va.

 

Qui es-tu Fabiola Chenet ?

Je suis née à l’île de la Réunion, il y a quelques années (hum), mariée et mère de trois enfants. Je travaille dans le social depuis très longtemps et mon premier roman a été publié en 2013, en ebook uniquement, aux éditions Laska. Je suis également la rédactrice en chef du webzine mensuel Les Romantiques.

 

 

J’ai le souvenir d’une amie, Marthe, qui m’a fait découvrir les romances et plus particulièrement les Harlequin… Y a-t-il une différence entre ce que vous écrivez et les Arlequins ?

En ce qui me concerne, il n’y a pas de différence. Ma première romance lue était un Harlequin et c’est dans ces romans que j’ai puisé mon style et mes idées. On peut dire de moi que j’écris de la romance classique.

 

 

Sinon quelle différence existe-til entre les romances et ce qu’on appelle littérature classique (traditionnelle), ou plutôt y a t-il une différence entre ce qu’écrit Fabiola et Modiano ?

Modiano écrit ce qu’on appelle de la littérature générale. La romance est un genre littéraire dont l’objectif est de raconter l’évolution de l’histoire d’amour d’un couple qui doit se terminer avec une fin heureuse. Par conséquent, l’ensemble de l’histoire doit être focalisée sur ce couple, même s’il y a des personnages secondaires, et même s’il peut y avoir des histoires d’amour secondaires.

 

D’où vient le terme romance pour désigner le roman sentimental ?

Eh bien le terme vient des USA, et est utilisé depuis 2007 par nous Les Romantiques. LOL En fait, en 2007, nous avons publié le premier numéro de notre webzine mensuel, dans lequel j’ai fait un article intitulé Roman d’amour ou romance tout court ? où je parlais au nom de toutes les lectrices qui en avaient marre des appellations péjoratives, et plus particulièrement « roman à l’eau de rose ». A travers cet article, j’ai clamé haut et fort qu’il était temps d’utiliser un seul terme : romance. Le mot est utilisé aux USA pour désigner ce genre littéraire (avec sa propre définition) et il est tout à fait utilisable en français. Depuis cette date, tout le monde l’utilise. Le problème est que, de nos jours, il y a beaucoup de confusion entre romance dans la littérature et romance en tant que genre littéraire, avec des codes bien précis. En 2007, j’œuvrais pour que le terme Romance soit accepté, en 2017, mon nouveau cheval de bataille est de faire comprendre qu’une intrigue de romance, en tant que genre littéraire, doit avoir une fin heureuse et que l’histoire d’amour doit être centrale.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’écris depuis que je lis de la romance. J’avais onze ans à l’époque. Je n’ai pas écrit en me disant que je pouvais faire mieux que les auteurs que je lisais, mais juste parce que j’avais des idées dans la tête. Je les ai mises sur un cahier (pas d’ordinateur à l’époque LOL) et c’est seulement après la création du site et du forum Les Romantiques que je me suis décidée à partager mes écrits avec les membres. C’était en 2001.

 

 

Combien de romans à ton actif ?

J’en ai sept. Parmi eux, trois font partie d’une série avec des couples différents pour chaque tome. Il y a une anthologie, quatre romances historiques et trois contemporaines.

 

 

Est-ce que cela se vend bien ?

Cela dépend des titres et de plein d’autres paramètres qu’on ne pourra jamais vraiment comprendre LOL A ce jour, le titre qui s’est le mieux vendu, c’est Passion et conséquences. Pour les autres j’ai des ventes tous les mois, plus ou moins importantes.

 

Trouves-tu facilement des éditeurs ?

Oui et non. Il y a quelques années, seuls deux éditeurs publiaient de la romance, mais d’auteurs traduits. Depuis, la majorité ont plusieurs titres de romance dans leur catalogue (plus ou moins assumés). D’autres maisons d’édition spécialisées en romance se sont créées et publient des auteurs francophones. Alors oui, il y a du potentiel au niveau de la publication. Mais pour autant, tout écrivain de romance n’aura pas forcément de contrat. Pour être publiée, que ce soit dans une maison d’édition traditionnelle ou non, il faut être prête à faire quelques concessions. La première d’entre elles est d’accepter de n’être publiée qu’en numérique. Beaucoup d’éditeurs de romance misent sur une parution en numérique avant d’envisager une publication en papier. Et malgré ce qu’on pourrait penser, la romance en numérique se vend très bien.

 

Je lisais dans un article que la romance est un genre décrié, notamment dans le monde francophone… Et toi, que dis-tu?

La romance est décriée partout, même aux USA, malheureusement. Mais c’est aussi le genre qui se vend le plus dans le monde entier. En France, nous avons un autre gros problème : l’élitisme. C’est culturel et on a du mal à en sortir. La romance est considérée comme des histoires de bonnes femmes frustrées, de ménagères. Pourtant, je connais personnellement beaucoup de cadres qui en lisent. Elles ne sont pas frustrées pour autant.

 

As-tu lu Orgueil et préjugés de Jane Austen ? Dans quel type de littérature la classes-tu?

Oui j’ai lu Orgueil et préjugés et il s’agit d’une romance contemporaine. C’est juste qu’à l’époque ce terme n’était pas utilisé. Contemporaine parce que Jane Austen écrivait des histoires qui se situaient à son époque. Pour toute lectrice de romance, Jane Austen est une pionnière.

 

Une romance parle-t-elle forcément de l’amour ?

Non seulement la romance parle d’amour, mais en plus de fin heureuse.

 

Quels sont tes goûts en matière de littérature, en dehors de la romance ?

Actuellement, il m’arrive de lire du roman féminin. L’un de mes auteurs préférés est Sophie Kinsella. Dans mes romans préférés qui ne sont pas de la romance, il y a quelques classiques (Le comte de Monte Cristo ou encore Au bonheur des dames), mais globalement je ne lis pratiquement que de la romance.

 

Pour toi, qu’est-ce qu’un bon écrivain ?

Il n’y a pas de bon ou mauvais écrivain. Un même livre peut être avalé en entier par un lecteur, et jeté contre un mur par un autre. La lecture en elle-même est quelque chose de suggestif et dépend de l’état d’esprit de la personne qui lit. Oui, je sais, je n’ai pas répondu à la question. LOL

 

Est-ce faux d’affirmer que la romance est une affaire de femmes ?

Non, ce n’est pas faux. Je pense que tout est question de sensibilité et d’empathie. On ne trouve pas dans l’écriture d’un homme ce qu’on a chez les femmes. Par exemple, un homme va être plus brut, plus cru, dans le style mais également dans les scènes hot. Il y a très souvent un manque de sentiment flagrant. Et ce n’est pas ce que les femmes recherchent.

 

Fabiola, un mot sur le Festival du Roman Féminin… ?

Nous avons organisé le Festival du Roman Féminin afin de réunir en un même lieu auteurs, éditeurs et lectrices de roman féminin et de romance. Ce n’est pas un salon du livre, il n’y a pas de vente de livres sur place. C’est un vrai festival où tous vont se côtoyer pendant deux jours. Nous proposons des ateliers, des tables rondes, des lectures, des meet&greets, et une séance de dédicaces au cours de laquelle les livres sont offerts par les éditeurs et/ou les auteurs. Le nombre de places pour les auteurs est limité, car nous voulons quelque chose d’assez intime, et surtout faire en sorte que les lectrices découvrent l’univers de chaque auteur invité. C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas inviter tous les auteurs qui le souhaitent. C’est aussi pour cela que nous n’invitons pas les mêmes auteurs chaque année. Il y a beaucoup d’auteurs de roman féminin et de romance, il faut laisser une place à chacune. De même, le nombre d’entrées est limité et nous ne faisons pas de vente de pass sur place. En 2016, nous avions accueilli 210 participantes, et en 2017, 390. Nous allons bientôt lancer notre troisième édition.

 

 

Pour toi, quels sont les dix commandements de la romance ?

Attention, il s’agit de mes dix commandements à moi, Fabiola Chenet (même si je sais que beaucoup seront de mon avis LOL).

1 Ne pas confondre romance et roman d’amour (Roméo et Juliette n’est pas une romance)

2 Ne pas confondre romance et chick lit (Le journal de Bridget Jones n’est pas une romance)

3 La romance a des codes, au même titre que le roman policier, ne pas les accepter, c’est ne pas aimer la romance. Dans ce cas il vaut mieux éviter d’en lire

4 Une romance, c’est une intrigue focalisée sur un couple et l’évolution de son histoire d’amour pendant tout le roman

5 On doit savoir très rapidement qui sont les héros

6 S’il y a triangle amoureux, il ne doit pas durer

7 Il ne doit pas y avoir un changement radical de héros ou d’héroïne pendant l’histoire

8 Même si c’est à la mode en ce moment, il faut éviter les trilogies (voire plus) sur le même couple

9 S’il y a une série avec des héros différents dans les tomes suivants, il faut éviter de faire mourir les héros précédents

10 Une fin heureuse est obligatoire pour le couple présenté au début du livre

 

Pour toi qu’est-ce que le féminisme ? Y crois-tu ?

Plus que l’égalité hommes-femmes, selon moi, le féminisme est un mouvement de lutte pour les droits de la femme. Personnellement, je ne crois pas à l’égalité homme-femme, dans la mesure où nous sommes biologiquement différents. Par contre toute femme a droit au respect et aux mêmes droits que les hommes.

 

Le parfum révèle le féminin en chacun de nous disait un penseur, et toi quel est ton parfum préféré et pourquoi ?

Flowers par Kenzo. Un parfum frais, léger et fleuri. Je n’aime pas tout ce qui est trop capiteux ou fort.

 

As-tu des projets ?

Je viens de signer un contrat pour ma prochaine romance historique avec un éditeur traditionnel : Diva Romance. Elle paraitra en 2018. Je travaille aussi sur un autre projet qui me tient à cœur depuis quelques années.  

 

 

Parmi les derniers romans que j’ai lus tout récemment il y a « Danser au bord de l’abîme » de Grégoire Delacourt, un roman d’une grande hauteur sentimentale. Dans une interview, l’auteur affirme, au sujet du coup de foudre : « À tout moment, on peut tomber amoureux et c’est magnifique ! On est alors touché droit au cœur par quelque chose de plus grand que soi ». Qu’en dis-tu ?

C’est exactement pour ça que la romance existe. C’est ce qu’on s’échine d’ailleurs à faire comprendre depuis des années. Ce que je veux personnellement ressentir en refermant une romance, c’est la satisfaction de voir le couple que j’ai suivi pendant toutes ces pages avoir sa fin heureuse, parce que chaque héros aura compris que l’amour est ce qui nous guide vraiment dans la vie, qu’il n’y a pas de plus belle chose que ça. Le problème c’est que la même phrase prononcée par une femme ne sera pas prise au sérieux. Au mieux, on va dire qu’elle est trop romantique, au pire on la traitera d’« auteur de roman de gare ». Et ce ne sera pas un compliment.

 

Je te remercie.

Merci à toi J

 

Nathasha Pemba,

Pour le blog Le sanctuaire de Pénélope

Publié dans Femmes Inspirantes

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Chloé Savoie-Bernard: La littérature, c'est ce que je préfère

Publié le par Nathasha Pemba

Avril 2017. Nous sommes au Salon International du Livre de Québec. Chaque année, j'y vais par passion, pour rencontrer des auteurs et aussi pour enrichir mon blog. Cette année, comme toutes les autres d'ailleurs, le salon brille par sa diversité. Après avoir discuté avec Grégoire Delacourt l'écrivain français et Mylène Bouchard l'éditrice et écrivaine québécoise, je rencontre Chloé Bernard-Savoie. Elle est pleine de vie, son livre attire... Nous discutons deux minutes, j'obtiens ma dédicace et son adresse mail pour une entrevue à venir... Je continue mon chemin.

