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En huit nouvelles, Nathasha met en scène une dimension du Vivre ensemble aussi actuelle que contextuelle...

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

En huit nouvelles, Nathasha met en scène une dimension du Vivre ensemble aussi actuelle que contextuelle…La polygamie dans tous ses états

En huit nouvelles, Nathasha met en scène une dimension du Vivre ensemble aussi actuelle que contextuelle...

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"Ma Mère se cachait pour pleurer" de Peter Stephen ASSAGHLE

Publié le par Pénélope Mavoungou

Ma mère se cachait pour pleurer est un titre qui fait penser, de prime abord, à une souffrance que le "mâle père" infligerait à la "femelle mère". C’est du moins l’imagination qui s’est imposée à mon esprit à chaque fois que j’apercevais ce titre sur les réseaux sociaux. Heureusement que j’ai pris le temps de lire le roman de Peter Stephen ASSAGHLE.

L’auteur, un homme à plusieurs casquettes : Étudiant en droit, chanteur-musicien, poète et romancier. Si cette œuvre n’est pas son premier livre, elle est néanmoins son premier roman. La casquette que j’ajoute à celles précitées est la jeunesse. Pourquoi la jeunesse ? Parce que ce texte tout en renvoyant une maturité intellectuelle et culturelle, laisse entrevoir une certaine manière d’être jeune. Ce qui ne laisse pas son lecteur indifférent.

Dès les premières lignes j’ai su que j’allais m’éclater dans ce voyage avec « Ma mère se cachait pour pleurer ». Comme tout bon lecteur, j’ai essayé de repérer des points qui me semblaient incontournables dans la compréhension de ce texte : La liberté de l’auteur : Stephen est un auteur libre, parce qu’on n’est pas sans ignorer que le sujet du sexe est encore un sujet tabou dans notre culture africaine. Certains s’y hasardent mais ils sont peu nombreux. Calixthe Beyala dans « Femmes nues femmes noires »…et bien sûr « Volcaniques », le tout dernier recueil de textes dirigé par Léonora Miano. Cette liberté disons « Assaghleienne » se caractérise aussi par une description très particulière qu’il nous arrive souvent de retrouver dans la lecture des romans à l’eau de rose comme Harlequin où Cupidon, là où l’auteur décrit de manière très profonde le déroulement des ébats sexuels et décrit très précisément certaines scènes.

 

 Toutes les maisons de la cité étaient entièrement plongées dans la nuit. Sur la pointe des pieds, je sortis de la mienne pour la rejoindre chez elle. Ses parents étaient absents. Quand j’arrivai, elle m’accueillit devant la porte. Animé par des envies bestiales, j’imaginais déjà ma bouche dans ses seins que son pagne ne cachait qu’à moitié. Je me voyais aller les cueillir en haut de la merveille sur laquelle ils étaient fraichement perchés. D’un geste de la main, elle me fit signe de ne pas faire de bruit, ses petits frères dormaient dans la pièce à côté. Elle me prit par la main, comme une mère tient son gosse dans un supermarché, et m’emmena dans sa chambre. Sous la lumière, elle fit tomber son pagne et dévoila sa nudité comme pour me dire : « vas-y régale-toi ! ». Je la regardai avec les yeux d’un gamin venant de se soir offrir le cadeau pour lequel, chaque soir il disait une prière. Qu’elle était splendide ! Elle l’était encore plus que dans la plus belle de mes espérances. Chacune de ses courbes semblaient chanter l’Afrique, dont les plus beaux paysages paraissaient avoir été dessinés sur elle. Tout son corps était à moi. Je pouvais en disposer à mon gré

 

 À côté de cette liberté de l’auteur, je soulignerai aussi ses nombreuses expressions gabonaises qui marquent l’authenticité dans l’emploi des expressions dans une culture donnée. Je parle ici de la culture gabonaise…pour ne pas dire africaine afin de ne pas tomber dans ce que j’appelle « le globalisme africain » où pour faire court, certaines personnes ont pris l’habitude de considérer l’Afrique comme un pays : « de femme à femme »-« Ça n’a aucune espèce de sens »-« queue »-« trou de cette prostituée »-« kongossa »-« un courage surhumain doit certainement t’habiter »… Et bien d’autres.

