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Lawrence Hill: Le sans papier ou la lutte pour la survie.

Publié le par Nathasha Pemba

Accueillir ou ne pas accueillir ? Telle est la question que se pose le gouvernement de Libertude, pays fictif situé quelque part dans le monde.

Dans ce questionnement, certains comme le premier ministre ont déjà fait leur choix. D’autres comme le ministre de l’immigration hésitent encore parce que si le peuple a voté massivement sa famille politique, c’est à cause de la promesse de renvoyer chez eux tous les réfugiés zantorolandais, Zantoroland étant le pays voisin de Libertude. Mais au fond de sa conscience, le ministre sait que ce qu’il veut, c’est qu’on régularise la situation des réfugiés, parce qu'ils ont, eux aussi, droit à la vie. Pourtant il laisse primer l'idéologie de son parti sur l'humanité.

C’est donc sur ce fond de conflit interne qu’Ali Kéita immigre en Libertude.

Arrivé du Zantoroland, Ali Keita a fui la dictature, les violences, le nettoyage ethnique. Sa mère a été tuée. Son père, Journaliste mondialement reconnu et fervent défenseur des libertés, a été lui aussi torturé, humilié publiquement puis tué. Lui-même a été témoin de la mort de plusieurs personnes dont celle du diacre de son église.

Dans ce pays où la dictature est devenue normale, chaque membre de la famille d’un récalcitrant doit se présenter devant le palais rose, charrette à la main pour récupérer le corps sans vie ou le corps presque sans vie de son proche. Tel a été le cas d’Ali Keita pour son père.

Arrivé d’abord à Boston avec un visa d’un mois, il choisit de s’établir à Libertude.

Au début quand un réfugié arrive, il ne s’attend pas à dormir dans la rue. L’image d’un ailleurs est toujours utopique, idéal et idéel. Quitter un pays pauvre pour aller vers un pays riche nous fait croire que chez les riches, il y a plusieurs pièces vides. Que l’herbe y est toujours verte.

Illusion! La rue devient vite l’ami du sans-papiers. Ensuite la police. Une police stressée et dépassée par l’insécurité et l’excès de travail finit par devenir violente et irrespectueuse. Elle harcèle à tel point que rien que le mot policier effraie Ali Keita. Il évite les attroupements. Ne fréquente pas les gens de sa condition. Il est toujours propre. Il veut montrer qu’il est un habitué des lieux. Il préfère courir. Et courir seul. Il essaie de trouver un lieu pour être à l’abri des regards. Mais là non plus, ce n’est pas évident, car il y a des gens qui ont des allergies à la vue des Noirs. S'il fuit les problèmes, les problèmes entrent dans sa vie sans crier gare.

Ce qui est paradoxal, c’est que, dans ces mondes où on arrive en tant que sans-papiers, ce n'est pas notre appartenance au registre de l'humanité indifférenciée qui nous trahit, mais c’est notre différence, puisque les Noirs, il en existe de manière abondante dans les parages. Des "Avec-papiers" et des "Sans-papiers". Pour Ali Kéita, ce sera son génie. Il court comme un Oiseau. Il vole. Ce talent va attiser des jalousies.

Lors d’une course, alors qu’il court, son camarade coureur, un Blanc de Libertude, lui crie aux oreilles « Retourne dans ton pays ». Kéita ne lui répond pas. Il fait comme s’il était ignorant. Il refuse à ce moment-là de comprendre l’anglais. Il ne veut pas non plus la parler avec ce xénophobe-raciste. Il court. Courir plus vite, plus fort, c’est éduquer le raciste. Il inflige à son adversaire la douleur du corps lourd et de l'esprit bas qui ne peut le concurrencer car, pour lui, courir est naturel autant que manger. La vitesse va lui servir de moyen pour fracasser la psychologie de ce raciste.

Kéita va survivre grâce à la course, mais aussi grâce à la générosité d’une dame libertoise qui acceptera, à ses risques et périls de le loger chez elle. Comme quoi, ce n’est jamais ni la couleur de la peau, ni l’âge ni le sexe qui détermine la capacité à réagir ou à agir d’une personne. Ce sont les dispositions internes qui le meuvent. Il survivra ainsi grâce à cette amitié, mais aussi grâce à l’amour de Candace, une policière dont il tombera amoureux. Kéita est prêt à travailler dur pour s’en sortir. Il usera des moyens que la nature a mis à sa disposition, mais il restera aussi ouvert à toute initiative de travail.

Mon point de vue

Le livre roule à cent à l'heure. On y retrouve à la fois un destin et plusieurs destins, avec pour toile de fond les questions de stigmatisation et de discrimination raciale et ethnique. Mais aussi l'épineux problème des réfugiés qui partent chaque jour d'un lieu et arrivent chaque jours dans un nouveau lieu. Le suspense est quasi permanent, c'est pourquoi ce livre, à mon avis, malgré son volume impressionnant peut se lire en une journée. Ainsi, avec Kéita, il y a d’autres visages comme celui du petit John. Métisse, mais considéré comme noir. Ce petit qui a opté pour la réussite coûte que coûte. Pourtant la manipulation politique montre que finalement il n’est qu’un symbole. Symbole de la réussite du Noir chez les Blancs. Intelligent et rationnel, il grimpe de prix en prix et parvient à obtenir une bourse d’étude. Il y a aussi la journaliste Viola, Noire, Lesbienne et Handicapée qui tente d'exister dans un monde plein de caricatures.

