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Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur: Noël Kodia-Ramata

Publié le par Juvénale Obili

Contenant 200 pages et publié en août 2010 par les éditions Edilivre, « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » est un roman de Noël Kodia-Ramata, essayiste, romancier, poète et critique littéraire. 

 

Congolais de Brazzaville et Docteur en littérature française de l'Université de Paris IV Sorbonne, Kodia-Ramata a enseigné les littératures congolaise et française à l'école normale supérieure ( E.N.S ) de l'Université Marien Ngouabi. On lui doit également le premier dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le genre romanesque.

 

De quoi parle « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » ?

 

L'histoire se passe dans un pays nommé la Katamalaisie. Il y règne un climat politique d'après les indépendances. On retrouve deux protagonistes : Claude Alain (journaliste blanc) et Galiana (journaliste katamalaisienne). Le premier travaille à RFI et est venu en Katamalaisie pour réaliser un reportage sur les enfants de la rue. La deuxième travaille à l'ORTK (office de radiodiffusion télévision katamalaisienne) où elle est la plus brillante.

 

Le séjour du journaliste blanc fait les pages de ce livre.

 

Le roman présente une société influencée par une politique qui la plonge dans le gouffre du désespoir et de la sottise après les événements politiques dont les stigmates sont encore bien pointus : la dégradation de la mentalité des habitants qui subissent le chômage, la crise économique, et bien d'autres soucis rendant ainsi leur vie difficile au quotidien.

 

La Katamalaisie est au coeur de l'Afrique centrale. Il jouxte le Congo-Zaïre et le Congo-Brazzaville. L'arrivé du journaliste blanc à Tourneville (capitale de la Katamalaisie) tombe sur l'événement du coup d'État raté, organisé par le capitaine Moléki Nzéla, contre le pouvoir du guide suprême, le président Koudia Koubanza. Aidé par Galiana qui a été son guide dans la ville, il comprend toute l'histoire politique de ce pays qui l'a marqué. Par l'occasion, il obtient une interview du président dans le palais présidentiel qu'il découvre pour la première fois.

 

La thématique développée dans le roman incarne l'histoire politique d'un pays, l'image alarmante de sa société et la mentalité dont fait preuve son peuple à travers la mauvaise gestion des biens publics et l'incivisme particulièrement. Ce roman évoque la soif du pouvoir pendant la période de l'Afrique post-coloniale. Il rejoint, de fait, les questions développées dans  « Le Pleurer-Rire » d’Henri Lopes.

 

Kodia-Ramata a une plume intéressante qui donne le goût de la lecture. La personnification revient à maintes reprises dans le roman. Sont mentionnés expressément : le sobriquet Papa Wemba, «Le manguier, le fleuve et la souris», le marché de Plateaux des 15 ans, les quartiers Mafouta et Kombo etc... afin de nous situer l'histoire dans un pays que nous pourrions bien imaginer.

 

Outre la trame principale du roman, on y rencontre divers thèmes : promotion de l'Afrique et ses valeurs; amitié ou amour entre deux amis: homme et femme; le phénomène d'enfants de la rue et sorciers; la vie des orphelins; religion ancestrale de l'Afrique et l'arrivée des blancs; l'unité nationale [reflétée par ce personnage apparent: Denis Ondongo (un nom réputé du Nord) Malonga (réputé du Sud)]; entre talent et rêve d'un petit enfant...

 

Personnellement, la lecture de ce roman m'a fait penser à un grand Lissapo [ conte] qui a regroupé plusieurs facettes sur les questions de société. C'est le témoignage d'une époque. Si l'on faisait de ces écrits un film, plusieurs pays africains se sentiraient visés par la fiction qui s'apparente littéralement avec la réalité des dits pays en général, notamment du point de vue de la politique. Le fait que l'auteur puisse terminer l'histoire par le bonheur d'un jeune orphelin qui va partir en Europe pour poursuivre son rêve de grand footballeur, nous laisse croire qu'au milieu de toutes nos inquiétudes, il y a de l'espoir, la croyance en l'avenir...

 

Nous avons aussi retenu que l’auteur reste marqué par deux préoccupations fondamentales : la jeunesse et l'anxiété des États africains qui ne jouissent pas de leur richesse économique:

 

 

Et pourtant notre pays, la Katamalaisie est riche. Il possède la bauxite comme la Guinée, les diamants comme le Congo-Zaïre et le pétrole comme le Congo. Mais pourquoi les jeunes continuent-ils de végéter dans la misère, le chômage, la délinquance, l'oisiveté, la drogue et le sida sexuel ? Nous n'avons plus notre part de bonheur. Nous n'avons plus notre part de bauxite. Nous n'avons plus notre part de diamant. Nous n'avons plus notre part de pétrole. Plus rien ne peut plus être comme avant. Plus rien ne peut plus être envisagé. 