Chloé Bernard-Savoie est doctorante en Littérature française de l'Université de Montréal. Elle fait partie du jury de présélection au prix Robert-Cliche depuis quelques années déjà. Sa thèse s'intéresse aux différentes modalités de la poésie féminine québécoise contemporaine. Auteure d'un recueil de poèmes "Royaume Scotch tape" publié en 2015, elle a publié "Des femmes savantes" en 2016 aux éditions Tryptique à Montréal, au Canada.

Le Sanctuaire de Pénélope a échangé avec elle...

***

Bonjour Chloé! Comment allez-vous ?    
Ça va, merci.

Depuis quand écrivez-vous?

C'est sans doute un peu cliché à dire, mais j'écris depuis pas mal toujours, en fait, depuis que je sais écrire. La littérature, c'est ce que je préfère.

”Des femmes savantes”: un hymne à la féminité et à la liberté: D’où tirez-vous cette inspiration ? Pourquoi “Des femmes savantes” et non “Les femmes savantes de Molière repensé”?

Davantage qu'à Molière précisément, mon titre est un clin d'oeil à l'idée que "tout se réinvente'', et qu'aucun texte n'est réellement nouveau et novateur, qu'il reprend plutôt des schèmes de lectures précédentes. Je n'ai pas l'ambition de réinventer Molière, mais plutôt de déplacer, de retravailler, certaines des thématiques qu'exploraient le dramaturge. Et si les femmes dépeintes par Molière étaient ridiculisées, que leur savoir n'était qu'une manière de les rendre semblables à des bêtes de cirque, le savoir que possèdent les femmes dépeintes dans ce recueil n'est pas utilisé contre elles par d'autres : elles n'arrivent pas elles-mêmes à le comprendre, à le saisir tout à fait.

De la poésie à la nouvelle le chemin est-il long ? Ce sera quoi le prochain: Un roman, une pièce de théâtre ou un essai ?

J'ai toujours écrit des histoires, des nouvelles. La poésie est venue plus tard, au début de la vingtaine. J'ai cru pendant un instant que mon prochain livre serait un roman, mais finalement, ce sera un recueil de poésie. J'écris le roman lentement, en n'étant pas encore bien certaine de comment le former de manière cohérente.

Certaines des nouvelles de “ Des Femmes savantes” m’ont fait penser à la liberté de ton de l’Académicien Dany Laferrière (Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer) ou à Nelly Arcan (Putain); font-ils partie des auteurs qui vous inspirent ?

J'ai lu Dany Laferrière à l'adolescence et au début de la vingtaine, mais là ça fait un moment que je n'y suis pas retournée. Mon père est haïtien, je pense que je cherchais dans ces lectures à mieux comprendre son rapport à son pays d'origine, à mieux cerner ce pays que finalement, je connais assez peu. Comme n'importe quelles lectures, celles-là ont dû me façonner d'une certaine manière. Peut-être dans la mélancolie doucereuse de Dany Laferrière ? En tout cas, quand j'étais jeune, pour faire mon intéressante, je disais dans les bars qu'il était mon père, ça ne doit pas être anodin !

Nelly Arcan est une influence plus claire. Je l'aime depuis toujours. Je l’ai suivi dès Putain, son premier roman. Je lisais ses chroniques dans les journaux. Son rapport à l'écriture, à la langue, m'a marqué, plus que ce que le discours littéraire cherche à en faire, une personnalité médiatique. Pour moi, Nelly Arcan est une grande écrivaine, pas une grande suicidée.

Les femmes de vos nouvelles m’ont l’air d’appartenir à une même tranche d’âge, votre recueil s’adresse-t-il à une catégorie de femmes en particulier ?

Ça m'étonne un peu comme remarque, parce que la première nouvelle est narrée par une cégépienne, donc, elle a 17, 18 ans, tandis que celle de « Nue » a entre trente et quarante ans... Ça couvre quand même presque une vingtaine d'années. Non, pas de narratrice enfant, et non, pas de retraitée, mais je ne pense pas m'adresser à une catégorie d'âge en particulier. Quand je lis les nouvelles de Raymond Carver et que ses personnages sont des hommes blancs américains cinquantenaires, je m'y identifie quand même. La littérature dépasse ce type d'identification directe, à mon sens.

Quel est l’auteur au monde qui vous donne le plus envie de continuer à écrire ?

Ça change souvent. Dernièrement, mes coups de coeurs sont les recueils de poésie de Toino Dumas, le roman de Marie Vieux-Chauvet, Amour, colère et folie, et ceux de Gwenaelle Aubry.

Votre écriture dans “Des Femmes savantes” est tranchée, sensuelle, sensible, provocatrice, crue, forte, vraie, énergique, courageuse, puissante et révolutionnaire, que représente pour vous le féminin dans la littérature contemporaine québécoise ?

Définir le "féminin'' est une entreprise en soi, mais les écrivaines québécoises, ça, je pourrais en parler longtemps. Je ne lis pas que des femmes mais j'ai un attachement pour la littérature des femmes, pour son histoire, ses luttes, ses changements d'orientation, ses questionnements, qui sont parfois différents des miens, mais toujours intéressants. Et aussi parce que ça a toujours été peut-être un de mes seuls rêves clairs, un de mes seuls espoirs possible à circonscrire ; être une écrivaine, appartenir à cette lignée-là, à cette famille-là, tout en sachant que le terme de famille n'est pas nécessairement compatible avec l'idée d'un portrait heureux.

Le monde vit une époque de lutte, de lutte contre le terrorisme, de lutte contre l’enfermement, de lutte contre la paresse, de lutte contre les stigmatisations identitaires; pensez-vous que malgré les grands discours féministes et les égalités relatives, la femme demeure encore esclave du regard de l’autre ?

Esclave, j'espère que non, mais enchâssée au regard de l'autre, oui, ou du moins, jusqu'à ce qu'elle en prenne conscience, et essaie de se replacer au cœur de son propre regard, à elle. Ce n'est pas une tâche facile, et ce n'est pas sa seule tâche, à elle. C'est une tâche collective, et pas seulement à penser strictement dans le cadre des rapports amoureux cis. Il faut y repenser partout à cela : comment être en adéquation par rapport à ses propres exigences.

Êtes-vous féministe ? J’imagine que Oui! Êtes-vous d’une génération de féministes tempérées et inclusives ou bien d’une génération de féministes revendicatrices et exclusives?

Féministe, oui, mais je ne sais pas à quelle génération j'appartiens. Je ne crois pas être tempérée. Je ne crois pas être exclusive. Exclusive vis-à-vis de qui, de quoi ? Et je ne suis pas militante, bien que j'admire beaucoup les militantes.

Quel avenir prédisez-vous à la littérature québécoise ?

Difficile à dire. J'aime bien penser que je suis voyante, mais je suis meilleure pour prédire les réactions des gens que pour réfléchir à des visions d'ensemble comme cela. Je ne lui prédis rien, mais je la souhaite moins médisante et plus prompte aux solidarités entre maisons d'éditions, entre générations d'écrivain. Plus ouverte vers l'extérieur. Et je souhaite aussi que la poésie soit plus lue que seulement par les poètes eux-mêmes.

Quelle est la liste des choses à faire pour être pleinement femme ?

1) tenter d'être le plus fidèle possible à ses désirs

2) tenter d'être le plus fidèle possible à ses limites

3) manger ce qui lui tente

4) regarder les plantes pousser

Dire la femme : Racine et Liberté ?

C'est un peu difficile pour moi de répondre à cette question... Je pense qu'on peut essayer de faire ce qu'on veut, ce qu'on peut de ses racines, quitte à les réinventer dans la fiction, à les remoduler. Je ne sais pas si je crois à la liberté, mais c'est en écrivant que je me sens le plus proche de me sentir libre. Peut-être.

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Publié dans Femmes Inspirantes

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Alix Paré-Vallerand: Je voyage dans les mots!

Publié le par Nathasha Pemba

Artiste, Amie des mots, Guide-Animatrice dans un musée, rédactrice, Cofondatrice du collectif Ramen... Mais... Qui est Alix Pavé-Vallerand ?

 

Qui es-tu Alix PV ?
Je suis née à Québec en 1990. J'ai grandi dans une maison d'artistes. Ma mère était journaliste. Elle lisait tout le temps : nos bibliothèques impressionnaient mes amies.  Maman gardait toujours son carnet d'écriture près du lit au cas où elle se réveille avec une idée en pleine nuit. Elle est malheureusement décédée il y a quatre ans sans avoir pu publier quoi que ce soit. Elle m'a transmis l'amour des mots, l'humour et une certaine curiosité intellectuelle. Après des études chaotiques en histoire de l'art et en création littéraire, je me suis joint à un collectif littéraire. Aujourd'hui, je suis guide-animatrice de jour et organisatrice de spectacles poétiques de soir.

Que penses-tu des relations humaines sous le prisme des Réseaux Sociaux ?
J’écoutais récemment une entrevue de Catherine Voyer-Léger à l'émission C’est fou à la radio de Radio Canada. Elle disait : « Les réseaux sociaux sont fascinants, il y a là des communautés qui parlent, qui échangent, qui génèrent une réflexion collective en produisant un discours. Facebook est une machine qui a une mémoire énorme, il suffit de savoir comment y extraire ce que l'on cherche.» Certains trouvent les dits réseaux vains et superficiels. Je vois les réseaux comme un laboratoire pour les artistes, une plateforme pour lancer des idées. Je les utilise pour m'inspirer. Je lis beaucoup d'articles relayés par des amis et des connaissances. C'est sur qu'après l'inspiration, il faut s'en éloigner et se diriger vers sa table de travail! J'ai malheureusement peu de discipline…!

Ta Télésérie préférée ?
Twin Peaks de David Lynch pour l'étrange étrangeté. La première saison est un chef d'œuvre. Girls de Lena Dunham pour la représentation de la sexualité et la finesse de l'écriture. Broad City, une série écrite par deux femmes qui est selon moi, l'une des plus drôles des dernières années.

Ta citation motivante
Je ne suis pas une grande fan a des citations motivantes, je les  trouve  toujours un peu mièvres. J'ai lu les deux autobiographies de Patti Smith, chanteuse et poète. Dans son dernier livre M. Train , elle écrit : “It is not si easy writing about nothing”. Ce qui résume bien la besogne de l’écrivain : écrire à propos de tout et de rien sans que ça ait l'air “travaillé”. Tout un défi!
Tu es guide-animatrice au Musée du Monastère des Augustines à Québec, Que t’inspire le Monastère ?

Le monastère m'inspire la tranquillité et la paix. C'est profondément lié au lieu et à la communauté. J'entre parfois au boulot avec mes angoisses immédiatement résorbées au contact apaisant du lieu. Mine de rien, le terrain de l'hôtel Dieu est occupé par le d'Augustines, depuis 1644. Traitez moi d'ésotérique mais je crois que c'est lié à l'inconscient du lieu.

Est-ce un monastère dans le sens classique du terme ?

Le Monde des Augustines, aujourd'hui n'est plus un monastère au sens classique du terme puisque les Augustines ont décidé d'ouvrir l’ancien cloître pour en faire un lieu de mémoire habité avec un musée, un centre d'archives, un centre de ressourcement et un hôtel. La communauté n'habite donc plus dans le vieux Monastère mais dans une autre aile du bâtiment. Au Monastère des Augustines, contrairement aux autres couvents, il y a de l'action dans les lieux publics comme le musée ou l'accueil tout en étant un lieu propice à la contemplation.