Le monde va de plus en plus mal. Plus on parle des droits de l’homme, plus on les viole. Dans le contexte de Kéita, il y a les Locaux qui ont du mal à le supporter, mais il y a aussi celui qui l’a aidé à arriver là. Le maître. Il se prend pour le maître qui est allé dénicher l'esclave du siècle. Et il compte bien en profiter. Cet épisode du roman me rappelle toutes ces filles à qui on promet le paradis en Occident et qui finissent esclaves sexuelles une fois arrivées au pays de leur rêve.

Dans ce livre, Lawrence Hill dénonce aussi la vénération pour l’indignité humaine dont font montre les politiques conservatrices des pays censés accueillir les réfugiés. Les pays dit des droits l’homme qui n’ont, dans leur attitude, rien à voir avec les droits de l’homme. Il dénonce leur démission. Démission face à l’afflux des migrants, alors qu’ils sont ceux qui, de l’extérieur, manipulent les politiques de leurs lieux de provenance. Encensent les dictatures et promettent de leur livrer les hommes politiques en exil. C’est le monde à l’envers. Ces discours hypocrites qui ne veulent rien dire tant ils sont insignifiants.

Le problème dans ce pays où s’est réfugié Ali Kéita, c’est que même la possibilité d’obtenir une carte de séjour est un risque, parce qu’à chaque fois que l’on se présente pour l’obtenir on est expulsé. Ainsi, on retrouve parmi les Noirs qui ont constitué un petit quartier appelé la petite Afrique, des gens qui n’ont jamais eu des papiers et qui espèrent mourir sans papiers. C’est la zone de la clandestinité où le gouvernement vient pour faire des descentes et prouver à son peuple qu’il travaille. C’est la zone de la fabrication du sentiment d’insécurité, un peu à l’image des banlieues parisiennes ou montréalaises où l’Étiquetage a le dernier mot. Droits de l’homme, droits fondamentaux des personnes, droit d’asile, respect de la vie, acceptation de la différence : voilà de vains mots en Libertude. Ce que nous enseigne ce livre c’est aussi que, dans le pays du rêve, Le sans-papier est Le sans-perspective. Quand tu n’as pas de papiers, tu ne peux même pas obtenir une carte de bibliothèque. En réalité, tu n’as droit à rien. Quand tu n’as pas de papiers, tu ne peux pas espérer obtenir une assurance. Tu ne peux même pas ouvrir un compte à la banque. Bref. Le sans-papier n’a droit à rien, pourtant à son sujet, on parle sans cesse des droits de l’homme. Dans ce contexte, comment parler de vivre-ensemble, d'égalité ou de fraternité ?

Nathasha Pemba

Lawrence Hill est un écrivain canadien, auteur du best-seller "Aminata" et plusieurs autres ouvrages.

Références:

Lawrence Hill, Le sans-papiers, Montréal, Éditions pleine lune, 2016, 444 pages.

ISBN : 2890244628

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Polygamiques: Critique d'Anthony Mouyoungui

Publié le par Nathasha Pemba

"Elle ne s'est pas contentée de raconter des histoires sur la polygamie, de ses dangers et de ses conséquences dans la société, comme certains auraient fait, elle a réussi à m'étonner tout le long de la lecture. Une narration simple, une description très précise et détaillée des lieux (villes et habitations) et des personnages (physique et vestimentaire). De ‘’Polygamiques’’, je ne retiens que cinq nouvelles : ‘’Ma future belle-mère’’, ‘’L’Intellectuel du quartier’’, ‘’Le mythe du blanc’’, ‘’Troisième bureau’’ et ‘’L’Amitié’’. Elles sont les plus abouties, elles rendent le livre passionnant, agréable à lire. Non pas que les trois autres soient nulles mais, elles ne sont pas au même niveau que les autres. Ces cinq histoires m’ont plus séduit, elles m’ont fait plus voyager et réfléchir en même temps (sans oublier le rire bien sûr). J’ai passé un bon moment de lecture et je remercie l’auteur pour cela".

Anthony Mouyoungui

Merci de cliquer sur ce lien pour lire la suite:

http://anthonymouyoungui.blogspot.fr/2015/05/polygamiques-pas-que-de-simples.html

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Polygamiques: Critique de Liss Kihindou

Publié le par Nathasha Pemba

D’autres nouvelles mettent en garde contre la tentation d’envier les autres, car on ne sait pas ce qui se cache derrière les apparences et à quel prix certaines personnes ont gagné leur aisance financière. Quelle terrible découverte pour la mère dans la nouvelle « Le secret » ! Quelle amère déconvenue pour la narratrice de la première nouvelle, « Ma future belle-mère », qui croyait que sa belle-famille était parfaite. La chute de cette nouvelle coupe le souffle, même si, comme dans toute nouvelle savamment menée, quelques indices ont été glissés au fur et à mesure pour éveiller la curiosité du lecteur sans pour autant qu’il ne s’alarme outre mesure, avant d’être arrivé à la fin. La réflexion que se fait Nathalie, la narratrice, est sans doute la leçon principale à retenir de ce recueil : « Je compris que, souvent , il faut se contenter de ce que l’on est et de ce que l’on a. A trop envier, on finit par voler ou bien par présenter une fausse identité au monde. » (Polygamiques, pages 21-22)

