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45 articles avec chroniques et analyses litteraires

Hélène Koscielniak et l'art de la nouvelle

Publié le par Nathasha Pemba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La franco-ontarienne Hélène Koscielniak arpente le quotidien de ses personnages pour y découvrir l'ordinaire et amener les lecteurs à réfléchir sur la suite puisque telle est la trajectoire de la nouvelle: imagination, narration, brièveté, chute... réflexion.

On n'sait jamais à quoi s'attendre est un recueil composé de 12 nouvelles. Ce qui relie toutes ses nouvelles, c'est l'humanité et la vie qui se laissent dévoiler de diverses manières. Mais il y a aussi leur angle d'attaque: le moment où un personnage est entre en ébullition ou encore le moment où un évènement insolite décide que désormais les choses ne peuvent plus être comme avant. Regardons par exemple l'histoire de Cléopâtre le python. Au début, on n'a pas l'air de savoir qu'il s'agit d'un reptile et puis quelques lignes on nous parle d'un python d'une espèce bien rare. Puis cette disparition de Cléo où la grand-mère finit par s'inventer tout un tas d'histoires dans son cerveau en croyant voir le serpent dans le congélateur. C'est aussi l'histoire de Julie et Christian, un couple bien insolite, le genre de couple qui se dit toutes les vilaines choses du monde mais qui ne se sépare jamais. Pour ma part, ce qui m'a touchée dans cette histoire c'est que l'aisance matérielle n'est pas toujours source de joie ou génératrice de talents. J'ai beaucoup aimé cette nouvelle et la chute est juste parfaite. Il en va de même pour la nouvelle "Non! Non!". Triste nouvelle tout de même pour Martin et les jumelles. Une destinée qui questionne sur la relation de l'être humain avec l'animal non-rationnel.

Hélène Koscielniak porte en elle un don pour décrire la vie sous ses jours les plus heureux comme les plus malheureux. Des vieux copains d'école qui se retrouvent, des enfants qui transcendent la différence sociale pour vivre leur amitié et s'encourager. Et puis en fin de compte "J'attends". Qu'est-ce que "J'attends" ? Dans tous les cas "j'ai bon espoir d'y arriver. Je n'ai jamais bu que de l'eau pour étancher ma soif. (...) Le temps passe et j'attends". Cette dernière nouvelle est très originale parce qu'elle fait parler un Sapin qui est témoin de tout. Il attend certes, mais il dévoile surtout comment l'être humain survit dans l'espace comme dans le temps en empruntant parfois des voies aussi inextricables les unes que les autres. Et si finalement on attendait en restant en mouvement ? Cette nouvelle est très originale.

Dans chaque nouvelle de ce recueil, tout semble banal au départ, mais c'est là où finalement se situe le coeur de l'oeuvre: amour, colère, tristesse, rancune, souvenir, violence, temps. L'écriture d'Hélène Koscielniak voguant entre un langage soutenu et familier donne un ton très particulier au recueil car elle souligne l'importance d'une langue dans une communauté humaine. Elle réfléchit sur les problèmes de son temps comme dans "Cléopâtre" où la Mamie  s'interroge: "Quand j'ai du temps, je réfléchis à une question qui me turlupine depuis des années. Qu'avons-nous faits (ou omis de faire), nous les baby-boomers pour engendrer une progéniture si ?" 

Je recommande ce recueil. Il est vivant.

Nathasha Pemba

Références du livre

Hélène Koscielniak, On n'sait jamais à quoi s'attendre

7.99 $21.95 $

Date de parution : 6 septembre 2017
ISBN papier : 978-2-89699-557-8
ISBN PDF : 978-2-89699-558-5
ISBN Epub : 978-2-89699-559-2
Nombre de pages : 180

 

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Imago de Cyril Dion

Publié le par Nathasha Pemba

© Nathasha Pemba

Roman politique, Imago est une histoire qui se vit au quotidien en Palestine. L'auteur traite la question du terrorisme à travers diverses destinées.

Imago c'est l'histoire d'un terroriste qui voyage à Paris pour préparer un attentat. Elle se déroule autour d'une part Khalil quittant la Palestine pour commettre un attentat en France, puis de son frère Nadr qui va à sa recherche pour éviter qu'il ne réalise son projet. Il veut lui faire comprendre que pour défendre une cause, il n'est pas nécessaire de tuer.

Les deux frères qui sont devenus orphelins par un concours de circonstances luttent pour survivre au milieu des groupes terroristes qui recrutent chaque jour. Il y a d'une part le Hamas et d'autre part il y a Daech. L'horreur qu'ils voient chaque jour fait de Khalil un révolté qui veut à tout prix lutter pour sauver la dignité des siens.

D'autre part il y a le visage de Fernando qui apparait. Au début on ne sait pas trop à qui on a affaire puisque l'auteur entrelace les récits et utilise le personnel et l'impersonnel; ce qui est assez intéressant et donne du charme au livre. Fernando fait partie des grands boss du FMI. Contre son gré, il se voit obligé d'accepter cette mission: l'aide humanitaire que son institution accorde aux vies humaines est-elle effective?  C'est un personnage qui a du caractère et à force de détails Cyril Dion le rend bien. Fernando est une personne aride qui trouve son ancrage dans la lecture d'oeuvres fictives. Il est le demi-frère (par sa mère) de Nadr. Leur mère Amandine s'est coupée du monde après avoir oeuvré pendant longtemps dans l'humanitaire. Mais Nadr ne connaît pas encore qui est sa vraie mère.

"Je n'ai pas d'origine, pas de but. La terre qui devrait me nourrir se désagrège sous mes pieds, est agrippée à d'autres mains, labourée par les chenilles de fer. Le ventre où mes membres ont poussé, où mon corps a baigné, nourri de chaleur et de vibrations, m'est devenu étranger. Je ne possède plus rien qui me rattache, plus de branche à laquelle me suspendre, plus de nom qui puisse me désigner. Apatride. Orphelin".

 

L'histoire s'entremêle donc entre ces différents personnages qui, de prime abord, n'ont rien de commun. L'histoire des deux frères montre que parmi ceux qui s'engagent dans le Djihad, il y en a ceux qui sont rongés par le désir de la vérité et qui pensent la trouver à travers un acte terroriste. C'est aussi la prise de conscience de l'espoir qui doit découler du désespoir.

Le lecteur doit faire preuve de concentration pour mieux entrer dans l'esprit de ce roman très particulier. En effet, au fils des chapitres, il est projeté dans un univers psychique tout à fait nouveau. Mais ce qui fait entre autres la beauté de ce livre c'est son caractère réaliste qui rappelle que l'histoire de la Palestine, ce n'est pas de la fiction.

 

Nathasha Pemba

Références

Imago

  • Actes Sud
  • 16 Août 2017
  • Littérature Française Romans Nouvelles Correspondance
  • 208 pages, 21.7 X 11.5 cm, 222 grammes
  •  

Un grand merci aux Éditions Actes Sud pour ce roman.