 

 

 

Je vous recommande vivement ce livre 🙂

Juvénale Obili


 

Quelques termes utilisés dans le livre :


- Mvouamas [ hommes riches ]

- Kanzanko [ sorte de chemise de femme confectionnée à partir d'un pagne ]

- Nzambi ya Mpungu [ Dieu tout puissant ]

- Mosutu [ pénis non circoncis ]

 

Références:

Noël Kodia-Ramata, Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur, Paris, Edilivre, 2010.

Prix: 17.00 €

 

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Demain j'aurai 25 ans de Ketsia Béatrice Safou

Publié le par Nathasha Pemba

Demain j'aurais 25 ans est un récit autobiographique dans lequel l'auteure parle de sa vie, à partir de son arrivée en France à l'âge de quatorze ans jusqu'à la veille de ses 25 ans. Le récit est composé de trois parties.

Dans la première partie Ketsia Béatrice Safou adopte le style d'un enfant qui est heureux au milieu des enfants de la famille jusqu'à ce que ses parents biologiques, immigrés en France, décident de procéder à un regroupement familial. Elle raconte comment dans toute la folie de son adolescence, elle se débat avec le consulat de France à Pointe-Noire, avec son passeport puis avec son visa qu'elle est obligée de cacher dans sa culotte afin de ne pas se le faire dérober.

Avec la joie de partir viennent les larmes de la séparation puis les promesses et les espoirs.

À son arrivée en France, l'auteure va de l'étonnement à l'engagement. Bien qu'elle soit en famille, Ketsia Béatrice se sent parfois comme une "nouvelle" parce qu'elle sent qu'elle va devoir s'adapter à certaines habitudes.  Après l'obtention de son bac, elle décide de prendre sa vie en main en maintenant très fort le lien familial.

La deuxième partie du récit est exclusivement consacrée à l'Amour qui vient avec le succès. L'amour pour un homme âgé, puis pour un autre Ludovic, moins âgé que le premier feront partie de ses expériences. Cependant la première expérience pour le premier amour envers cette personne âgée (qui peut avoir l'âge de son père) semble avoir marqué l'auteure puisqu'elle y revient sans cesse. Entre les lignes se faufilent continuellement des rebondissements après de multiples joies suivies des déceptions et des diffamations. Au milieu de ces vents contraires, l'auteure sait qu'elle doit tenir malgré tout.

Ce chef congolais qui, loin d'aimer d'amour la fille, vivait sans doute le fantasme de découvrir le corps d'une fille sortie droit de l'adolescence, de le posséder (le corps) et de lui intimer un silence qu'aucun sens humain ne pourrait tolérer. À partir de ce rejet, le désespoir arrive dans le coeur de l'auteure qui finit par comprendre que cet homme-là, Coco le chef, n'est en réalité qu'un curieux qui voulait découvrir son corps... Un "salaud" de plus selon la meilleure amie de l'auteure. 

"Je raccroche, mon visage s’inonde de larmes. Je perds toutes mes forces et m’écroule sur le lit. Je pleure comme rarement j’ai pleuré. Personne n’est au courant de cette relation, donc personne ne peut me consoler. Ce n’est peut-être pas la première bourrasque que j’affronte, mais c’est la pire de toutes et je ne suis pas très vaillante. (…) Je mesure ce soir-là l’expression « pleurer toutes les larmes de son corps ». Comme les insectes qui se cognent à la vitre, des pensées vont et viennent dans ma tête. Comment peut-il me dire ça ? Dieu ! Que les choses ont changé. Ce Mec me courait après il y a encore quelques jours. Je suis tombée amoureuse de lui, certes je savais qu’il était marié, mais c’est lui qui a voulu de cette relation. Alors pourquoi tant d’inhumanité ? Cette expérience avec Coco m’avait complètement traumatisée et déprimée. J’avais cru aimer un homme bon, un père de famille attentionné, ce n’était qu’égarement !"

 

Dans la troisième partie, l'auteure parle de ses autres publications et particulièrement de son livre "La France une justice sans justesse" qui la conduite au Palais BOURBON; Une reconnaissance qui lui donne l'occasion de rencontrer plusieurs personnalités françaises et d'avancer dans ses choix.

Par ailleurs, Ketsia Béatrice n'oublie pas, en passant, de questionner l'impact du réseau social Facebook dans la vie des gens.

