Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Une âme aux enchères de Muetse-Destinée Mboga

Publié le par Nathasha Pemba

Muetse-Destinée Mboga est une écrivaine gabonaise.

Une âme aux enchères est un roman de société qui traite de la corruption de l’âme et du triomphe de la cupidité. L’histoire se déroule au Gabon dans la ville de Libreville. L’auteure s’adresse aux jeunes, mais aussi aux adultes qui pervertissent leur âme pour satisfaire des besoins matériels. Elle veut faire comprendre aux uns et aux autres que la loi du moindre effort et le manque de patience peuvent détruire l'être entier et anéantir les rêves de jeunesse.

Une âme aux enchères : Un titre très révélateur qui correspond à l’expression « vendre ou donner son âme au diable ». Il signifie que l’on conclut un pacte avec le diable afin qu’il nous accorde quelques privilèges durant notre passage ici sur terre. Dans le roman de Destinée Mboga, cela est très visible car Antoine coachée par Paulette Iwenga, sa belle-mère, laissera corrompre son âme pour acquérir la science infuse, pour accéder aux plus grands postes politiques, pour rester jeune et pour obtenir une puissance surnaturelle… Tout cela en échange de la condamnation de son âme. Dans un certain sens, vendre son âme c’est aussi aliéner sa liberté, sa dignité en échange de quelque chose.

Insatisfaction et cupidité : Tels sont les aspects que Destinée Mboga développe dans son roman pour montrer comment l’homme, même le plus sérieux du monde peut laisser corrompre son âme pour des honneurs très aléatoires.

Issu d’une bonne famille, Antoine tombe amoureux de Jocelyne Ingueza. Leur amour est si grand que Jocelyne prend le risque de s’unir à lui sans préservatif. Elle tombe enceinte et se sent heureuse de porter cette vie en elle. Antoine est heureux d’apprendre cette nouvelle. La seule crainte de Jocelyne c’est la réaction de sa mère Paulette, une femme redoutable et intéressée jusqu’au bout des ongles.

Paulette Iwenga est le prototype de la femme arriviste, complexée qui ne veut pas travailler mais espère vivre dans le luxe le plus insolent qui soit. Pour cela, elle est capable de tuer.

Un peu dans le style de Guy dans Cars dans son roman, « Le château de la juive », Destinée Mboga montre comment Paulette Iwenga veut se venger de l’homme qui l’a mise enceinte; elle veut se venger contre la richesse et la pauvreté; elle veut se venger de tout le monde. En somme, elle veut prendre sa revanche sur la vie qui ne lui a pas fait cadeau. Aussi, lorsque sa fille Jocelyne lui annonce qu’elle enceinte d’un homme qui a des liens avec la famille présidentielle, elle est convaincue que si sa fille, qu’elle prostitue discrètement, épouse cet homme, elle atteindra son objectif, elle deviendra riche et sera à l’abri du besoin jusqu’à la fin de sa vie. Elle pousse sa fille Jocelyne dans la gueule du loup.

Le neveu du président ? C’était plus que Paulette n’avait espéré. Elle avait toujours rêvé d’être riche et de faire partie de la haute société, de ces grandes familles du Pays de l’Okoumé. Aujourd’hui elle était assez riche par la seule beauté de son unique fille, et si elle manœuvrait bien, elle pourrait enfin entrer dans la cour des grands, au sein de cette grande famille qu’on appelait la « famille présidentielle »

Jocelyne n’est pas seulement belle et séduisante, mais elle a aussi un bon niveau scolaire, parce que même si son père, un Italien de passage, ne l'a jamais reconnue comme son enfant, sa mère Paulette lui a donné l’éducation nécessaire pour qu’elle ne souffre d’aucun complexe et qu’elle honore sa peau de métisse. Naïve, elle se fie beaucoup à sa mère et a une confiance inébranlable en elle. Seulement, elle ignore que celle qui dit avoir « tout sous contrôle » n’est qu’une manipulatrice et une calculatrice sans moralité qui compte bien l’utiliser.

Les filles métisses étaient particulièrement appréciées par les hommes riches, Paulette destinait donc sa fille à ce destin. C’était devenu le but de sa vie, au-delà même du désir d’être riche, c’était une vengeance que la mère de Jocelyne comptait prendre sur la vie.

Mère et fille arrangent un plan pour soumettre le bel Antoine. Ce dernier se présente auprès de la mère de son épouse qui lui impose, obliquement, d’épouser sa fille. Malheureusement, le premier obstacle que Jocelyne rencontre c’est l’oncle de son époux, Albert Ombouma. Ce dernier, un grand homme du pays avait été l’un des amants de Jocelyne à l’époque. Il a gardé de cette relation un meilleur souvenir tant Jocelyne lui « avait fait tourner la tête et chamboulé les sens ». Il décide de la faire chanter et d’empêcher le mariage Jocelyne auprès de son neveu si elle ne se résout pas à lui faire revivre l’expérience sensuelle de jadis.

Conseillée par sa mère, quelques jours avant son mariage et même après, Jocelyne pose déjà des actes d’infidélité. Cependant l’homme étant un éternel insatisfait, Albert Ombouma en veut toujours plus. Agacée, Paulette Iwenga concocte une mixture qui servira à éliminer le bel oncle de sa fille. C’est ainsi que Jocelyne sera libérée pour un temps seulement.

Désormais mère de deux enfants, Jocelyne s’occupe de sa progéniture et de son époux avec beaucoup de grâce. D’un autre côté, les ambitions politiques d’Antoine commencent par se faire sentir quand Paulette Iwenga rêve désormais d’un nouveau statut : Belle-mère de Ministre de la République. Après avoir gravi quelques échelons timides au niveau de son emploi, Antoine envisage d’aller un peu plus loin.

Ce sera le début d’une histoire que seule la mort pourra arrêter : Antoine intègre une secte qui lui propose plusieurs pactes : que six de ses collègues couchent avec son épouse à tour de rôle durant une nuit. Ensuite ce sera le sacrifice d’un enfant. Viendront la copulation avec sa mère et les crimes rituels. Encouragée par son épouse et par sa belle-mère, Antoine n’a plus aucun sens moral jusqu’à ce que les difficultés vont commencer par se manifester. Éternel insatisfait il veut toujours plus, ce qui entraine de plus un plus un vide humain au fond de son âme.

Que va-t-il se passer en fin de compte ?

Muetse-Destinée Mboga est une auteure qui écrit sur des thèmes sociétaux parce qu’elle veut interpeller les jeunes et la société sur certaines questions. À partir d'une écriture fluide, vive, acérée et franche, Elle touche en plein coeur les multiples situations mystico-naturelles et socio-politiques qui minent les sociétés actuelles

Le personnage de Paulette Iwenga est à la fois attachant et décalant. On en vient à se demander si dans la réalité des telles personnes avec de telles pensées existent. Paulette Iwenga est attachante parce qu’elle est une parfaite actrice qui use de son influence et de sa position de belle-mère pour manipuler, influencer, inspirer du respect pour obtenir l’objet de son désir. Alors qu’elle prétend ne faire tout cela que pour protéger sa fille, elle est en réalité une égoïste qui sacrifie l’avenir des autres pour son propre bonheur temporel. Comme va le démontrer l’auteure, elle ira jusqu’à encourager des incestes et finira par coucher avec le mari de sa fille. Antoine qui n’est pas un naïf en réalité profitera énormément et avec avidité des atouts de la belle-mère pour détruire son couple.

