Hans Jonas et l'éthique de la responsabilité

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

A l’heure où dans le monde émergent les problèmes liés à l’environnement, Hans Jonas marque une rupture avec l’ancienne conception éthique en publiant un ouvrage, le Principe responsabilité, qui se présente comme une réponse aux questionnements quant aux conséquences de la science et de la technique. Contrairement à Heidegger son maître, Jonas engage sa réflexion vers l’éthique et donc sort de l’oubli de l’être, parce qu’il se soucie de l’ « être des autres » et envisage la vie. Prenant conscience de sa présence au monde d’une manière soucieuse, il va craindre pour lui et pour les autres. Pour lui, l’ « être –là » est lié à l’autre. De même que nous vivons dans le monde, nous sommes avec les autres. L’autre est constitutif, car il n’est pas quelque chose qui s’ajoute à moi. Mon frère c’est aussi celui qui n’est pas encore né. Vivre avec l’autre c’est aussi vivre son avenir. Si Heidegger parle de l’ « être –là », Jonas lui envisage un « être- là pour l’avenir ». Ce changement lexical de Hans Jonas le pousse vers l’éthique, car après avoir pris conscience de soi, on découvre qu’on est avec les autres. Il faut donc préserver la nature, parce que c’est l’autre et c’est l’avenir.

Jonas situe dans le pouvoir de l’homme, la présence inhérente et absolue du devoir, ce qui veut dire que le pouvoir de l’homme ne doit jamais occulter son sens du devoir. Il donne à la responsabilité un fondement ontologique, ce qui fait d’elle un principe : « l’existence d’une capacité de responsabilité rend simultanément celui qui est porteur de cette capacité responsable de fait ». C’est ainsi que, se souciant de l’homme dans sa philosophie, notamment de sa présence dans le monde, Jonas juge utile de repenser l’éthique en y insérant la dimension de la responsabilité à l’égard des générations futures. Pour essayer de comprendre l’éthique de la responsabilité de Hans Jonas, nous avons divisé ce travail en trois grandes parties. Premièrement nous situons la responsabilité dans son contexte d’émergence dans la pensée philosophique de Jonas, et deuxièmement nous analyserons le thème de la responsabilité ainsi que ses enjeux politiques. Dans la dernière partie, nous regarderons les considérations critiques faites par Paul Ricœur sur l’éthique de la responsabilité.

I- Contextes d’émergence de l’éthique de la responsabilité dans la philosophie de Hans Jonas

I- a- Conception traditionnelle de l’éthique

L’éthique traditionnelle est centrée sur l’action et se contente de regarder les rapports entre les hommes. Elle est anthropocentrique, et sa staticité est remarquable, comme le souligne Jonas lorsqu’il affirme que « (…) L’éthique avait à faire à l’ici et au maintenant, aux occasions telles qu’elles se présentent entre les hommes, aux situations répétitives et typiques de la vie privée et publique ». En réalité il veut signifier par là que, la politique ancienne n’accordait pas de place pour les rapports de l’homme avec son environnement ; elle se limitait à la relation entre les hommes, car à cette époque, l’homme n’était pas encore coupé de la nature. Tout était naturel et le cadre naturel restait toujours à l’horizon, ainsi que le souligne Hans Jonas « avant notre époque, les interventions dans la nature, telles que l’homme lui-même les voyait, étaient essentiellement de nature superficielle et sans pouvoir en perturber l’équilibre arrêté. ». Il faut donc dire que la vision traditionnelle se limitait à la contemplation de la nature. Elle n’ouvrait aucune fenêtre sur la créativité, mais l’étouffant plutôt. L’éthique est davantage liée à la morale à cette époque.

I- b-La vision moderne: lutte contre la nature

Cette époque est celle de l’affirmation de l’indépendance de l’homme vis-à-vis de son environnement. L’homme peut être comparé au cours de cette période comme un adolescent en querelle avec son milieu. Il se considère comme le propriétaire de tout ce qui l’entoure, puisque la maturation de sa conscience au lieu de le rapprocher de son milieu l’en éloigne en l’y opposant. Leur relation devient polémique. Face à la politique qui prend une allure tributaire, la curiosité humaine s’installe et fait de l’homme non plus un observateur, mais celui qui expérimente pour ne pas s’aliéner. C’est pourquoi cette période dite humaniste est marquée par l’exaltation de la liberté, qui dans certains cas voudraient aussi dire « pouvoir de création illimité ». Descartes dira d’ailleurs à ce propos que par la science, l’homme est devenu maître et possesseur de la nature.