Demain j'aurai 25 ans, est le livre de la vie de Kétsia Béatrice Safou.

Comme lectrice, je n'ai évidement pas manqué de réagir. D'abord c'est un livre qui se lit très facilement. Et puis il y a le côté narratif qui vous conduit à aller un peu plus vite pour connaître le dénouement du récit.  Cela est vrai pour moi et le sera certainement pour d'autres lecteurs, Plus on lit, plus on a l'impression de connaître chaque personnage, et plus on a envie de percer le secret du mystère. Sur ce coup-là, je dirais que l'auteur a brillamment réussi son oeuvre.

Mon bémol, c'est que j'aurais souhaité que ce récit autobiographique soit un roman écrit à la troisième personne. Sur le plan littéraire ce livre aurait eu un impact plus grand. Néanmoins, j'estime que ce qui compte c'est l'intention de l'auteure. En discutant avec mon frère, j'ai pensé qu'elle voulait tourner la page de beaucoup de choses et écrire s'est avéré à ce moment-là comme un acte thérapeutique. Dans un autre sens, j'ai pensé que l'auteure voulait attirer l'attention des jeunes filles ou encore des femmes qui se laissent obnubiler par l'argent ou le pouvoir et qui croient à l'amour pour toujours personnifié par l'instant.

Nathasha Pemba,

 

Références de l'ouvrage

Ketsia Béatrice Safou, Demain j'aurai 25 ans, Paris, Édilivre, 2017.

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Vhan Olsen Dombo : Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance

Publié le par Juvénale Obili

Terre. Mère. Art. Liberté.

Performance. Rap. Slam. Poésie. Cinéma.

Exil. Identité. Choix. Afrique.

Je. Tu. Il. Nous.

Tels sont les mots que l'on retrouve dans le discours de Ya Vé, artiste congolais.

Juvénale Obili l'a rencontré.

***

Bonjour Vhan, comment vas-tu ?

Bonjour ! Je vais bien. Merci.

Nos lecteurs aimeraient savoir qui est Vhan Olsen Dombo ?

Vhan Olsen Dombo est un Artiste-Rappeur-Slameur-Auteur-Comédien-Metteur en scène et Performeur congolais, exilé au Cameroun depuis deux ans.

Pourquoi Ya Vé comme nom d'artiste ?

Parce que le nom de la terre est sacré et étant coupé du temps. Par la falsification de l’histoire et de la désorientation du souffle identitaire, J’ai dû entreprendre la fabrication de l’être et de l’Artiste comme une réponse au temps. Ya Vé c’est le côté maniaque et contradictoire de Vhan Olsen Dombo.  Dans Ya Vé, il y a le diminutif de Yaya (Aîné ou Grand) et Vé qui veut dire en langue « Non » ! Ya Vé c’est un grand « Non », celui qui sait dire « Non » ! Ya Vé comme nom d’Artiste parce qu’il y a un moyen de rectifier ce qui avait été décidé avant que je vienne au monde.

Tu portes plusieurs vestes... Quel est finalement ton domaine précis, comme artiste ?

Un domaine précis… Je n’en ai vraiment pas ! C’est le même souffle artistique qui, tantôt, s’appelle Rap ou Slam, tantôt, du Théâtre, de la Performance ! Moi, je m’exprime et les autres catégorisent. Tout se confond dans ma tête. Si l’on bouleverse les règles de reconnaissance de tel genre artistique, brassant tout dans un même pot, l’on trouvera un nom pour le classifier dans une case. On dira « Genre inclassable » ! Dire « genre inclassable » c’est classer et catégoriser ! L’on se sent souvent en danger quand l’on n’a aucun nom à ce qui se présente à notre conscience humaine. L’humain se croit au dessus de tout. Une épreuve qui échappe à la conscience identitaire, est soit, de la sorcellerie ou la folie. Comme si la sorcellerie était le summum du miracle africain. Après l’on se place dans un regard occidental et judéo-chrétien de l’ancien colonisé pour cracher sur la sorcellerie, alors que ça fait partie de mon quotidien. Donc, mon domaine précis c’est la sorcellerie artistique !

La performance… qu’est ce ?

La performance c’est l’enfant terrible de l’Art qui va à contre-courant des règles prédisposées. Les définitions quasi-formelles en sont légion. L’Art Performance n’est admis dans aucun conformisme artistique, donc, répéter la définition des autres, c’est valider son contraire. Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance. Chaque Performance est une redéfinition de l’instant. Redéfinir. Du Japon en Allemagne jusqu’en Afrique du Sud, et enfin au Congo, la Performance a une autre définition. Et ça se définit et se dessine au moment de l’action. De ma démarche artistique, l’Art de la Performance c’est l’humanisation du suprême et la déification du gris-gris africain, à travers des actes sur un espace du mentir-vrai.