Quel type de femme est donc Paulette Iwenga ? Marie-Madeleine ? La femme adultère ? Personne ne le saura puisque jusqu’à la fin, elle ne présente pas de signe de future convertie.

Paulette Iwenga est décalante parce qu’elle ne possède aucune âme, elle est calculatrice, froide, orgueilleuse, sans idéaux et sans pitié. Seul l’argent l’intéresse.

Quand on a fini de lire ce roman on se demande si dans la vie, on est obligé de passer par tout ce désordre pour pouvoir jouir de la vie ? La conception du bonheur en elle-même se repose-t-elle essentiellement sur une richesse insolente, exclusive et répugnante ? Si c’est pour finir dans un cercle infernal et dans le vide existentiel, à quoi bon devenir riche ? Telles sont des questions que doivent se poser les jeunes, les éducateurs et les parents aujourd’hui pour ne pas se retrouver dans le chemin du non retour et du non recours.

Jocelyne, est-elle une naïve manipulée ou encore une parvenue comme sa mère ? Ses regrets de la dernière heure ont-ils une importance ? Et sa mère ? Nulle part dans le roman, elle ne se remet en cause comme si tout ce qu’elle faisait était normal : détruire tout sur son passage, humilier ses sœurs de sang, trahir sa fille, pousser son petit-fils dans la gueule du loup.

Mon avis : Je recommande ce roman à tout amoureux de la lecture, mais spécifiquement aux jeunes, notamment les jeunes filles qui se focalisent souvent sur leur beauté pour espérer quelques faveurs sociales.

Nathasha Pemba

Références,

Muetse-Destinée Mboga, Une âme aux enchères, Rungis, La Doxa Éditions, 2016, 15 euros (10.000 cfa)

Partager cet article

Repost 0

La tresse de Laetitia Colombani

Publié le par Nathasha Pemba

La Tresse de Laetitia Colombani est particulier comme roman. Avant même sa parution, il est annoncé comme le livre phénomène de l’été, car il s'inscrit dans le principe fondamental des best-sellers . La preuve c'est qu'il a déjà été vendu à plus de dix pays, en vue de sa traduction.

L'auteure, Laetitia Colombani, française, est scénariste, réalisatrice et comédienne. Auteure de deux films, « A la folie… pas du tout » et « Mes stars et moi », elle s’engage aussi pour le théâtre. La tresse est son premier roman. L’histoire qu’elle décrit parle non pas d'une nationalité italienne, indienne ou canadienne, mais d'une condition: celle de la femme.

La tresse c’est Trois femmes libres confrontées à une destinée, à la fragilité de l’existence et vouées à subir une fatalité que la vie leur impose. Elles tireront la force et le courage dans leurs libertés pour dire « Non à la misère ». Ce choix de dire « Non » leur donne une énergie qui les propulse sur le terrain du combat de la vie. Victor Hugo ne disait-il pas que « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » ?

Elles choisiront de lutter pour faire triompher la vie.

La première, Smita, est originaire de l’Inde. C’est une Dalit.

En Inde, Dalit[1] est une expression pour désigner les « Intouchables ». Intouchable sous-entend: humiliation, enfermement, pauvreté à vie. Quand on est intouchable, on est conscient qu’il est difficile voire impossible d’aspirer à un autre genre de vie. Généralement, on demeure Dalit à vie parce que c’est comme cela que cela a toujours été depuis un millénaire. Smita accomplit les travaux des Intouchables : depuis plusieurs générations, sa famille s’occupe de vider les toilettes des civilisés de la société, les Brahmanes et les Jatts. Tous les matins, elle doit prendre son panier pour ramasser les excréments des autres. Elle le fait depuis qu’elle a l’âge de six ans. L’odeur des toilettes habite en elle comme une colère qu’elle ne peut exprimer. Son seul espoir c’est sa fille dont elle peut encore orienter l'avenir : elle ne sera pas laveuse de toilettes. L’unique chance pour que cela n’arrive pas c’est de l’envoyer à l’école. Elle a économisé depuis quelques années pour que sa fille Lalita ne manque de rien.

Malheureusement dans cette société indienne, être femme et être intouchable c’est déjà trop car on ne peut échapper à sa condition : que fait Lalita à l’école ? Son maître qui veut encore l’humilier davantage lui commande de balayer la salle de classe devant les autres. Lalita refuse et elle est fouettée jusqu’au sang. Face à cette tragédie et cette injustice sociale, Smita, malgré le refus de son mari, décide de s'enfuir avec leur fille.

Elle aurait tant voulu que sa mère se batte pour elle, tant aimé passer la porte de l'école, s'asseoir parmi les autres enfants. Apprendre à lire et à compter. Mais cela n'avait pas été possible, le père de Smita (...) était irascible et violent. Il battait son épouse, comme tous le font ici. Il le répétait souvent: Une femme n'est pas l'égale de son mari, elle lui appartient. Elle est sa propriété, son esclave. Elle doit se plier à sa volonté. Assurément, son père aurait préféré sauver sa vache, plutôt que sa femme.

La deuxième c’est Giulia, une jeune sicilienne. Sa famille est propriétaire de l’entreprise Lanfredi spécialiste  du traitement des vrais cheveux. Depuis son adolescence, Giulia traite les cheveux, elle les nettoie, les trie, les teint avec plusieurs autres femmes qui travaillent là depuis toujours. Elles forment désormais une petite famille soudée où les femmes partagent plus qu'un métier. Après tout ce travail, les cheveux sont teints en vue de la fabrication des perruques.

Lorsque Giulia apprend que son père est victime d’un accident de la route (avec sa Vespa), elle rencontre fortuitement Kamal, un immigré Indien à qui les policiers intiment l’ordre d’enlever son turban. Elle tombe sous son charme. Chaque jour entre midi et deux, les deux amoureux se rencontrent dans une grotte secrète pour explorer leurs corps.

Pourtant, elle est consciente que dans une famille aussi conservatrice que la sienne, une relation avec un Sikh est tout simplement inimaginable; un Sikh, un immigré régularisé par l'administration mais pas encore adopté par le pays et qui peut-être ne le sera jamais.

Quelques jours plus tard, alors qu’elle cherche un document dans le bureau de son père encore hospitalisé, elle tombe sur un dossier lui signifiant que l’entreprise familiale est au bord de la faillite. Sa mère pense que le seul moyen de sauver l’entreprise c’est le mariage de Giulia avec un riche ami de la famille, un homme gentil et qui a de l’argent. Ce que Giulia ignore à ce moment-là c’est que Kamal est peut-être celui par qui passera le salut de l’entreprise

  Le contenu du tiroir est là, étalé devant elle, dans le bureau de papa : des lettres d’huissiers, des injonctions de payer, des courriers recommandés à n’en plus finir. La vérité le frappe comme une gifle. Elle tient en un mot : faillite. L’atelier croule sous les dettes. La maison Lanfredi est ruinée 

La troisième c’est Sarah.