Etre libre pour l’homme moderne, s’identifie à un détachement de soi pour créer du nouveau, réaliser un nouvel arrangement dans la chaîne totale, pour reprendre les termes de Njoh Moelle qui affirme : « la liberté réside d’abord dans la possibilité de se détacher (…) ». Cette politique qui consiste à mettre l’univers au service de l’homme accroît en celui-ci, le pouvoir de domination, de maîtrise et de transformation de l’environnement. Elle confie, en outre, le pouvoir aux savants dans le but de faire progresser l’humanité sur la voie du savoir en vue d’un mieux être. Cette ouverture de la science et son caractère imprédictible ont constitué, en fin de compte une menace pour le sujet et même pour l’environnement.

I- a- La situation contemporaine : Hans Jonas et le Principe responsabilité (urgence d’une éthique originale)

Cette considération de l’homme comme maître de la nature a engendré des conséquences indésirables. Si bien que petit à petit l’homme prend conscience du milieu naturel qui fait partie de l’univers, comme lui. C’est dans cette prise de conscience, à travers les dénonciations des abus technologiques (l’exploitation de l’homme, la pollution..) et de ses conséquences (déforestation, mauvaise utilisation de l’espace), que nous situons Hans Jonas, qui à travers le principe responsabilité, va proposer une nouvelle façon de voir les choses et de considérer la nature.

Toutefois, bien avant Jonas, quelques auteurs ont évoqué l’idée d’une éthique de la responsabilité : Max Weber qui s’opposant à l’éthique d’intention de type kantien, parle de l’éthique de la responsabilité ; ou encore Emmanuel Levinas, au début des années cinquante, qui considère qu’en tant que philosophie, l’éthique place en son centre la responsabilité à laquelle chaque humain est interpellé à travers le visage de l’autre. Cependant Jonas se démarque de ces auteurs et ce qui fait son originalité c’est qu’il touche les problèmes de l’environnement, ses conséquences et ses dangers, sans occulter la dimension ontologique. La responsabilité est relative au pouvoir de l’homme, d’où son caractère obligeant qui, s’étendant dans l’avenir se situe non pas dans l’éternité, mais dans la temporalité, ainsi qu’il l’exprime dans Principe responsabilité : « On peut seulement être responsable pour ce qui change, pour ce qui est menacé de dépérissement et de déclin, bref pour le périssable dans son caractère périssable ».

Hans Jonas est convaincu que le progrès scientifique, bien qu’ayant des effets bénéfiques, a dépassé un certain seuil qui risque de nuire à l’avenir de l’humanité entière et même de l’univers. Devant certaines attitudes comme la concurrence, l’accroissement démographique, le rêve d’une amélioration des conditions de vie de tous et l’exercice du pouvoir, Jonas se pose des questions. La technique a atteint son point culminant si bien qu’il ne tient plus compte de la nature en oubliant qu’elle fait partie des êtres vivants. C’est pourquoi, même si la technique représente un pouvoir dont l’homme est entré en possession ou encore dont il est le garant du succès, Jonas estime qu’elle est potentiellement dangereuse et, personne ne se pose la question de la responsabilité. Pourtant la crise est réelle, puisque l’anthropocentrisme est exalté au détriment du cosmos.

En voulant dépasser la tendance philosophique de l’après deuxième guerre, Jonas qui veut davantage s’intéresser à la philosophie de la nature, va se retrouver défenseur de la nature, parce qu’ayant constaté que la nature perdait son mystère et était devenue la proie de l’homme. La technologie qui, manipule la nature ne se rend pas compte de sa propre fragilité. Cette menace fait d’elle un objet de responsabilité, dans la mesure où cette éthique de la responsabilité est une éthique du respect.

II- La thématique de la responsabilité

La thématique de la responsabilité est liée à la problématique du progrès technique ou technologique en vue de préserver pour l’homme l’intégrité de son monde et de son essence contre les abus de son pouvoir.