Trouve-t-on tes œuvres sur le marché?

Au marché, l’on trouve des commerçants et de la marchandise. Rires. J’aurais aimé que l’on trouve mes œuvres au marché Total au Congo ou Marché Mokolo au Cameroun mais je n’ai pas encore trouvé de tables. Donc, il n’y a que la scène pour trouver mes œuvres ou l’espace public.

Les moments qui ont marqué ton parcours d'artiste : Quelques  souvenirs ?

Les moments qui ont marqué mon parcours… Je suis marqué tout le temps. Des bons et des mauvais souvenirs. Ce qui m’a marqué, c’est l’exil. Être séparé de la terre et de la mère. Et entreprendre un travail de vagues réminiscences pour chanter, gueuler, écrire et jouer le pays. Puis, être confronté aux problèmes des camerounais avec un mal fou du pays. Je dirais précisément l’année 2010 avec la rencontre de Marc Antoine Vumilia, un Auteur et metteur en scène de la RDC, ayant échappé à une condamnation à perpétuité et qui a saisi l’Art comme une bouée de sauvetage. Je l’ai vu se battre dans son exil. Cinq ans plus tard, j’échappe aux griffes de la dictature pour saisir l’Art et l’écriture comme une dernière chance à la vie. Se souvenir ! Les beaux moments, c’est que depuis 2011, au Congo-Brazzaville, chaque année jusqu’à ce que je m’exile, j’ai reçu des différentes récompenses autant dans l’Art que dans le sport. J’en garde des beaux souvenirs. Et ce qui me rappelle qu’il faut encore pousser plus loin.

Comme acteur, tu apparais dans ''Entre le marteau et l'enclume'' du réalisateur Glad Amog Lemra... Que penses-tu du cinéma congolais ?

Le Cinéma congolais est entrain de renaître de ces cendres. Il y a un moment, l’on a cru que le Cinéma congolais se limitait aux sketches diffusés à longueur de journée sur les chaines nationales. Non… le Cinéma est une science qui répond à un certain nombre de critères techniques. Ce n’est pas parce qu’il y a l’adjectif « congolais » qu’il faut faire le con sur TéléCongo et dire que c’est le Cinéma. Le Cinéma congolais a plus d’une cinquantaine d’années. Heureusement qu’il y a des réalisateurs, scénaristes et cinéastes qui mettent le Congo sur un piédestal cinématographique international. Et ceux-là, œuvrent dans l’indifférence des pouvoirs publics depuis des décennies. Avec des maigres budgets, ils rivalisent par la qualité et la pertinence avec des pays où l’Etat a fait du Cinéma, une affaire personnelle. C’est un travail monstre. Et lorsqu’on parle du Congo au Burkina Faso, tu auras le trésor public qui va saigner parce qu’un ministre de la culture s’est souvenue qu’il y avait des cinéastes au Congo-Brazzaville. Du Cinéma, je n’en ai pas assez joué mais l’on me retrouve dans un court métrage « Bad Apples » de Ori Uchi Kayser et un long métrage « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra… C’est des noms de cinéastes comme Amog Lemra, Ori Uchi Kayser, Rufin Mbou, Liesbeth Mabiala que le nom « Cinéma congolais » se chuchote dans les grands rendez-vous du Cinéma. C’est des putains de samouraïs !

Comment décris-tu ta plume et quelles sont tes sources d'inspiration ?

Parlant d’écriture, ma plume c’est du souffle de marathonien. En toute humilité. J’écris tous les jours. Toutes les nuits, je lis. Parce que l’on ne peut devenir écrivain si l’on n’a jamais été lecteur. Sinon, c’est de l’imposture. C’est un relais qui n’admet pas de juste milieu. Je n’ai pas encore de roman publié. Je l’espère très bientôt. Puisque j’en ai dans mes tiroirs. Mais depuis un moment, je publie mes textes sur les réseaux sociaux dans un style qui m’est propre. Et depuis un moment, un nombre d’amis m’envoient leurs textes pour des retours et conseils mais j’y reconnais mon style. Alors, je les invite à découvrir d’autres écrivains, mieux inspiré que moi et bien expérimenté. Ce n’est qu’en faisant le tour du monde des livres qu’on trouve sa propre voie. Ce qui m’inspire, c’est tout ce qu’on peut voir, lire, écouter, sentir et toucher. Des noms d’auteur, il y a Sony Laboutansi, Kossi Efoui, Laurent Gaudé, Alain Mabanckou, Fatou Diome, Guy-Alexandre Sounda…

Tu es membre ou tu as été du mouvement citoyen Ras-le-bol... Qu'est-ce que c'est? Te décris-tu comme un artiste engagé, révolté ou résistant?