Quadra, avocate réputée, mère de famille, Working-girl, Wonder-woman, Sarah habite à Montréal au Canada. Elle mène une brillante carrière d’avocate dans un des plus grands cabinets du monde. Comme toutes celles qui sont brillantes et veulent gravir des échelons, il lui arrive de sacrifier souvent ses enfants dont elle est la seule tutrice. Elle a déjà connu deux divorces et elle a décidé, pour un temps, de tenir les hommes très loin d’elle. Alors qu’elle est pressentie pour succéder au chef de son cabinet d'avocats, Sarah tombe au cours d’une audience à la surprise de tous. On lui diagnostique un cancer de sein. Parce que son travail est plus important que tout, elle tente de camoufler sa maladie à ses associés et à ses clients. Cependant, elle n’a pas du tout misé sur l’ambition démesurée et l’insensibilité monstrueuse de ses collègues qui vont la tuer à petit feu. Elle vit une discrimination sans précédent que l’auteure illustre par Stigmate de Goffman:

Attribut qui rend l'individu différent de la catégorie dans laquelle on voudrait le classer

Elle subit l’épreuve de la trahison car sa maladie donne la voie libre à ses détracteurs. Au bureau, elle a l’impression qu’elle doit devoir s’expliquer sur sa maladie. Justifie-t-on un cancer ? Justifie-t-on une maladie ? Elle comprend que dans le milieu du travail ce n’est pas souvent la dignité ou la morale qui a la priorité. On oublie désormais de la convier aux réunions, on prend désormais des décisions à sa place car elle n’est plus Sarah Cohen mais la malade, celle qu’on doit ménager, celle qui mourra peut-être demain. Sarah pense souvent à celle qu’elle a été, adulée et appréciée de tous. Elle se rend compte que même le succès et la réussite ne tiennent qu’à un fil. Rejetée par ses collègues, Sarah est désormais devenue une intouchable, « reléguée au ban de la société ». 

Malade, c’est pire qu’enceinte. Au moins, on sait quand une grossesse finit. Un cancer, c’est pervers, ça peut récidiver. C’est là, comme une épée de Damoclès au-dessus de votre tête, un nuage noir qui vous suit partout 

C'est à partir de l'histoire de Sarah qu'on va comprendre le sens de La tresse. Trois destins qui ne se rencontreront certainement pas physiquement, mais qui sont unis par des cheveux qui deviennent un élément de renaissance pour les trois femmes.

Laetitia Colombani essaie de faire comprendre que peu importe le lieu où elle se trouve, la femme est souvent tenue de se contenter d'une situation préétablie, lorsqu'on lui refuse la possibilité de rêver. Pour un premier roman, ce roman est puissant car L'auteure, en bonne scénariste , livre des récits dont la puissance imaginative est époustouflante en plus des explorations frappantes qui y sont déployées.

L’évocation de la misère des femmes en Inde dont le caractère est très marqué dans le livre ouvre des passages et des colères sur un monde violent, inhumain, fermé et toxique où la femme a toujours été considérée comme un objet. Cette Inde patriarcale qui est pour Smita comme le lieu des déchirures initiales.

Le rythme du roman est fluide, simple, juste et livre la conception dépouillée et dévoilée d’une humanité féminine tourmentée par la cruauté de la vie et la discrimination sous toutes ses formes.

Si le livre est une histoire de Trois femmes, il est principalement une histoire autour de plusieurs humanités féminines. Des femmes qui aident d’autres femmes ou des femmes qui se partagent le courage et l’espoir. C’est le cas de la rencontre de Smita avec une Lackshmama, une veuve qui fuit son lieu de résidence habituel pour vivre dans la ville des veuves puisque dans ce pays, une veuve est inexistante. Lackshmama confie à Smita qu’elle aurait préféré ne pas naître.

La question la plus importante pour moi dans ce roman, c'est la question double de la liberté... et l'égalité. Ces deux principes fondamentaux sous-tendent ce livre. Tout en sensibilisant le monde sur la situation de la femme dans le monde, Laetitia Colombani nous rappelle que Personne ne choisit de venir au monde dans telle ou telle autre société, néanmoins tout le monde est libre d’orienter sa vie et de choisir son bonheur sans brimer les autres. Il suffit d’un peu de courage et de volonté. À la manière de Simone de Beauvoir qui disait « on ne nait pas femme on le devient »,  Smita, Giulia et Sarah invitent les femmes à s’approprier leur féminité jusqu’au bout et à chanter l’hymne de la liberté en refusant de se soumettre au destin que le monde veut leur imposer. Comme l'a affirmé l'écrivain Kamel Daoud: "Notre condition est inexplicable par essence. C’est ce qui fait sa dignité, son essence". Pour maintenir cette dignité, nous sommes invités à briser les silences communautaristes qui se voilent du visage de la tradition pour assujettir la femme. Les Trois femmes nous invitent à bâtir une morale de l'individualité, de la liberté et de l'altérité.

Je recommande vivement la lecture de ce roman

Nathasha Pemba

Références,

Laetitia Colombani, La tresse, Paris, Éditions Grasset, 2017, 18 euros.


[1] Les Dalits, encore appelé Intouchables ou Harijans sont des groupes d'individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors caste et affectés à des fonctions ou métiers jugés impurs. Présents en Inde, mais également dans toute l'Asie du Sud, les Dalits sont victimes de nombreuses discriminations.

Partager cet article

Repost 0

L'adverbe presque

Publié le par Nathasha Pemba

Cette erreur revient souvent dans les textes.

Juste un rappel pour faire un peu plus attention.

Presque est un adverbe

Synonymes: À peu près* quasiment* pas tout à fait* environ* approximativement*

 

Ce qu'il faut retenir:

1. Presque garde toujours son e final sauf dans presqu'île ; mais on écrit : presque avisé, presque entouré, presque élu

2. *On ne dit pas: C'est le type de tyrans qu'on retrouve presque dans tous les pays d'Afrique centrale

    *On dit: C'est le type de tyrans qu'on retrouve dans presque tous les pays d'Afrique centrale

Le Sanctuaire de Pénélope

Partager cet article

Repost 0

Makandal dans mon sang, Alfoncine Nyélénga Bouya

Publié le par Nathasha Pemba

 

Quand on a ce recueil de quatorze nouvelles entre les mains, le titre interroge incontestablement. C’est en allant chercher dans les archives la signification du mot Makandal- qui me faisait a priori penser à « Makanda » (les familles)- que j’ai découvert le personnage et, par-là même, le sens du message de Nyélénga Bouya.

Commençons donc par dire qui est Makandal 

François Makandal était un esclave marron, meneur de plusieurs rébellions dans le nord-ouest de l’île Saint-Domingue. Selon les anthropologue, il était originaire d’Afrique (de l’Empire Kongo ). Accusé par l’autorité coloniale française, il est mort à Cap Français au XVIIIe siècle, livré au bûcher.