II- a- L’éthique de l’avenir

Pour Jonas, l’éthique du futur c’est l’éthique qui prend en compte les générations futures et qui a l’intention de les protéger. La menace que constitue la puissance technologique qui détruit la nature et déconsidère l’être humain a besoin, d’un regard, tourné vers l’avenir, car les conséquences de cette technologie si elles ne se manifestent pas aujourd’hui durent dans le temps. C’est pour cela que devant cette menace, il faut que l’éthique de la responsabilité soit orientée vers le futur. Ainsi, Jonas pense que l’amélioration de l’agir technologique aura un impact sur les générations futures, non seulement sur le plan scientifique, mais aussi sur le plan comportemental. Il ne sépare donc pas l’éthique du futur du « bien », car si l’être humain a conscience du bien, il limitera ses actions technologiques qui ont des tendances destructrices. Jonas parle ici du devoir être qui ouvre à la question : comment l’être doit il être ?

Parce qu’il est un être responsable, l’homme doit exister. Ainsi pour Jonas cette valeur qu’est la responsabilité doit être perpétuée, et cette perpétuation s’inscrit dans la préservation non seulement de l’humanité, mais aussi et surtout de la nature. En réalité, l’éthique de l’avenir consiste en ce que l’être humain a le devoir de prendre soin des hommes et de la nature dans le futur. Donc quand un homme est responsable, il pose des actes, il prend en compte l’avenir de tous ceux qui viendront après lui.

En insérant l’éthique du futur dans le principe responsabilité, Jonas fait un dépassement de la responsabilité traditionnelle qui situait l’être humain dans le passé. Car pour Jonas, l’homme est responsable des actions à venir. Ce qui est intéressant ici, du point de vue éthique, c’est cette dimension du futur, car en pensant au futur, l’homme préserve tout ce qui existe dans le temps, en ce sens où chaque futur est préservé. C’est dans cette optique que nous pouvons parler de la responsabilité unilatérale et asymétrique, car au nom de l’humanité future, l’homme se sent responsable de tout. Jonas dispose dès lors d’un impératif aussi catégorique que celui de Kant : « Agis de telle sorte que ton action soit compatible avec la permanence de la vie sur terre »

De cette éthique du futur découle la critique jonassienne du dogmatisme scientifique et des utopies rattachées à l’idée d’un progrès infini. En effet, selon Jonas, lorsqu’un scientifique se trompe, il n’est pas le seul à subir les conséquences, mais l’humanité entière est blessée. Il pense que la science est une pensée des ivrognes car, elle est ivre et pense en ivrogne c’est pour cela qu’elle est dérivée. Donc il faut dégriser la science, parce que derrière la science, il y a toujours une utopie qui engendre les idéologies. Le discours utopique contenu dans le principe espérance d’Ernst Bloch est un discours irresponsable. Car pour être responsable, Il faut arrêter de rêver et d’espérer.

II-b-La responsabilité entre anthropocentrisme et cosmocentrisme

Pour Jonas la responsabilité est d’abord une attitude réciproque, car, « du point de vue générique, explique t-il, la réciprocité est toujours là pour autant que moi, qui suis responsable pour quelqu’un, vivant parmi les hommes, je suis à chaque fois l’objet de la responsabilité de quelqu’un » Ensuite, il souligne que la responsabilité concerne les êtres vivants, car dit-il : « seul le vivant, dans sa structure d’être de besoin et dans son caractère menacé (…) peut être objet comme tel de la responsabilité ». En réalité le vivant est sujet et objet de la responsabilité. Mais entant que sujet, cela appartient à l’homme, car la responsabilité, selon Jonas fait partie de la définition de l’homme.

Jonas situe la responsabilité entre anthropocentrisme et cosmocentrisme, car en se tournant simultanément vers les questions de l’humanité et de la nature, il n’oublie pas de responsabiliser l’homme car c’est lui qui détient, avec la technique et la technologie, le pouvoir de détruire ou de préserver la nature. Mais il reste convaincu que l’avenir de l’humanité est inséparable de l’avenir de la nature. C’est pourquoi même après avoir évoqué un droit de la nature, le projet de l’éthique de la responsabilité stipule que « dans le choix entre l’homme et la nature, tel qu’il se pose toujours à nouveau dans chaque cas particulier de la lutte pour l’existence, l’homme vient sans doute toujours en premier et la nature, même une fois admise sa dignité, doit lui céder le pas, ainsi qu’à sa dignité supérieure » PR 262 ; Le philosophe de la responsabilité élargit son champ de vision non pas en excluant l’anthropocentrisme, mais en l’inscrivant dans un cadre plus large dépassant les conceptions traditionnelles de l’éthique.