Merci de cliquer sur ce lien pour lire la suite:

http://valetsdeslivres.canalblog.com/archives/2015/05/16/32061705.html

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Polygamiques: Les apparences sont trompeuses, de Clémentine

Publié le par Nathasha Pemba

Polygamiques, un titre choc! Ceux qui se réfèrent d’emblée au mariage polygamique frémissent au contact du recueil de nouvelles de Nathasha Pemba. Une interprétation trop hâtive voire gratuite ou erronée. Le risque serait de se fier aux apparences comme le laisse voir l’expérience de Nathalie, la narratrice autodiégétique de la première nouvelle, « Ma future belle-mère », qui nous intéresse.

Merci de cliquer sur ce lien pour lire la suite :

http://http://ffrancoscriber.over-blog.com/2015/06/les-apparences-sont-trompeuses.html

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La mère, la fille et la future belle-mère

Publié le par Nathasha Pemba

Qu’est ce qui explique la relation conflictuelle entre Nathalie et sa mère ;au point que sa belle mère qu’elle juge de loin, en s’accrochant aux apparences soit devenue un modèle ? Telle est la question qui aiguise la curiosité du lecteur de cette nouvelle intitulée, « Ma future belle mère » de Nathasha Pemba, dans son recueil POLYGAMIQUES. La relation entre belle-mère et belle fille se caractérise en rivalité insoupçonnée dont la nature varie selon les contextes.

La mère de Nathalie est sage femme ; sans être une femme sage. Elle se montre de tempérament difficile. La comparaison se fait entre celle qui sera sa belle mère et sa mère ; déchantera-t-elle ? N’est-elle pas en phase d’illusion romantique ? La solution à la question vient-elle du caractère acariâtre de la mère ? L’atteste, le fait que son mari ait décidé d’aller vivre avec sa secrétaire. Son portrait est peu flatteur. Elle décide de cuisiner ou de s’acquitter du devoir conjugal. Elle n’est pas respectueuse de la mère de son mari à qui elle sert des invectives bien que cette dernière soit déjà décédée. Or, « le cœur de l’homme se trouve dans celui de sa mère » (p. 10) ; c’est pourquoi, pour gagner la confiance d’un homme, il sied d’avoir du respect pour sa mère. Le mépris pour la mère du papa de la fille va si loin qu’elle déchire une étoffe à lui offerte par sa génitrice.

Un tel traitement délétère poussa l’homme vers des lieux plus accueillants où il est considéré et respecté, pouponné et soigné. La mégère irrite manifestement sa fille qui voit désormais en elle, une confidente. Pourtant, cette femme noble a des problèmes psychologiques révélés au détour d’une invitation au restaurant L’Albratros de Pointe Noire lors de la conversation avec Stéphane, le fiancé de Nathalie qui est médecin. Faut-il se rapprocher de la maison de la mère de Stéphane pour y passer quelques jours de congés alors qu’ils ne sont pas encore mariés ? Elle décide d’y aller sans le consentement de Stéphane. Le séjour chez la future belle-mère dévoile pourtant des caractères sexuels proches du bi-sexualisme chez la mère de Stéphane. Elle le l’avouera du reste. La moralité de la nouvelle, une mère reste une mère, peu importe ses défauts.

Meduga Larissa Chantal-Sidonie

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L'amitié se dit sur plusieurs registres

Publié le par Nathasha Pemba

L’amitié se dit sur plusieurs registres : surtout la confidence et la confiance partagées. Telle est l’ouverture et la conclusion de cette nouvelle intitulée « L’amitié ! ». Elle est issue du recueil POLYGAMIQUES de NATASHA PEMBA, La Doxa Editions 2015. Les personnages mettent en scène la diversité des relations humaines. Celles qui vont de la camaraderie aux relations sexuelles « tarifées », avec des pagnes wax offerts aux « belles mères » ; ou encore, adultérines. Tel le père d’Annie aux préservatifs parfumés (p.161) dont le stratagème est découvert par la fille.

La femme stratège et ambitieuse qui veut coûte que vaille rejoindre l’Europe monte ses plans. Réussira-t-elle ? Annie veut épouser un jeune blanc ; et pourtant, son copain William, rentré des USA a monté son entreprise au Congo et compte y vivre définitivement ; lui la veut pour épouse mais elle, le mariage n’est pas encore à l’ordre du jour. Annie exècre les noirs et les contraintes sociales dues à « la famille africaine »trop présente et ennuyeuse. Bien que la famille de William, elle vive en Occident. Les plans des deux tourtereaux ne sont-ils pas inconciliables ? Les projets d’Annie vont-ils réussir ?