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Sa mère de Sophia Azzeddine

Publié le par Nathasha Pemba

Sophia Azzeddine met en avant l'histoire de Marie-Adélaïde, une fille née sous x. L'héroïne du roman a connu plusieurs familles et plusieurs emplois en grandissant.

De ce point de vue, on peut dire qu'elle a vécu dans une sorte d'instabilité qui a en quelque sorte influencé le cours de sa vie.

Marie-Adélaïde sait aussi ce que veut dire "matricule numéro tant" après avoir passé un séjour dans une prison.

Bref, elle est convaincue que son histoire n'attire personne parce qu'en plus d'être une fille ordinaire, elle est singulièrement une fille à problèmes. Si elle ne cherche pas les problèmes, ceux-ci ont choisi de venir vers elle. Mais elle ne se décourage pas parce qu'elle est convaincue que tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. 

Ignorant ses vraies origines, Marie-Adélaïde se laisse aller par son imagination féconde en essayant de penser le type de famille à laquelle elle appartiendrait, mais ne sait pas encore qu'elle est d'origine arabe.

Contrairement aux autres (je parle de ceux qui se réunissent au sein d'une association en pensant que ça fera moins mal), je n'ai jamais fantasmé ma mère biologique. J'ai bien réfléchi et j'en suis arrivée à la conclusion que je viens d'une famille de bourgeois. Pas pour me consoler mais parce que c'est logique. Les gros beaufs bouffeurs de surimi, il les gardent les gosses, ils ne les abandonnent pas. Plus tard, les torgnoles pleuvent mais bizarrement l'affection est là. (...). Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches. Ils n'aiment pas les contraintes, peu importe leur nature, ils ont un projet de vie qu'ils n'envisagent qu'à long terme. (...). Mon grand-père a dû trancher comme ça: tu abandonneras ce bébé et tout redeviendra comme avant. Ça a dû être bref. Comme le soupir qui l'a précédé.

 

Cet extrait montre que même si elle suppose être née d'une bourgeoise, elle ne les porte pas trop dans son coeur.

Entre autres thèmes développés, il y a la question de la relation mère-fille qui n'est pas abordée directement, mais qui en réalité constitue le fil du texte comme l'indique le titre. Toutefois il s'agit ici d'une mère inconnue, lointaine... comme l'est l'héroïne aussi, presque insaisissable et assez éloignée de la réalité. Avant de rencontrer sa mère, Marie-Adélaïde est une fille en colère qui rejette tout le monde. En passant, elle égratigne les bourgeois, les pauvres, les hommes et femmes politiques, la cour des grands... Bref, à force de vouloir dénoncer tout, elle ne dénonce presque rien et frôle la stigmatisation.

Écrit à la première personne sans être forcément linéaire, le roman est très captivant et ne donne pas envie de le poser tant qu'on n'a pas lu le dernier mot. On peut dire que le style de l'auteure est très captivant. L'auteur évoque aussi les attentas du 15 novembre à Paris, les difficultés liées à l'emploi et autres thèmes.

Nathasha Pemba

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Zabor ou les psaumes: Kamel Daoud

Publié le par Nathasha Pemba

La sortie de Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud constitue l’un des évènements les plus attendu de la prochaine rentrée littéraire dans l’univers francophone de l’édition. Le roman sortira le 17 août 2017 aux Éditions Actes Sud.

 

Zabor est une ode à l’écriture et à l’imaginaire.

 

Zabor, c’est l’histoire d’un jeune garçon orphelin de mère qui sera sauvé de la religion et de plusieurs autres maux sociaux grâce à l’Écriture. Dès son enfance, il écrit... il écrit, mais il écrit toujours parce qu’il a compris que, dans son cas, seule l’écriture lui donnera la force de survivre. Il consigne ses écrits dans des cahiers…

Il essaye de faire comprendre à ses proches que son rapport à l’écriture constitue une force de libération dans sa vie.

 

En réalité, le vrai nom de Zabor c’est Ismaël. C’est à la suite d’un événement qu’on l’a surnommé Zabor, un nom qui signifie « psaumes ».

 

Dans ce roman à voix unique, Zabor parle de sa relation avec son père, avec ses autres frères issus de l’autre mère ainsi qu'avec sa tante célibataire, analphabète et illettrée, mais d’une grande intelligence pratique .

 

À l’école coranique Zabor se familiarise avec la Loi et avec la Divinité. En lisant des romans qui n’ont rien à voir avec la religion il fait la connaissance de la Liberté, du Désir, de l’Étrangeté, du Prodige et de l'Irréel.

 

Zabor et sa tante savent que lui Zabor n’est pas comme les autres. Il a été élevé dans une mouvance religieuse certes, seulement il sait qu’il ne sera jamais l’esclave de la Religion.

 

Zabor a un don. Il en est conscient. Ce don c’est celui de l’écriture; mais aussi de la relation de l’écriture avec la mort. Aussi, lorsqu’il écrit dans son cahier, il pense donner sens à la vie. L’écriture est pour lui une nourriture qui lui permet de lutter contre la mort. Quand il n’écrit pas, il y a un malheur dans le village…

 

"Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, , les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l'immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution: écrire. Mais il fallait écrire toujours, sans cesse, à peine le temps de manger ou d'aller faire mes besoins, de marcher correctement ou de gratter le dos de ma tante en traduisant très librement les dialogues des films étrangers ravivant le souvenir des vies qu'elle n'a jamais vécues. Pauvre femme qui mérite à elle seule un livre qui la rendrait centenaire".

 

Le soir où l’histoire s’écrit, est censé être le jour de la mort de son père. Toute la famille est présente. Que va-t-il faire de son don,  Lui qui peut retarder l’échéance de la mort de son père grâce à la puissance de son écriture ? Zabor écrit…

 

Mon point de vue

Quand j’avais commencé mes études de philosophie, parmi nos professeurs nous avions surnommés quelques uns « Esprit ». Esprit pour souligner la hauteur de leur point de vue. Pour moi Kamel Daoud est un « Esprit ». J’avais beaucoup aimé Meursault Contre-enquête. Et j’ai beaucoup aimé celui-ci même s'il est écrit dans un style tout à fait différent. Ici Zabor, contrairement à Haroun (le frère de l'Étranger), se met dans la peau d’un conteur, d’un historien, d’un révolté ou d’un scribe simplement.

 

À partir de cette lecture, on ressent comme un besoin pour l’auteur de Zabor ou les psaumes », de raconter, de dire la réalité ou de la dédire. Il souligne le caractère incontournable du Verbe (Logos) qui finit toujours, quels que soient les lieux et les temps, par réaliser sa vocation première : devenir un livre. Il y a un Verbe qui est au début; ensuite ce Verbe qui s'incarne dans la parole; Puis ce Verbe qui prend chair sur un papier pour devenir Vie. Vous l'aurez Imaginé chers lecteurs, Daoud m'a fait penser au Prologue de Saint Jean l'Évangéliste. C’est pourquoi je dirais que, dans ce roman, L'Écriture est œuvre de rédemption parce qu’elle a pour vocation d'aider l’humain à sortir de sa misère et d'amener les autres à se libérer aussi.