Makandal a quelque chose de majestueux. Il est doté d’une grâce évidente et impérissable; celle qui ne flétrit pas. Libre, il ne veut pas qu’on lui impose quelque chose car il sait qu’en tant qu’être humain, il possède la même dignité que les autres. On le dirait de ce recueil de nouvelles de l’écrivaine congolaise Alfoncine Nyélénga Bouya, celle qui se définit souvent comme grand-mère, mais qui porte plusieurs cordes à son arc. Éducatrice de la première heure, Globe-trotteuse confirmée et mère de famille, Alfoncine a décidé de mettre à la disposition des lecteurs ses pensées et ses expériences dans ses rapports avec les autres humains . De là est né Makandal dans mon sang , sa première œuvre littéraire publiée.

Makandal dans mon sang est le titre de la dixième nouvelle. C'est autour d'elle que nous avons voulu axer cette chronique. 

Cette nouvelle tourne autour de la vie des Afro-descendants qui aujourd’hui encore ont besoin de se libérer d’une manière ou d’une autre non pas d’une histoire qui les hante, mais de l’esclavage qui reste encore présente sous plusieurs formes. Il y a les Afro-descendants certes, mais il y a aussi ces Africains qui vivent sur le continent africain et qui prennent le large tous les jours pour fuir l’esclavage que leurs imposent les gouvernements.

Dans cette nouvelle, il y a deux femmes : la narratrice et la directrice générale. La première est compétente et accomplit convenablement son travail. La seconde, nonobstant son poste, envie presque toujours la première et laisse germer dans son cœur des semences de domination. Le complexe de la couleur de la peau qui l’habite lui fait entrevoir qu’elle est supérieure de tout humain qui n’est pas blanc. La narratrice la décrit comme une femme ambitieuse, dominante, écrasante, destructrice et manipulatrice à dessein

Domination que la narratrice banalise en affrontant ladite responsable sur le terrain du travail bienfait et de l'esprit de justice. Se réclamant arrière-arrière-petite fille de Makandal, elle revendique justice et égalité. Elle assume son indépendance et décide de ne pas se laisser piétiner.

Cet esprit rebelle de la narratrice rappelle, de ce fait, que Makandal c’est à la fois le bonheur d’être soi et la possibilité de dire haut ce que plusieurs pensent tout bas. Elle ne manque pas de souligner la cruauté humaine que peuvent véhiculer certaines attitudes humaines. Comme les Négriers autrefois, Vitraye la Directrice générale était prête à l'utiliser comme traitre de ses frères haïtiens: Tu n'es pas d'ici n'est-ce pas? Le souvenir de l'étiquette d'empoisonneur collé sur son ancêtre Makandal refait surface car si elle n'est pas de là, elle n'est pas étrangère parce que pour elles les Haïtiens sont ses frères. Elle refuse de les trahir et réhabilite en quelque sorte Makandal.

Cette île est la mienne, tu comprends, comprends-tu ? Ces gens sont mes frères et mes soeurs. Je ne suis pas une étrangère sur cette île de Dessailines pour qui tout Africain était fils de ce pays, une fois que ses pieds ont frôlé ce bout de terre! Je suis l'arrière-arrière-petite-fille de Makandal, Makanda, Mukanda, Okanda!

Makandal dans mon sang comme la plupart des nouvelles du recueil se déroulent à Haïti, symbole de la liberté. La narratrice ne manque pas de noter la ressemblance avec le Congo-Brazzaville ou encore d'autres villes comme Limbé, son pays d’origine. La question de l’identité aussi bien que la question de l’émancipation de la femme y sont développés de manière précise.

On retrouve cette africanité de Haïti dans les nouvelles suivantes: "Madanm on a coupé", "Ceux de Lot Bo Dlo", "Engodo la femme du fleuve" Danse avec le tambour", "Le chemin du détour"...

Je me sentais prête. Inexpressive. Impénétrable et inébranlable. J’étais un sphinx, dans toute son immobilité, son calme olympien, sa sérénité "nirvanique," imperturbable. Sous le soleil brûlant du plateau de Gizeh. Sous les tempêtes de sable quand elles décident de barrer la route aux Bédouins nomades. Sous l’invasion des criquets migrateurs quand ils se jettent sur les pousses de teff, de sorgho, de mil ou de maïs. Sous les trombes d’eau quand le ciel ouvre ses vannes. J’étais le sphinx. Ce n’étaient pas des yeux de cristal bleu-caraïbe qui allaient me déstabiliser, me faire craquer et encore moins me faire sourire. Cette phrase attribuée à Patrice Lumumba ou à Sékou Touré selon les cas, me revint à l’esprit : « Entre la liberté et l’esclavage, il n’y a pas de compromis.

Face à la globalisation sociale et politique, deux tendances cohabitent auprès d'une certaine catégorie d'Africains : le désir de se conformer à l’homme blanc et la revendication radicale de la revalorisation de leurs origines. Ce recueil, quant à lui, a opté pour une troisième voie entre intégration, la digne acceptation de soi et la reconsidération des valeurs ancestrales. Effectivement, sans dédramatiser, la narratrice ne fait pas dans le drame, encore moins dans la légèreté. Sa posture est celle d'une personne consciente qui considère que le salut de l'humain, de l'homme noir notamment, se trouve dans la conquête de sa liberté. Ce n'est donc pas par pur hasard que la préface du recueil s'intitule "le chant de la liberté". 
Les autres nouvelles traitent aussi de la question de l’héritage culturel, du rapport de la femme à l'humanité, du bonheur d'exister et de l'amour. Alfoncine Nyélénga Bouya se révèle grande exploratrice de la mémoire, de l'identité et du rapport entre les humains. Elle décrit avec une vérité "vraie" les problèmes qui minent encore les hommes noirs aujourd'hui. Les récits sont sans tabous. L'écriture est simple, honnête et sans détour. Il n'y a pas d'exagération ni mésestime de soi car ce qui compte pour les Africains comme pour les Afrodescendants, c'est la prise de conscience de leur identité et non l'assimilation. Les nouvelles se recoupent et on retrouve parfois des idées dans l'ordre de la continuité, entre nostalgie et désir d'avancer. L'histoire peut être reconstituée parce qu'elle est nécessaire, mais elle doit nous permettre de continuer la mission des ancêtres.

LISEZ MAKANDAL...

Nathasha Pemba

Alfoncine Nyélénga Bouya, Makandal dans mon sang, préface de Marie-Léontine Tsibinda, Nouvelles, Éditions La Doxa, Éditeur Militant, 2016, 232 pages, 15 euros. 

Partager cet article

Repost 0

Natacha Odonnat: Au secours, je suis enceinte!

Publié le par Nathasha Pemba

Natacha Odonnat est économiste de la santé, spécialisée dans les pays en développement et en transition. Originaire de la Martinique, elle habite à Montréal depuis 2012. Natacha Odonnat aide les autres à se réaliser en restant le plus possible eux-mêmes. Elle a créé le cabinet de consultation Shanaprod dans le but de permettre aux personnes de faire entendre leur voix par l'art. Elle se définit, de ce fait, comme Chercheuse. On peut aussi découvrir ses engagements à partir de son Blog Parle Ton parle.

Ayant habité dans plusieurs pays, Natacha Odonnat ne fait pas abstraction de la diversité humaine dans ce qu'elle écrit. Les histoires de son recueil se déroulent dans plusieurs pays où ses personnages font mention de leur expérience et de leur engagement.

