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5 articles avec analyses essais

Changer l’Afrique de Serge Mokanda

Publié le par Nathasha Pemba

Saluons d’abord un engagement : Changer l’Afrique.

La question que l’on se pose a priori en lisant ce titre est celle de savoir ce que l’auteur apporte de nouveau, dans un univers déjà inondé de livres sur l’Afrique où foisonnent moult propositions sur la développement de l’Afrique. Il est, en effet, impossible de faire abstraction sur le fait que Serge Mokanda y aborde une question très sensible, pour ne pas dire très attendue.

Il se pourrait qu’au travers de sa biographie le présentant comme un diplômé en gestion des ressources humaines et en management, l’on se dise, « voilà encore un Diasporien qui vit en Europe et qui veut moraliser l’Afrique ». Néanmoins, il serait bien de se souvenir des règles de bienséances intellectuelles qui exigent de lire une œuvre avant d’y prêter une critique.

Notons un fait. Serge Mokanda ne se perd pas dans des élucubrations paradisiaques en parlant de ce qu’il ne connaît pas. Il parle non pas de l’Afrique en général, comme on s’y serait peut-être attendu, étant donné sa veste de panafricaniste. Bien au contraire, il sait que pour parler global il faut parler détail. Le point focal de son ouvrage est bien le Gabon son pays d’origine, avec des solutions applicables pour toute l’Afrique, car en fait la plupart des freins qui retiennent l’émergence du Gabon se retrouvent presque dans tous les autres pays d’Afrique.

Changer l’Afrique ! Un livre technique d’une clarté étonnante. Il se lit sans grande difficulté tant il est fluide. Les idées sont claires et la thématique est bien précise.

Changer l’Afrique ! Ce point d’exclamation qui clôt le titre du livre symbolise bel et bien l’exclamation qui invite à un engagement dans la mesure où reformulée, elle devient : Changer l’Afrique ? Mais comment ? C’est cette question que l’auteur s’attache à définir tout le long de l’ouvrage.

Après un détour à la faveur des idées où il décline la notion de management en la considérant tour à tour comme science et comme art, Mokanda essaie de montrer l’importance du management du changement qui possède une dimension conjoncturelle en ce qu’elle se réalise entre l’ajustement permanent et l’amélioration en continu. Pour y parvenir, plusieurs requis sont nécessaire. Il invite de ce fait, à la lumière de l’exemple du Manager ivoirien Gilles Atayi l’importance du leadership qui lui-même aura un impact pour le développement de l’Afrique.

Le deuxième mouvement qui conduit l’œuvre de Mokanda concerne le diagnostic et les problématiques du changement au Gabon. Ciblant tour à tour les obstacles de changement, il montre que l’écologie d’être humain caractérisée par une inertie inexplicable constitue en soi en frein qui permet au Gabon de ne pas avancer. Sans oublier la mentalité et les habitudes qui, nous le savons, peuvent impacter positivement ou négativement une société allant même jusqu’à la faire sombrer dans une léthargie profonde. Parmi les mentalités, il soulève la question du poids des habitudes qui peuvent, dans un cas ou dans l’autre, s’avérer un obstacle au développement intégral. Il parle en plus des maux qui minent la société gabonaise. Le premier, l’indélicatesse où le jargon « le mouton broute où il est attaché » règne comme principe fondateur. Le deuxième le parentage ou l’art de se soutenir entre parents en délaissant les autres qui ne sont pas censés appartenir à notre réseau relationnel. Ce mal est la conséquence du non respect des droits de l’homme.

Sur le plan pratique, Mokanda fait un état des lieux du Plan Stratégique Gabon Émergent en ciblant quatre réalités qui peuvent, selon l’usage qu’on en fera, favoriser l’échec ou la réussite du Gabon. En premier lieu, les trois piliers de l’économie gabonaise que sont le secteur primaire, le secteur secondaire et le secteur tertiaire. En second lieu, il pose le diagnostic stratégique du PSGE en en ciblant les forces et les points d’amélioration. En troisième lieu, il parle de l’environnement des affaires en ciblant les efforts à faire. À la fin, il parle, à titre illustratif, du modèle rwandais.

Dans la troisième partie qui s’intitule « conduire et construire le changement au Gabon », l’auteur, s’appuyant sur le modèle de réussite de Jean-Baptiste Bikalou, entrepreneur gabonais, retient la ressource humaine comme principal facteur de changement. Il rajoute à cela la culture du résultat qui s’appuient sur quatre leviers : la performance, la diversité, la prise en compte des compétences nationales, et la communication.