Se définir comme un Artiste engagé ou révolté, cette étiquette est un euphémisme pour le Congolais que je suis… Nous avons créé le Mouvement citoyen Ras-le-bol dont j’ai assuré la coordination avant l’exil, c’était parce qu’aucun politique ne voulait prendre ses responsabilités alors que le pays plongeait dans un tournant décisif de son histoire. Mais cela ne suffit pas pour faire  de moi, un Artiste dégagé ou engagé. Etre Artiste engagé, c’est du business maintenant. C’est un truc de politique, ça ! D’abord, on s’illustre dans l’opposition et porte les costards d’opposant, puis, l’on finit dans le troisième rang d’un système qu’on a toujours combattu. Pareil pour les artistes ! On brandit des pancartes révolutionnaires dans les spectacles pour passer à la caisse ensuite. Le père Noël n’a pas de salaire. Et moi, je ne suis pas Père Noël. Je suis un Artiste avec ses faiblesses et ses inquiétudes. Un jour, je bois. Un jour, je déconne. Un jour, j’écris. Un jour, je ris ! Un jour, je pleure. Je suis un Artiste, pas plus qu’un autre. Je laisse ces étiquettes de merde aux artistes de service !

Des perspectives ?

Des perspectives !!! Mon Album de Slam « Enfant d’Afrique » arrive dans un mois au Congo-Brazzaville. Une manière pour moi de faire sentir ma présence auprès de ceux et celles à qui je manque. Je prépare un troisième album. Un album de rap ! Les miens l’attendent impatiemment. Un spectacle de Théâtre à jouer dans quelques mois en Afrique de l’Ouest. Une Performance à faire dans un mois à Yaoundé. Deux livres à sortir avant la fin de l’année. Un rôle principal à jouer dans un film à Yaoundé dans une semaine. Et un recueil de poésie à boucler aujourd’hui.

Un mot à la jeunesse congolaise…

Nous sommes des milliers à l’extérieur du pays. Nous attendons de la jeunesse qu’elle s’impose et impose le respect de l’humain sur toute l’étendue du territoire comme l’ont fait ceux grâce à qui, nous sommes à quelques pas de l’affranchissement… Ainsi, le retour au pays de tous les Artistes, intellectuels, scientifiques, politiques, activistes congolais à l’extérieur ne sera déterminé que par la soif de liberté de cette jeunesse. Quand un orteil te démange, on l’arrache. Loin du pays, nous réfléchissons autrement que nos compatriotes, donc, ne partageons pas les mêmes reflexes pour imposer ce qu’elle doit être et faire. A la jeunesse congolaise sur le terrain de déterminer s’il va falloir qu’une stèle soit posée sur le Congo ou s’il faut que l’on brandisse son drapeau tricolore à jamais : Choisir !    

Propos recueillis par Juvénale Obili

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Véronique Tadjo: Ébola ou l’expérience de la détresse humaine

Publié le par Nathasha Pemba

Véronique Tadjo est poète, romancière, peintre et auteure de plusieurs livres. Elle a obtenu  le Grand prix de Littérature d’Afrique noire en 2005. 

 

En compagnie des hommes est un roman écrit sous forme de chroniques. Il a pour trame de fond une société aux prises avec le virus Ébola qui extermine tout sur son passage. 

Véronique Tadjo conjugue l’expérience de plusieurs vies autour de ce virus. À partir de trois voix liées par un destin sombre, le roman relate la dévastation de plusieurs populations. L’histoire est poignante, pleine de misère certes mais aussi empreinte d’espoir. 

 

Le Baobab, l’une des voix centrales parle de lui, de sa puissance et de son pouvoir. De son rapport légendaire aux humains. Le lecteur perçoit dans son monologue un fond de regret. Le Baobab regrette que l’homme se soit éloigné de lui, "arbre premier, arbre éternel, arbre symbole" ÊTRE multicentenaire dont les racines viennent de très loin. Baobab fait partie des racines et il est impossible à l’homme d’avancer sans le prendre en considération. C'est lui qui dispense la lumière et la vie pour que les hommes soient éclairés. 

 

Par la voix du Baobab s'expriment plusieurs témoins de la destruction causée par le virus Ébola.