Comment convaincrais-tu un touriste au sujet du Musée Le Monastère des Augustines ?

Les Augustines ont fondé le premier hôpital en Amérique du Nord au Nord du Mexique. Ce sont des femmes de tête qui ont posé les bases de notre système actuel de Santé​. Les côtoyer tous les jours est un privilège. Que dire de plus. Je ne peux que vous encourager à visiter le musée qui retrace plus de 375 ans d'histoire!
Quelle est Ta phrase préférée, celle de Saint Augustin ?
Je n'ai pas de citation en particulier mais j'aime son message d'amour.
Quel est ton plus grand défi ?
Finir mes projets. Je suis une personne avec plein d'idées mais j'ai parfois de la difficulté à les concrétiser.
Ta musique préférée
J'aime beaucoup PJ Harvey, Rufus Wainwright, Feist et Jimmy Hunt. J'ai un faible pour les artistes un peu outsider. Les paroles sont importantes pour moi.

Ton havre de paix ?

Ma sœur, ma solitude, mes livres et mes amis.
Alix, une voyageuse ?

J'ai beaucoup voyagé dans ma jeune vingtaine. En 2008, j'ai célébré mes 18 ans à Paris. En 2010, je suis partie en Europe avec un billet d'aller et sans plan. On a fait 5 pays (France, Suède, Écosse, Italie, Allemagne). En 2012, j'ai voyagé seule en Espagne et au Portugal. Maintenant, je suis plutôt pauvre comme job. Je voyage dans les mots! Cette année j'ai planifié un voyage à Toronto.
Trois derniers romans que tu as adoré ?
La femme qui fuit de Anaïs Barbeau-Lavalette. Je l'attendais depuis longtemps. Écriture au compte goutte racontant l'histoire de la grand-mère de Barbeau-Lavalette. Pour une amatrice d’histoire de l'art, cette histoire est du bonbon. 
Un long soir, Paul Kawczak. Une découverte, cet auteur. J'adore la forme brève expérimentale. J'espère le revoir. Après les avoir rencontré au Mois de la poésie, je suis en train de lire vivre près des tilleuls du collectif Ajar.
Mon Saint Roch ? Y habites-tu depuis toujours ? Parle-nous de Ton Saint Roch ?
J'y habite depuis trois ans. Avant, j'étais en Haute-Ville. Mon saint Roch est un Phoenix. Qui fut en l'espace de deux cent ans un quartier ouvrier et un lieu où la haute bourgeoisie faisait ses emplettes. Par la suite, il fut considéré dès les années 1980 comme le quartier le plus mal famé du pays. Mon quartier a toujours su se réinventer. J'aime ses contrastes parfois déroutants. Ils alimentent ma fiction.

Un mot sur le mois de la Poésie (mois de mars) ? C’est quoi le collectif Ramen ?

Le collectif Ramen est un collectif littéraire et poétique de la basse ville de Québec. Notre but : faire croître la poésie à Québec. Nous organisons des soirées de récitals poésie à chaque troisième vendredi du mois à la librairie St-Jean-Baptiste. Chaque soirée est suivie d'un micro ouvert  où tous sont invités à lire. Nous produisons également des fanzines (sortes de livres de poésies autopubliés). En somme, nous sommes à la fois créateurs et diffuseurs de poésie.
Quel coin du monde rêves-tu de visiter prochainement ? Pourquoi ?
J'aimerais bien visiter la Grèce pour la lumière particulière. J'aimerais aussi aller voir les provinces de l’est du Canada.
Quelle est selon toi, la place de la femme dans les ARTS au Québec?

La moitié des signataires du manifeste du Refus Global étaient des femmes (équivalent du manifeste du surréalisme au Québec). Je ne crois pas qu'elles ont eu la reconnaissance que leurs comparses mâles ont eu. Au Québec, nous vivons dans une société progressiste, certes mais il y a encore du chemin à faire. Trop souvent, les récits autofictionnels de femmes sont considérés comme relevant de l'intime. Alors que l'intime masculin lui, est faussement considéré comme plus universel.

À quoi penses-tu lorsque tu entends parler le mot "féminisme" ?

Pour moi, le féminisme rime avec Solidarité. Je pense à la solidarité, à l'amitié, à la bienveillance entre les femmes. Le féminisme est aussi un combat, il faut se rappeler que rien n'est acquis!

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba,

(Le Sanctuaire de Pénélope)

 

Publié dans Femmes Inspirantes

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Rosette Pipar: L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon

Publié le par Nathasha Pemba

Née en Belgique, Rosette Pipar réside au Québec depuis plus de trente ans. Trois décennies qui correspondent à son engagement dans le domaine des communications. Elle a été tour à tour Journaliste, Agent d’artiste, Recherchiste, Animatrice de télévision, Organisatrice d’évènements et de campagnes promotionnelles. Entre autres engagements, Rosette a aussi dirigé la Fondation des arts des Laurentides. Fondatrice de Phoenix3 alliance, elle est aujourd’hui Consultante en communication et en développement stratégique et personnel. Depuis 2007, elle collabore à la direction des nouvelles collections au sein de la maison d’édition Marcel Broquet-La nouvelle édition. Nous l’avons rencontrée pour la Rubrique « Femmes Inspirantes » du Blog Le Sanctuaire de Pénélope.

Écrire la vie…

Même si, à l’âge de cinq ans, je trouvais les premières lectures idiotes… je me souviens, comme si c’était hier, des premiers textes qui s’éternisaient sur de longues pages monotones: Rémi a ramé avec sa rame… J’éprouvais des problèmes de lecture au point de devoir suivre des leçons privées… Aujourd’hui, je sais que je m’ennuyais, tout simplement. Mais, très vite, j’ai commencé à dévorer tous les livres que je trouvais… J’étais fascinée.  J’ai tout de suite aimé écrire. Le monde du livre était le seul espace où mon imaginaire galopait avec bonheur, jamais rassasié. Plus tard, je suis devenue un rat de bibliothèque. À chaque moment libre, je m’infiltrais dans l’immense et imposante bibliothèque de l’école. Mes premiers poèmes virent le jour vers l’âge de 14 ans.

Comment s’est tissée, au fil du temps, votre relation avec l’écriture ?

Ce n’est que vers l’âge de 30 ans que j’ai recommencé à écrire pour moi. Le processus s’est accéléré alors que mon corps et mon âme percevaient un début de vide existentiel, alors que j’avais, apparemment, tout pour être heureuse et comblée. L’écrit devint alors l’expression de mes questionnements, de ce trop plein inexplicable.

Écrire, de ce fait, peut-il être considéré comme un exutoire ?

Plus tard seulement, le livre devint l’exutoire viscéral de la crise de mon couple. Des carnets, écrits à l’encre turquoise, d’une main docile malgré le bouillonnement intérieur, en témoignent. Je croyais les utiliser pour en faire un livre. À part quelques poèmes extraits de ces amis fidèles, les écrits sont restés figés dans ces cahiers de douleurs. D’autres mots, issus de mes rêves, ont aussi rempli quelques carnets. J’y inscrivais les signes de la nuit et les signes du jour, tentant de remettre de l’ordre dans mon cœur brisé et de trouver la force d’avancer en me délestant d’un peu de chagrin et en me gonflant d’objectifs et de nouveaux rêves, vivante que j’étais, malgré tout.

Comment expliquez-vous cela ?

Toujours, je considérais ces écrits comme une extension de l’expression de mes émotions. J’avais du mal à prendre ces « fragments » trop au sérieux. À force d’offrir des poèmes à mes amies, à des connaissances, j’ai bien dû admettre que mes mots, écrits spontanément, avaient un certain écho auprès d’autres.

Et aujourd’hui, Que dites-vous de votre relation à l’écriture ?

Ce n’est que très récemment, malgré les 11 livres écrits, que j’ai réalisé à quel point l’écrit est ma mission actuelle. Je lui dois la Vie. L’Univers me l’a confié et lorsque je m’accorde un espace libre, la connexion se fait, miraculeusement. Je peux affirmer que je suis écrivaine, surtout poète. Ah, si quelqu’un m’avait dit, comme à Duras : « Ne faites rien d’autre qu’écrire… », peut-être me serais-je commise plus rapidement. Et, en même temps, ne faut-il pas un certain vécu, voire une certaine castration, pour que jaillisse, plus fort encore, le flux de l’émotion parfois trop longtemps macérée.

« Écrire, ce n’est pas, pour moi, orchestrer savamment un plan d’écriture, même si une certaine organisation est nécessaire. C’est surtout un acte impulsif, une force qui demande à vivre. Le texte, bien sûr travaille par la suite, conserve, presque toujours, sa forme brute, pulsion de l’instant capté à même la vie »

Vous parlez de mission. Pensez-vous que chaque humain a une mission sur terre ? Comment prendre conscience de cette vérité ?

Certains frémissent lorsqu’on leur parle de « mission ». Personnellement, j’ai pressenti que je devais nécessairement en avoir une. C’est sans doute un grand malheur qui m’a incitée à revoir mes objectifs de vie. Lorsque mon château de sable s’est écroulé, je me suis demandé ce que je faisais sur terre. J’ai donc fait le bilan de ma vie à 40 ans, tant du point de vue professionnel que personnel. Au niveau de ma carrière, ce fut assez facile. Quelques tests d’orientation, d’évaluation de mes habiletés, de mes désirs me confirmèrent la route à suivre. J’étais bien dans mon élément mais je pouvais y ajouter quelques formations et outils. J’entamai alors une dizaine d’années d’études universitaires, à temps partiel.

Comment définirez-vous la mission ?

Pour moi, la mission de la vie est bien de faire ce que l’on aime naturellement, être dans sa passion. À quoi reconnaît-on une passion ? Simple. Tout ce que vous feriez même si vous n’étiez pas payé pour le faire car cela vous semble facile et, surtout, car cela vous procure de la joie. Parfois, cela nous paraît trop simple et nous cherchons ailleurs au lieu d’irriguer le champ de nos talents naturels.

Vous êtes Coachdans quel domaine précisément ? En développement personnel ? En quoi consiste exactement votre travail de Coach ? Êtes-vous satisfaite ?

J’ai été coach dans divers domaines. Lorsque je gérais la Fondation des arts des Laurentides (1996 à 2008), j’ai notamment conçu Horizons artistiques, un programme de réinsertion sociale par les arts pour les décrocheurs scolaires durant quatre ans. Trois cohortes de 20 jeunes âgés entre 15 et 25 ans ont été encadrées par une équipe d’intervenantes sociales durant près de 4 mois à raison de 30 heures par semaine.

En quoi consistait ce projet ?

L’essentiel de ce projet consistait à tenter de provoquer une étincelle chez ces jeunes désœuvrés. Pour ce faire, j’ai invité une vingtaine d’artistes professionnels dans diverses disciplines que ce soit le théâtre, l’écriture, la musique, la sculpture, la peinture, la danse, la photographie, la vidéographie, le cinéma et même un chef de chœur et un chef d’orchestre à présenter leur passion à ces jeunes. Il fallait leur démontrer à quel point ce qui nous anime nous rend vivant. Tous ces jeunes ont participé à de nombreux ateliers de développement personnel, des ateliers créatifs de groupe. Je leur ai personnellement montré comment créer un plan d’affaires sommaire incluant un positionnement personnel, un slogan, un dépliant, une carte d’affaires.

En dehors de ce projet de la réinsertion par les arts, avez-vous une autre expérience à évoquer ?