Jean Philippe, le blanc rencontré au restaurant sera-t-il l’homme providentiel qui lui fera sortir des multiples stages pour avoir un travail stable ? Jean Philippe, directeur adjoint d’une compagnie de pêches (p. 157) est pourtant marié ; son épouse et sa fille vivent en France. « Le blanc-là, Jean Philippe veut une amitié, genre on ne fait rien » (p. 158). Tel est l’éclat de rire qui motive Annie quand elle entre dans un taxi qui la conduit à Tchimbamba. Gisèle, l’amie et la confidente d’Annie problématise l’intention de Jean Philippe : Une amitié sans sexe est-elle possible entre un homme et une femme ?

Le texte critique le caractère volage des hommes, leur capacité à avoir plusieurs femmes conquêtes ; non sans mettre en évidence l’hardiesse des femmes capables de draguer les hommes. Gisèle jongle les Ouestafs (Ouest-Africains) comme des ballons de foot-ball ; et en échange de son corps, son alimentation est digne des grands restaurants de Pointe Noire. Son nihilisme est voluptueux. (Célestin Monga). Faut-il accepter de sortir avec un homme pour son argent, les pagnes wax qu’il donne à sa mère ? Tel est le cas de Gisèle qui s’interroge sérieusement sur sa dignité (p. 160).

La nouvelle grandit au fur et à mesure. Elle met le lecteur dans l’expectative … Au restaurant, où elle été invitée, Annie voit entrer William accompagné ; qui est cette femme ? Elle a le courage d’aller vers son fiancé et faire les présentations ; et réciproquement, l’on constate que la dame à l’accent anglophone est un partenaire de services. L’auteure laisse le lecteur imaginer la suite ; et la nouvelle atteint son but : aider le lecteur à inventer un récit pluriel sur la base des points de suspension. La leçon : l’amitié se nourrit de confidences et elle est possible entre un homme et une femme. Cela sort un peu du sens commun. « L’amitié ! » est une véritable peinture de la réalité interrelationnelle qui est décrite avec un humour transparaissant à la lecture du texte. Il ya aussi lieu de s’interroger sur ces multiples demandeurs d’emploi qui n’ont peut être que de l’Europe un rêve, une chimère ?

François-Xavier Akono

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Initiales M… Marina parle de Manigances

Publié le par Nathasha Pemba

Je lui ai écrit un dimanche. Elle m’a répondu un Lundi. En lui écrivant un dimanche, je savais qu’elle ne me répondrait pas automatiquement. Je sais que le dimanche est un jour consacré à sa famille. Pour le savoir on n’a pas besoin de lui poser la question. Cela se ressent simplement par le respect qu’elle voue à sa famille : Ses enfants, son époux et les autres membres de sa famille. Elle est une maîtresse de maison exemplaire. Pour elle, la famille est sacrée. Dans la famille, tout a un sens. Il faut la respecter et la vénérer. Ce qu’elle a reçu de ses propres parents, elle n’hésite pas à le transmettre dans sa propre famille.

Dans la rédaction de mon questionnaire, j’ai voulu passer par « Manigances ». C’est par là que j’ai rencontré Marina. Comme personne virtuelle d’abord, ensuite comme personne réelle, parce que l’au-delà de la rencontre du virtuel, tout en restant dans le virtuel, devient toujours relation dans le réel.

Marina NekpadroBarbour est Ivoirienne, Libanaise et Française. Réalisatrice scénariste vivant en Côte d’Ivoire. Elle se définit comme une amoureuse et une passionnée de cinéma.

Dans un univers où il faut se battre pour exister comme Réalisatrice et comme femme, Marina, la maman de « Magnigances », fait figure d’exception, aux côtés d’autres grandes dames de l’univers du cinéma ivoirien.

Questions/Réponses 

Bonjour Marina… D’où t’est venue l’idée de réaliser la série « Manigances ?

Merci... Depuis la classe de 5ème, j'avais en tête l’histoire de « Manigances ». Quelques années plus tard, je me suis lancée dans l’écriture du scénario de ma série. « Manigances » est une histoire dramatique qui parle des affaires liées au cacao ivoirien. L’histoire qui s’ouvre sur une histoire d’amour, de passion, de vengeance et de pardon. Le scénario, je l’avais. Ce n’est que plus tard, après avoir suivi des cours de réalisation, que j'ai décidé de mettre en image ma série. Et cela a donné ce que vous savez.

Les acteurs ?

« La plupart des acteurs sont Ivoiriens ; certains sont métissés. On a fait deux castings pour recruter les acteurs. J’avais souhaité avoir de beaux acteurs, présentables et sans frustrations.Voilà pourquoi, après le casting, il m’arrivait, parfois d’aborder, dans la rue, des personnes qui répondaient au profil recherché. Certains acteurs sont des connaissances ou des proches. C’est le cas d’une des actrices principales qui est ma mère (Aïfa Assouad). « Manigances », c’est donc la maison, les bureaux… mais aussi la rue. Elle rompt avec le modèle classique du casting. Elle sait ainsi cristalliser les talents autour d’elle.

Quel est, selon toi, l’avenir du Cinéma en Afrique ?