En somme, sans la nature, l’homme ne peut exister et vice versa. C’est là où à son avis, se situe l’enjeu du futur, car l’homme en faisant la science devrait penser dans l’avenir et non rester figé dans le présent. En détruisant la nature, l’homme se détruit lui-même, à travers le temps, or en se sentant responsable de cette nature, il participe à la conservation de cette dernière non seulement pour lui-même, mais pour l’humanité future aussi. Ce n’est qu’à la condition où il assume sa responsabilité que l’homme est véritablement l’homme, parce qu’il garde son autonomie et ne devient pas esclave de la technologie.

II-c-Les enjeux politiques de la responsabilité

Le rapport de la biosphère avec l’homme pose aujourd’hui à l’humanité plusieurs difficultés qui vont au-delà du cadre national, régional ou continental. Il concerne tout l’univers. La rencontre de Copenhague en 2009 en est une illustration parfaite, car les atteintes faites à la planète, notamment les changements climatiques y ont fait l’élaboration de certaines stratégies de substitution visant à apporter des solutions à la mesure des problèmes que pose l’environnement.

Après avoir présenté le modèle parental de la responsabilité, Jonas situe la responsabilité dans le pouvoir politique qui a pour vocation première de gérer la cité, c’est-à-dire ; assurer le meilleur pour les autres. Le pouvoir, pour Jonas est le garant de l’avenir. C’est pourquoi l’homme politique doit posséder la vertu de sagesse, car seule la sagesse est susceptible de l’aider à transcender la dimension du présent pour s’ouvrir au futur. En outre, le pouvoir politique est l’instance de responsabilité de tous, comme le Souligne Gros : « nous sommes des gestionnaires et non des propriétaires de notre biosphère », ce qui veut dire que l’environnement est un bien dont on peut user, mais non abuser. Et Dorst pour sa part dira : « nous sommes, je le crois, une espèce supérieure ; mais nous n’en sommes pas moins, en dépit de tout, soumis à un certain nombre de lois ; nous faisons partie d’un ensemble. La nature n’est pas seulement notre moyen de subsistance ou le cadre dans lequel se trouve placé l’homme : elle représente pour nous un partenaire »

Cette invitation consiste donc à reconnaître dans la nature un réseau dense et complexe que nous ne pouvons exploiter n’importe comment, car nous continuons à faire en partie intégrante. Désormais la nature doit être considérée comme étant aussi un système défini et plus ou moins fini de la condition d’existence et du devenir de l’homme. Ainsi, se souvenant de son rôle, le pouvoir politique doit s’investir pour sortir la nature du pouvoir despotique de l’homme qui se considère comme son maître et comme son possesseur, comme l’a souligné Descartes. La nouvelle civilisation ne peut être construite que sur l’éthique de la responsabilité. La responsabilité c’est le fondement de la pensée humaine.

Jonas se tourne également vers l’agir collectif, autrement dit vers la politique. Il affirme qu’il faut une politique de renoncement qui doit « être une politique sage de la prévention constructive », et il fait une critique de la politique communiste qu’il considère comme une véritable utopie, parce qu’elle considère que les progrès scientifiques et technologiques contribuent à l’avènement de l’homme nouveau. Il s’oppose à l’idée que l’homme véritable serait à venir et que l’homme réellement existant serait inauthentique.

III- Quelques considérations critiques

Le succès de Jonas avec Le principe responsabilité est du à l’actualité de son thème et au fait que jusque là, personne n’avait réfléchi en ce sens là, c’est-à-dire que personne n’avait écrit sur une éthique de la technologie ou encore du cosmos. Toutefois il y a des auteurs qui restent critiques vis -à-vis de son œuvre. Pour certains auteurs, Jonas se contredit lorsqu’il parle de la nécessité de mettre fin à l’anthropocentrisme brutal de la tradition occidentale, car il affirme dans son ouvrage que « pour autant que l’ultime pôle de référence qui fait de l’intérêt pour la conservation de la nature un intérêt moral est le destin de l’homme en tant qu’il dépend de l’état de la nature, l’orientation anthropocentrisme de la morale classique est encore conservée ici ». L’impératif de responsabilité qui est au service de la sauvegarde de « l’image de l’homme », est susceptible de détourner notre attention d el nature.

III-a- Paul Ricœur et la critique du principe responsabilité

Avant d’aborder la question sur l’éthique de la responsabilité, Paul Ricœur se pose la question de savoir quelles situations nouvelles semblent rendre la demande de l’éthique, par notre époque, plus urgente qu’en d’autres temps. Pour y répondre, il propose de s’attacher aux changements que connaît le monde tant du point de vue humain, scientifique et technique que politique. Comme point focal de sa réflexion, il se situe au niveau de l’éthique de la responsabilité. De toute cette globalité que propose Ricœur, nous nous attacherons simplement à l’environnement et à quelques autres considérations qu’il fait sur l’éthique de la responsabilité.