Au niveau corporatif, grâce à mon entreprise Phoenix3 alliance, j’ai également accompagné de nombreux entrepreneurs dans leur développement commercial dans divers secteurs d’activités : tourisme, santé, agroalimentaire, culture, sport. J’ai présenté de nombreux dossiers aux Grands prix du tourisme des Laurentides et obtenu 13 grands prix dont deux au national. Aussi, le Grand prix de la culture en 2000 pour le Festival des jeunes musiciens. J’ai conçu également un programme-pilote « Art et affaires » pour le Conseil de la culture des Laurentides soutenu par les Partenaires du marché du travail (Emploi Québec).

« Dernièrement, je faisais mes courses et l’emballeur à la caisse m’interpella. Comment allez-vous madame Pipar ? Interloquée, je le regardai en lui répondant : « Vous me connaissez ? » Il me répondit avec un large sourire : « Tout le monde devrait connaître madame Pipar ! » Soudain, je me souvins du grand gaillard qui participait à Horizons artistiques et qui voulait absolument faire des bijoux avec des micros pièces de vieux ordinateurs »

Les gens vous font-ils confiance sans hésiter ?

En général, les gens me font assez rapidement confiance. J’ai une bonne capacité d’écoute et d’empathie. J’agis souvent comme une « mère », ce qui n’est pas toujours l’idéal pour un coach d’affaires. Ce qui est particulier, chez moi, est le fait que lorsque j’ai réalisé un diagnostic d’entreprise doublé d’un plan de commercialisation, je suis tellement convaincante que les clients m’ont souvent confié la réalisation de mes propres plans. Je les ai donc accompagnés durant 2 à 4 ans. Une des raisons qui m’a poussée à cesser ces activités est que j’étais un peu trop imprégnée des enjeux des entreprises que je « portais » littéralement à bout de bras. Expérience exaltante mais quelque peu éreintante.

Pensez-vous que l’écriture est avant tout un acte de liberté ?

Pour moi, l’écriture est certes un acte de liberté, mais elle est surtout la voix de l’inconscient qui se manifeste, celle du corps et du cœur, celle qui veut communiquer à sa manière. Une sorte d’écho de l’expression humaine brute en ce qu’elle a de pur, d’authentique, d’essentiel.

Quel est votre rapport à l’écrit ?

En ce qui me concerne, l’écrit m’est devenu vital. C’est ma voix, c’est mon feu, c’est ma vie. Pire, c’est ma seule raison d’exister. J’ai longtemps craint la parabole des talents. Elle me hante encore… « Qu’as-tu fait de tes talents ? » Souvent, je pense à la mort en me demandant si j’ai fait fructifier les talents reçus. Sans prétention, la bonne fée m’en a affublé de quelques-uns. De plus, ma curiosité naturelle m’entraine à me disperser. Je n’évoquerai même pas en détail l’ampleur de mes activités professionnelles qui me poussent dans l’idéation, la création, l’organisation, les communications… qui me tiennent très occupée. Entre le théâtre, la danse, le dessin, la couture, la cuisine, premières amours que j’adorais, j’adore et j’adorerai… il me reste, l’écrit, outil qui, à lui seul, peut exprimer toutes ces envies à peine comblées. L’écrit est donc devenu un devoir, dans le sens non contraignant de l’acte. Au plus, je lui laisse le champ libre, au plus il se déverse tel un torrent me confirmant que « quelqu’un écrit » … il y a tant à dire. J’écris intuitivement. Je ressens le flot qui se manifeste à travers ma plume singulière. Ce devoir est donc de le servir pour qu’il puisse susciter chez celui qui lit, l’envie, l’élan vers soi, peu importe son médium d’expression. Oser ce qui nous fait vibrer, il n’y a rien d’autre ici-bas. Car si je rayonne de joie, j’éclairerai l’autre qui me le rendra.

Vous êtes Poète… Quel rapport la poésie entretient-elle avec le monde ?

La poésie se fait l’extension impulsive, intuitive, de tout ce qui m’habite. Que ce soit une émotion, une impression, une rencontre, un fait divers. Les mots jaillissent naturellement avec une fluidité déconcertante qui m’a souvent portée à croire que « ce » n’étaient que bribes imparfaites de souffles qui me traversaient. Une sorte d’exutoire simplet. Cependant, à les relire, je dois bien me rendre à l’évidence que ces mots n’ont rien d’anodin. Ils reflètent l’instant vécu, sorte d’instantané photographique de ce que je vis. Ils me renvoient à ces souvenirs, ces réflexions qui m’interpellaient comme un album photos dans lesquels on revit les moments de notre existence. Un songe, un constat, un témoignage, une revendication, une plainte… dans une approche humaniste. La vie, l’amour, la mort, la vieillesse, la douleur, la trahison, la joie, les amis, la nature … Le sujet de l’humain est déjà assez vaste pour que je me perde dans des conjonctures sociales ou politiques qui me désarment. Par contre, certains poètes excellent à dessiner des images parfois virulentes, parfois hautement philosophiques et aussi étrangement censées sur leur vision du monde. En ce sens, la poésie est essentielle.

Quels sont les thèmes de vos recueils ?

Un thème, cependant, est récurrent chez moi. L’écrit ou, comme dirait un de mes amis : le cri. En effet, l’écrit a longtemps été cette voix qui revendiquait sa place dans ma vie. Il piaffait… attendant dans l’antichambre de ma vie. De nombreux poèmes en témoignent. D’ailleurs, « Désir d’écrire », mon premier essai intimiste, est l’accouchement de l’écrit. C’est Lui, l’écrit qui me parle. Voulant comprendre pourquoi je procrastinais, je lui ai laissé sa voix. Je lui ai répondu. Je sens que, bientôt, il prendra la place qui lui revient.

Pensez-vous que l’espérance est un ingrédient nécessaire pour sortir des misères que nous impose, quelques fois, la vie ?

L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon. En 2010, le vide existentiel s’étant fait omniprésent, ayant réalisé beaucoup de mes rêves, je décidai de suivre le programme « Sens et projet de vie » destiné, initialement aux gens désireux de « re-traiter » leur vie, de préparer leur retraite et de trouver un nouveau sens à leur existence. Outre les merveilleuses lectures, les rencontres avec un groupe de 20 personnes avec lesquelles j’ai cheminé durant deux ans et demi, j’ai appris que le sens de la Vie est celui qu’on lui donne. Ouf. Quelle responsabilité ! Quelle soudaine liberté. Impossible, dès lors, de se cacher. Pour ce faire, il est vital de bien ou enfin, de mieux se connaître, d’identifier nos valeurs, nos passions et de nous y dédier.

Comment un adulte traumatisé par ses parents, durant toute son enfance, peut-il s’en sortir ?

Chacun d’entre nous porte ses propres blessures qui génèrent un lot de souffrances. Même si le traumatisme d’un enfant battu ou violé peut sembler pire qu’un enfant incompris de ses parents, il n’en reste pas moins que la souffrance, elle, est à son paroxysme pour chacun de nous. Je crois sincèrement que l’on peut apprendre à mieux vivre. Personnellement, je suis en quête existentielle depuis l’âge de 15 ans. Sans doute un désir de comprendre et de dépasser les sentiments de mal-être m’ont motivée à rester cette chercheuse de l’infini.

Le risque de replonger dans l’angoisse existentielle semble toujours présent…

C’est un chemin difficile. Se remettre en question me semble essentiel, toujours dans le but d’arriver à être de plus en plus en cohérence avec ce qui nous anime. Parfois, il faut des années pour comprendre les décisions prises à notre détriment. Pourtant, toutes, elles nous servent de terrain d’apprentissage vers soi. En même temps, comme on peut lire dans L’Ecclésiaste ou le désir infini de trouver un sens à la vie … «Va, mange ton pain… vis, simplement. » Pourquoi l’être humain est-il si torturé ? Sans doute cette cassure avec la divinité en nous, cette mémoire d’un au-delà plus grand que nous et duquel nous avons été amputés pour vivre l’expérience terrestre dans ce terrain de jeu qui nous offre des leçons de vie.

À ceux qui demeurent pessimistes dans la vie, que leur conseillez-vous ?

J’ai lu beaucoup de théories au sujet des gens naturellement optimistes et ceux dont le tempérament penche souvent vers le négativisme. On pourrait donc avoir tendance à être défaitiste en se disant que notre ADN est blanc ou noir et que nous n’avons aucun pouvoir sur notre personnalité. Je crois qu’il s’agit, avant tout, d’apprendre à être conscient de nos pensées, d’identifier les sources négatives, de muscler notre façon de penser et surtout de s’entourer de gens positifs ou du moins de tenter d’éviter les autres. L’être humain a tendance au mimétisme et s’il n’est pas vigilant, il peut facilement tomber dangereusement dans des habitudes néfastes. Sans verser dans l’attitude « rose » de certaines personnes qui prétendent ne jamais vivre de problème, il est possible de relativiser et lorsqu’on apprend la gratitude, l’habileté à reconnaître les petits instants de bonheur de chaque jour, on développe un espace plus grand pour la joie. Un des exercices que je faisais avec mes enfants était d’identifier toutes les choses positives de la vie et les négatives aussi. On est alors surpris du nombre de bons éléments que nous pouvons trouver au quotidien. Au plus on remplit son cœur de points positifs et de lumière, au moins il reste d’espace pour le sombre.

Quel est votre philosophe de cœur ? Pourquoi ?

Philosophie de cœur ? Quel programme ! Existe-t-il une philosophie du cœur ? Tout ce que je puis en dire c’est que j’ai découvert, justement lors du séminaire « Découvrir sa mission » animé par Thérèse Landry, élève de Jean Montbourquette, que j’étais une femme de cœur. C’est du moins ce qu’elle m’a dit. J’en suis restée totalement surprise. Il est vrai que j’ai toujours beaucoup d’attention pour les amis, la famille, sans doute parce que j’aimerais qu’on m’en accorde autant moi qui en ai tellement manqué. Aujourd’hui, je donne sans attente, juste pour le plaisir de faire plaisir. Mais le cœur est bien autre chose que le simple fait d’offrir quoi que ce soit. Le cœur est le pouls de l’être humain. Il devrait être au centre de nos décisions. Malheureusement, on, je, le relègue encore bien trop souvent au second rang au profit du mental qui, effrayé, s’emballe et prend le contrôle de la zone de confort, même inconfortable.

Bachelard écrit: « Au commencement est la relation», Que vous inspire cette phrase ?

J’ai lu un merveilleux livre « Le courage de créer[1] » qui parle de rencontre avec soi. Rencontre avec ce qui naît de soi et que l’on accueille. Sorte de découverte. Un peu comme lorsque j’écris et que je lis cette autre moi qui existe aussi. J’ai lu Bachelard mais je ne me souviens pas de cette expression chez lui. Par contre, l’« instant », chez lui, évoque pour moi l’attention à l’essentiel, le vital… Il y a la rencontre avec soi, en toute lucidité et toute empathie pour la personne qu’on découvre en soi, pas nécessairement l’idéal que nous nous plaisons à tenter d’atteindre et qui, souvent, est la cause de souffrances, de déceptions. La rencontre avec soi est importante. L’écoute profonde, l’alignement avec nos valeurs. La rencontre avec l’autre est essentielle. En lui accordant une place attentive, nous le faisons exister. Nous apprenons[2]. C’est notre écho, notre miroir, celui qui nous renvoie notre image humaine. Nous n’existons que dans le regard de l’autre. Double perception, à la fois intimiste en ce qui a trait à la capacité de nous voir et à celle d’être avec l’autre.

C’est le mois de la femme : Quel est votre REGARD sur la femme du XXIe siècle ?