Serge Mokanda estime que la solution de l’émergence se trouve dans le management du changement. C’est le lieu ici de comprendre pourquoi son livre apporte une nouveauté dans le paysage émergent africain, car il invite à déployer l’outil du management du changement à l’échelle nationale pour le Gabon, et à l’échelle continentale pour l’Afrique.

Le management du changement a ceci de particulier : Quel que soit le modèle de développement, il est susceptible d’apporter la plus value créant ainsi la rupture avec les anciennes manières de penser le développement de l’Afrique. Dans cette perspective, la dimension culturelle n’est pas à négliger, car pour l’auteur, c’est aussi par l’affirmation de l’identité africaine ou nationale que les managers peuvent s’ouvrir au monde.

Ce livre exigeant pose les facteurs clés du succès pour le changement. L’auteur en a retenu trois. Le premier, l’état d’esprit impliquant la décision, la responsabilité et le devenir. Le second, la valorisation de la jeunesse sur laquelle il faut miser dans la mesure où elle incarne l’avenir. L’auteur déplore le fait que la jeunesse est souvent mise de côté. Le troisième, la diaspora qui est une ressource pour le Gabon et pour la l’Afrique. C’est pourquoi  les gouvernants doivent leur ouvrir la porte en capitalisant leurs expériences et expertises. Désormais l’apport de la diaspora est incontournable.

Que retenir de cet enseignement ?

Ainsi qu’on peut le remarquer. Serge Mokanda soulève diverses questions nécessaires pour le changement de l’Afrique. À la fin de son livre, il adresse une lettre à la jeunesse gabonaise et aux membres du Plan stratégique Gabon émergent. Loin de muer sa théorie en absolu, loin de flatter les égos des hommes politiques ou de les fustiger, Serge Mokanda nous convie au contraire sur un chemin non moins sinueux, exigeant, mais réaliste et prometteur : celui du management du changement. En effet, comme il l’explique, celui-ci ne consiste aucunement à se renfermer dans une culture de l’individualisme. Elle invite à s’ouvrir aux diverses richesses et à s’ancrer dans une double éthique. Celle de la responsabilité et celle de l’exemplarité. Ainsi donc, le management du changement n’est pas un acquis prédéterminé. C’est la volonté et la capacité qu’on y met qui peut le rendre effectif. Alors, pas de temps à perdre : fleurissons et partons sans plus attendre à la découverte du génie africain. Changeons l’Afrique !

 

Nathasha Pemba

 

Je vous le recommande

Références:

Serge Mokanda, Changer l'Afrique, Éditions la Doxa, 2015.

Prix: 15 euros

 

Publié dans Analyses Essais

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Tity Bonheur Bassekat ou le regard du jeune politique congolais

Publié le par Pénélope Mavoungou

Qu’est-ce que la jeunesse ? est la question que l’on serait, de prime abord, tenté de poser à l’auteur de cet essai. Mais en lisant sa pensée jusqu’au bout, on constate que l’auteur a voulu non seulement donner une vision : la sienne. Une vision du jeune qui envisage d’entrer en politique, mais aussi une partie de sa pensée politique jalonnée des entrées historiques . l'histoire du monde, celle de l’Afrique, celle du Congo-Brazzaville. Ou simplement celle de la politique congolaise. Dans cette mouvance historique, on rencontre des visages phares comme Alexandre le Grand, Nelson Mandela, Barack Obama, Lumumba, Marien-Ngouabi etc…

Cette audace, ce courage d’avoir osé écrire ce livre fait de Tity-Bonheur un théoricien de la jeunesse.  En effet, parmi les jeunes de son pays, il a osé théoriser l’idée de jeunesse en politique, lui donner une forme, lui donner des raisons de ne pas choisir de rester sur le banc de touche, même s’il peut arriver que l’on se demande si cette jeunesse sacrifiée a-t-elle vraiment le choix.

De fait, s’il est tout aussi facile de trouver des jeunes « manipulables et instrumentalisables » par les hommes politiques congolais, il n’est pas tout aussi difficile d’en trouver qui refusent de se laisser manipuler et qui croient simplement que lorsque les choses changeront, ils oseront, mais pas avec une race de rapaces.  