Le cinéma africain a beaucoup d’avenir Parce que, aujourd'hui, on remarque que l’audience des films africains a augmenté à travers le monde. Mais en Côte d’Ivoire, comme dans la plupart des pays africains, le financement demeure le grand souci. Pour pouvoir faire un bon film qui répondra aux critères internationaux, il faut un bon financement. Mais c'est vraiment déplorable de voir qu’il n’existe aucune politique pour aider le cinéma ivoirien. Par exemple, pour faire « Manigances » j'ai dû réunir mes économies et ceux de mon époux. Cela pour vous dire à quel point nous étions passionnés et prêts à réaliser cette série avec ou sans financement.

Par ailleurs, aux rencontres internationales de cinéma auxquelles j'ai eu à participer, j'ai l’impression qu’on parle beaucoup mais que, malheureusement, l’action ne suit pas. On veut faire des grandes choses pour le cinéma certes mais si nous ne sommes pas véritablement accompagnés, nous n’y arriverons jamais.

Et ton époux, un homme discret apparemment. Il me fait penser aux hommes qui ont épousé des grandes dames de ce monde, un peu comme l’époux de Merkel ou bien Bill Clinton aujourd’hui ? J'ai regardé le film de la vie de Thatcher, j'en garde un énorme souvenir, mais surtout un amour indestructible avec son époux au-delà même de la mort. De plus en plus de femmes africaines émergent de cette manière et on a l’impression que leurs hommes s’éclipsent en leur laissant la vedette. Je pense, dans mon univers, à Émilie-Flore Faignond écrivaine, à Liss Kihindou, écrivaine, à Nadia Origo, Directrice des Éditions La Doxa, Nous savons qu’ils sont là, mais nous ne voyons que leurs épouses. Est-ce difficile d’être à l’ombre de son épouse ?

Par la grâce de Dieu j’arrive à concilier les deux vu que mon mari est lui même dans le showbiz. C'est lui le producteur de « Manigances ». C'est vrai qu'il est beaucoup effacé, mais on arrive à travailler ensemble sans problème. Il accepte le fait que je rentre très tard pendant les tournages vu que nous sommes ensemble sur le plateau de tournages. Sinon s'il n’était pas le producteur, cela aurait été très difficile et peut-être même impossible pour moi. Maintenant que ma fille a grandi, elle vient avec moi sur le plateau. Elle adore regarder comment cela se passe et me donne souvent des conseils. Je viens d’accoucher un petit garçon et quand je reprendrai les activités il sera là, lui aussi, avec moi.

Ton réalisateur de cœur ?

Quentin Tarrantino est le réalisateur qui m'inspire parce que c'est un grand innovateur. Il veut faire toujours un plus dans ses réalisations. Aller au delà de ce que les autres ont fait et ça j’apprécie beaucoup car moi aussi je veux faire au-delà de ce que les autres réalisateurs ivoiriens font.

Acteur ou actrice de cœur ?

Denzel Washington et Williams Smith. Ce sont, pour moi, des acteurs qui se surpassent dans leurs rôles. Ils se sentent à l’aise avec n’importe quel rôle. Ils ne se fixent aucune limite.

Film de cœur ?

« Gladiator » un film réalisé par Ridley Scott. C'est mon meilleur. J’adore l’histoire, les plans, les décors et la mise en scène.

Chansons de cœur ?

J’adore les chansons d’Adèle.

Quelques confidences.

Féminisme :

Marina ne se considère vraiment pas comme une féministe. Elle estime que si l’homme et la femme sont égaux, ils le sont dans la différence et non dans l’identité. L’égalité demeure au niveau ontologique certes, mais ce n’est pas possible de réclamer la même chose et de vouloir la même chose. Ainsi pour elle, chacun a un rôle à jouer dans la société et dans la famille. D’ailleurs au niveau de l’anatomie, les différences sont palpables. C’est pourquoi le militantisme féministe tel qu’il se présente aujourd’hui n’est pas à son goût. Ignorer les différences, c’est créer le chaos perpétuel dans la vie d’une personne. C’est le fait de nier les différences qui crée en fait des problèmes de fondamentalisme, même dans une relation de couple.

« Une femme doit être une Aide physique, morale et spirituelle pour son homme. L’homme en retour doit l’aimer, la protéger et la chérir. Chacun a sa place », dit elle.

Dieu ?

Elle croit en Lui. Elle lui confie son activité. C’est cette reconnaissance dans la grandeur de Dieu qui lui permet d’avancer et de se sentir, avec ses collaborateurs, comme dans une grande famille. Femme travailleuse, mais aussi mère et modèle. Fervente chrétienne, sans radicalisme religieux dans son approche, elle sait faire attention aux signes du temps et suivre son intuition.

Nathasha & Farah

Publié dans Femmes Inspirantes

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L'improbable fraternité. Nouvelle.