Plutôt mitigée cette position de femme. Ne devrions-nous pas parler des Amazones ? Ce que je vois est surtout cette fébrilité d’avoir envahi les bancs des universités, de s’être taillée une place dans pratiquement toutes les sphères de la société et pourtant d’être encore le sujet de groupes de féministes. Je compatis avec elle. Combien immenses, voire inhumaines, sont les tâches qu’elle s’est imposée pour revendiquer son statut d’égale à l’homme. Ce faisant, elle n’a fait qu’accumuler la lourdeur de sa vie car elle n’a pu évacuer son talent naturel maternel, fut-elle maman ou non, ses capacités d’empathie, d’organisatrice, de gestionnaire. Tout cela doublé d’une volonté farouche de se conformer aux standards physiques, de rester belle et désirable, séductrice… se laissant quand même, malgré tous ces talents, supplanter par certains mâles en quête de beauté juvénile, soucieux de ne pas vieillir aux côtés d’une femme de leur âge.

Je recommande la lecture « La gloire d’une femme » de Marianne Williamson. Un bijou que l’on ne trouve pratiquement plus en librairie. Je l’ai offert à bien des femmes.

***


[1] Rollo May, Le courage de créer, Marcel Broquet-la nouvelle édition, 2010

[2] Lire à ce sujet Le bonheur d’être soi… selon Sœur Angèle , Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2014.

 

Visiter le Site de Rosette Pipar: http://www.rosettepipar.com

Publié dans Femmes Inspirantes

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Charline Effah: Le féminisme est un humanisme

Publié le par Nathasha Pemba

Écrivaine, Artiste, Entrepreneure, Éducatrice et Féministe, Charline Effah est titulaire d'un Doctorat en Littérature de l'Université Charles de Gaulle de Lille. Nous l'avons rencontrée dans le cadre du mois de la femme pour notre rubrique "Les femmes inspirantes".

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J’ai lu N’Être. Je vous ai aperçu quelques fois sur Facebook, assez discrètement, avec des photos de votre mère ou de deux petites filles (votre fille et votre nièce). Vous parlez aussi de votre grand-mère dans une interview. C’est donc par-là que je voudrais commencer notre causerie : La famille ?  Quelle place la famille occupe-t-elle dans votre vie ? Quelle idée vous faites-vous d’une famille normale ?  Quels souvenirs gardez-vous de votre famille ?

J’ai grandi au sein d’une grande famille dans laquelle plusieurs générations cohabitent depuis toujours.  J’ai eu la joie d’être élevée par ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. La population de ma famille est majoritairement féminine, ce qui fait que de façon naturelle, la femme est une figure imposante et un tantinet autoritaire. Et les hommes (c’est assez drôle) se sont presque éclipsés pour laisser la scène et même une grande  partie du pouvoir aux femmes de ma famille. Ils se sont mis en retrait sans s’exclure de la gestion des choses familiales. Bien que leur implication soit plus discrète, les hommes sont toujours sollicités pour les grandes questions, notamment pour trancher sur des sujets sérieux comme le mariage. Mes souvenirs sont ceux d’une famille heureuse, soudée, parfois traversée par des orages mais qui en ressortait plus forte et plus unie. Et pour moi, une famille normale c’est celle qui sait garder son socle malgré les différences et les individualités qui la composent.

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Si j’étais un homme, j’épouserais une femme Gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre

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Charline Effah, vous êtes Féministe, Écrivaine, Éducatrice, Entrepreneure, Mère de famille… Comment arrivez-vous à concilier tous ces costumes ?

Je ne me pose pas la question de la conciliation de tous ces costumes. Et d’ailleurs, je n’aime pas trop le terme de costume car il m’évoque l’image d’un comédien qui jouerait plusieurs rôles  sur une même scène. Ces attributs font partie de moi et c’est à travers eux que je trouve mon équilibre. Il ne s’agit pas de rôles que je joue. C’est tout simplement moi.

Quel est votre style Charline ? Femme talon aiguille, petite jupe ou femme ballerine jeans ou les deux… Ou un peu de tout ?

Je suis plutôt ballerine jeans.

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Quand l’art triche, il ne touche pas

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N’Être est un roman puissant. Il dit tout à fait le contraire de son format. Il me fait penser à ces livres de petit format qui, bien souvent ne le sont pas, parce que simplement grand par leur contenu. Je pense à L’Existentialisme est un humanisme de Sartre ou encore au Contrat social  de Rousseau. Ce sont des livres d’éternité. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a inspiré ce souffle de liberté existentielle que l’on rencontre entre les lignes de N’Être ?

J’ai une âme d’artiste. Je chante, j’écris, j’ai commencé récemment à prendre des cours de guitare. Et ma sensibilité artistique m’a enseigné une chose : quand l’art triche, il ne touche pas. Et pour moi, la meilleure façon d’être authentique en écrivant, c’est de prendre toujours un peu de moi pour parler des histoires de tout le monde. J’ai écouté ma musique intérieure pour écrire N’être. J’ai cherché la corde sensible dans ma vie personnelle qui serait un élément déclencheur autour duquel j’allais écrire le roman par la suite.

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Je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme

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Charline Effah, militante féministe… J’ai été un peu surprise de le lire l’autre jour sur votre page. Quelle est votre définition du féminisme ? Et qu’entendez-vous par féminisme militant ? Pour quoi militez-vous donc ? (Pour reprendre la question)

Le Larousse définit le Féminisme comme  un « mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

C’est une définition on ne peut plus claire et à laquelle j’adhère complètement. Les choses vues ainsi, je dirai que « Le féminisme est un humanisme »

Nous sommes nombreux, hommes et femmes, à nous insurger contre les violences faites aux femmes, contre les violations de leurs droits, contre les mariages précoces des jeunes filles… Rien que pour ça, si on part de la définition du Larousse, c’est que nous sommes tous féministes. Là où les choses se gâtent, c’est quand on oublie l’essence première d’une pensée et qu’on s’arrête sur les manifestations azimutées des brûleuses de soutiens-gorge ou des apologistes de la castration. Ce militantisme extrême fait que les vraies questions sont passées sous silence. Et moi, je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme.

 Votre rapport au masculin…

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai grandi dans une famille où les femmes ont toujours été en surnombre. Cela n’a pas influencé mon rapport au masculin, bien au contraire, car j’ai compris très jeune que tant que les rôles sont définis, il n’y a aucune raison que la cohabitation se passe mal. Je sais être à ma place de femme. Je ne revendique pas de porter la culotte, ça m’est égale.  J’exige juste le respect  de mes droits et de ma personne. Je pense que ce sont des aspirations universelles.

Vos compatriotes gabonais vous estiment beaucoup en tant qu’auteure et femme engagée. Que pensez-vous du statut de la femme en général et de la femme gabonaise en particulier ? Quel effet cela vous fait-il d’être reconnue et estimée par vos pairs ?

Si j’étais un homme, j’épouserais une femme gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre. Elle a vite acquis son indépendance financière et elle s’affirme sans tapages. Sa posture actuelle est à l’image de nombreuses femmes dans le monde même si dans plusieurs pays, il y a encore du travail à faire au niveau de l’accès à l’éducation pour les jeunes filles.

La famille littéraire gabonaise est assez soudée. C’est une chose que j’apprécie énormément et je pense que, vu la jeunesse de notre littérature, l’une de nos forces réside dans cette fraternité que nous avons intérêt à entretenir.

Je vous définis comme Entrepreneure, mais je vois en vous une éducatrice aussi. J’imagine que si le seul souci était le lucre, vous auriez pu vous lancer dans autre chose, comme ouvrir une boutique par exemple. Cependant vous avez choisi d’œuvrer dans le domaine éducatif et social, d’aider en quelque sorte les jeunes mais aussi les femmes plus âgées à donner un sens à leur vie.

C’est joliment me définir en me voyant comme une éducatrice. J’ai travaillé dans un Institut de formation qui accueillait majoritairement des femmes issues de l’immigration. Vous savez, sur les terres hexagonales, il y a comme un parcours professionnel de l’immigré qui est tout tracé. On sait dans quels genres de métiers on veut retrouver les mêmes personnes sans se demander si elles ont des rêves, sans écouter leurs histoires personnelles.

Quand avez-vous ressenti le besoin de rajouter cette corde à votre arc ?

Je me souviens d’une femme d’origine algérienne qui était Kinésithérapeute dans son pays et, en arrivant en France, elle a multiplié les petits boulots pour vivre pendant des années. Elle était touchée dans son amour-propre, elle a pleuré devant moi, elle m’a dit : Charline, j’avais un cabinet de Kinésithérapeute à Alger. J’avais des salariés, deux associés et je gagnais bien ma vie. Aujourd’hui, je suis réduite à faire du baby-sitting. J’aimerais faire autre chose car j’ai honte de ce que je suis devenue ». Elle m’a demandé de l’aider à sortir de cette situation professionnelle peu épanouissante pour elle. D’autres témoignages de ce genre se sont ajoutés. Entre temps, j’ai démissionné de l’Institut de formation en question, car je voulais me consacrer à l’écriture de mon prochain roman. Mais cette femme m’a recontactée pour me demander si j’étais prête à l’accompagner dans son projet d’évolution professionnelle. J'ai, bien entendu, accepté de la revoir et ensemble nous avons travaillé pour la validation de ses acquis. Et comme les résultats étaient positifs et motivants pour elle, elle en a parlé à deux autres de ses amies, qui ensuite en ont parlé à d’autres. Je suis passée de cinq à deux cents demandes.

Pouvez-vous nous parler de l’Institut Diadème ? De ce qu’on y réalise ? De vos joies, de votre manière, à vous, de mettre en confiance les personnes qui viennent vous rencontrer…

Face à cette floraison de demandes, il était donc urgent que je donne un cadre légal à cette activité. J’ai donc créé l’institut Diadème. Pour mettre ces personnes en confiance, je vais comprendre leur histoire personnelle, leur parcours et surtout leurs rêves et ambitions. Je leur explique ce qui est réalisable à moyen et à long terme.  Ce qu’il faut, c’est être honnête, ne pas leur vendre des chimères, car certaines sont déjà assez désillusionnées. Il ne faut pas non plus les mettre dans des cases.

La vision de l’Institut... (Dans l’espace et dans le temps).

La vision de l’institut Diadème est de les accompagner sur plusieurs années de sorte de travailler par étape leurs projets.

***

Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

***

Dans le contexte de votre engagement, peut-on parler d’entreprenariat social ?

Je pense que oui.

Dans sa note sur votre roman, Alain Mabanckou a parlé de Mariama Bâ. Je n’ai pas encore lu toutes vos œuvres, mais je ne douterais point de la virilité féminine visible et tantôt invisible qu’il y a en vous. Alors, quelles sont les cinq femmes qui vous ont le plus influencée, en dehors des membres de votre famille ? En quoi vous ont-elles influencée ?

Elles sont nombreuses les femmes qui m’ont influencée et les femmes qui m’influencent encore. Mais dans un cadre strictement littéraire, il y a Ananda Devi que je recommande à toute jeune femme écrivaine de lire au même titre que Mariama Bâ, car ce serait vraiment passer à côté d’un monument littéraire. Ananda Devi est de ces auteurs qui ont un univers.  Calixthe Beyala. Elle a un style vif, vivant, saisissant en parfait accord avec sa personnalité. Honorine NGou, écrivaine gabonaise. Elle a été mon enseignante à la Faculté des Lettres modernes de Libreville. Elle écrit de bons textes. Même si elle n’est pas très connue en France, au Gabon elle jouit d’une estime et d’une notoriété indéniables.

Où situez-vous votre féminité ? Qu’entendez-vous par féministe assumée?

Féministe assumée, car à l’heure des débordements et des polémiques autour de cette question, quelques voix se taisent, de peur d’être taxée de "tête en l’air" de "femme frustrée" et de bien d’autres attributs qui dévoilent les interférences au sein de la cause féministe.

Aujourd’hui, pour demain, que vous suggère votre engagement féministe ?