En effet selon Ricœur, le problème de l’environnement constitue directement une demande d’éthique. Il faut, dit-il, se questionner sur l’éthique de l’environnement et redéfinir la responsabilité. Il distingue la responsabilité de l’imputabilité, car dans la responsabilité, il ne s’agit pas de rechercher qui est l’auteur de tel ou tel autre acte, mais bien de s’engager dans la protection et la préservation de l’environnement. Ricœur qualifie cette responsabilité de minimale, car elle implique déjà l’idée de « responsabilité-imputation » qui nous engage dans notre étude sur la réflexion de l’éthique de la responsabilité. Car, l’homme se sentant responsable d’une faute passée, se tourne inéluctablement vers le futur pour tenter la réparer.

Toutefois Ricœur semble dire que la réorientation vers le futur du concept ordinaire de responsabilité prôné par Jonas reste limitée dans la mesure où un regard rétrospectif jeté sur des actions déjà commises est nécessaire pour aller vers l’avenir. Voilà pourquoi, situer la responsabilité dans le futur ne change rien, parce qu’il s’agit des conséquences prochaines, puisque en tant qu’elle est principe, la responsabilité s’étend aussi loin dans l’espace. Il le dit d’ailleurs en ces termes : « C’est ainsi que l’on peut justifier, à la façon de Hans Jonas dans le principe responsabilité, ce double report de la responsabilité, en amont vers les démarches de précaution et de prudence requises par ce qu’il appelle l’ « heuristique » de la peur, et en aval vers les effets potentiellement destructeurs de notre action »

Ricœur approfondit sa vision en montrant les limites de la situation du principe responsabilité dans le futur. Primo selon lui la « futurisation » de la responsabilité dilue les effets de la technique et ne permet pas de saisir ceux qui contribuent à la destruction de la planète. Secundo Responsabilité sans prudence ne peut pas tenir.

En outre Ricœur pense que l’impératif jonassien est sans considération, contrairement à celui de Kant qui implique une certaine contemporanéité entre l’agent et son vis-à-vis :« Une responsabilité sans considération de durée serait aussi une responsabilité sans considération de proximité et de réciprocité. On peut toutefois se demander ce que devient l’idée de solidarité ainsi étirée dans la durée ». L’ouvrage de Jonas répond aux inquiétudes de ses contemporains qui devenaient de plus en plus sensibles aux problèmes environnementaux

Au final?

Parvenu au terme de notre étude qui a consisté à découvrir l’éthique de la responsabilité de Hans Jonas, nous voulons rappeler ce qui en a constitué l’ossature. Après avoir montré l’influence des conséquences technologiques sur la réflexion de Jonas dans la première partie, nous avons, dans la seconde partie abordé la thématique de la responsabilité avec l’éthique de l’avenir et l’importance de la communauté politique pour la pratique de celle-ci. En dernier lieu, avec l’ouverture que nous donne Ricœur, nous avons montré les richesses et les limites de la pensée de Jonas. Ce que nous pouvons retenir c’est que pour Hans Jonas, se déterminer en fonction du bien et du juste, c’est aussi penser son action par rapport à la totalité des êtres présents et futurs, c’est pourquoi au lieu de dominer la nature ou l’écraser, l’homme doit pouvoir l’intégrer dans une conception civilisée ayant pour fondement l’éthique de la responsabilité.

Tout compte fait, à travers cette question de la responsabilité de Hans Jonas, il ressort que comme toute œuvre humaine, cette œuvre a ses limites, mais comme le souligne Ricœur : « le livre de Jonas est un grand livre, non seulement en raison de la nouveauté de ses idées sur la technique et sur la responsabilité comprise comme retenue et préservation, mais en raison de l’intrépidité de son entreprise fondationnelle (…) ». L’éthique de la responsabilité pose pour Jonas deux difficultés distinctes : celle de sa fondation et celle de son exécution, c’est-à-dire de sa mise en pratique qui relève selon Jonas, de la théorie politique. La responsabilité devrait pouvoir se situer dans le passé, dans le présent, dans le futur et dans l’avenir.

Pénélope MAVOUNGOU

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