 

Zabor ou les psaumes est bien écrit et il permet à chaque lecteur de vivre l'expérience de la liberté comme Volonté.

 

Je recommande la lecture de ce roman.

 

Nathasha Pemba

 

Références:

Kamel Daoud, Zabour ou les psaumes, Arles, Actes Sud, Paraîtra le 16 août 2017.

 

Quatrième de couverture

Orphelin de mère, mis à l'écart par son père, il a grandi dans la compagnie des livres qui lui ont offert une nouvelle langue. Depuis toujours, il est convaincu d'avoir un don : s'il écrit, il repousse la mort ; celui qu'il enferme dans les phrases de ses cahiers gagne du temps de vie. Ce soir, c'est auprès de son père moribond qu'il est appelé par un demi-frère honni... Fable, parabole, confession, le deuxième roman de Kamel Daoud célèbre la folle puissance de l'imaginaire et rend hommage à la langue française comme espace d'infinie liberté.

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Demain j'aurai 25 ans de Ketsia Béatrice Safou

Publié le par Nathasha Pemba

Demain j'aurais 25 ans est un récit autobiographique dans lequel l'auteure parle de sa vie, à partir de son arrivée en France à l'âge de quatorze ans jusqu'à la veille de ses 25 ans. Le récit est composé de trois parties.

Dans la première partie Ketsia Béatrice Safou adopte le style d'un enfant qui est heureux au milieu des enfants de la famille jusqu'à ce que ses parents biologiques, immigrés en France, décident de procéder à un regroupement familial. Elle raconte comment dans toute la folie de son adolescence, elle se débat avec le consulat de France à Pointe-Noire, avec son passeport puis avec son visa qu'elle est obligée de cacher dans sa culotte afin de ne pas se le faire dérober.

Avec la joie de partir viennent les larmes de la séparation puis les promesses et les espoirs.

À son arrivée en France, l'auteure va de l'étonnement à l'engagement. Bien qu'elle soit en famille, Ketsia Béatrice se sent parfois comme une "nouvelle" parce qu'elle sent qu'elle va devoir s'adapter à certaines habitudes.  Après l'obtention de son bac, elle décide de prendre sa vie en main en maintenant très fort le lien familial.

La deuxième partie du récit est exclusivement consacrée à l'Amour qui vient avec le succès. L'amour pour un homme âgé, puis pour un autre Ludovic, moins âgé que le premier feront partie de ses expériences. Cependant la première expérience pour le premier amour envers cette personne âgée (qui peut avoir l'âge de son père) semble avoir marqué l'auteure puisqu'elle y revient sans cesse. Entre les lignes se faufilent continuellement des rebondissements après de multiples joies suivies des déceptions et des diffamations. Au milieu de ces vents contraires, l'auteure sait qu'elle doit tenir malgré tout.

Ce chef congolais qui, loin d'aimer d'amour la fille, vivait sans doute le fantasme de découvrir le corps d'une fille sortie droit de l'adolescence, de le posséder (le corps) et de lui intimer un silence qu'aucun sens humain ne pourrait tolérer. À partir de ce rejet, le désespoir arrive dans le coeur de l'auteure qui finit par comprendre que cet homme-là, Coco le chef, n'est en réalité qu'un curieux qui voulait découvrir son corps... Un "salaud" de plus selon la meilleure amie de l'auteure. 

"Je raccroche, mon visage s’inonde de larmes. Je perds toutes mes forces et m’écroule sur le lit. Je pleure comme rarement j’ai pleuré. Personne n’est au courant de cette relation, donc personne ne peut me consoler. Ce n’est peut-être pas la première bourrasque que j’affronte, mais c’est la pire de toutes et je ne suis pas très vaillante. (…) Je mesure ce soir-là l’expression « pleurer toutes les larmes de son corps ». Comme les insectes qui se cognent à la vitre, des pensées vont et viennent dans ma tête. Comment peut-il me dire ça ? Dieu ! Que les choses ont changé. Ce Mec me courait après il y a encore quelques jours. Je suis tombée amoureuse de lui, certes je savais qu’il était marié, mais c’est lui qui a voulu de cette relation. Alors pourquoi tant d’inhumanité ? Cette expérience avec Coco m’avait complètement traumatisée et déprimée. J’avais cru aimer un homme bon, un père de famille attentionné, ce n’était qu’égarement !"

 

Dans la troisième partie, l'auteure parle de ses autres publications et particulièrement de son livre "La France une justice sans justesse" qui la conduite au Palais BOURBON; Une reconnaissance qui lui donne l'occasion de rencontrer plusieurs personnalités françaises et d'avancer dans ses choix.

Par ailleurs, Ketsia Béatrice n'oublie pas, en passant, de questionner l'impact du réseau social Facebook dans la vie des gens.

Demain j'aurai 25 ans, est le livre de la vie de Kétsia Béatrice Safou.

Comme lectrice, je n'ai évidement pas manqué de réagir. D'abord c'est un livre qui se lit très facilement. Et puis il y a le côté narratif qui vous conduit à aller un peu plus vite pour connaître le dénouement du récit.  Cela est vrai pour moi et le sera certainement pour d'autres lecteurs, Plus on lit, plus on a l'impression de connaître chaque personnage, et plus on a envie de percer le secret du mystère. Sur ce coup-là, je dirais que l'auteur a brillamment réussi son oeuvre.

Mon bémol, c'est que j'aurais souhaité que ce récit autobiographique soit un roman écrit à la troisième personne. Sur le plan littéraire ce livre aurait eu un impact plus grand. Néanmoins, j'estime que ce qui compte c'est l'intention de l'auteure. En discutant avec mon frère, j'ai pensé qu'elle voulait tourner la page de beaucoup de choses et écrire s'est avéré à ce moment-là comme un acte thérapeutique. Dans un autre sens, j'ai pensé que l'auteure voulait attirer l'attention des jeunes filles ou encore des femmes qui se laissent obnubiler par l'argent ou le pouvoir et qui croient à l'amour pour toujours personnifié par l'instant.

Nathasha Pemba,

 

Références de l'ouvrage

Ketsia Béatrice Safou, Demain j'aurai 25 ans, Paris, Édilivre, 2017.

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Véronique Tadjo: Ébola ou l’expérience de la détresse humaine

Publié le par Nathasha Pemba

Véronique Tadjo est poète, romancière, peintre et auteure de plusieurs livres. Elle a obtenu  le Grand prix de Littérature d’Afrique noire en 2005. 

 

En compagnie des hommes est un roman écrit sous forme de chroniques. Il a pour trame de fond une société aux prises avec le virus Ébola qui extermine tout sur son passage. 