J’espère avoir assez d’énergie et de temps pour monter une association qui aiderait à favoriser la scolarisation des jeunes filles en Afrique.

Pour le mot de la fin, je vous suggère de dire en quelques mots à nos lectrices et lecteurs, le lien que vous faites entre féminisme et liberté : Jusqu’où le féminisme ?

Féminisme et liberté pour évoquer le combat des suffragettes qui obtinrent le droit de vote pour les femmes en 1918. Féminisme et liberté pour évoquer qu’il y a seulement cinquante ans que les femmes eurent l’autorisation de travailler sans accord de leurs maris.  Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

 

Charline Effah et Nathasha Pemba

 

Institut Diadème:  http://www.institutdiademe.com/

Publié dans Femmes Inspirantes

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Samantha Madia Kande: Nous sommes tous des créateurs

Publié le par Nathasha Pemba

 

Peinture de Samantha MK« Rien n’est impossible, il suffit de vouloir ».Tel est le credo de Samantha. Créer est son porte-étendard. La création est une expérience qu’elle vit depuis qu’elle est toute petite. Elle croit en Dieu et sait que grâce à Lui, elle réalisera de grandes choses. Créer pour elle ne signifie pas s’enrichir au détriment des autres. Elle veut nourrir le monde de son charisme, de ses dons et de ses talents. Samantha fait partie de ces personnes que je rencontre dans mes multiples tournées. C’était au cours d’un vol Montréal-Amsterdam que j’ai fait la connaissance de Samantha. J’étais assise et lorsqu’elle est venue s’asseoir à mes côtés, j’ai compris que notre rencontre n’avait pas vocation à s’arrêter dans cet Airbus.

Étincelante, assurée, convaincue, pieuse, Samantha est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut. Elle regarde devant elle et sait que si l’aujourd’hui est déterminant dans son engagement, c’est vers l’avenir qu’elle doit se tourner.

Samantha a étudié le Design d’intérieur au Collège d’Enseignement Général et Professionnel du Vieux Montréal. Elle est diplômée en Etudes d’administration des affaires à l’Université du Québec à Montréal. Elle est peintre, slameuse, photographe…

Qui êtes-vous, Samantha Madia Kande  ?

Une jeune femme en Christ appelée à impacter cette génération par le don de créativité dans le plus de domaines possibles.

Vous êtes peintre, slameuse, photographe… Quel est votre parcours ? À quel moment de votre vie avez-vous pris conscience de votre sens de la créativité ? Que signifie pour vous « être créatrice » ?

Etre créatrice pour moi signifie ressembler à Dieu et manifester la puissance qu'il a mise en moi ; cette même puissance se retrouve dans chaque être humain sur terre. C'est celle-là même qui a permis à l'homme de survivre, et aujourd'hui d'évoluer. Il n' y a pas de création sans imagination. Nous sommes tous des créateurs, la différence est que nous choisissons de l'exposer au monde ou non, d'exploiter cette créativité ou non. Chaque jour nous créons, nous créons des relations, nous créons des histoires, nous créons des moments, nous créons des possibilités, sans pour autant prendre la place de Dieu car il est celui qui a le dernier mot.

Y a-t-il un message derrière vos peintures ?

Je passe un message derrière mes peintures et mes créations. Principalement l'identité et la foi car si nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne saurons pas ce que nous devons faire et savoir qui nous sommes nous permet de vivre notre destinée, seule garantie de notre bonheur sur terre.  Et, si nous croyons en ce que nous sommes, rien ne pourra nous arrêter.

Entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique, où vous situez-vous exactement?

Cette question me fait sourire. Les 3 sont dans mon cœur et je suis dans le cœur des 3.

Parlez-nous de l’art de vivre à Montréal ? Les rapports sont-ils simples?

Montréal est une ville que j'ai découverte, une ville riche, agréable à vivre et remplie de surprises! En hiver comme en été, il fait bon vivre. La société montréalaise a ses hauts et ses bas, mais elle devance de loin certaines villes. Je ne la vante pas, bien entendu, mais il fait bon vivre à Montréal. Je reconnais aussi que les rapports n’y sont pas toujours simples, malgré la grande ouverture des Montréalais. Toutefois, j’estime qu’au niveau professionnel, ils sont capables de pousser plus loin. Il suffit d’un peu plus de volonté.

Comment réussir une entreprise lorsqu’on est jeune comme vous ? Avez-vous des mentors ?

Ouf! Ce n'est pas facile, c'est un travail quotidien d'auto encouragement et de vision. Il faut croire, persévérer et se battre. Oui, j'ai des mentors. Ils sont nécessaires lorsqu’on veut obtenir du succès dans un projet qu’on réalise. Ils ont une sagesse et une expérience dont je peux profiter. Ils ont payé un prix que je n'aurai pas à payer, à mon tour j'en paierai certainement, que d'autres n'auront pas à payer.

Parlez-nous de l’architecture d’intérieur. Comment définirez-vous le design du futur ?

Le design du futur pour moi c'est la possibilité que chacun a de créer. Qu'il s'agisse d'un environnement, d'un train ou d'une musique. Et ce, par l'ouverture du monde des affaires et par le travail participatif. Des richesses se cachent en chacun de nous et tout comme il y a 500 ans, un Samsung Galaxy S7 était une folie, le design du futur sera une folie.

Pensez-vous qu’il existe spécifiquement des métiers pour les hommes et pour les femmes ?

Oui et non. Nous sommes faits différents. Notre différence ne veut en aucun cas dire inférieur à l'autre mais simplement différents. Rien qu'à regarder la carrure moyenne d'un homme, elle est carrée alors qu'une femme aura des formes sinueuses. Nous excellons dans des fonctions différentes à cause de la nature mais une femme qui travaille fort peu tout aussi bien soulever des poids lourds!

Vos coups de cœur dans le domaine de la culture ?

La publication des plus belles constructions architecturales de 2016 selon ArchDaily. Il y a de quoi se rincer l'œil !

En tant que femme inspirante, quel est votre message pour celles qui aimeraient suivre vos pas ?

Sachez quelle est votre valeur et demeurez toujours humble.

Quel est votre grand défi ? Des projets pour la RDC, votre pays d’origine ? Pouvez-vous nous en parler ?

Mon grand défi est de me laisser toujours influencer par les causes qui en valent la peine et de ne pas baisser les bras devant les impossibilités qu'essaient de nous dicter les sociétés. Oui beaucoup de projets et non je ne peux pas en parler 

Un mot pour les lecteurs ?

Si vous abandonnez c'est que vous n'avez jamais commencé.

 

Nathasha et Samantha

Publié dans Femmes Inspirantes

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Pour moi, chaque note de musique a de la valeur et du sens. Pour elle-même et pour l’autre car aucune note ne se suffit à elle-même dans la mesure où elle donne constamment de la valeur à une autre note, Alvie Bitemo

Publié le par Nathasha Pemba

Originaire du Congo-Brazzaville, elle exerce aujourd’hui sur le plan international. Sa musique n'est pas que congolaise, car ce qu’elle chante reflète le métissage des sonorités du Congo, de l’Afrique et du monde. En effet, Alvie s’inspire de beaucoup de diverses couleurs musicales du monde.  Celles-ci n’ont aucun incident sur ses racines congolaises.

Dès son plus jeune âge, Alvie Bitemo rêve de musique et de chant. Elle chante, elle compose. Elle sait déjà ce qu’elle sera plus tard. À l’âge de onze ans, elle dit déjà, avec conviction, à son père : « Je serai chanteuse !»

Mes racines congolaises me définissent prioritairement 

Cet ancrage dans sa culture d’origine lui permet, dès lors, de se définir comme une citoyenne du monde avec une Âme congolaise. Tout cela en lien avec sa vocation de chanteuse, de comédienne et de costumière.

Durant son enfance, Alvie n’avait pas droit à la parole devant les adultes, non pas parce qu’elle était brimée, mais parce qu’elle est passée par un moule éducatif où un enfant devait se taire lorsque l’aîné parlait ou engueulait. Pour ne pas étouffer ses pensées, elle a choisi de se réfugier dans la chanson :

Je chantais tout ce que je ne pouvais pas dire devant les adultes 

Tout est parti de là. Après le soutien constant du père, il y a eu d’autres visages comme celui d’Alain Ndouta, du pianiste Eustache. Consciente d’avoir besoin de l’expérience de certains aînés et aînées pour solidifier sa vocation, Alvie est passée par l’apprentissage auprès d’autres grands artistes congolais comme Clotaire Kimbolo, le Général Makoumba Nzambi, Armel Malonga et bien autres.

 Je ne compte pas m’arrêter là, car dans la musique comme dans la vie en général, nous sommes toujours en apprentissage 

Alvie et les autres artistes ?

Je suis fan de Tracy Chapman, Myriam Makéba, Angélique Kidjo, Abetty Massikini et bien d'autres qui ont forgé et continuent de forger l’artiste que je suis ». Mon chanteur de cœur est Lokua Kanza. Avec les autres artistes de ma génération, les choses se passent bien.

Quelles difficultés rencontres-tu dans l’exercice de ta profession ?

Des difficultés ? Il en existe dans chaque profession. Ma première difficulté se trouve avant tout dans ma condition féminine. Etre femme dans un domaine où la prédominance est masculine n’est pas chose aisée. Et, en Europe la situation est encore plus difficile. À ma condition féminine s’ajoute ma condition Noire. Je suis donc une femme noire, et lorsqu’on est une femme noire dans ce milieu, on vous colle tout de suite quelque chose à la peau, une étiquette du genre : " vous faites du jazz ? Vous devriez" ou encore " Faites de la rumba congolaise".

Et quels sont tes moments de bonheur ?

Le bonheur dans mon métier, ce sont toutes ces belles rencontres que je fais à chaque concert, à chaque création théâtrale, à chaque création de costumes…

Quel est ton plus beau souvenir ?

Mon plus beau souvenir... Je ne saurais le nommer. J’ai plein de beaux souvenirs et je sais que d’autres sont à venir. Cependant, j’avoue que je suis restée très marquée par ma rencontre avec Lokua Kanza au Brésil. C’était lors du festival des Arts nègres. Je ne l'avais jamais rencontré auparavant. Mais les meilleurs souvenirs c’est aussi… Après un spectacle de théâtre. Parfois, c'est comme une transe, Parfois comme un rêve. L’après-concert est toujours émouvant. C’est ineffable. Ce sont des étincelles qui illuminent mes yeux et je me dis au fond de moi : « Il suffit que ça dure ».

Combien d’albums à ton actif ? Un album à venir ?

J'ai un album, Mini Ouenzé, qui s'appelle Lamuka. Il s’agit d’un duo avec Benoist Bouvot. Actuellement je suis en studio pour un projet d'album en solo.

Es-tu un auteur compositeur ? Si oui, comment les chansons te parviennent-elles ? Par rêve ou par l’observation des phénomènes sociaux ?

Oui, je suis auteur et compositeur. Je compose mes chansons, il m'arrive de rêver un morceau ou encore quand je fais la marche. Le fait social aussi joue un rôle essentiel dans mes compositions. En outre, j'adore faire une balade quand il pleut, j'adore sentir la pluie sur moi, car il y a toujours une mélodie qui vient à moi.

J’ai écouté Mawazo. Est-ce le souvenir de quelque chose que tu as vécu ? Ou bien cela est dû au fait que de plus en plus les nations se déchirent en se fondant sur la différence ethnique ?

Mawazo ne parle pas de déchirement ethnique. Cela étant, j'ai beaucoup de chansons qui puisent leurs inspirations sur tous ces problèmes qui continuent à mettre le Congo et certains pays d’Afrique en déséquilibre. Les problèmes ethniques, je les ai connus, oui, et je continue à les rencontrer, d’une manière ou d’une autre, car au Congo cette affaire n'est toujours pas résolue.