Publié le par Nathasha Pemba

Nous nous tenons toutes les deux sur la rampe de l’escalator quand nous descendons. Devant le vendeur des glaces sur la place Laurier, se tient un homme. Il nous guette. Il pose sa main sur son front comme pour se protéger du soleil. Son autre main tient un sac en plastique. Il a un sac posé sur le dos. Il nous regarde. Il ne fait pas chaud. Il n’y a pas de soleil que les filtres de la toiture ne laissent nous envahir. Il fait bon vivre ici. On se croirait dans une autre ville. Je me dis qu’il utilise simultanément sa main et son front pour nous identifier. Personnellement, je ne le connais pas. Je ne l’ai jamais vu. Je suis arrivée il y a une semaine ici. À Québec. J’ai dormi sept jours d’affilée. Pour me remettre du décalage horaire. Enfin je n’ai pas dormi, dirais-je. J’ai vécu entre mon lit, les toilettes et la salle de bain durant sept jours. Et la salle à manger aussi.

Lorsque nous sommes devant lui, il s’approche de nous. Il approche son visage de celui de Lénaelle. Probablement pour l’embrasser. C’est curieux ! Il a la physionomie des gens qui aiment les bisous. Dans le quartier où j’ai grandi, il y en avait un comme cela. Pendant longtemps nous l’avions surnommé « tonton Bisard ». À son insu bien sûr. Je connais ce genre de personnes et je refuse de me laisser embrasser gratuitement comme ça. Je sors rapidement ma main de la poche de ma veste. Et j’attends qu’il finisse avec Lénaelle. Si c’est son ami, je ne veux pas lui donner de mauvaises habitudes. Je ne pense pas que ce soit son petit-ami. Il est trop âgé

Quand il s’est approché de moi, je lui ai rapidement tendu la main. Probablement gêné, il n’a pas hésité à me dire :

-Y a-t-il des jeunes et jolies dames qui n’aiment pas les bisous ici ?

Je n’ai pas répondu. Vilaine blague. Relou et chelou. J’ai imposé la main. Il l’a prise dans ses mains. A voulu la porter vers sa bouche pour me faire un baisemain comme à l’époque de Louis XIV. J’ai retiré ma main. Et là, faussement outrée, je lui ai dit que la salutation viendrait la prochaine fois.

-Pas mal, dit-il en souriant.

Je m’éloigne d’eux. Je vais m’asseoir chez le vendeur des glaces. Lénaelle me fusille du regard. Elle me connaît un peu. Elle sait que je ne suis pas facile.

Ce matin Lénaelle a entrepris de me faire visiter les lieux des shoppings à coût pas très élevés. Nous sommes assez chargées. Manteaux doudounes, bottes, écharpes, pull, jeans, collant. Il faut se préparer pour l’hiver à venir. Le bon monsieur n’a pas pris la peine de nous proposer son aide. Pourtant il nous a imposé sa présence. Je suis assise. Je commande une glace chocolat menthe. Je vois qu’ils discutent. Vu la mine gaie de mon amie, je me dis qu’ils doivent bien se connaître. Elle gesticule. Elle rit. Elle sort des « Ooooh » et des « Aaaah ». Sa bouche change de forme à tout moment.

Il est en bleu blanc rouge. Il tient désormais son sac à dos à la main. Le frappe légèrement sur son genou droit. Un signe de timidité, disait ma mère. Quand tu vois un homme multiplier des gestes incompréhensibles et sans intérêt, cela signifie qu’il a peur de rater son coup. Qu’il est timide. Un homme trop gentil. Non.

Environ une heure plus tard, mon amie vient me rejoindre.

-C’est qui cet homme ?

Elle éclate de rire. Elle me paraît comme transportée dans un autre monde. Emportée par une exultation surnaturelle. Je ne comprends rien. Je n’ai rien vu venir. Bon je sais que cela ne peut être son ami. Ce n’est pas son genre, sauf si en quittant le pays, elle a changé de genre. Devant mon regard étonné, elle est prise d’un fou rire dont les enjeux dépassent vraisemblablement mon entendement. J’attends qu’elle se calme. Il a fallu encore vingt minutes. Elle a des larmes aux yeux. Des larmes de fou rire bien sûr. Elle se calme. Je fournis un effort pour ne pas paraître comme une idiote devant elle. La connaissant, elle peut encore éclater de rire. C’est comme si je savais. En moins d’une minute, elle sursaute. Elle crie : « les toilettes !!! ». Je regarde autour de nous. Les gens passent. Repassent. Et passent encore. Dans cette foulée humaine, chacun est visible, mais anonyme. Elle a empoigné ma jupe avec sa main les jambes jointes.

-S’il te plaît, je vais faire dans mes vêtements Je n’en peux plus. Les toilettes !!!!

Je ne réponds pas. Je prends ses affaires et je la laisse partir.

En sortant des toilettes, je fais attention à ne pas la faire rire, parce que je veux qu’elle me parle de cet homme.

-C’est un Africain. Je suppose.

-Ça se voit que c’est un Africain, dis donc !

-Non. Mademoiselle, je suis désolée. Tous les Noirs ne sont pas des Africains.

-Ok. Tu as raison.

-Parle-moi de lui.

-Un vieux avec qui j’aime discuter. À chaque fois qu’il me voit, il vient toujours me demander mon CV.

-Ah ! Mais j’ai de la chance, alors ! Il pourra me trouver du travail. Sauf s’il est un tyran des bisous.

-Cela m’étonnerait parce que je ne pense pas qu’il travaille lui-même.