Véronique Tadjo conjugue l’expérience de plusieurs vies autour de ce virus. À partir de trois voix liées par un destin sombre, le roman relate la dévastation de plusieurs populations. L’histoire est poignante, pleine de misère certes mais aussi empreinte d’espoir. 

 

Le Baobab, l’une des voix centrales parle de lui, de sa puissance et de son pouvoir. De son rapport légendaire aux humains. Le lecteur perçoit dans son monologue un fond de regret. Le Baobab regrette que l’homme se soit éloigné de lui, "arbre premier, arbre éternel, arbre symbole" ÊTRE multicentenaire dont les racines viennent de très loin. Baobab fait partie des racines et il est impossible à l’homme d’avancer sans le prendre en considération. C'est lui qui dispense la lumière et la vie pour que les hommes soient éclairés. 

 

Par la voix du Baobab s'expriment plusieurs témoins de la destruction causée par le virus Ébola.

 

Il y a d'abord le médecin, en combinaison d'astronaute, qui s'exprime. Il  a sacrifié sa vie pour être au service des malades et dans ce cas précis, au service des malades d’Ébola. Chaque jour qu’il passe auprès de ses malades (sous une tente) est comme une grâce pour lui car il sait que, comme ses patients, il est lui aussi exposé au virus. Il décrit les conditions de travail assez difficiles, mais dont il faut se contenter. Il fait ce qu’il peut pour sauver des vies. Il parle de la disgrâce de la maladie et de la fragilité de l’humanité car avec Ébola, l’humain est devenu souffrance, supplice et tourment.

 

Ensuite il y a l’infirmière. Cette dernière est aussi la sage-femme, celle qui est sur tous les fronts et  peut être amenée à remplacer le médecin en cas d'absence. Cette femme qui a étudié en Occident mais qui a choisi de rentrer dans son pays pour servir ses concitoyens. Cette femme qui prône certaines valeurs dans l’accomplissement de sa tâche. À travers la voix de cette femme, c’est aussi la voix des sans voix qui est mise en exergue; c’est l’irresponsabilité de l’État qui est pointée car l'infirmière sage-femme déplore le fait que l’État soit devenu incapable d’assumer son rôle social. Le désarroi de l’infirmière se traduit dans le regard critique qu’elle porte sur la démission du gouvernement en matière de santé et de ses limites  face au virus Ébola.

 

Dans ce désarroi, on perçoit, une prise de conscience et un élan de solidarité. Les solutions sont certes difficiles, mais il faut bien se battre pour qu’il y ait moins de morts, car quoi qu’on en dise, la mort n’est jamais banale ; « elle n’est pas belle ».

Puis il y a les villageois. Mais aussi la posture du chercheur qui parle de la découverte de cette épidémie et de ses recherches. Il demande l’implication de l’éducation dans la prévention contre cette épidémie. La menace est toujours là, mais il faut lutter contre elle, car elle peut se réveiller à tout moment. Il faut résister.

 

La deuxième voix, celle d’Ebola apparaît vers la fin de l'ouvrage. Ébola refuse de porter la souffrance des hommes. Il décline son identité et se défend des hommes qui viennent le déranger dans sa tranquillité. De ce fait, il invite les hommes à la prudence car c’est à eux qu'il appartient de déterminer le vrai enjeu.

 

Entre ces voix, il y a une pensée pour la femme, la mère, les orphelins d’Ebola, les volontaires… Tout ce monde qu’Ebola mobilise, immobilise ou démobilise.

 

La troisième voix est celle de la chauve-souris qui joue le rôle de catalyseur entre les deux premières voix. Elle a été le seul porteur sain bien avant que les humains ne décident de s'en prendre à la nature. Elle veut favoriser le dialogue entre les vivants et les objets.

 

En compagnie des hommes est le livre de l’espoir, de la solidarité humaine et du respect de l'environnement. Le livre est agréable et bien écrit. Il est original car Véronique Tadjo restitue à la nature, à travers le baobab sa place dans la vie des hommes. Une belle surprise, ce roman à la frontière de nos humanités. Ces voix qui n’ont rien des personnages ordinaires d’une fiction vous hantent longtemps après votre lecture car elles réveillent en nous le sentiment de solidarité à partir de cette universalité autour d’une souffrance que l’auteure parvient à mettre en évidence. Ces voix composent le fil de l’intrigue comme l’horizon d’un monde futur qu'il va falloir impérativement penser.  

 

Véronique Tadjo laisse aux différentes voix la pleine liberté d’exprimer leur ressenti et de résister à la misère humaine pour pouvoir conjuguer les forces ensembles et chasser au loin le virus Ébola. Le Baobab rappelle à l’humain sa mission. Le docteur montre ses limites certes, néanmoins il sait que même dans les profondeurs de la misère matérielle, un médecin ne doit pas se focaliser sur l’argent. Par sections, le texte forme un tout unifié et reconstitue l’histoire d’une mère qui accepte le risque de la mort parce qu’elle espère. Le chercheur sait que cette maladie est scientifique et que la solution ne sera pas mystique. Il faut se préserver. Chaque voix parle, enseigne, et commente la tragédie. Pour l'auteure, il s’agit de faire attention à l’humain et à l’environnement, à la solidarité et au rejet, à l’amour et à la haine, à la foi et à la raison, à l’individu et à la société, au mensonge et à la vérité, à l'Occident et à l'Orient

 

À travers cette histoire, Véronique Tadjo montre que la fiction peut exercer un pouvoir sur la société et sur les manières d’être individuelles et collectives. Son talent d’écrivaine de romans, de poèmes et de littérature jeunesse se déploie dans son œuvre avec une évidence certaine. C’est bien là, l’originalité de son roman, car comme Camus avec La peste, elle montre que la fiction, la réflexion et l'éducation se tiennent toujours côte à côte. Par cette calamité , Tadjo considère que la condition humaine est l'otage de sa destinée à partir d'Ébola,  ce virus appréhendé pour ses effets exterminateurs.

Nathasha Pemba

Référence

Véronique Tadjo, En compagnie des hommes, Paris, Don quichotte, à paraître le 17 août 2017, 17 euros.

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Contre l'oubli de Ramen Sawmynaden

Publié le

Contre l’oubli est la chronique d’un dérapage politico-judiciaire qui n’a rien d’une fiction. Elle est publiée aux Éditions la Doxa en 2017. Dans ce livre de plus de 400 pages, l’auteur poursuit un but : rétablir la Vérité.

La magouille qu’il dénonce a commencé en 1997, lorsqu’en face d’une situation de corruption le Président de la République de l’Île Maurice a institué une commission d’enquête dont la mission serait d’examiner les conditions dans lesquelles ont été passés certains contrats entre la police et certaines entreprises bien identifiées de Maurice.