Tity-Bonheur Basseka est un étudiant congolais, né le 24 avril 1991. Il est détenteur d'une Licence en droit (études internationales et communautaires), et ne cache pas sa passion pour la politique et son ambition d’être de ceux qui seront au cœur du Congo de demain. Il est depuis peu le président d'une cellule de réflexion juvénile dénommée « Think Tank Jeunesse Audacieuse », qui a pour vision d'inciter les jeunes à s'intéresser davantage aux questions liées à la République.

Qui est jeune ?

Telle est la première question à laquelle l’auteur se propose de répondre dès les premières lignes de son livre. À travers des images, et des textes, il essaie de répondre à la question en s’appuyant sur des critères d’âge, sur des textes de l’UNESCO. Ce qui reste toujours difficile à comprendre, surtout lorsque l’on sait que dans certains univers la jeunesse peut aller jusqu’à cinquante ans. Ou encore que la jeunesse peut caractériser, dans plusieurs circonstances, un état d’esprit, une manière d’être.

L’auteur finit par définir la jeunesse non point par rapport à une tranche d’âge mais par rapport à son objet. La jeunesse dit-il « c’est l’âge des passions, du goût du risque et des aventures. C’est la période la plus importante dans la vie d’un homme, car c’est à partir d’elle que se dessinent les fruits que chacun apportera pour contribuer à l’avenir d’une nation. C’est le moment de la vie où chaque individu doit faire bouger les choses, impacter son environnement et produire des actes qui auront des effets constants et perpétuels pour le grand bien des générations futures. Même si dans la plupart des cas, les jeunes ne sont pas aux commandes de la vie de la Cité et se sentent abandonnés par la société et par les décideurs politiques, les jeunes sont les ailes du progrès et les dépositaires de l’émergence d’un pays. Ils sont la source et la fin, et rien ne peut marcher droitement dans un pays s’ils ne sont pas pris en compte » 

Dans sa dynamique politique, l'auteur estime que les politiques actuelles instrumentalisent les jeunes et vilipendent la notion de jeunesse. Il refuse d’accorder aux détracteurs de la jeunesse l’occasion de dire que la jeunesse ne s’engage pas. Les jeunes, dit –il, s’engagent, mais autrement. Ils interviennent souvent et de manière très spectaculaire sur les scènes publiques : « ils soutiennent les partis politiques avec beaucoup de naïveté ou avec beaucoup de calcul» . Cependant il leur manque de l’audace.

En somme, pour l’auteur, « le potentiel congolais est la colonne vertébrale de la survie de la république …travailler avec la jeunesse, c’est construire le futur…la détourner et la manipuler c’est détruire les fondations de l’avenir ».

Pour Tity-Bonheur, être jeune est « un atout incontournable ». La jeunesse et la politique, estime-t-il vont de pair.

Il est une évidence de notre siècle, c’est qu’aujourd’hui au Congo les adultes ne peuvent plus occulter la jeunesse. Composer avec elle est, selon Tity-Bonheur Basseka, un impératif. La condition même de son avenir.

Habituée à vivre dans un monde ployant sous les slogans, je suis presque tentée de résumer Tity en disant : « pas de politique sans jeunesse », car elle est la condition sine qua non du développement d’un peuple. Il le dit en ces termes : « sans la jeunesse aucun discoureur infatigable ne peut s’imaginer une destinée en politique»

 Tity-Bonheur ou l’apologie de l’audace

L’auteur est convaincu que désormais, seule une énergie doit habiter la jeunesse: l’audace . Il estime que tous les secrets du succès se trouvent dans l’audace. En un mot pour lui, « l’audace c’est d’accepter d’être leader et de prendre le risque que les autres se refusent à prendre » .

Pour l'auteur, les prérequis de l’audace sont : la justice et l’intégrité, l’humilité et les valeurs républicaines.

« Les discoureurs infatigables », un titre très accrocheur

Dans un pays où l'on n’est habitué à entendre des mots comme « le bâtisseur infatigable », on peut presque sourire en lisant l’expression « discoureur infatigable ». Comme quoi, les slogans peuvent quelques fois se révéler très inspirateurs. Il me rappelle d’ailleurs, une de mes futures publications où je parle d’un « dictateur infatigable » qui n'est pas heureux quand il ne dicte pas sa loi. Dans cette partie de son livre, l’auteur fait i le diagnostic de la politique congolaise, mais aussi de la politique africaine. Il analyse Ce que l’on pourrait appeler les barricades du décollage de l’Afrique. Il dresse deux portraits : celui du politicien et celui de l’homme d’état.