Certains musiciens avec qui je discute souvent me parlent de leur difficulté à trouver de producteurs fiables dans le milieu. Est-ce ton cas ?

Oui. Il y a un grand problème concernant la plateforme artistique congolaise. Que ce soit au pays ou bien ici en Europe, la culture d'un pays doit d'abord être soutenue par ledit pays qui doit reconnaitre ses artistes, moyennant un financement national. Cela, dans le but de faire fonctionner l'artistique, avant de se mettre à demander des partenariats aux autres pays. Or de nos jours, pour réaliser une création qui tienne vraiment la route avec des moyens comme il faut, c’est difficile si on n’est pas soutenu. Souvent les subventions viennent d’ailleurs et même quand le spectacle est monté par des artistes congolais résidant à l'étranger, le Congo est incapable d’accueillir le spectacle. Il y a fréquemment des spectacles comme le théâtre ou la musique qui sont composés de plusieurs nationalités d’Afrique ou d’Europe. Il y a toujours une tournée organisée selon les nationalités. De fait, le spectacle finit par aller dans le pays de chaque artiste et le Congo est toujours absent. Le Congo ne prend jamais en charge quoi que ce soit. Et c’est bien dommage pour ce pays de grade tradition culturelle.

Alvie actrice ? Tu es une artiste complète si je comprends bien… Quels sont les œuvres de cinéma où l’on peut te voir ?

Oui j’essaie d’être complète. C’est un travail de tous les jours. Je suis chanteuse comédienne, musicienne et costumière. J’ai joué dans le film « Max et Lenny » puis dans « Bienvenue à Marly-Gomont » et dans « Nevers ».

Quel est ton style ?

Je ne veux pas me mettre dans une boite alors je fais de la musique du monde, ou encore une musique métissée; faite de toutes les couleurs du monde.

Pour moi, chaque note de musique a de la valeur et du sens. Pour elle-même et pour l’autre car aucune note ne se suffit à elle-même dans la mesure où elle donne constamment de la valeur à une autre note. Il existe donc cette dimension complémentaire, à travers les notes de musique que je révère beaucoup… Les notes, c’est un peu comme les doigts de la main .

Quelle est la différence entre musicien et chanteur ? Et Alvie ?

Le musicien c'est un joueur d’instruments, un créateur musical. Le chanteur, quant à lui, chante et interprète. Moi je suis chanteuse, compositrice et musicienne. Mais je me définis plutôt comme une Artiste tout simplement.

Quels sont tes projets ? Ton programme 2017 pour ceux et celles qui veulent te suivre ?

Mes projets en 2017, c'est de finaliser mon album en solo et faire la sortie cette année. Du 10 au 20 janvier à 15h30, je joue dans une comédie musicale « Drôle de vampires », une mise en scène de Richard Demarcy. Ensuite, je suis invitée à Bruxelles pour « La carte de blanche» de Freddy Massamba au Bozar. Du 06 au 20 février, je participe à une tournée dans les Caraïbes « Guadeloupe et Martinique » pour le spectacle « Erzuli Dahoméle ». Le 24 mars, j’ai une représentation au panthéon avec « Soulevé la politique » la suite du programme viendra plus tard.

Quel message pour la musique congolaise et africaine? Penses-tu qu’au niveau de la culture et de l’art, l’Afrique a un mot à dire au monde ?

La musique congolaise est en perpétuelle création, donc sur le bon chemin. C’est le mode de production qui nous fait défaut. Les artistes africains et africaines sont des créateurs hors pair. Je pense que la culture africaine n’a pas besoin de chercher à s’affirmer par des moyens obscurs. Elle le manifeste simplement. Elle est présente partout, elle influence beaucoup la création dans le domaine de la peinture, de la mode, de la musique et de la danse... Bref ! elle s’impose au-delà des frontières. Les Africaines et les Africains doivent être fiers de leur culture.

 

Nathasha et Alvie

 

 

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Caroline Dion, Artiste-Peintre québécoise : L’art est une nécessité. L’art a toujours sa place dans l’espace comme dans le temps. L’art provoque l’histoire. L’art nous indique même où on va.

Publié le par Nathasha Pemba

 

« Le corps est le plus important, le plus artistique. Tous les gens sont beaux à leurs façons. Je ressors des choses à ma façon ; des choses que tout le monde ne voit pas.»

C’est au cours d’une exposition à la Place Laurier, à Québec que j’ai été attirée par les œuvres de Caroline Dion, Artiste Peintre Québécoise qui, a priori exposait des œuvres  faites essentiellement des « corps ». Je suis passionnée des corps, d’abord parce que je suis un corps, mais aussi parce que le corps c’est le premier élément que l’on voir lorsqu’on est en face d’un autre moi. En ce sens le corps est le lieu de la rencontre entre l’autre et moi.

C’est donc, en me rapprochant de Caroline Dion que j’ai pu solliciter cette interview, réalisés à l’intérieur d’un café, Place Laurier.

Qui est Caroline Dion ?

Caroline Dion est une artiste peintre Québécoise. Elle est née au Lac Saint Jean et a émergé à Victoriaville. Peintre (Artiste) dans l’âme, ce n’est que plus tard que cette technicienne en électrophysiologie, va se consacrer à cette passion et en faire un métier. Caroline Dion considère que l’art possède des vertus essentielles pour le bien-être de la personne humaine. Elle travaille de façon à capter l’essence émotionnelle de ses sujets. Ayant toujours été plongée dans les arts dès son jeune âge, elle explore plusieurs médiums et c'est la peinture qui a retenu son attention.

Caroline Dion est aussi récipiendaire de plus d’une vingtaine de bourses et de prix. Ce qui fait d’elle une artiste internationale, parce que même en dehors de Québec, elle expose ses oeuvres.

 De ma rencontre avec Caroline Dion, j’ai pu retenir qu’en transformant la nature et en travaillant, l’homme s’accomplit, s’élabore et s’affirme. C’est dans cette création, dans ce travail que l’artiste, dans son domaine de compétence cherche à exprimer de manière durable ce qu’il porte en lui, pour son bien-être et pour celui de son entourage. L’art apparaît ainsi comme étant la marque la plus généreuse, car c’est dans l’art que la vitalité humaine atteint son summum. C’est dans l’exécution artistique que l’artiste réalise sa béatitude et se sent bien dans son être et dans toute son humanité. C’est en récréant l’univers et les corps que Caroline Dion réussit à être en harmonie avec le monde, et avec elle-même. Le corps humain reste son sujet principal. Elle peint le nu et les expressions du visage.

Comment on le remarque, à travers les œuvres de Caroline Dion,  les corps sont non seulement recréés, mais il y a aussi la rencontre interhumaine qui passe par la médiation sensible. Quand cette médiation engendre la sensation esthétique, elle créé la solitude comme la rencontre de la nature et des corps. La perception esthétique ici devient le lieu de recueillement et du bien-être de l’humain. C’est pourquoi l’art telle que présenté par Caroline Dion, en conduisant à la découverte des corps, conduit à la découverte de soi-même, de l’autre et de l’univers. La contemplation d’une œuvre d’art devient donc un acte de la vie, puisque c’est l’être vivant, corps et esprit, tout entier qui fait cette expérience. L’expérience du beau est profondément humaine, parce qu’elle met en lien la dimension spirituelle et corporelle de l’humain. Disons que, selon Caroline Dion, un esprit, dépouillée de son corps, donc de sa sensibilité aura du mal à entrer dans l’univers esthétique. En somme aucun rendez-vous de la vie concrète et réelle, telle qu’elle se donne à voir et à vivre, ne se fait sans corps.

La parole à Caroline...

-Comment êtes-vous devenue artiste-peintre ?

Je l’ai toujours été. Même toute jeune, depuis que je dessine. Je suis tellement hyper active, que quand je ne pouvais pas bavarder, je dessinais. J’ai travaillé pendant dix huit ans comme technicienne en électrophysiologie. Ensuite, Je faisais dans mes temps perdus de la Haute couture pour enfants. J’ai commencé la peinture sur les vêtements que je peignais. Pour les besoins, je me suis mise à peindre professionnellement sur les toiles. Le cheminement de ma vie avec tout ce qui est arrivé m’a conduite à devenir artiste-peintre personnel.

-Que véhiculez-vous dans vos œuvres ?

Des émotions. Ceux qui me suivent disent que mes personnages parlent. Mais il est question des émotions intérieures. La sensibilité. Des émotions à fleur de peau. Après la sérénité. On est bien intérieure, parce que la sérénité ne se lit pas sur le visage, mais c’est quelque chose qui se vit de l’intérieur. Quand je peignais, c’était des nus qui laissent voir les émotions à travers le corps humain.

-Vos œuvres représentent des visages, des corps ; est-ce que la personne humaine est votre sujet de préférence ou bien ?

Le corps est mon sujet principal. Mais je fais beaucoup d’autres choses : des fleurs. Il m’arrive d’ailleurs d’intégrer des visages dans mes paysages. Tout ce qui m’inspire, je peins.

 

Y-a-t-il un lien entre l’art et le corps ?

Oui. Bien évidemment qu’il y a un lien entre l’art et le corps. Le corps est ce qu’il y a de plus important et de plus artistique. Tout le monde a un corps. Tous les gens sont beaux à leurs façons. Je ressens des choses à ma façon, des choses que tout le monde ne voit pas.

Pensez-vous que même dans un monde pleinement « technologisé », la sensibilité de l’être humain peut encore se laisser émouvoir par l’art ?

Oui, je pense que l’art a beaucoup à dire à notre monde. L’art est une nécessité. L’art a toujours sa place dans l’espace comme dans le temps. L’art provoque l’histoire. L’art nous indique même où on va. Il suscite même des questionnements qui sont plus que technologique.

En dehors de l’art, avez-vous d’autres passions ?

Le Spa, le   sport… J’aime la construction. J’aime la nature, le bois. Je suis un petit peu garçon manqué… J’aime les gens et avant je travaillais dans le milieu hospitalier. Je pense que la chose qui va encore plus me chercher ce sont les sciences.

Quels types de science ?

Microbiologie, la nature, la chimie.

Êtes-vous satisfaite de votre travail ?

Oui, ils apprennent à me connaître. C’est coloré, c’est audacieux. On n’est jamais unique, mais chacun a sa personnalité et sa place.

En quoi l’art peut-il être considéré comme  une source de bien-être ?

L’art  est une véritable source de bien-être parce que créer du bonheur et donner du sens font partie de ses vocations. Transmettre aussi. L’art apporte toujours quelque chose de plus. Il est certes l’expression d’une sensibilité personnelle, mais il est aussi tourné vers d’autres personnes. Par exemple, les yeux transmettent la vraie personnalité de chacun et on peut voir au tout profond d'une personne en les regardant  dans les yeux. Ce que le corps dégage c'est une sérénité, une émotion. Il dégage L'expérience de la vie : passé,  présent et à venir...

 

Propos recueillis par  Nathasha Pemba

 

Site de Caroline Dion: https://carolinedion-car-di.blog4ever.com

 

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Initiales M… Marina parle de Manigances

Publié le par Nathasha Pemba

Je lui ai écrit un dimanche. Elle m’a répondu un Lundi. En lui écrivant un dimanche, je savais qu’elle ne me répondrait pas automatiquement. Je sais que le dimanche est un jour consacré à sa famille. Pour le savoir on n’a pas besoin de lui poser la question. Cela se ressent simplement par le respect qu’elle voue à sa famille : Ses enfants, son époux et les autres membres de sa famille. Elle est une maîtresse de maison exemplaire. Pour elle, la famille est sacrée. Dans la famille, tout a un sens. Il faut la respecter et la vénérer. Ce qu’elle a reçu de ses propres parents, elle n’hésite pas à le transmettre dans sa propre famille.