On retrouve aussi dans ce roman certaines réalités africaines comme l’attitude du père de Fam : un père africain qui bien que désappointé, par l'acte commis par son fils, est heureux de savoir que son fils a goûté au fruit défendu signe de sa masculinité. Ce père qui reconnaît tout de même que chacun peut commettre ce genre d’erreurs et quelques fois même pire (p. 22-23). Un père responsable qui va même jusqu’à dire :

 

Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il en sera, mais si ça se confirme, si Rita le confirme, il faudra que tu l’assumes. Mais par dessus-tout je t’interdis de te laisser déconcentrer dans tes études : je te l’interdis formellement ! On va se démerder comme on pourra mais concentre toi sur l’essentiel

 

Stephen décrit également des réalités sociales qui conduisent au délitement du lien social: l’irresponsabilité, la stigmatisation, la maltraitance devenue quasi naturelle lorsqu’on est orphelin, l’infidélité des parents que les enfants ont souvent du mal à comprendre, la dépravation des mœurs où par exemple, comme le démontre le narrateur, on a affaire à un professeur qui harcèle ses étudiantes pour qu’elles couchent avec lui. Tel est par exemple le cas de Monsieur Biyo ( le père de Rita)à la page 41, alors que lui-même est capable de terrasser sa fille en coups de poing. Comme quoi ou comme on dit si souvent : « le voleur n’aime jamais être volé ». Il y a aussi la morale : dans ce monde qui tend à la relativisation de la morale, on retrouve encore des personnes qui portent une certaine éthique comme cette fille de la page 42 « Malgré ses redoublements répétés, elle refusa de coucher avec le directeur de l’école ». C’est peut-être finalement au dernier chapitre qu’on retrouve le sens du titre : « Ma mère se cachait pour pleurer ».

 

En conclusion, je dirai que le livre de Stephen parle de la vie en général, mais surtout d’une merveilleuse histoire d’amour entre le narrateur (Fam) et Rita. Amour que l’on ressent tout le long de la rédaction, et plus particulièrement lorsque celle-ci en plus de lui avoir donné son corps lui a ouvert son cœur en lui parlant du plus grand conflit intérieur qu’elle connaît depuis que son géniteur avait commencé à bafouer sa dignité d’être humain féminin, en la violant. Mais il y a aussi la douleur que peuvent ressentir ceux et celles qui ne se sentent pas aimé et qui refoulent cette douleur de plusieurs façons : la mère de Fam qui a détourné le copain de sa soeur cadette continuera-t-elle à souffrir et à se cacher pour pleurer ?

 

La leçon ? Que ce soit en famille, en Amour, au travail ou à l’école…disons dans tout type de relation où l'humanité est appelée à se déployer, « les barrières les plus redoutables, sont celles que l’on a soi-même construites autour de nous » p. 178. Cet extrait, dans une dimension tout à fait exceptionnelle, me fait penser au poème de William Ernest Henley que Mandela n’a cessé de réciter tous les jours de sa vie, notamment lors de son séjour à Robben Island :

 

Dans la nuit qui m’environne, Dans les ténèbres qui m’enserrent, Je loue les dieux qui me donnent Une âme à la fois noble et fière. Prisonnier de ma situation, Je ne veux pas me rebeller, Meurtri par les tribulations, Je suis debout, bien que blessé. En ce lieu d’opprobre et de pleurs, Je ne vois qu’horreur et ombres Les années s’annoncent sombres Mais je ne connaitrai pas la peur. Aussi étroit que soit le chemin, Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme : Je suis maître de mon destin ; Et capitaine de mon âme. (Invictus, 1875)

 

 

Nathasha Pemba

 

Je vous le conseille: Peter Stephen ASSAGHLE, Ma mère se cachait pour pleurer, Éditions La Doxa, coll. "La Librevilloisse", 2014. 10 euros (6500 cfa).

 

 

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Polygamiques: Retour de lecture de Sidy Tounkara - À la découverte de "Polygamiques"

Publié le par Pénélope MAVOUNGOU

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