Au secours,  je suis enceinte !  est le premier recueil de nouvelles que je chronique sur mon blog. J’ai toujours hésité parce que passionnée moi-même des nouvelles, je sais qu’il est difficile d'écrire une critique sur l'ensemble du recueil parce que les histoires ne sont pas les mêmes comme dans un roman classique. Pourtant, ce recueil de Natacha Odonnat m’a convaincue non seulement par le style de rédaction, mais aussi par son unicité (presque) dont le thème de la grossesse permet de suivre chaque nouvelle en harmonie avec les autres.

Cependant, s’il y a une constante dans toutes les nouvelles, c’est celle de la présence de la femme ; elle est partout dans ce recueil. Pour cette chronique, je me suis focalisée sur trois nouvelles.

1-La première nouvelle, La folle de Pétion ville, met en exergue le visage d’une femme écologiste qui m'a rappelé l’engagement de Wangari Maathai. Il est, en effet, question de Joliette, une haïtienne qui lutte pour transmettre le message de la sauvegarde de l’environnement à d’autres femmes, précisément des paysannes qui ont une grande connaissance de la terre. Elle le fait si bien qu’elle finit par devenir modèle pour les autres femmes. Elle tombe amoureuse de José, un homme à la peau claire, et tombe enceinte de lui. Malheureusement, victime de la jalousie des autres femmes noires qui lui envient cet homme et cette grossesse, elle perd son enfant et devient folle.

2-Je veux croire à la vie , une nouvelle qui traite de la catastrophe naturelle de 2010 à Haïti. Très émouvante, la nouvelle rappelle comment l’amour et l’amitié peuvent permettre de tenir et d’espérer dans les moments les plus sombres de la vie. Elle souligne au passage la cupidité humaine qui veut toujours profiter des situations de malheur pour extorquer de l’argent même aux pauvres. Contrairement aux autres nouvelles qui parlent de la grossesse, Je veux croire à la vie est une exaltation de l’existence comme possibilité de vivre et d’espérer. Tout peut arriver dans la vie, mais il ne faut jamais désespérer.

3-Dans Naître : le premier combat de ma vie, Natacha Odonnat pense au bébé, au sacrifice qu’il consent lorsqu’il accepte de sortir du ventre de sa mère. Si la mère est celle qui subit les douleurs de l’enfantement, quitter le confort de l’utérus est aussi un supplice pour l’enfant qui vient au monde. Il fait en quelque sorte un saut dans l’inconnu.

Ce que l'auteure veut transmettre c’est ce désir qui habite toute femme qui tombe enceinte de voir être perpétuée sa lignée. Quelques fois, lorsque l’homme refuse de reconnaître son rejeton, la mère se sent le devoir de donner à ce dernier la chance de la vie, parce qu’elle sait que la vie ne se marchande pas. En ce sens, la femme devient la gardienne de la vie.

À travers les histoires et les personnages, Natacha Odonnat  décrit le quotidien de diverses femmes enceintes. Ces nouvelles ont été écrites lorsque l'auteure était enceinte de son premier enfant. Elles ont donc, à ses yeux, en plus de la détente, une vocation cathartique. C’est tout le sens du sous-titre, Écrits cathartiques d'une femme enceinte, car la fertilité de son imagination lui a permis de vivre positivement cette nouvelle réalité qui faisait irruption dans sa vie.

Dans certaines nouvelles, l’auteure présente la grossesse, à première vue, comme une problématique existentielle. Dans le recueil, certains hommes refusent d'assumer leur responsabilité et laissent en général les mères s’occuper seules de leur enfant. C'est le cas de « Carmen Nicolas » dont le personnage principal finit par devenir "fille mère".

Natacha Odonnat pointe en outre une attitude commune répandue dans la culture antillaise: lorsqu’une fille annonce à ses parents qu’elle est enceinte, on considère qu’elle n’a plus d’avenir et que sa vie s’arrête avec cette grossesse. Cette diabolisation de la grossesse rétrécit les possibilités de la vie et de renouvellement, notamment dans un contexte comme celui des Caraïbes.

Les nouvelles sont intéressantes. L’idée est originale car elle vient d'une auteure enceinte qui a voulu s’occuper en écrivant des nouvelles. J’ai beaucoup aimé le thème de la grossesse et la manière dont sont décrits les personnages. Les chutes sont respectées. Ma nouvelle préférée est « Punition ».
. Je choisis de ne pas la commenter pour que les lecteurs découvrent par eux-mêmes ce dont il est question.

Je recommande ce recueil aux amis de la lecture .

Les titres des nouvelles sont, dans l’ordre d’apparition dans le recueil de :

La folle de Pétion-Ville

Punition

Carmen Nicolas

Texao ou le déni

Nano

Je veux croire à la vie

Au secours, je suis enceinte !

Adélaïde

Je voudrais pouvoir te parler d’amour

Perdition

Naître : le premier combat de la vie

Extrait de la nouvelle Perdition

Ma foi, mon fils n’est pas ministre, mais c’est un homme intègre et ce qu’il fait, il le fait bien. Ses voyages lui auront servi. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Je crois que les êtres humains naissent programmés dès leur gestation, une divinité, capricieuse peut-être, leur donne aptitudes et appétits. Ce mois-là, je n’avais pas eu mes règles. C’était, selon mon fils, un petit dérèglement hormonal et j’ai cru que j’étais enceinte. Le mois suivant, j’ai eu mes règles. Mon corps n’a pas changé. Disons qu’il n’a pas changé dans le bon sens. Je maigrissais à vue d’œil. Pendant ces trois ans, j’ai mangé comme quatre, comme si j’avais un ver solitaire. Mais c’était pour alimenter les trois ans de perdition. Il se nourrissait de moi, croissait et se fortifiait. D’aucuns ont voulu me l’expulser mais je n’ai pas voulu. J’avais confiance, il reviendrait.

Nathasha Pemba

Référence de l'oeuvre:

Natacha Odonnat, Au secours, je suis enceinte! Écrits cathartiques d’une jeune femme enceinte, Paris, Mon petit éditeur, 2012

Sites Web de l'auteur:

http://www.shanaprod.com

http://parletonparle.blogspot.ca

Partager cet article

Repost 0

Usain Bolt: J'ai un but, je veux être une légende

Publié le par Nathasha Pemba

À chaque fois qu'on me demande de parler des personnes qui m'inspirent dans la vie de tous les jours, je n'hésite pas à parler de Usain Bolt. Elles sont nombreuses certes les personnes qui m'inspirent. Seulement, aujourd'hui je veux parler de Usain. La première fois que j'ai entendu parler de lui, je me trouvais au Luxembourg. J'étais en vacances chez des amies et il passait à la télé. Quand je me suis mise à l'écouter, j'ai décelé dans son regard la simplicité d'un homme qui était prêt à aller loin. J'ai compris qu'Usain Bolt est une personne  qui sait prendre la vie du bon côté. Je sais que pour être un bon athlète, il faut être endurant, constant et persévérant. Ces trois qualités sont essentielles lorsqu'on veut réussir dans la vie. Si notre monde d'aujourd'hui se dit globaliste, il y a, malheureusement, de plus en plus une tendance au découragement, à l'inconstance et à l'impatience. C'est pourquoi il est toujours nécessaire de rappeler  à chacun et à chacune que nous sommes tous des CHAMPIONS en puissance. Voici 10 phrases inspirantes que je conseille souvent aux personnes qui viennent me rencontrer pour discuter de la vie

1- J'ai un but, je veux être une légende

2- Vous inquiéter ne vous mènera nulle part. Si vous commencez à vous inquiéter avant même d'avoir commencé vous avez déjà perdu. Entraînez-vous dur, ne lâchez rien, faites de votre mieux, et le reste viendra tout seul 

3- Si tu veux une chose et que tu sais comment l'obtenir, tu dois aller la chercher. C'est aussi simple que ça

4- Il existait beaucoup de légendes avant moi. Mais maintenant c'est mon tour

5- J'ai travaillé dur pendant ces années, j'ai été blessé et j'ai travaillé encore plus dur, et je l'ai fait.