Cette histoire qui évolue au fil des pages dévoile une société trempée non seulement dans la corruption, mais aussi corruptrice, diffamatoire et destructrice. Elle amène le narrateur et sa famille à faire l’expérience de l’injustice de la justice. La différence de traitement de situation selon les personnes paraît révoltante aux yeux du narrateur car il se rend compte que dans ce monde lorsqu’on ne donne pas des pots de vin ou lorsque l’on n’est pas un membre politique influent, il est souvent difficile de s’en sortir. C'est pourquoi en écrivant ce livre, il pense particulièrement aux personnes qui sont victimes de l'injustice dans le monde et qui n'ont pas l'occasion de se défendre: "Je veux montrer l’absence totale de rigueur et l’injustice criante du traitement dont nous avons été victimes ".

La corruption ignore les frontières. Corrupteurs et corrompus sont partout.

 

Cette situation difficile que traverse le narrateur le rapproche de sa famille. Il évoque le souvenir de son enfance et des liens de proximités avec ceux qui deviendront plus tard ses beaux-parents. Il rappelle la bonté de son beau-père.

 

À l’escalier où habitait mon père, et où j’ai passé mon enfance entre des baraques couvertes de chaume et des sols de terre battue, j’avais déjà vu la dureté dont certains hommes étaient capables envers leurs semblables. (…) C’est lors de cet apprentissage de la vie dans un environnement difficile que s’est dessinée la personnalité de mon beau-père. (…) Il est généreux. Il incarne bien à mes yeux le désir de donner aux siens tout ce qu’il peut leur offrir.

 

 

Mon point de vue :

Écrit pour un cadre précis et dans un contexte bien déterminé ce livre est un livre sur l’espoir. Il s’adresse à l’humain pour lui rappeler que tant qu’on vit on n’est jamais à l’abri de la surprise positive. L’espoir est toujours au coin. Le foot lui donne la force de continuer à se battre, de faire comme Beckham  au cours d’un match dans le but de redresser cette situation qui le désespère. Il s’inspire des principes de l’engagement total et du fairplay. Désormais il veut lutter, transmettre l’espérance car tant que l’arbitre n’a pas encore sifflé la fin du match, rien n’est perdu.

L’homme quelque part, finit toujours par combattre l’injustice à sa manière. L’esclavage a été aboli, le colonialisme n’a pas perduré. L’apartheid a été jeté aux orties par Nelson Mandela et avec lui, par les héritiers de ceux-là même qui l’avaient instauré.

Ce livre est un livre intime. Je le recommande à tous ceux qui vivent des situations de rejet par la société ou par la justice. Certaines situations décrites peuvent être des lumières pour décider de l'orientation de sa vie.

 

Références:

Ramen Sawmynaden, Contre l'oubli, chronique d'un dérapage politico-judiciaire, Rungis, La Doxa, 2017.

 

Nathasha Pemba

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La coureuse des vents de Louenas Hassani

Publié le par Nathasha Pemba

Louenas est un Algéro-canadien d’origine Kabyle. Il est enseignant en Ontario. La coureuse des vents est son premier roman. Écrit dans un style philosophico-poétique, le roman La coureuse des vents effleure diverses questions: l’identité, l’altérité, la fraternité, la complémentarité entre les civilisations, le rapport religion-état, la question de la liberté individuelle. 

L’histoire du roman est doublement portée par une dimension fictive et une dimension réelle qui s’inspirent des sciences humaines et sociales.

L’essentiel du roman tourne autour d’un personnage féminin par qui se dévoilent toutes les dimensions et les exigences de l’être-ensemble : Addis/Évangéline. Elle est une femme comblée. Cependant, elle ressent toujours le besoin d'aller à la quête de quelque réalité pour son accomplissement. Il lui faut courir le monde pour trouver ce quelque chose, indicible, ineffable qui se laisse approcher par l'idée de condition humaine. Elle quête son identité en recourant à ses ancêtres; elle enseigne l’altérité en partant des expériences de la vie et de ses origines.

Dès les premières lignes, Addis est présentée comme un personnage doué d’une intelligence rare. Un produit de l’histoire ou disons de plusieurs vies, Elle va jusqu’au fin fond de son histoire pour pouvoir y soutirer l’essentiel de ce qui fonderait son identité; une identité faite de culture religieuse et de culture humaine. Bref, elle est un personnage hybride : juive, musulmane, chrétienne, douée, berbère, touarègue, noire, française, modernité, tradition,… C'est une hybride par excellence.

Sa formation en histoire et sa passion pour la poésie la propulsent ainsi à la compréhension de la condition humaine dans ses visages multiples. Vaste champ d’investigation, comme on le constate en lisant le roman qui traverse, comme le vent, plusieurs cultures. Elle lit tout : Rimbaud, Neruda, Adonis…,

Addis/Évangéline s'élève dans son milieu de vie comme à l'étranger. Elle s'interroge et interroge continuellement.

Me connais-je ? Combien d'autres en moi? Et l'Autre n'est-il pas moi? Je suis moi et l'Autre. Une métaphore de la rencontre. Et de l'Autre à moi, la route. La route symbolique. La distance à abolir. Y ériger un pont. Pour mieux arriver à moi. Moi quintessencié!

Louenas Hassani pose la difficulté universelle qu’a l’humain d’aller vers l’Autre… celui qui n’est pas moi.

Deux situations principales ont retenu mon attention dans la lecture de ce roman : les minorités et la politisation de la religion.

En parlant de la minorité, l’auteur veut montrer que cette question est souvent soulevée lorsqu’il est question d’oppressions. Dans le roman les minorités ont un nom : Les Touaregs.

Les Touaregs sont un peu partout dans le Sahara. À l’origine, nomades, depuis le XXe siècles ils se sédentarisent un peu plus. Pour l’auteur, cette sédentarisation fait partie des oppressions multiples qu’ils subissent. Dans la mesure où leur mode de vie initial n’est en rien sédentaire, ils sont obligés de s’adapter quand la société leur oblige à occuper un lieu. Alors qu'ils sont libres dans leur manière de parcourir l’espace, leur imposer un mode de vie devient en quelque sorte une violence faite à leur endroit. À côté de ces oppressions, les Touaregs sont confrontés à une marginalisation politique et économique outrageuse. Ce qui conduit inéluctablement à une perte de repères. Nonobstant ce déracinement forcé, plusieurs Touaregs se sont fixés dans les villes, assumant tant bien que mal cette nouvelle forme d’intégration.

Le rapport religion-État est présenté dans le roman par une illustration : l’islamisme politique. Louenas Hassini questionne donc ici une réalité contemporaine et cela lui réussit très bien. Il montre que la guerre et l’islamisme sont des facteurs de déstabilisation et de restriction de la possibilité du déploiement humain. Ils ouvrent à l’égoïsme qui fait que désormais l’Autre est considéré comme un ennemi. Il invite donc à repenser les religions et à les adapter à certaines réalités sans en perdre la substantialité.