 

Il y a d'abord le médecin, en combinaison d'astronaute, qui s'exprime. Il  a sacrifié sa vie pour être au service des malades et dans ce cas précis, au service des malades d’Ébola. Chaque jour qu’il passe auprès de ses malades (sous une tente) est comme une grâce pour lui car il sait que, comme ses patients, il est lui aussi exposé au virus. Il décrit les conditions de travail assez difficiles, mais dont il faut se contenter. Il fait ce qu’il peut pour sauver des vies. Il parle de la disgrâce de la maladie et de la fragilité de l’humanité car avec Ébola, l’humain est devenu souffrance, supplice et tourment.

 

Ensuite il y a l’infirmière. Cette dernière est aussi la sage-femme, celle qui est sur tous les fronts et  peut être amenée à remplacer le médecin en cas d'absence. Cette femme qui a étudié en Occident mais qui a choisi de rentrer dans son pays pour servir ses concitoyens. Cette femme qui prône certaines valeurs dans l’accomplissement de sa tâche. À travers la voix de cette femme, c’est aussi la voix des sans voix qui est mise en exergue; c’est l’irresponsabilité de l’État qui est pointée car l'infirmière sage-femme déplore le fait que l’État soit devenu incapable d’assumer son rôle social. Le désarroi de l’infirmière se traduit dans le regard critique qu’elle porte sur la démission du gouvernement en matière de santé et de ses limites  face au virus Ébola.

 

Dans ce désarroi, on perçoit, une prise de conscience et un élan de solidarité. Les solutions sont certes difficiles, mais il faut bien se battre pour qu’il y ait moins de morts, car quoi qu’on en dise, la mort n’est jamais banale ; « elle n’est pas belle ».

Puis il y a les villageois. Mais aussi la posture du chercheur qui parle de la découverte de cette épidémie et de ses recherches. Il demande l’implication de l’éducation dans la prévention contre cette épidémie. La menace est toujours là, mais il faut lutter contre elle, car elle peut se réveiller à tout moment. Il faut résister.

 

La deuxième voix, celle d’Ebola apparaît vers la fin de l'ouvrage. Ébola refuse de porter la souffrance des hommes. Il décline son identité et se défend des hommes qui viennent le déranger dans sa tranquillité. De ce fait, il invite les hommes à la prudence car c’est à eux qu'il appartient de déterminer le vrai enjeu.

 

Entre ces voix, il y a une pensée pour la femme, la mère, les orphelins d’Ebola, les volontaires… Tout ce monde qu’Ebola mobilise, immobilise ou démobilise.

 

La troisième voix est celle de la chauve-souris qui joue le rôle de catalyseur entre les deux premières voix. Elle a été le seul porteur sain bien avant que les humains ne décident de s'en prendre à la nature. Elle veut favoriser le dialogue entre les vivants et les objets.

 

En compagnie des hommes est le livre de l’espoir, de la solidarité humaine et du respect de l'environnement. Le livre est agréable et bien écrit. Il est original car Véronique Tadjo restitue à la nature, à travers le baobab sa place dans la vie des hommes. Une belle surprise, ce roman à la frontière de nos humanités. Ces voix qui n’ont rien des personnages ordinaires d’une fiction vous hantent longtemps après votre lecture car elles réveillent en nous le sentiment de solidarité à partir de cette universalité autour d’une souffrance que l’auteure parvient à mettre en évidence. Ces voix composent le fil de l’intrigue comme l’horizon d’un monde futur qu'il va falloir impérativement penser.  

 

Véronique Tadjo laisse aux différentes voix la pleine liberté d’exprimer leur ressenti et de résister à la misère humaine pour pouvoir conjuguer les forces ensembles et chasser au loin le virus Ébola. Le Baobab rappelle à l’humain sa mission. Le docteur montre ses limites certes, néanmoins il sait que même dans les profondeurs de la misère matérielle, un médecin ne doit pas se focaliser sur l’argent. Par sections, le texte forme un tout unifié et reconstitue l’histoire d’une mère qui accepte le risque de la mort parce qu’elle espère. Le chercheur sait que cette maladie est scientifique et que la solution ne sera pas mystique. Il faut se préserver. Chaque voix parle, enseigne, et commente la tragédie. Pour l'auteure, il s’agit de faire attention à l’humain et à l’environnement, à la solidarité et au rejet, à l’amour et à la haine, à la foi et à la raison, à l’individu et à la société, au mensonge et à la vérité, à l'Occident et à l'Orient

 

À travers cette histoire, Véronique Tadjo montre que la fiction peut exercer un pouvoir sur la société et sur les manières d’être individuelles et collectives. Son talent d’écrivaine de romans, de poèmes et de littérature jeunesse se déploie dans son œuvre avec une évidence certaine. C’est bien là, l’originalité de son roman, car comme Camus avec La peste, elle montre que la fiction, la réflexion et l'éducation se tiennent toujours côte à côte. Par cette calamité , Tadjo considère que la condition humaine est l'otage de sa destinée à partir d'Ébola,  ce virus appréhendé pour ses effets exterminateurs.