Nous éclatons de rire. Cette fois-ci nous prenons la peine de ne pas trop rire.

-C’est quoi son nom ?

-Je n’en sais rien.

Désormais j’ai un appartement. C’est rassurant et cela est le signe de mon indépendance. J’ai passé un mois chez Lénaelle. Elle travaille dans une grande boîte ici. Elle gagne très bien sa vie. Sa maison est composée de quatre chambres, deux salles de bain. Résidence sécurisée. Elle vit seule. Je suis partie de chez elle parce qu’elle a refusé que je participe aux charges et au loyer. Je suis partie un matin. Elle était au boulot. Le soir, en rentrant, elle m’a téléphoné en riant.

-Rien ne m’étonne en fait. Chaque soir, en rentrant, j’avais peur de ne pas te trouver.

Rien n’a changé. Elle vient chez moi tous les week-ends. Elle ne repart que le lundi matin. Et moi aussi je le fais souvent. D'ailleurs j'ai toujours une clé de sa maison. Mais au moins nous sommes chacune chez elle. Lorsque je lui parle de la juste distance, elle dit que j’exagère. Qu’elle ne me mettrait jamais dehors. Je ris dans mon cœur. Je sais qu'elle ne peut pas me mettre dehors. En réalité, le problème n’est pas de mettre quelqu’un dehors, mais de le mettre mal à l’aise en l’hébergeant. J’ai vu des gens héberger gentiment des gens et leur répéter tous les jours « le courant coûte cher. Éteins toujours » ou encore « l’eau coûte cher ». Des choses comme ça. Ce qui n’est pas du tout faux d’ailleurs. La vie coûte cher par ici. Mais ce n’est vraiment pas ce que j’ai envie d’entendre tous les jours. Alors, je préfère rester chez moi. Dormir jusqu’à midi. Et aller voir les gens. La juste distance.

Plusieurs semaines se sont écoulées. Je suis à l’épicerie. J’attends mon tour pour payer. J’entends une voix masculine.

-Ça va ?

Je me retourne. C’est le Monsieur aux bisous. Il approche son visage. Certainement pour plaquer sur l’une de mes joues, l’un de ses bisous dont il est désormais l’incarnation. Je me retourne très vite. J’ai décidé de l’ignorer. Je me demande pourquoi il n’embrasse pas les autres filles qui sont autour de nous. Je franchis la caisse. Je passe vite. J’ouvre la porte. Il est devant moi.

-As-tu un CV ?

Je ne réponds pas. Je continue. Il a compris qu’il ne doit pas insister.

Quelques mois plus tard… On se retrouve un jour dans un centre d’achat. Je suis avec une camarade de classe. On l’aperçoit. Il vient vers nous. Il sourit. Puis il se ravise. Je demande à ma camarade si elle le connaît. Elle m’explique qu’en fait, le type adore les personnes de sexe féminin. Ce qui ne m’étonne pas.

-Bah. C’est un dragueur.

-Ah bon ! Il veut…

-Oui.

Il a rasé les murs. Il a disparu.

Nous éclatons de rire. Je me dis que le CV est peut-être sa méthode d’aborder les filles. Ah ! Quelle histoire. Le type doit certainement se dire que toutes les femmes noires dans ce pays sont à la recherche d’un travail. Je souris. Je me demande combien de CV il doit conserver chez lui. Quand je pense qu’il doit être le père de quelqu’un quelque part dans l’univers !

Cela fait déjà plus d’une année que je vais travailler dans un musée. Ce soir en rentrant, je suis fatiguée. J’ai travaillé toute la journée. J’ai envie de me projeter dans les feux de signalisation pour qu’ils restent éternellement au vert du côté des piétons. Tout me paraît lent et long. Je n’ai pas envie de réfléchir. J’observe dans le vide l’inédit de cette soirée. Tout le monde est pressé. Un moment d’attention. J’aperçois un homme. Vêtu de bleu blanc rouge, un sachet en main. Je me dis que je vais l’ignorer. Je suis fatiguée. Pourtant dans mon éreintement, j’ai envie de réfléchir sur ce frère improbable qui court sur tout ce qui est Féminin et Noire. Je ne le définirais pas comme un panafricaniste. Non. C’est trop réducteur. Il est plus que cela. Toute personne à la peau noire l’attire. Je me suis toujours posée la question de savoir pourquoi ? Je n’ai jamais obtenu de réponse. Sauf dans mon imagination. Est-il un homme en profonde solitude ? La solitude tue. Nous l’ignorons souvent dans ce monde où nous avons choisi de courir même en dormant. Il y a des gens qui ne vivent que par leur travail. En dehors, c’est la catastrophe. Peut-être que faute de pleurer, l’improbable frère est obligé de forcer la fraternité. Il y a beaucoup d’hommes ici qui ont été mis dehors par leurs ex, traqués par la justice, ils vivent désormais dans la rue. La confiance leur a été volée. À travers l’idée du CV. Je ne vois pas comment cet homme qui pourrait avoir plus de 60 ans peut rechercher quelque chose qu’on a peur de nommer fraternité. Il le fait si mal que tout le monde le fuit. Personnellement il m’ennuie, mais j’ai envie de me dire que c’est une personne à aider. Peut-être prendre une journée entière et l’écouter. On ne peut pas s’accrocher ainsi à quelque chose qui ne fonctionne pas. Que se passe-t-il ? Bon j’arrête de faire la psy.