Pour elle, c’était bien simple, si les pays avaient essayé la charia et qu’ils avaient échoué ou, pire, que ça ne faisait que plonger les croyants dans des violences fratricides, c’était simplement parce qu’on n’avait pas bien appliqué le Saint Coran et la tradition prophétique ; on ne s’était pas inspirés des califes bien guidés, al-Khulafa’u r-Rashidan, et de leur gouvernement impartial ; on n’avait pas puisé dans l’islam vrai, celui à l’origine de la civilisation qui a illuminé le monde !

C’est un livre que je n’hésite pas à recommander aux personnes qui s'intéressent à la question de la condition humaine et de la situation de l'homme dans le monde d'aujourd'hui. Il est bien écrit et les thèmes de l’islamisme politique, de la paix, de la diversité ou encore de la soumission de la femme par la religion sont des thèmes très actuels À cela s’ajoute aussi les questions d’altérité et de fraternité qui constituent, du point de vue de l’auteur, des modes d’être universels incontournables.

Nathasha Pemba

Référence du livre

Louenas Hassani, La coureuse des vents, Ottawa, Les Éditions l'Interligne, 2016, 272 p.

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Une âme aux enchères de Muetse-Destinée Mboga

Publié le par Nathasha Pemba

Muetse-Destinée Mboga est une écrivaine gabonaise.

Une âme aux enchères est un roman de société qui traite de la corruption de l’âme et du triomphe de la cupidité. L’histoire se déroule au Gabon dans la ville de Libreville. L’auteure s’adresse aux jeunes, mais aussi aux adultes qui pervertissent leur âme pour satisfaire des besoins matériels. Elle veut faire comprendre aux uns et aux autres que la loi du moindre effort et le manque de patience peuvent détruire l'être entier et anéantir les rêves de jeunesse.

Une âme aux enchères : Un titre très révélateur qui correspond à l’expression « vendre ou donner son âme au diable ». Il signifie que l’on conclut un pacte avec le diable afin qu’il nous accorde quelques privilèges durant notre passage ici sur terre. Dans le roman de Destinée Mboga, cela est très visible car Antoine coachée par Paulette Iwenga, sa belle-mère, laissera corrompre son âme pour acquérir la science infuse, pour accéder aux plus grands postes politiques, pour rester jeune et pour obtenir une puissance surnaturelle… Tout cela en échange de la condamnation de son âme. Dans un certain sens, vendre son âme c’est aussi aliéner sa liberté, sa dignité en échange de quelque chose.

Insatisfaction et cupidité : Tels sont les aspects que Destinée Mboga développe dans son roman pour montrer comment l’homme, même le plus sérieux du monde peut laisser corrompre son âme pour des honneurs très aléatoires.

Issu d’une bonne famille, Antoine tombe amoureux de Jocelyne Ingueza. Leur amour est si grand que Jocelyne prend le risque de s’unir à lui sans préservatif. Elle tombe enceinte et se sent heureuse de porter cette vie en elle. Antoine est heureux d’apprendre cette nouvelle. La seule crainte de Jocelyne c’est la réaction de sa mère Paulette, une femme redoutable et intéressée jusqu’au bout des ongles.

Paulette Iwenga est le prototype de la femme arriviste, complexée qui ne veut pas travailler mais espère vivre dans le luxe le plus insolent qui soit. Pour cela, elle est capable de tuer.

Un peu dans le style de Guy dans Cars dans son roman, « Le château de la juive », Destinée Mboga montre comment Paulette Iwenga veut se venger de l’homme qui l’a mise enceinte; elle veut se venger contre la richesse et la pauvreté; elle veut se venger de tout le monde. En somme, elle veut prendre sa revanche sur la vie qui ne lui a pas fait cadeau. Aussi, lorsque sa fille Jocelyne lui annonce qu’elle enceinte d’un homme qui a des liens avec la famille présidentielle, elle est convaincue que si sa fille, qu’elle prostitue discrètement, épouse cet homme, elle atteindra son objectif, elle deviendra riche et sera à l’abri du besoin jusqu’à la fin de sa vie. Elle pousse sa fille Jocelyne dans la gueule du loup.

Le neveu du président ? C’était plus que Paulette n’avait espéré. Elle avait toujours rêvé d’être riche et de faire partie de la haute société, de ces grandes familles du Pays de l’Okoumé. Aujourd’hui elle était assez riche par la seule beauté de son unique fille, et si elle manœuvrait bien, elle pourrait enfin entrer dans la cour des grands, au sein de cette grande famille qu’on appelait la « famille présidentielle »

Jocelyne n’est pas seulement belle et séduisante, mais elle a aussi un bon niveau scolaire, parce que même si son père, un Italien de passage, ne l'a jamais reconnue comme son enfant, sa mère Paulette lui a donné l’éducation nécessaire pour qu’elle ne souffre d’aucun complexe et qu’elle honore sa peau de métisse. Naïve, elle se fie beaucoup à sa mère et a une confiance inébranlable en elle. Seulement, elle ignore que celle qui dit avoir « tout sous contrôle » n’est qu’une manipulatrice et une calculatrice sans moralité qui compte bien l’utiliser.

Les filles métisses étaient particulièrement appréciées par les hommes riches, Paulette destinait donc sa fille à ce destin. C’était devenu le but de sa vie, au-delà même du désir d’être riche, c’était une vengeance que la mère de Jocelyne comptait prendre sur la vie.

Mère et fille arrangent un plan pour soumettre le bel Antoine. Ce dernier se présente auprès de la mère de son épouse qui lui impose, obliquement, d’épouser sa fille. Malheureusement, le premier obstacle que Jocelyne rencontre c’est l’oncle de son époux, Albert Ombouma. Ce dernier, un grand homme du pays avait été l’un des amants de Jocelyne à l’époque. Il a gardé de cette relation un meilleur souvenir tant Jocelyne lui « avait fait tourner la tête et chamboulé les sens ». Il décide de la faire chanter et d’empêcher le mariage Jocelyne auprès de son neveu si elle ne se résout pas à lui faire revivre l’expérience sensuelle de jadis.

Conseillée par sa mère, quelques jours avant son mariage et même après, Jocelyne pose déjà des actes d’infidélité. Cependant l’homme étant un éternel insatisfait, Albert Ombouma en veut toujours plus. Agacée, Paulette Iwenga concocte une mixture qui servira à éliminer le bel oncle de sa fille. C’est ainsi que Jocelyne sera libérée pour un temps seulement.

Désormais mère de deux enfants, Jocelyne s’occupe de sa progéniture et de son époux avec beaucoup de grâce. D’un autre côté, les ambitions politiques d’Antoine commencent par se faire sentir quand Paulette Iwenga rêve désormais d’un nouveau statut : Belle-mère de Ministre de la République. Après avoir gravi quelques échelons timides au niveau de son emploi, Antoine envisage d’aller un peu plus loin.