Qu’est-ce qu’un politicien ? -C’est celui qui prêt à tout pour aboutir à sa fin -C’est un démagogue et un piètre faiseur -C’est un homme qui dirige sans partage, -C’est celui qui flatte sur la personnalité de celui dont il mendie les faveurs, -C’est celui qui n’a aucun respect du tissu constitutionnel, -Il truque les élections, opprime le peuple, -Il est le problème et la solution… -Il est créateur de milice privée -Il est dictateur, manipulateur : le sentiment d’insécurité est son bouclier pour maintenir le peuple sous sa botte : il devient incontournable.

Les politiciens ils aiment s’inventer des slogans à leur gloire et se mettre dans la peau des hommes de valeurs, des héros nationaux…exemple, Mobutu se représentait souvent sur des banderoles avec Lumumba alors qu’ils faisait partie de ceux qui ont participé à sa mort 

« Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Nelson Mandela, mais ne tolèrent pas d’opposition de leur propre peuple ». L’auteur reprend cet extrait du discours d’Obama pour montrer ce qu’il constate des politiciens africains.

 Un politicien est donc ce qu’on pourrait appeler un beau parleur qui est en même temps un piètre faiseur. C’est quelqu’un qui s’habitue faire ce qu’il ne dit pas et à dire ce qu’il ne fera pas. C’est un calculateur de première heure, un harangueur de masses, mais un mauvais exécutant  

Pour l'auteur , le dieu du politicien c’est « sa carrière et ses objectifs ». L’homme d’État quant à lui est « représentatif des responsables politiques d’un pays qui détiennent le pouvoir de décision politique et en font usage pour le bien commun »:

- Il a une grandeur d’esprit et est attaché à son pays,

- Il n’a pas besoin des flatteries et des acclamations des hommes, il sert le peuple,

-Il s’efforce de connaître les souffrances de son peuple et d’y apporter des solutions,

-Il est responsable et recherche des solutions pour sa nation.

- Il n’envoie pas des gens pour tâter le terrain ou électriser son peuple,

-Il est motivé par l’amour qu’il a envers son peuple.

Ces hommes d’état, ce sont, selon l’auteur, de la trempe de Lumumba. On retrouve aussi, dans le livre, d’autres sujets comme la nécessité de la moralisation au Congo qui aura pour « conséquence fondamentale d’installer chez les jeunes une culture patriotique, en lâchant dans la politique active des jeunes citoyens avertis, profondément démocrates, cultivés »

En outre, l'auteur parle de l’engagement politique des jeunes invitant ces derniers à s’engager sans hésitation. Changement de mentalité ? Oui, dit Tity-Bonheur. C’est la condition de l’émergence, le « moteur principal dans la mise en place des changements futurs, des perspectives d’avenir que la jeunesse doit sans plus attendre enclencher pour porter les couleurs rayonnantes de l’audace ». Pour y arriver, l’auteur propose de se concentrer sur deux lois universelles :

La première est la loi de l’attraction : « nous sommes un aimant et nous attirons naturellement vers nous ce que nous sommes naturellement vers nous ce que nous sommes au-dedans de nous ». La deuxième est la loi des correspondances : « il nous sera impossible d’aller à l’émergence ou d’industrialiser le Congo, si nous ne changeons pas, en premier lieu, notre manière intrinsèque de voir la politique ». Pour que les choses puissent bouger, affirme Basseka, il faut adopter une politique générationnelle : il n'y a pas de succès sans successeur.

Ici l’auteur soulève la question de l’alternance considérée comme la bête noire de la majorité des chefs d’États africains qui ont tendance à s’identifier au pouvoir. Il soulève deux types d’alternance : l’alternance générationnelle et l’alternance politique. Il survole la question de la Constitution de 2002 du Congo. Il s’inscrit dans une vision générationnelle qu’il considère comme « un moyen démocratique facilitant l’avènement au pouvoir d’une nouvelle classe de jeunes dirigeants politiques, afin de poursuivre, d’améliorer l’héritage laissé par les aînés et de continuer d’assurer la gestion des affaires de l’État »

En plus de ces questions l'auteur parle de la place des religions et des ethnies dans la politique congolaise qu’il juge utile. Il considère cela comme une question à ne pas éluder. Néanmoins, il met en garde contre l’instrumentalisation par l’ethnie.