Dans la rédaction de mon questionnaire, j’ai voulu passer par « Manigances ». C’est par là que j’ai rencontré Marina. Comme personne virtuelle d’abord, ensuite comme personne réelle, parce que l’au-delà de la rencontre du virtuel, tout en restant dans le virtuel, devient toujours relation dans le réel.

Marina NekpadroBarbour est Ivoirienne, Libanaise et Française. Réalisatrice scénariste vivant en Côte d’Ivoire. Elle se définit comme une amoureuse et une passionnée de cinéma.

Dans un univers où il faut se battre pour exister comme Réalisatrice et comme femme, Marina, la maman de « Magnigances », fait figure d’exception, aux côtés d’autres grandes dames de l’univers du cinéma ivoirien.

Questions/Réponses 

Bonjour Marina… D’où t’est venue l’idée de réaliser la série « Manigances ?

Merci... Depuis la classe de 5ème, j'avais en tête l’histoire de « Manigances ». Quelques années plus tard, je me suis lancée dans l’écriture du scénario de ma série. « Manigances » est une histoire dramatique qui parle des affaires liées au cacao ivoirien. L’histoire qui s’ouvre sur une histoire d’amour, de passion, de vengeance et de pardon. Le scénario, je l’avais. Ce n’est que plus tard, après avoir suivi des cours de réalisation, que j'ai décidé de mettre en image ma série. Et cela a donné ce que vous savez.

Les acteurs ?

« La plupart des acteurs sont Ivoiriens ; certains sont métissés. On a fait deux castings pour recruter les acteurs. J’avais souhaité avoir de beaux acteurs, présentables et sans frustrations.Voilà pourquoi, après le casting, il m’arrivait, parfois d’aborder, dans la rue, des personnes qui répondaient au profil recherché. Certains acteurs sont des connaissances ou des proches. C’est le cas d’une des actrices principales qui est ma mère (Aïfa Assouad). « Manigances », c’est donc la maison, les bureaux… mais aussi la rue. Elle rompt avec le modèle classique du casting. Elle sait ainsi cristalliser les talents autour d’elle.

Quel est, selon toi, l’avenir du Cinéma en Afrique ?

Le cinéma africain a beaucoup d’avenir Parce que, aujourd'hui, on remarque que l’audience des films africains a augmenté à travers le monde. Mais en Côte d’Ivoire, comme dans la plupart des pays africains, le financement demeure le grand souci. Pour pouvoir faire un bon film qui répondra aux critères internationaux, il faut un bon financement. Mais c'est vraiment déplorable de voir qu’il n’existe aucune politique pour aider le cinéma ivoirien. Par exemple, pour faire « Manigances » j'ai dû réunir mes économies et ceux de mon époux. Cela pour vous dire à quel point nous étions passionnés et prêts à réaliser cette série avec ou sans financement.

Par ailleurs, aux rencontres internationales de cinéma auxquelles j'ai eu à participer, j'ai l’impression qu’on parle beaucoup mais que, malheureusement, l’action ne suit pas. On veut faire des grandes choses pour le cinéma certes mais si nous ne sommes pas véritablement accompagnés, nous n’y arriverons jamais.

Et ton époux, un homme discret apparemment. Il me fait penser aux hommes qui ont épousé des grandes dames de ce monde, un peu comme l’époux de Merkel ou bien Bill Clinton aujourd’hui ? J'ai regardé le film de la vie de Thatcher, j'en garde un énorme souvenir, mais surtout un amour indestructible avec son époux au-delà même de la mort. De plus en plus de femmes africaines émergent de cette manière et on a l’impression que leurs hommes s’éclipsent en leur laissant la vedette. Je pense, dans mon univers, à Émilie-Flore Faignond écrivaine, à Liss Kihindou, écrivaine, à Nadia Origo, Directrice des Éditions La Doxa, Nous savons qu’ils sont là, mais nous ne voyons que leurs épouses. Est-ce difficile d’être à l’ombre de son épouse ?

Par la grâce de Dieu j’arrive à concilier les deux vu que mon mari est lui même dans le showbiz. C'est lui le producteur de « Manigances ». C'est vrai qu'il est beaucoup effacé, mais on arrive à travailler ensemble sans problème. Il accepte le fait que je rentre très tard pendant les tournages vu que nous sommes ensemble sur le plateau de tournages. Sinon s'il n’était pas le producteur, cela aurait été très difficile et peut-être même impossible pour moi. Maintenant que ma fille a grandi, elle vient avec moi sur le plateau. Elle adore regarder comment cela se passe et me donne souvent des conseils. Je viens d’accoucher un petit garçon et quand je reprendrai les activités il sera là, lui aussi, avec moi.

Ton réalisateur de cœur ?

Quentin Tarrantino est le réalisateur qui m'inspire parce que c'est un grand innovateur. Il veut faire toujours un plus dans ses réalisations. Aller au delà de ce que les autres ont fait et ça j’apprécie beaucoup car moi aussi je veux faire au-delà de ce que les autres réalisateurs ivoiriens font.

Acteur ou actrice de cœur ?

Denzel Washington et Williams Smith. Ce sont, pour moi, des acteurs qui se surpassent dans leurs rôles. Ils se sentent à l’aise avec n’importe quel rôle. Ils ne se fixent aucune limite.

Film de cœur ?

« Gladiator » un film réalisé par Ridley Scott. C'est mon meilleur. J’adore l’histoire, les plans, les décors et la mise en scène.

Chansons de cœur ?

J’adore les chansons d’Adèle.

Quelques confidences.

Féminisme :

Marina ne se considère vraiment pas comme une féministe. Elle estime que si l’homme et la femme sont égaux, ils le sont dans la différence et non dans l’identité. L’égalité demeure au niveau ontologique certes, mais ce n’est pas possible de réclamer la même chose et de vouloir la même chose. Ainsi pour elle, chacun a un rôle à jouer dans la société et dans la famille. D’ailleurs au niveau de l’anatomie, les différences sont palpables. C’est pourquoi le militantisme féministe tel qu’il se présente aujourd’hui n’est pas à son goût. Ignorer les différences, c’est créer le chaos perpétuel dans la vie d’une personne. C’est le fait de nier les différences qui crée en fait des problèmes de fondamentalisme, même dans une relation de couple.

« Une femme doit être une Aide physique, morale et spirituelle pour son homme. L’homme en retour doit l’aimer, la protéger et la chérir. Chacun a sa place », dit elle.

Dieu ?

Elle croit en Lui. Elle lui confie son activité. C’est cette reconnaissance dans la grandeur de Dieu qui lui permet d’avancer et de se sentir, avec ses collaborateurs, comme dans une grande famille. Femme travailleuse, mais aussi mère et modèle. Fervente chrétienne, sans radicalisme religieux dans son approche, elle sait faire attention aux signes du temps et suivre son intuition.

Nathasha & Farah

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Le féminisme Humanisant de Chimamanda Ngozie ADICHIE: Nous sommes tous des féministes.

Publié le par Pénélope Mavoungou

Je pense toujours que lorsque l’on rencontre le texte d’un écrivain, on pourrait parler d’une rencontre d’amour. Une rencontre d’amitié. Avant de l’avoir rencontré dans ses écrits, on ignorait presque tout de lui. Et puis d’un coup ! On est ébloui et transporté. On a juste une seule envie : que ça dure. Le coup de foudre.

Chimamanda Ngozie ADICHIE appartient à cette espèce des grands écrivains qui vous transportent. Au début vous ne savez pas où elle vous mène, mais dès que vous vous embarquez, vous ne cessez de la découvrir. Et comme dit souvent Florent Pagny, au sujet de ses talents dans The Voice, « Elle envoie, elle envoie et puis d’un coup c’est de l’émotion, de la fascination».

« Nous sommes tous des féministes », Un texte de 50 pages qui n’est autre que la reprise d’une conférence donnée en décembre 2012 par l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi ADICHIE. Elle avait abordé le thème du danger de la pensée unique notamment sur celle que les gens ont de l’Afrique. À partir des exemples très ancrés dans son vécu, l’auteur présente des stéréotypes du féminisme, mais aussi de ce que je puis appeler le « masculinisme », le fait de toujours considérer que certains attributs sont faits pour les hommes : être président, faire de la politique, conduire un bulldozer, être philosophe, donner un pourboire, entrer seul dans un hôtel ou dans un bar, régler une addition…

Elle est partie d’un constat très personnel : « Tout le monde la traite de féministe. Et on a comme l’impression qu’être féminisme est un mal. Etre féministe pourrait paraître aux yeux de certains de ces proches comme un défaut tel être un terroriste. Sans oublier les conseils de certains de ses lecteurs. Notamment ce journaliste :

D’après lui les gens trouvaient mon roman féministe et il me recommandait-en secouant la tête, l’air attristé, d’éviter à tout prix de me présenter de la sorte car les féministes sont malheureuses, faute de trouver un mari.  Puis cette universitaire nigériane qui m’a expliqué que le féminisme ne faisait pas partie de notre culture, que le féminisme n’était pas africain, et que c’était sous l’influence des livres occidentaux que je me considérais comme féministes  

 

Etre une féministe africaine heureuse : un véritable challenge.

J’ai donc décidé de devenir une féministe heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvre et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes

Elle invite, en réalité à un féminisme décomplexé et humanisant, c’est-à-dire donner au méritant ce qu’il mérite sans être obligé de penser que ce métier est fait pour les hommes ou spécifiquement pour les femmes. Cf son exemple (resté dans sa mémoire) à travers son désir d’être chef de classe. 

À ma grande surprise la maîtresse m’a dit que le chef de classe devait être un garçon 

Des questionnements de l'auteur :

Pourquoi c’est toujours l’homme qui doit régler l’addition ?

 Et si nous inculquions aux garçons et aux filles qu’il ne faut pas faire le lien entre virilité et argent ? Pourquoi enseigne t-on aux filles de ménager l’ego fragile des hommes ? Pourquoi les éducateurs apprennent-ils aux femmes à se sous-estimer et à se diminuer ?

En définitive, je dirais que le texte est non seulement féministe, mais aussi humaniste, car pour l'auteure, nous, humains, somme tous des féministes.

Pour ma part, je considère comme féministe un homme ou une femme qui dit, oui, la question du genre telle qu’elle existe aujourd’hui pose problème et nous devons faire mieux. Tous autant que nous sommes, femmes et hommes

 Le texte est un beau texte. Un texte osé même si ma crainte c’est finalement que Chimamanda ne devienne un jour victime de la globalisation de la réalité africaine ou de ce qu'elle appelle "pensée unique". Un concept n’est jamais une réalité et moins encore un espace géographique. La congolaise que je suis est heureuse de découvrir cette culture nigériane, mais refuse d'universaliser certaines réalités aux autres pays africains. J’ai à peu près le même âge que Chimamanda, mais jamais je n’ai vu, par exemple une fille être ignorée par un serveur, comme dans cet exemple :

Quand un serveur m’ignore, j’ai l’impression d’être invisible. C’est insupportable. L’envie me tenaille de lui dire que j’appartiens autant à l’espèce humaine qu’un homme et que je suis aussi digne d’être prise en compte

Je pense qu'Adichie ne doit jamais cesser d'affirmer, comme elle l'a fait dans Américanah, que l'Afrique incarne un grande diversité.

Chimamanda Ngozie Adichie, Nous sommes tous des féministes, Paris, Gallimard, 2015.

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