6- Je sais ce dont je suis capable, donc l’opinion des gens ou ce qu’ils peuvent penser ne me dérange pas

7- Je suis concentré sur ce que je dois faire, pour moi. Je sais ce que j’ai besoin de faire pour être un champion, alors je travaille là-dessus

8-  Les bonnes manières sont la clef de toutes choses. Par exemple, lorsque vous grandissez et que vous marchez dans la rue, vous devez dire bonjour à tout le monde. Tout le monde. Vous ne pouvez pas oublier une seule personne

9-Il y a des bons et des mauvais jours

10-Au début de la course, il y a des meilleurs que moi, mais je suis le premier à l’arrivée

Bon courage à tous

 

Nathasha Pemba

 

Publié dans visions du monde

Partager cet article

Repost 0

Taxi diaries II

Publié le par Nathasha Pemba

30 juin 2015

Quand on n’est pas habitué à écrire, et qu’on décide d’écrire, l’histoire devient compliquée. Sans compter les infidélités, les fatigues. Ceci et cela. Néanmoins, lorsqu'une idée importante me vient en tête, je m’assois et je me mets à écrire. Hier 29 juin, j’ai transporté un gros client comme on dit. Un Africain de chez moi. Certainement un homme politique qui vole l’argent du peuple. Il m’a laissé un gros pourboire. 700 euros. C’est beaucoup. Cela m’a donc permis de paresser ce matin. Oui. J’ai traîné dans mon lit. Il était huit heures quand je me suis pointé à la banque. Pour quelqu’un qui est à son compte personnel, je m’étonne toujours que l’on me pose des questions quand je vais verser de l’argent. 2000 euros, lui ai-je dit. Elle m’a dit : "Ah non je ne peux pas. C’est trop. Montrez moi les preuves".

Wallaï… Où tu as même vu banque refuser l’argent ?

Quelles preuves voulait-elle ? Je lui ai présenté ma carte professionnelle et je lui ai dit que c’est un gros pourboire que j’ai eu. Elle a grimacé. Et elle m’a dit : « désolé ». Je ne peux encaisser plus de 1500 euros. Ah ! Tant pis. J’ai versé 1500 euros. Et j’ai gardé 500 euros pour un autre jour. Ah ! Tant pis! Je m’étonne toujours de cette façon qu’ils ont de considérer les choses. Je crois que si quelqu’un veut magouiller, il ne passera pas par la banque. Et puis même à la banque, on paye les impôts. Où est donc leur problème ?

Bon j’ai fini avec la banque. Aujourd’hui je ne travaille pas. J'emprunte le métro. Cela me permettra de contempler les gens qui passent et repassent. Comme je suis à la gare du nord direction ligne 5. Je  flâne vers la rue des Pyrénées. Un quartier que je connais bien. Des anciens missionnaires qui y habitent ont travaillé chez moi à Abengourou. De temps en temps, je vais dans leur église pour prier. Me voilà donc parti. Que de monde dans le métro ! Et donc de la chaleur garantie. Les odeurs multiformes assurées. Je me débarrasse de mon manteau car j’ai chaud. Il fait très chaud et ces odeurs de personnes peuvent te tuer. Mélanges de transpirations et de parfums de marque. Pas du tout agréable ! Je suis presque sûr que beaucoup de gens ne se lavent même pas le matin quand ils sortent.

Ne pas se laver ! Quelle histoire. Ma mère me tuerait. Même si ma mère repose désormais au cimetière d’Abengourou, je ne pourrais jamais l’oublier. Elle m’a tout donné. Vie, éducation et affection. Quand nous étions des mômes, celui qui ne se lavait pas le matin ne prenait pas de petit déjeuner, ne pouvait aller à l’école. Et le soir, celui qui ne se lavait pas ne mangeait pas. N’entrait pas dans la chambre. Je pense que lors de ces moments, j’aurais pu devenir enfant de la rue. Mais non. Il suffisait d’obéir pour que tout marche. Chez nous les garçons se lavaient deux fois tous les jours. Et les femmes trois fois. Quand je pense que ma femme aujourd’hui ne se lave qu’une fois, je souris. Quand nous nous sommes mariés elle se lavait trois fois par jour. Dès qu’elle a eu notre troisième enfant, elle a commencé à se laver deux fois. Et puis depuis que les enfants ont quitté la maison, elle ne se lave plus qu’une fois. Mais notre salle de bains est envahie par des lingettes, déodorants, parfums et toutes ces choses créées pour que la femme demeure fraîche sans jamais toucher du doigt l’eau du robinet.

Ouf ! Je descends à République pour prendre la ligne 11 et aller à Pyrénées. Là je prends mon temps. Je vois les gens courir, marcher comme s’ils allaient tous à un rendez-vous d’embauche. Ils courent. Et moi je marche. Je prends mon temps. J’entre dans le métro. Celui-ci est moins plein que la ligne 5. Trois arrêts plus tard, je descends et je marche. Oh mon Dieu, ces escaliers longs et épais. Je les tâte et je me demande bien de quelles années ils datent. J’ai juste envie de critiquer. Je réfrène mon désir de critiquer. Je pense juste à mon pays. Nous n’avons ni tram, ni métro, ni moyens de transport sérieux. Pourquoi devrais-je critiquer ce pays ? Non. Je sors de la station de Métro. Et je me dirige chez les pères pour aller prier. Je trouve leur portail fermé. Le gardien me dit qu’ils sont tous en retraite. Ah ! Mon Dieu, Dieu aussi va en retraite ? Quel bazar !

Je m’asseois dans un café. Je prends mon temps. Je n’ai rien à faire. Je demande de l’eau Périer. Je contemple les allées et venues. Les gens qui entrent qui sortent et viennent gratter des fiches de loto. Cash astri, illico, bingo… bref. Ces personnes n’ont pas d’âge. Ni couleurs, ni âges, ni sexes. La seule chose qui les importe, c'est l'argent qu'ils veulent tous gagner. Voilà quelque chose qui est commun aux humains : l’argent. La recherche de l’argent. L’argent est ce qui nous unit de manière très forte et utile, mais aussi ce qui nous sépare, parce qu’à cause de l’argent, des familles entières se sont séparées. Des présidents ne veulent plus quitter le pouvoir. L'argent est vraiment le nerf de la guerre.