Ce sera le début d’une histoire que seule la mort pourra arrêter : Antoine intègre une secte qui lui propose plusieurs pactes : que six de ses collègues couchent avec son épouse à tour de rôle durant une nuit. Ensuite ce sera le sacrifice d’un enfant. Viendront la copulation avec sa mère et les crimes rituels. Encouragée par son épouse et par sa belle-mère, Antoine n’a plus aucun sens moral jusqu’à ce que les difficultés vont commencer par se manifester. Éternel insatisfait il veut toujours plus, ce qui entraine de plus un plus un vide humain au fond de son âme.

Que va-t-il se passer en fin de compte ?

Muetse-Destinée Mboga est une auteure qui écrit sur des thèmes sociétaux parce qu’elle veut interpeller les jeunes et la société sur certaines questions. À partir d'une écriture fluide, vive, acérée et franche, Elle touche en plein coeur les multiples situations mystico-naturelles et socio-politiques qui minent les sociétés actuelles

Le personnage de Paulette Iwenga est à la fois attachant et décalant. On en vient à se demander si dans la réalité des telles personnes avec de telles pensées existent. Paulette Iwenga est attachante parce qu’elle est une parfaite actrice qui use de son influence et de sa position de belle-mère pour manipuler, influencer, inspirer du respect pour obtenir l’objet de son désir. Alors qu’elle prétend ne faire tout cela que pour protéger sa fille, elle est en réalité une égoïste qui sacrifie l’avenir des autres pour son propre bonheur temporel. Comme va le démontrer l’auteure, elle ira jusqu’à encourager des incestes et finira par coucher avec le mari de sa fille. Antoine qui n’est pas un naïf en réalité profitera énormément et avec avidité des atouts de la belle-mère pour détruire son couple.

Quel type de femme est donc Paulette Iwenga ? Marie-Madeleine ? La femme adultère ? Personne ne le saura puisque jusqu’à la fin, elle ne présente pas de signe de future convertie.

Paulette Iwenga est décalante parce qu’elle ne possède aucune âme, elle est calculatrice, froide, orgueilleuse, sans idéaux et sans pitié. Seul l’argent l’intéresse.

Quand on a fini de lire ce roman on se demande si dans la vie, on est obligé de passer par tout ce désordre pour pouvoir jouir de la vie ? La conception du bonheur en elle-même se repose-t-elle essentiellement sur une richesse insolente, exclusive et répugnante ? Si c’est pour finir dans un cercle infernal et dans le vide existentiel, à quoi bon devenir riche ? Telles sont des questions que doivent se poser les jeunes, les éducateurs et les parents aujourd’hui pour ne pas se retrouver dans le chemin du non retour et du non recours.

Jocelyne, est-elle une naïve manipulée ou encore une parvenue comme sa mère ? Ses regrets de la dernière heure ont-ils une importance ? Et sa mère ? Nulle part dans le roman, elle ne se remet en cause comme si tout ce qu’elle faisait était normal : détruire tout sur son passage, humilier ses sœurs de sang, trahir sa fille, pousser son petit-fils dans la gueule du loup.

Mon avis : Je recommande ce roman à tout amoureux de la lecture, mais spécifiquement aux jeunes, notamment les jeunes filles qui se focalisent souvent sur leur beauté pour espérer quelques faveurs sociales.

Nathasha Pemba

Références,

Muetse-Destinée Mboga, Une âme aux enchères, Rungis, La Doxa Éditions, 2016, 15 euros (10.000 cfa)

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La tresse de Laetitia Colombani

Publié le par Nathasha Pemba

La Tresse de Laetitia Colombani est particulier comme roman. Avant même sa parution, il est annoncé comme le livre phénomène de l’été, car il s'inscrit dans le principe fondamental des best-sellers . La preuve c'est qu'il a déjà été vendu à plus de dix pays, en vue de sa traduction.

L'auteure, Laetitia Colombani, française, est scénariste, réalisatrice et comédienne. Auteure de deux films, « A la folie… pas du tout » et « Mes stars et moi », elle s’engage aussi pour le théâtre. La tresse est son premier roman. L’histoire qu’elle décrit parle non pas d'une nationalité italienne, indienne ou canadienne, mais d'une condition: celle de la femme.

La tresse c’est Trois femmes libres confrontées à une destinée, à la fragilité de l’existence et vouées à subir une fatalité que la vie leur impose. Elles tireront la force et le courage dans leurs libertés pour dire « Non à la misère ». Ce choix de dire « Non » leur donne une énergie qui les propulse sur le terrain du combat de la vie. Victor Hugo ne disait-il pas que « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » ?

Elles choisiront de lutter pour faire triompher la vie.

La première, Smita, est originaire de l’Inde. C’est une Dalit.

En Inde, Dalit[1] est une expression pour désigner les « Intouchables ». Intouchable sous-entend: humiliation, enfermement, pauvreté à vie. Quand on est intouchable, on est conscient qu’il est difficile voire impossible d’aspirer à un autre genre de vie. Généralement, on demeure Dalit à vie parce que c’est comme cela que cela a toujours été depuis un millénaire. Smita accomplit les travaux des Intouchables : depuis plusieurs générations, sa famille s’occupe de vider les toilettes des civilisés de la société, les Brahmanes et les Jatts. Tous les matins, elle doit prendre son panier pour ramasser les excréments des autres. Elle le fait depuis qu’elle a l’âge de six ans. L’odeur des toilettes habite en elle comme une colère qu’elle ne peut exprimer. Son seul espoir c’est sa fille dont elle peut encore orienter l'avenir : elle ne sera pas laveuse de toilettes. L’unique chance pour que cela n’arrive pas c’est de l’envoyer à l’école. Elle a économisé depuis quelques années pour que sa fille Lalita ne manque de rien.

Malheureusement dans cette société indienne, être femme et être intouchable c’est déjà trop car on ne peut échapper à sa condition : que fait Lalita à l’école ? Son maître qui veut encore l’humilier davantage lui commande de balayer la salle de classe devant les autres. Lalita refuse et elle est fouettée jusqu’au sang. Face à cette tragédie et cette injustice sociale, Smita, malgré le refus de son mari, décide de s'enfuir avec leur fille.

Elle aurait tant voulu que sa mère se batte pour elle, tant aimé passer la porte de l'école, s'asseoir parmi les autres enfants. Apprendre à lire et à compter. Mais cela n'avait pas été possible, le père de Smita (...) était irascible et violent. Il battait son épouse, comme tous le font ici. Il le répétait souvent: Une femme n'est pas l'égale de son mari, elle lui appartient. Elle est sa propriété, son esclave. Elle doit se plier à sa volonté. Assurément, son père aurait préféré sauver sa vache, plutôt que sa femme.

La deuxième c’est Giulia, une jeune sicilienne. Sa famille est propriétaire de l’entreprise Lanfredi spécialiste  du traitement des vrais cheveux. Depuis son adolescence, Giulia traite les cheveux, elle les nettoie, les trie, les teint avec plusieurs autres femmes qui travaillent là depuis toujours. Elles forment désormais une petite famille soudée où les femmes partagent plus qu'un métier. Après tout ce travail, les cheveux sont teints en vue de la fabrication des perruques.