L’essai de Tity-Bonheur mérite qu’on lui accorde une attention particulière dans un certain sens, car il décrit l’état de la politique congolaise avec brio. La description qu’il fait du politicien et de l’homme d’État d’autre part, en montrant la grande différence existante, a aussi retenu mon attention, après sa théorie de l’audace. Même si je suis restée sur des questionnements, je reconnais que l’étude de Basseka fournit une perspective différente d’une certaine vision de la jeunesse congolaise que l’on peut très bien observer aujourd’hui. L’initiative est courageuse. Nous lui souhaitons un bon vent, tout en lui souhaitant de se souvenir que l’audace est un vocable très ambivalent et souvent excessif qu’il faut utiliser avec tact, sinon on risque de tomber dans les excès. J’aurais souhaité qu’il insiste davantage sur cette question en montant que la vertu est toujours entre l’excès et le défaut, et que le rééquilibrage de la jeunesse en politique est plus que nécessaire qu’un courage illimité. S’il m’était demandé de donner un titre à ce livre, je l’appellerai : « Tity-Bonheur ou le regard du jeune politique congolais ».

Nathasha Pemba,

 

 

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Charles Zacharie Bowao, le philosophe de la démocratie

Publié le par Pénélope Mavoungou

Je recommande ce livre à tous ceux qui, en Afrique, entrent en politique.

…Même aux anciens politiciens qui se prennent pour des hommes politiques accomplis. Il faut avoir le courage d'assumer ses échecs pour continuer. La démocratie en Afrique et au Congo-Brazzaville peine décoller. Adoptée, elle est encore à l'état de déclaration. Cette excellente analyse de cet ami et confrère philosophe décortique les notions de "tribalisme, d'ethnisme, d'ethnicisme et d'ethnocentrisme".

Le tribalisme, une erreur conceptuelle qui plane dans l'esprit de la plupart des congolais. Même les hommes politiques. L'auteur en analysant le concept, à partir des recherches anthropologiques et sociologiques montrant que le tribalisme se dit en lien avec les "tribulations inhérentes à l'enfance primitive de l'humanité, souligne qu' "il est impropre de parler encore de tribalisme, sauf à vouloir inconsciemment accepter ou valider cette dévalorisation surannée, qui ne correspond nullement à la situation actuelle. (...) Pas de tribu, donc pas de pratique tribale, encore moins de tribalisme." (p. 23)

Déconstruisant le paysage politique congolais qui s'est enlisé dans l'esprit ethnocentriste, l'auteur propose à la place, la prise en compte d'une éthique du politique. Il est important de créer une conscience. Une prise de conscience de notre appartenance commune et de notre responsabilité commune. Il est difficile que le Congo continue sur cette voie. Penser et repenser la politique et les moyens de Vivre ensemble demeure importante. Voire indispensable.

Sans amateurisme et sans esprit anti-moderne, le philosophe Bowao donne une définition de la Citoyenneté qui me paraît compatible avec les cultures africaines. Une définition où la Citoyenneté n'exclut pas l'ethnie. On est Vili, Mbochi, Bomi taba, Lari, Punu, Bembé… Mais on est Citoyen Congolais aussi.

En somme, Bowao essaie de remettre l'intellectuel africain face à sa conscience en le conduisant à se questionner et à se positionner au sujet de l'impertinence de l'ethnocentrisme et de l'urgence d'une éthique du politique.

Lisons! Lisons… Lisons en évitant de catégoriser...

Cela nous évitera de raconter n'importe quoi!

 

Nathasha Pemba

Référence du livre:

Charles Zacharie BOWAO, L'imposture ethnocentriste, (Brazzaville, Editions Hemar, 2014)

Publié dans Analyses Essais

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Charité politique: " Toute décision économique a une conséquence de caractère moral"

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

Ce livre rassemblant quelques textes politiques de Joseph Ratzinger se laisse lire entre deux bus, deux métros, deux taxis, à la pause déjeuner... On le et comprend sans complexité. Divisé en quatre grandes parties, il comprend 67 pages.

Les quatre grandes parties se fondent sur quatre grands piliers très formateurs:

Premier pilier: Désirer se faire aimer.