Nathasha Pemba

Référence

Véronique Tadjo, En compagnie des hommes, Paris, Don quichotte, à paraître le 17 août 2017, 17 euros.

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Coeur d'Aryenne de Jean Malonga

Publié le par Juvénale Obili

J'ai lu Coeur d'Aryenne il y a une année. Jusqu'à lors, ce que j'en avais retenu n'a pas quitté mes pensées. C'est un message très fort qui a pris racine en moi.
*
Jean Malonga, C'est d'abord le premier écrivain de la littérature moderne congolaise d'expression française. Coeur d'Aryenne son premier roman est de ce fait, le premier acte de la littérature congolaise. Ainsi, Jean Malonga est, sans contester, le patriarche des écrivains congolais. Certains documents disent qu'il est né à Kibouendé au Moyen-Congo; d'autres qu'il serait né à Brazzaville. Néanmoins toutes les sources s'entendent pour dire qu'il est né le 25 février 1907. De 1948 à 1955, il siège à l'assemblée nationale comme sénateur de la Ve république française.
 
Romancier et conteur, il étudie les mœurs et coutumes du Congo. En outre, il se penche sur le problème des relations entre Blancs et des Noirs, en défendant également les intérêts des populations autochtones. Il décède le 1er Août 1985 à l'âge de 78 ans.
En dehors de Cœur d'Aryenne, Jean Malonga a publié d'autres œuvres littéraires parues aux Ed. Présence Africaine, à Paris.
 
Cœur d'Aryenne a été publié en 1953 dans un numéro spécial de la revue Présence Africaine. Il est réédité en 2013 par les Ed. Hemar et Présence Africaine dans le cadre de la célébration des 60 ans de la littérature congolaise.
 
Préfacé par Henri Djombo, Coeur d'Aryenne contient 191 pages subdivisées en trois parties : le sauvetage, la déclaration et la fin du monde. On retrouve des personnages singuliers: Mambeké, le jeune homme noir et Solange, la jeune fille blanche mettent du moteur dans l'histoire. Il y a aussi Yoka et Tango qui sont les parents de Mambeké; Roch Morax et Marie-Rose qui sont les parents de Solange; ainsi que les autres personnages secondaires.
 
Coeur d'Aryenne est écrit avec une tonalité tragique. En effet, le narrateur démontre passionnément -dans une position de focalisation zéro où il aborde un point de vue omniscient- sa connaissance de l'histoire.
 
Coeur d'Aryenne aborde le thème de l'amour inter-racial et l'injustice que les Blancs infligeaient aux noirs à l'époque de l'auteur. L'intrigue se déroule à Mossaka, à l'époque coloniale. Le père de la jeune française est un colon sans scrupule, raciste et alcoolique qui considère l'homme noir comme sa chose, un être très inférieur à lui. Il règne en maître absolu sur Mossaka. Lorsque, bien plus tard, il découvre que sa fille Solange, a un enfant de Mambeké, il libère toute son agressivité tout en étant conscient que ce dernier est totalement acquis à la culture occidentale. Solange, quant à elle, n'échappera pas à sa furie et ne pourra sauver son enfant qu'en tuant son père.
 
On remarque que derrière le comportement raciste du colon, c'est toute la cruauté d'une culture dominante qui est dénoncée et à laquelle résiste le jeune couple jusqu'à ce que leur amour défile au drame: Solange se donne la mort.
 
Pourquoi Cœur d'Aryenne ?
Ce titre fait allusion à la jeune fille blanche, Solange. C'est une Aryenne qui n'a rien de commun avec sa race du point de vue mental et moral. Son amour pour Mambeké en est la preuve. On le comprend bien à la page 119 où les deux jeunes se déclarent leur amour. Solange arrache son cœur d'Aryenne et l'offre à Mambeké. Symboliquement, pour signifier qu'il doit désormais la considérer comme sa femme et reconnaitre que cette blanche de la race Aryenne a un cœur rempli de bonté, d'amour et de bienfaisance. Historiquement, la race humaine aryenne tire son origine de l'Allemagne où elle était considérée comme supérieure à toute autre race et se devait de conserver sa pureté. Donc, Coeur d'Aryenne est un hommage au cœur de Solange, la jeune fille blanche citoyenne du monde.
 