Je suis là. Assis, je regarde. Je bois de manière très méticuleuse mon Perrier pour tuer mon temps. À travers le vitrage du tabac, je vois les voitures passer. Les gens, les bus. Tout le monde. Je fais semblant de regarder ma montre pour que le vendeur croie que j’attends quelqu’un. En fait je chôme. Et là. Une heure plus tard, le contenu de mon verre est déjà bien bas. Je n’ai pas envie d’en rajouter. Je lis au fond de la salle : « Toilettes ». Tout d’un coup l’envie d’y aller me vient. Je me lève. Et là, mon téléphone sonne. C’est mon client d’hier.

-Petit frère

-Eh mon Grand ooooo

-Où es-tu ?

-Je flâne dans Paris

-Ah ! On se voit à  11h et demie devant la gare du nord. J’ai encore des courses.

-Ok.

Je me frotte les mains. Mon envie d’aller aux toilettes a disparu.

02 juillet 2015.

Elle est noire. Elle m’a dit qu’elle est chauffeuse de taxis. Je n’ai pas compris. Ce n’est qu’en me baladant avec elle que j’ai compris le vrai enjeu du problème. En fait elle chauffe les taxis. C’est en voyant son matériel arrière que j’ai compris le véritable sens de chauffeuse de taxis. Mais aussi lorsqu’elle m’a dit, à destination, qu’elle avait oublié de retirer des espèces dans un distributeur. Je n’ai pas voulu polémiquer. Je lui ai juste ouvert la portière avec galanterie pour qu’elle s’en aille vite. Je ne me ferai pas prendre avec des sorcières de ce type.

01 Août 2015

Elles sont trois femmes noires. Elles m’arrêtent. Je m’arrête. Elles sont belles. Je ne sais pas encore si elles sont africaines ou américaines. Aujourd’hui nos sœurs utilisent les mêmes produits que les Américaines. Même teint. Même couleur des cheveux. Certaines veulent même ressembler à Rihanna ou à Beyoncé. Fesses emballées dans des collants bien serrés. Pâte rouge sur les lèvres. Faux cils. Faux ongles. Faux cheveux naturels. Bref! Elles sont belles. Quand la première ouvre sa bouche je comprends qu’elles sont mes sœurs. Je descends de la voiture pour leur tendre la main. Je vois l’expression de leurs visages changer. Je comprends. Je replace ma main sans cérémonie dans ma poche. J’ouvre la malle arrière de ma voiture. Elles chuchotent, puis elles décident d'y introduire leur valise.

« Paris Charles de Gaulle », lance l’une. Elle tient dans sa main un sac Chanel. Et pas des moindres. Ce sac à lui seul peut coûter environ 7500 euros. Donc disons un terrain et une petite maison au pays. Pour moi qui pense à acheter une villa à Abengourou, c’est une perte. D’ailleurs ce n’est pas le genre là que je cours. Elle le porte avec un pantacourt blanc, un chemisier rouge et des compensées noirs. Elle est belle et chic. La deuxième porte un sac Lancel Brigitte Bardot rose. Elle le porte de sorte qu’on voit la griffe à travers le logo. Elle a porté une chaussure jaune fluo blanc. Des mocassins. Cheveux ras avec le trait de Mandela jeune à droite. Chaine à la cheville. Pantalon jean blanc. Chemise façonnable Ralph Lauren blanche avec une cravate bleu relâchée. Je connais bien cette chemise. Elle est masculine. Celle-là doit être une sapeuse de Château rouge. Une Congolaise de Brazzaville j’imagine. Je me méfie de ces femmes-là. La troisième est grande de taille. Mais elle a mis des hauts talons. Elle est habillée en robe. Bien fournie par derrière, elle excite à chaque pas qu’elle pose sur le pavé. Sa robe est noire. Ses chaussures sont rouges. Son sac. Un Louis Vuitton Damier marron beige. Elles sentent très bon. Je ne connais pas les parfums des femmes, donc je ne peux pas déterminer les senteurs. Je prends les valises pour les mettre dans mon coffre. Même les valises sont griffées. Bon, en général pour nous qui vivons ici depuis, une valise est toujours griffées, mais les marques de valise un peu pour tous: Samsonite, Delsey, Lys ou Jump. Cependant, là ce sont des valises Louis Vuitton, Lancel et Longchamp.

Je sais que ce n’est pas de la contrefaçon. Les Africains noirs de France achètent rarement de la contrefaçon pour eux-mêmes, sauf si c’est pour aller donner en Afrique. Permettre à un cousin ou une cousine de frimer au quartier. Elles-mêmes ne mettent que des griffes qu’elles arrivent à acquérir à force d’efforts. Sacrifices multiples de leurs salaires. Parfois même prostitution pour les unes et vol pour les autres. Elles entrent souvent dans des réseaux compliqués pour avoir ces marques. Mais aussi les crédits. La mort de l’homme. Payer dix fois. Utiliser sa carte visa. Tout ça c’est mortel. J’appelle ça se mettre la corde au cou. Donc il arrive qu’on prenne un crédit de dix mille euros pour acheter un sac louis Vuitton. Les Blancs nous tiennent vraiment avec leurs griffes là. Tout notre argent reste ici. Pour certains d’entre nous, la griffe est devenue une sorte d’identité… Porter une griffe peut m’attirer les regards des autres. Mais en général cela se passe entre nous les Noirs. Quand je vois les Blancs eux-mêmes dans le métro ou dans la rue, ils ont d’une simplicité à couper le souffle. Un Blanc ne remarque même pas que tu as un sac Prada ou des lunettes Mont blanc.  Sauf les stars bien sûrs où les médias commentent et vous en mettent un tas sur le visage. Pardon oooo le Blanc n'est pas ma référence... mais quand même!

J’aide donc mes belles à mettre leurs valises dans le coffre. J’ouvre les portières. Elle entrent. Et on démarre. C’était devant un hôtel non loin de la gare du nord.

Une Camerounaise, une Congolaise de Brazzaville et une Centrafricaine. L’Afrique centrale, la sous-région où les dictateurs n’aiment pas mourir.

 

18 août 2015

Cela fait bien longtemps que je ne suis pas venu dans ce cahier.

Me voici devant la gare saint Lazare. Depuis qu’on a placé des chaises juste à l’entrée, il est plaisant de s’y poser. Je cherche un parking. Je gare mon taxi. J’entre dans le hall de la gare pour m’attraper un sandwich. Quand je marche, j’aime rester simple, mais impressionner reste tout de même mon objectif. Ainsi ai-je choisi de me balader uniquement avec un livre en main. Un livre dont j’ai la maîtrise du résumé, mais que je n’ai jamais lu. Bien sûr. J’arrive donc dans un café. Il est dix heures. Franchement j’ai faim. Je vais donc manger en mode transition. Jusqu’au soir.

-Bonjour Monsieur me dit la serveuse.

Une Asiatique en somme. Elle a tout d’une asiatique. Petits yeux. Accents.

-Bonjour Madame.