Le feu pour les pétons passe au vert. Je traverse. Je tombe juste devant lui. Obligée de le confronter. Il s’approche. Je lui dis en l’engueulant :

-Vous devez arrêter avec vos bisous. C’est du harcèlement !

Il se sent intimidé. Il reste dans son coin. Je suis un peu triste. Mais c’est une technique que j’utilise pour calmer les gens et leur faire prendre conscience qu’il y a des attitudes qui ne sont pas normales avec tout le monde. On ne force rien dans les sentiments. Le bus arrive. J’entre la première. Je m’assois. Il entre. Il vient s’asseoir juste à mes côtés. Il se tourne vers moi. Je range mes écouteurs dans le sac. Ça y est ! Je vais l’écouter. Je veux savoir ce qu’il attend de moi.

-Je suis Béninois !

Je suis étonnée. Je suis Béninoise aussi. Mais je ne le lui dis pas.

-Tu es Africaine ?

J’ai envie de rire. Mais je me retiens. Pour la première fois, il ne me parle pas de CV.

-Non. Je suis Haïtienne.

-Ok. Ce n’est pas grave. Nous sommes tous frères. Vous avez un beau sourire.

-Merci.

Puisqu’il est assis à mes côtés, je décide de l’observer à son insu. Il porte un pantalon Jeans bleu. Une chemise à carreaux, bleu blanc rouge. Feutre bleu sur le crâne. La monture de ses lunettes seule est différente. Elle est mauve. Il s’est mis à regarder droit devant lui. J’ai fermé les yeux. En les rouvrant, il n’était plus là. J’avais oublié que le frère improbable accostait toute fille africaine qu’il rencontrait sur son chemin. En me retournant, j’ai vu qu’il était assis à côté d’une fille noire. Il fait en sorte que la fille ne lui pose aucune question sur moi. Il m’ignore. Je réfléchis sur lui en me disant qu’il doit avoir un problème. Je veux l’inviter. Je ne sais pas où il va, mais je vais le faire. C’est inquiétant qu’un homme accoste ainsi les femmes.

Quelques arrêts de plus. La fille avec qui il discutait descend. Une autre fille noire monte. Il se déplace vers elle. Je sens que je vais avoir du fil à retordre si je dois discuter avec lui un jour. Peut-être que je précipite trop les choses. Je ferme les yeux. Je suis fatiguée.

Une station avant la mienne, je le vois descendre avec la fille noire. Je les vois partir. Impuissante. Je n’ai pas eu le courage de lui proposer mon aide. Il va probablement chercher le CV de cette fille. Le bus s’éloigne.

Nathasha Pemba

Publié dans Nouvelles du mois.

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Hier j'ai eu une petite pensée pour le modèle d'intégration français. Je

Publié le par Nathasha Pemba

Hier j'ai eu une petite pensée pour le modèle d'intégration français. Je suis devenue accro à deux boulangeries québécoises. Pour deux choses: ils font du bon pain et de bons croissants. Seulement, je me suis rendue compte que depuis que j'y vais, je n'ai jamais rencontré de Noirs. Je me suis dit que, probablement un Noir se posait la même question que moi s'il venait aux heures où je n'étais pas là. Et puis, ce n'est pas tous les jours que j'y vais. Hier, j'y ai fait un tour. Je n'avais pas prévu de lunch pour midi, il m'en fallait un. Je me suis rendue compte que presque tout le personnel me souriait. L'habitude certainement. Et la vendeuse. Lorsque j'ai fait ma commande, elle s'est rendue compte que je m'étais trompée. Elle m'a rappelé ce que j'ai pris la dernière fois. J'ai souri.

Et puis je lui ai demandé:

-De quel coin de France venez-vous?

-Je suis Alsacienne?

Je pensais que vous étiez de Limoges.

-Non.

Elle a souri. Le premier jour, j'avais su, par son accent, qu'elle était Française. Je suis allée m'asseoir sur une immense table vide. Je me suis assise au bout pour voir les gens rentrer. Et je voyais tout le monde. Chacun concentré sur son menu, ses amis, un journal… Bref. Pas de regard soupçonneux. Rien. L'ambiance était belle quoi. Mais la fréquentation d'une certaine catégorie de personnes dans ce genre de lieu m'a fait penser que le modèle du multiculturalisme pouvait aussi générer le communautarisme. Bref, on se tolère, on est côte à côte, mais toujours étranger. Les Jaunes vont chez les Jaunes, les Bleus chez les Bleus, les Noirs chez les Noirs et les Blancs chez les Blancs. Puis j'ai pensé que le modèle d'intégration français n'était pas si mal que ça finalement… Peut-être qu'il faut davantage l'expliquer en la séparant de l'idée d'assimilation… Le modèle est malade ou en crise. Doit-on pour autant l'abandonner ? Si on abandonnait tous nos malades, que deviendrait le monde. Intégration et acceptation des différences sont-elles vraiment incompatibles ?

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