Lorsque Giulia apprend que son père est victime d’un accident de la route (avec sa Vespa), elle rencontre fortuitement Kamal, un immigré Indien à qui les policiers intiment l’ordre d’enlever son turban. Elle tombe sous son charme. Chaque jour entre midi et deux, les deux amoureux se rencontrent dans une grotte secrète pour explorer leurs corps.

Pourtant, elle est consciente que dans une famille aussi conservatrice que la sienne, une relation avec un Sikh est tout simplement inimaginable; un Sikh, un immigré régularisé par l'administration mais pas encore adopté par le pays et qui peut-être ne le sera jamais.

Quelques jours plus tard, alors qu’elle cherche un document dans le bureau de son père encore hospitalisé, elle tombe sur un dossier lui signifiant que l’entreprise familiale est au bord de la faillite. Sa mère pense que le seul moyen de sauver l’entreprise c’est le mariage de Giulia avec un riche ami de la famille, un homme gentil et qui a de l’argent. Ce que Giulia ignore à ce moment-là c’est que Kamal est peut-être celui par qui passera le salut de l’entreprise

  Le contenu du tiroir est là, étalé devant elle, dans le bureau de papa : des lettres d’huissiers, des injonctions de payer, des courriers recommandés à n’en plus finir. La vérité le frappe comme une gifle. Elle tient en un mot : faillite. L’atelier croule sous les dettes. La maison Lanfredi est ruinée 

La troisième c’est Sarah.

Quadra, avocate réputée, mère de famille, Working-girl, Wonder-woman, Sarah habite à Montréal au Canada. Elle mène une brillante carrière d’avocate dans un des plus grands cabinets du monde. Comme toutes celles qui sont brillantes et veulent gravir des échelons, il lui arrive de sacrifier souvent ses enfants dont elle est la seule tutrice. Elle a déjà connu deux divorces et elle a décidé, pour un temps, de tenir les hommes très loin d’elle. Alors qu’elle est pressentie pour succéder au chef de son cabinet d'avocats, Sarah tombe au cours d’une audience à la surprise de tous. On lui diagnostique un cancer de sein. Parce que son travail est plus important que tout, elle tente de camoufler sa maladie à ses associés et à ses clients. Cependant, elle n’a pas du tout misé sur l’ambition démesurée et l’insensibilité monstrueuse de ses collègues qui vont la tuer à petit feu. Elle vit une discrimination sans précédent que l’auteure illustre par Stigmate de Goffman:

Attribut qui rend l'individu différent de la catégorie dans laquelle on voudrait le classer

Elle subit l’épreuve de la trahison car sa maladie donne la voie libre à ses détracteurs. Au bureau, elle a l’impression qu’elle doit devoir s’expliquer sur sa maladie. Justifie-t-on un cancer ? Justifie-t-on une maladie ? Elle comprend que dans le milieu du travail ce n’est pas souvent la dignité ou la morale qui a la priorité. On oublie désormais de la convier aux réunions, on prend désormais des décisions à sa place car elle n’est plus Sarah Cohen mais la malade, celle qu’on doit ménager, celle qui mourra peut-être demain. Sarah pense souvent à celle qu’elle a été, adulée et appréciée de tous. Elle se rend compte que même le succès et la réussite ne tiennent qu’à un fil. Rejetée par ses collègues, Sarah est désormais devenue une intouchable, « reléguée au ban de la société ». 

Malade, c’est pire qu’enceinte. Au moins, on sait quand une grossesse finit. Un cancer, c’est pervers, ça peut récidiver. C’est là, comme une épée de Damoclès au-dessus de votre tête, un nuage noir qui vous suit partout 

C'est à partir de l'histoire de Sarah qu'on va comprendre le sens de La tresse. Trois destins qui ne se rencontreront certainement pas physiquement, mais qui sont unis par des cheveux qui deviennent un élément de renaissance pour les trois femmes.

Laetitia Colombani essaie de faire comprendre que peu importe le lieu où elle se trouve, la femme est souvent tenue de se contenter d'une situation préétablie, lorsqu'on lui refuse la possibilité de rêver. Pour un premier roman, ce roman est puissant car L'auteure, en bonne scénariste , livre des récits dont la puissance imaginative est époustouflante en plus des explorations frappantes qui y sont déployées.

L’évocation de la misère des femmes en Inde dont le caractère est très marqué dans le livre ouvre des passages et des colères sur un monde violent, inhumain, fermé et toxique où la femme a toujours été considérée comme un objet. Cette Inde patriarcale qui est pour Smita comme le lieu des déchirures initiales.

Le rythme du roman est fluide, simple, juste et livre la conception dépouillée et dévoilée d’une humanité féminine tourmentée par la cruauté de la vie et la discrimination sous toutes ses formes.

Si le livre est une histoire de Trois femmes, il est principalement une histoire autour de plusieurs humanités féminines. Des femmes qui aident d’autres femmes ou des femmes qui se partagent le courage et l’espoir. C’est le cas de la rencontre de Smita avec une Lackshmama, une veuve qui fuit son lieu de résidence habituel pour vivre dans la ville des veuves puisque dans ce pays, une veuve est inexistante. Lackshmama confie à Smita qu’elle aurait préféré ne pas naître.

La question la plus importante pour moi dans ce roman, c'est la question double de la liberté... et l'égalité. Ces deux principes fondamentaux sous-tendent ce livre. Tout en sensibilisant le monde sur la situation de la femme dans le monde, Laetitia Colombani nous rappelle que Personne ne choisit de venir au monde dans telle ou telle autre société, néanmoins tout le monde est libre d’orienter sa vie et de choisir son bonheur sans brimer les autres. Il suffit d’un peu de courage et de volonté. À la manière de Simone de Beauvoir qui disait « on ne nait pas femme on le devient »,  Smita, Giulia et Sarah invitent les femmes à s’approprier leur féminité jusqu’au bout et à chanter l’hymne de la liberté en refusant de se soumettre au destin que le monde veut leur imposer. Comme l'a affirmé l'écrivain Kamel Daoud: "Notre condition est inexplicable par essence. C’est ce qui fait sa dignité, son essence". Pour maintenir cette dignité, nous sommes invités à briser les silences communautaristes qui se voilent du visage de la tradition pour assujettir la femme. Les Trois femmes nous invitent à bâtir une morale de l'individualité, de la liberté et de l'altérité.

Je recommande vivement la lecture de ce roman

Nathasha Pemba

Références,

Laetitia Colombani, La tresse, Paris, Éditions Grasset, 2017, 18 euros.


[1] Les Dalits, encore appelé Intouchables ou Harijans sont des groupes d'individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors caste et affectés à des fonctions ou métiers jugés impurs. Présents en Inde, mais également dans toute l'Asie du Sud, les Dalits sont victimes de nombreuses discriminations.

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