Ici Benoit XVI, lors d'une rencontre avec les autorités de la ville de Milan, commente la pensée de Saint Ambroise de Milan. Il souligne que "L'Administrateur doit être capable de susciter l'admiration des citoyens par son dévouement au bien commun. Il ne s'agit pas d'une relation de dépendance, ou pire encore de soumission, mais d'un rapport de respect et de confiance, de partage et de collaboration, qui fat ressortir la volonté de l'administrateur de "se dédier au bien des citoyens". Les citoyens sentiront ainsi qu'ils appartiennent de manière vivante à ce tissu social, qui ne les considère pas comme des spectateurs mais en fait des protagonistes de la construction de la Cité." (p. 10-11)

Deuxième pilier : Servir le droit

(Lors de sa visite au parlement de la République fédérale allemande, en 2011.)

"À l'exemple du jeune Roi Salomon, Benoit XVI invite les hommes politiques à ne rien faire passer avant la recherche du Droit, chemin privilégié pour combattre l'injustice. Cette recherche doit se manifester comme une demande pressante dans sa prière et comme une motivation ferme et constante dans chacune de ses décisions. Il ne s'agit pas d'appliquer simplement des règles, mais de devenir un serviteur intrépide et crédible qui s'emploie à promouvoir la dignité de l'homme et de l'humanité menacée par des lois injustes qui lui sont imposées, parfois, même par des majorités parlementaires. Seule une formation juridique animée par un sens profond de la justice pourra rendre les hommes politiques capables de prendre des décisions porteuses de sens et qui permettent de faire grandir la communauté sociale." (p. 11-12)

Le troisième pilier: favoriser le dialogue entre foi et raison.

(Lors de sa rencontre avec les autorités civiles du Royaume-Uni.)

Mettant de l'avant la figure de Saint Thomas More, Patron des hommes politiques, Benoit XVI invite ces derniers "quelques soient leur culture ou leur religion, à ne pas craindre que la foi entre "dans un dialogue profond régulier" avec la raison. C'est en effet ce qu'exigent le bien de la communauté et surtout, le nouveau contexte historique dans lequel il est demandé à la foi religieuse-et à la foi chrétienne en particulier-, non pas d'édicter des normes, mais de proposer de nouveaux chemins pour élaborer une culture capable d'orienter les choix politiques dans une direction qui tienne compte de l'homme dans s atonalité et des hommes dans leur ensemble. Le dialogue entre foi et raison, entre monde séculier et monde consacré, loin de restreindre l'horizon de la politique, en élargit les perspectives et la libère des solutions partisanes ambiguës et restrictives. " (p 12-13)

Le quatrième pilier: Témoigner d'une lumineuse espérance.

(Lors de sa rencontre avec les autorités politiques et civiles et avec le corps diplomatique de la République Tchèque.)

Benoit XVI, "a émis le souhait que chaque homme politique fasse personnellement l'expérience de la beauté et de la bonté contenue dans la vérité. Ce n'est qu'à partir d'une telle attitude intérieure qu'un homme politique pourra construire "des structures de liberté" au sein desquelles tous les hommes puissent découvrir le sens profond dans leur propre existence et de la vie en communauté. Pour guider une communauté, tout responsable doit savoir conjuguer la lutte pour la liberté et la recherche de la vérité. L'une sans l'autre peuvent conduire à la destruction de la dignité des hommes et de leur capacité à vivre ensemble". (p13)

 

Nathasha Pemba

 

 

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"Stigmate (…)" de Erwing Goffman…une lecture commentée.

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

Le titre lui-même au départ peut semer un trouble dans la compréhension, car le mot « Stigmate » a plusieurs sens, et notamment un sens profondément religieux en lien aux stigmates du Christ, par exemple. Mais, ce qu’il faut savoir du mot stigmate, c’est que c’est un mot qui, en lui-même, est également polysémique. Son premier sens est celui de « marque ». En effet la stigmate est une marque durable, presque indélébile qui reste sur la peau qu’on on a eu une maladie, ou encore la cicatrice d’une blessure qui ne disparaît pas. Ceci pourrait faire penser aux marques dont on imprimait les esclaves. En ce sens, le stigmate est quelque chose par lequel on peut identifier une personne. Son deuxième sens, fait de lui toute marque, toute trace qui révèle une dégradation, par exemple, les stigmates liés à la guerre ou à une maltraitance. Son troisième sens est issu de la science, elle représente, chez les angiospermes, la partie supérieure terminale du pistil, souvent élargie et visqueuse, sur laquelle les grains de pollen sont retenus et amenés à germer. Quant à son quatrième sens, lui aussi scientifique, le définit comme un orifice respiratoire des insectes, et autres arthropodes terrestres, constituant chacun l'extrémité d'une trachée plus ou moins ramifiée.