Quel message Jean Malonga a voulu nous faire passer à travers cette œuvre ?
Coeur d'Aryenne est un roman de lutte qui dénonce le racisme sous toutes ses formes. Il s'y dégage un message de l'unité nationale qui pour moi, est un bel exemple à suivre. Originaire du Pool, Jean Malonga parle de Mossaka avec élégance comme si c'était son village natal. On décrypte une alerte contre le tribalisme dans un élan de patriotisme et d'unité dans la diversité.
 
 
 
 
Je vous le recommande
Juvénale Obili
 
Extrait du ''Likouba'' ( une langue parlée par les habitants de Mossaka ):
- Mouana ondelé okiti o mai = l'enfant du blanc est tombé à l'eau.
- Io, na oki, ondelé = oui, j'ai bien compris, blanc.
- Ondelé-N'dombé = Blanc-Noir, titre péjoratif dont usent les africains pour désigner les évolués.
- Mobalé-O-Tembé = le joli mâle.
 
Références:
Jean Malonga, Coeur d'Aryenne, Paris, Présence Africaine, 2013.
Prix : 7 euros
En vente sur toute l'étendue du territoire congolais.

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Contre l'oubli de Ramen Sawmynaden

Publié le

Contre l’oubli est la chronique d’un dérapage politico-judiciaire qui n’a rien d’une fiction. Elle est publiée aux Éditions la Doxa en 2017. Dans ce livre de plus de 400 pages, l’auteur poursuit un but : rétablir la Vérité.

La magouille qu’il dénonce a commencé en 1997, lorsqu’en face d’une situation de corruption le Président de la République de l’Île Maurice a institué une commission d’enquête dont la mission serait d’examiner les conditions dans lesquelles ont été passés certains contrats entre la police et certaines entreprises bien identifiées de Maurice.

Cette histoire qui évolue au fil des pages dévoile une société trempée non seulement dans la corruption, mais aussi corruptrice, diffamatoire et destructrice. Elle amène le narrateur et sa famille à faire l’expérience de l’injustice de la justice. La différence de traitement de situation selon les personnes paraît révoltante aux yeux du narrateur car il se rend compte que dans ce monde lorsqu’on ne donne pas des pots de vin ou lorsque l’on n’est pas un membre politique influent, il est souvent difficile de s’en sortir. C'est pourquoi en écrivant ce livre, il pense particulièrement aux personnes qui sont victimes de l'injustice dans le monde et qui n'ont pas l'occasion de se défendre: "Je veux montrer l’absence totale de rigueur et l’injustice criante du traitement dont nous avons été victimes ".

La corruption ignore les frontières. Corrupteurs et corrompus sont partout.

 

Cette situation difficile que traverse le narrateur le rapproche de sa famille. Il évoque le souvenir de son enfance et des liens de proximités avec ceux qui deviendront plus tard ses beaux-parents. Il rappelle la bonté de son beau-père.

 

À l’escalier où habitait mon père, et où j’ai passé mon enfance entre des baraques couvertes de chaume et des sols de terre battue, j’avais déjà vu la dureté dont certains hommes étaient capables envers leurs semblables. (…) C’est lors de cet apprentissage de la vie dans un environnement difficile que s’est dessinée la personnalité de mon beau-père. (…) Il est généreux. Il incarne bien à mes yeux le désir de donner aux siens tout ce qu’il peut leur offrir.

 

 

Mon point de vue :

Écrit pour un cadre précis et dans un contexte bien déterminé ce livre est un livre sur l’espoir. Il s’adresse à l’humain pour lui rappeler que tant qu’on vit on n’est jamais à l’abri de la surprise positive. L’espoir est toujours au coin. Le foot lui donne la force de continuer à se battre, de faire comme Beckham  au cours d’un match dans le but de redresser cette situation qui le désespère. Il s’inspire des principes de l’engagement total et du fairplay. Désormais il veut lutter, transmettre l’espérance car tant que l’arbitre n’a pas encore sifflé la fin du match, rien n’est perdu.

L’homme quelque part, finit toujours par combattre l’injustice à sa manière. L’esclavage a été aboli, le colonialisme n’a pas perduré. L’apartheid a été jeté aux orties par Nelson Mandela et avec lui, par les héritiers de ceux-là même qui l’avaient instauré.

Ce livre est un livre intime. Je le recommande à tous ceux qui vivent des situations de rejet par la société ou par la justice. Certaines situations décrites peuvent être des lumières pour décider de l'orientation de sa vie.

 

Références:

Ramen Sawmynaden, Contre l'oubli, chronique d'un dérapage politico-judiciaire, Rungis, La Doxa, 2017.

 

Nathasha Pemba

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