Et hop! Le sourire commercial. Le discours commercial.

-Que puis-je pour vous Monsieur. Je suis à votre service pour tout autre renseignement 

-Un jambon-fromage plus un café fort avec un dessert 

-À emporter ?

-Non sur place.

Elle m’indiqua le montant.

Je pose alors mon livre sur le comptoir et je sors mon portefeuille. Le regard de la vendeuse tombe sur  le livre. Elle me demande :

-Vous lisez ?

 J'opine de la tête.

-Super ; Je vais vous offrir deux livres. Un client me les a offert. Mais je ne sais pas lire en français. Si c’était en vietnamien, je les aurais gardé.

Elle est gentille. Je la remercie. Et je récupère ainsi livres et café.

Après mon café, je parcours tous les magasins pour regarder un peu les femmes se trémousser devant les soldes.

Puis je viens à nouveau m'asseoir devant la gare saint Lazare. Il fait très chaud. Quelques minutes de somnolence, mon téléphone sonne. C’est un client.

Nathasha Pemba

Publié dans Nouvelles du mois.

Partager cet article

Repost 0

Redécouvrir les Classiques de la littérature africaine: Semaine 1

Publié le par Nathasha Pemba

Les classiques de la littérature Africaine à lire. La liste n'est pas exhaustive. Notre objectif est de proposer des bases à ceux et celles qui veulent se doter d'une solide culture littéraire africaine.

Couverture

Les deux mères de Guillaume Ismael de Dzwatama futur camionneur, (Mongo Beti)

Malgré la répudiation de sa mère, Guillaume Ismaël, un petit Africain, est sans rancune contre la nouvelle épouse de son père, une Française. Celle-ci est arrivée sans rien connaître de l’Afrique, exception faite des étudiants noirs côtoyés à l’université de Lyon au cours des années soixante.
Contre toute attente, une vive amitié se noue entre l’adolescent noir et la jeune femme blanche, déjà mère d’un nourrisson mulâtre.  
Mais l’Afrique, ou du moins une certaine Afrique, tourmente la nouvelle venue en lui dévoilant avec une sadique lenteur ses plaies purulentes, l’une après l’autre. L’affection la plus souvent muette de Guillaume Ismaël ne sauve pas sa belle-mère de la certitude d’être lentement mais irréversiblement rejetée. Enfin, le hasard décide de raviver du moins la passion de Marie-Pierre pour son mari, un haut magistrat africain qui lui a paru jusque-là bien falot, bien pleutre : un coup de théâtre lui révèle le visage secret d’un homme qui, en proie comme toute sa génération à mille rigueurs de l’Histoire, n’a pas hésité à défier
le fatum.

Couverture

La Carte d'identité (Jean-Marie Aadiaffi)

Un commandant de cercle, pas plus méchant qu'un autre, réclame à Mélédouman sa carte d'identité. Cela pourrait être l'occasion d'un récit banal, comme on en lit souvent. Mais Adiaffi dépasse l'anecdote, atteint au mythe et, dans une prose parfois éblouissante, écrit la tragédie de l'Afrique à la recherche de son âme. Avec La carte d'identité, la littérature africaine est véritablement parcourue d'un frisson nouveau.

Couverture

L'Anté peuple (Sony Labou Tansi)

Citoyen exemplaire, Dadou est directeur d’une école de Kinshasa. Une terrible accusation l’aspire dans une tornade dévastatrice : sa femme et ses enfants sont tués, sa vie saccagée. Il réussit à s’échapper des lugubres geôles zaïroises et s’enfuit de l’autre côté de la rivière. Vidé de son âme, il découvre une succession de mondes désolés, rongés par la même corruption que son propre pays, les mêmes dérives politiques et guerrières.

 

Couverture

Elle sera de Jaspe et de Corail et de corail, Journal d'une misovire (Werewere Liking)

En ce roman trois voix sont mêlées. Ecoutons celle de Lunaï, village qui végète et qui s'abîme dans une désespérance morne ; celle qui, en contrepoint, s'élève, élégiaque, célébrant une humanité autre à venir, en sa lumière, et aussi, au confluent, celle d'une femme, témoin vigilant et critique, " misovire ". Polyphonie, " entrechoc " des styles, contraste du lyrique et du satirique se fondent dans l'unité d'une oeuvre aboutie. Après Orphée-Dafric, le second roman de Werewere Liking est d'une novation formelle et thématique peut commune dans la littérature africaine, tout en s'enracinant profondément dans la tradition de l'Afrique.

Couverture

Le dernier de l'empire (Sembène Ousmane)

Un récit de politique-fiction rédigé entre 1976 et 1980, qui raconte un coup d'Etat constitutionnel au Sénégal où s'affrontent Africains francophones et nationalistes bon teint.

Couverture

Sahel ! Sanglante sécheresse

Sahel ! Sanglante sécheresse est le récit d'un "retour au pays natal" et d'une révolte. Retour du jeune Boua dans son village natal, Léa, mais aussi découverte de la misère des siens rendue plus atroce encore par la sécheresse qui sévit dans la contrée. Révolte des jeunes, pour la plupart lettrés, contre le pouvoir établi, un pouvoir corrompu et inique. Au coeur de la révolte, se dresse, imperturbable, le personnage de Lum, l'oncle de Boua. Il dirigera la révolte jusqu'à la victoire. Quant à Boua lui-même, au début pacifiste et conciliant, il se rallie peu à peu; écoeuré par tant de misère et d'injustice, à l'action menée par les jeunes pour le renouveau de Léa.

Couverture

La trilogie romanesque. Les cancrelats, Les méduses, Les phalènes (T. U Tam'Si)

Les cancrelats, le roman qui bondit. Les méduses, le roman de la rumeur. Les phalènes, le roman des murmures. 
L'univers romanesque passionné et magique d'un immense écrivain qui boitait comme un diable et écrivait comme un dieu.

Toiles d'araignée (Ibrahima Ly)

Roman réaliste inspiré par l'expérience carcérale de l'auteur. Ibrahima Ly dénonce certaines pratiques traditionnelles (le mariage forcé, etc.) et les régimes militaires au pouvoir en Afrique noire (au Mali, en particulier) dans les années 1970.

Couverture

Les écailles du ciel

( Tierno Monénembo)

Choisissant l'exil dés son plus jeune âge, cet écrivain guinéen évoque dans son roman, la vie d'émigrés africains dans la province française. Usant souvent d'une langue cocasse, l'auteur joue sur les ruptures et le grotesque pour mieux dire la rupture culturelle.

Couverture

Le temps de Tamango (Boubacar Boris Diop)

Au XXIe siècle, des intellectuels africains tentent une reconstitution des révoltes estudiantines et ouvrières des années 1970 dans leur pays. A travers ce roman de politique-fiction, Boubacar Boris Diop fait un bilan des années Senghor ; celles de deux décennies de fausse indépendance du Sénégal. La multiplicité des temps et des points de vue narratifs nous offre la vision à facettes d'une société en décomposition. Une critique habile d'une pernicieuse domination, culturelle et linguistique, à la façon des romanciers sud-américains...

Le Sanctuaire de Pénélope

Partager cet article

Repost 0