Ces définitions sont importantes, parce qu’elles permettent de comprendre le sens du mot « stigmate » dans l’œuvre de Goffman. Pour lui, « un individu stigmatisé se définit comme n’étant en rien différent d’un quelconque être humain, alors même qu’il se conçoit (et que les autres le définissent) comme quelqu’un à part. » Cet attribut constitue un écart par rapport aux attentes normatives des autres à propos de son identité (La sociologie de Erving Goffman, p. 26). D’après lui, tous les individus, nationaux ou immigrants, riches ou pauvres, sont toujours stigmatisés, par rapport aux contexte te lieu de temps, et même de circonstance. Mais ce n’est jamais à égalité, car il y a dans les groupes d’autres qui stigmatisent plus que les autres, une stigmatisation qui peut facilement conduire au mépris. C’est pourquoi dans son livre, Goffman ciblera les dévalorisations corporelles, les dévalorisations tribales et les dévalorisations tribales. Aujourd’hui, avec la diversité culturelle qui s’impose, les formes de stigmates ne font que s’accroître, c’est pourquoi Goffman en pointe quelques uns : le passé des individus, les handicaps, les tares de caractère, l’orientation sexuelle (notamment l’homosexualité est stigmatisé), l’appartenance à un groupe donné.

Dans son livre, il montre comment l’acteur social, pour ne pas mettre mal à l’aise son public, va tout faire pour que le stigmate soit toujours clean…quitte à l’assimiler, afin qu’il paraisse comme quelqu’un de « normal ». Pour illustrer ce qu’il entend par « Normal », Goffman, prend cet exemple (lié à la situations des Etats-Unis) : « Ex: "le jeune père de famille marié, blanc, citadin, nordique, hétérosexuel, protestant, diplômé d'université, employé à temps plein et pratiquant un sport". Page 151.

La stigmatisation n'existe finalement pas; le stigmate ne trouve son existence que dans la valeur qu'on lui donne. Il semble malgré tout être une notion nécessaire à l'évolution de la société, car chaque individu a besoin de s'identifier comme "normal" en se comparant à ce qu'il interprète comme différent

Plan du livre : le livre est divisé en cinq parties.

1-Stigmate et identité sociale

Ici, il répertorie les significations et implications sociologiques du mot « stigmate »En général, et partant des rencontres sociales, les individus sont souvent réparties selon trois catégories :

a)monstruosité du corps

b) tares de caractère

c) caractéristiques tribales (au sens large)

C’est de là, selon Goffman que vient la discrimination. Il prend un exemple à la page 16 de son livre :

Ex: "Chez certains, il peut exister une hésitation à toucher ou à guider les aveugles, tandis que chez d'autres une constatation d'une privation de la vue peut se généraliser pour former une perception globale d'inaptitude, si bien que ces personnes s'adressent aux aveugles en criant, comme s'ils étaient sourds, ou essayent de les soulever, comme s'ils étaient infirmes. Il est fréquent que, face aux aveugles, les gens présentent toute sorte de croyances ancrées dans le stéréotype. Ainsi, ils peuvent se croire jugés comme jamais auparavant car ils pensent que l'aveugle a accès à certains canaux d'information fermés pour les autres".

À partir de là, le regard porté par des « normaux va se généraliser » et les stigmatisés vont devenir « une identité ». Il arrive en général, que le stigmatisé utilise cette identification ou identité pour devenir un revendicateur. Mais le plus souvent, ne sachant pas à partir de quel groupe revendiquer, il arrive qu’il se perde et qu’il ait lui-même du mal à distinguer sa vraie identité.

La conséquence qui pourrait en découler, selon Goffman, c’est qu’il y a, derrière cette attitude, toute la problématique de l'acceptation de soi et de son stigmate. Goffman recense trois réactions possibles du stigmatisé:

a)tentative de correction du stigmate (victimisation) ;

b) tentative de maîtrise des domaines d'activité qui lui sont normalement interdits (supplice de l'apprentissage) ;

c) se couper de la réalité (mépris) ;

2-Contrôle de l'information et identité personnelle

Ici, Goffman montre comment les individus « stigmatisables », vont avoir tendance à réaliser des manifestions sociales ou créer des situations en se créant une sorte de couverture. C’est pourquoi, selon lui, il est important de marquer une distinction entre la situation "de l'individu discrédité, forcé de s'accommoder d'une tension et celle de l'individu « discréditable », obligé de contrôler une information.

Bref, Goffman distingue L'identité pour soi de l'identité personnelle et de l'identité sociale en ce qu'elle est subjective, réflexive et ressentie par l'individu affecté d'un stigmate. Or celle-ci est ambivalente, notamment lorsqu'un individu « stigmatisable » s'allie trop souvent à des normaux et ne s'identifiant plus alors en rapport avec son groupe. Dans ce cas, il lui autant impossible "d'épouser son groupe que de s'en séparer".

3-Alignement sur le groupe et identité pour soi

Dans cette troisième partie, Goffman donne des pistes possibles pour éviter des écarts. Il propose le recours à un spécialiste qui édicte les règles d'un juste comportement. Il l’illustre : "J'ai appris aussi qu'un infirme doit prendre garde à ne pas agir différemment de ce que les autres attendent. Et, par dessus tout, ils attendent de lui qu'il soit infirme: invalide et impuissant; leur inférieur; et, s'il ne répond pas à leur attente, leur malaise les rend soupçonneux". Pages 131 et 132.

Goffman estime que ces spécialistes doivent convaincre les stigmatisés de suivre ces codes sous peine de perdre leur authenticité. L'alignement sur un groupe ("agrégat que forme les compagnons d'infortune de l'individu stigmatisé") est prioritaire. Il estime qu‘un individu « affligé d'un handicap » devrait non seulement se ranger sur son groupe pour acquérir les codes nécessaires, mais aussi intégrer les habitus des « normaux », non pas pour s’assimiler, mais pour « s'engager à réduire la tension créée par l'existence de son stigmate ». Il doit "briser la glace”:

"Et puis, pour faire rire, il y avait le coupe de la cigarette. Ça ne ratait jamais. Chaque fois que j'entrais dans un restaurant, dans un bar ou dans une réception, hop! Je sortais un paquet de sèches, je l'ouvrais avec ostentation, j'en prenais une, je l'allumais, et je m'asseyais en tirant dessus l'air ravi. C'était bien rare que je n'attire pas l'attention. Tout le monde ouvrait de grands yeux, et je les entendais presque s'exclamer: "ça alors! Arriver à faire ça avec une paire de crochets!" Chaque fois que quelqu'un lançait un commentaire sur mon exploit, je souriait en disant: "il y a au moins une chose que je n'ai pas à craindre. C'est de me brûler les doigts." Lourd, je sais, mais le meilleur moyen pour briser la glace." Page 139.

4-Le moi et ses autres

Pour Goffman, la saisie complète de la "différence", consisterait en ceci : « regarder non pas le différent, mais bien le normal ». C'est effectivement en fonction de la norme que se comprend la distance à la norme. Le stigmate, selon lui correspondrait donc à celui qui n’entre pas dans les canons de la normalité. Il reste donc marqué négativement. Par une tendance exagérée à vouloir revendiquer, le stigmatisé, sans le savoir va créer, aux yeux de la société, une déviance, laquelle peut être nuancée à partir de trois formes :

a)la norme peut être vue comme inatteignable par tout le monde (sorte d'idéal vers lequel nous devons nous efforcer de tendre sans jamais y parvenir)

b) nous pouvons nous écarter d'une communauté qui maintiendrait une norme à la quelle nous ne pouvons satisfaire

c) En cas de non respect des normes nous pouvons adopter un comportement de couverture ou de faux-semblant pour maintenir l'adhésion à un certain socle normatif.

Mais, pour Goffman, cette déviance est une déviance normale, car plusieurs sortes de stratégies vont lui faire accéder à une position dans la société, où finalement, il y aura une situation d’interdépendance entre le stigmatisé et le normal.

Somme toute, Goffman considère que le « normal » et le « stigmatisé » sont "des points de vue" qui sont construits par la société et qui ne se révèlent pas forcément lors des interactions mixtes durant lesquelles nous sommes conduits à jouer des rôles.

5-Déviations et déviance.

Dans cette partie, Goffman présente la différence qui existe entre le déviant et le stigmatisé, qui selon lui, ne doivent pas être confondus. Tant qu’il applique les règles édictées par la loi, dans sa culture d’origine et dan sa culture d’adoption, il ne peut pas être considéré comme un déviant. À la fin, il fait une distinction entre déviations, déviances et stigmatisation.

Nathasha Pemba

Publié dans Analyses Essais

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