Vhan Olsen Dombo : Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance

Publié le par Juvénale Obili

Terre. Mère. Art. Liberté.

Performance. Rap. Slam. Poésie. Cinéma.

Exil. Identité. Choix. Afrique.

Je. Tu. Il. Nous.

Tels sont les mots que l'on retrouve dans le discours de Ya Vé, artiste congolais.

Juvénale Obili l'a rencontré.

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Bonjour Vhan, comment vas-tu ?

Bonjour ! Je vais bien. Merci.

Nos lecteurs aimeraient savoir qui est Vhan Olsen Dombo ?

Vhan Olsen Dombo est un Artiste-Rappeur-Slameur-Auteur-Comédien-Metteur en scène et Performeur congolais, exilé au Cameroun depuis deux ans.

Pourquoi Ya Vé comme nom d'artiste ?

Parce que le nom de la terre est sacré et étant coupé du temps. Par la falsification de l’histoire et de la désorientation du souffle identitaire, J’ai dû entreprendre la fabrication de l’être et de l’Artiste comme une réponse au temps. Ya Vé c’est le côté maniaque et contradictoire de Vhan Olsen Dombo.  Dans Ya Vé, il y a le diminutif de Yaya (Aîné ou Grand) et Vé qui veut dire en langue « Non » ! Ya Vé c’est un grand « Non », celui qui sait dire « Non » ! Ya Vé comme nom d’Artiste parce qu’il y a un moyen de rectifier ce qui avait été décidé avant que je vienne au monde.

Tu portes plusieurs vestes... Quel est finalement ton domaine précis, comme artiste ?

Un domaine précis… Je n’en ai vraiment pas ! C’est le même souffle artistique qui, tantôt, s’appelle Rap ou Slam, tantôt, du Théâtre, de la Performance ! Moi, je m’exprime et les autres catégorisent. Tout se confond dans ma tête. Si l’on bouleverse les règles de reconnaissance de tel genre artistique, brassant tout dans un même pot, l’on trouvera un nom pour le classifier dans une case. On dira « Genre inclassable » ! Dire « genre inclassable » c’est classer et catégoriser ! L’on se sent souvent en danger quand l’on n’a aucun nom à ce qui se présente à notre conscience humaine. L’humain se croit au dessus de tout. Une épreuve qui échappe à la conscience identitaire, est soit, de la sorcellerie ou la folie. Comme si la sorcellerie était le summum du miracle africain. Après l’on se place dans un regard occidental et judéo-chrétien de l’ancien colonisé pour cracher sur la sorcellerie, alors que ça fait partie de mon quotidien. Donc, mon domaine précis c’est la sorcellerie artistique !

La performance… qu’est ce ?

La performance c’est l’enfant terrible de l’Art qui va à contre-courant des règles prédisposées. Les définitions quasi-formelles en sont légion. L’Art Performance n’est admis dans aucun conformisme artistique, donc, répéter la définition des autres, c’est valider son contraire. Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance. Chaque Performance est une redéfinition de l’instant. Redéfinir. Du Japon en Allemagne jusqu’en Afrique du Sud, et enfin au Congo, la Performance a une autre définition. Et ça se définit et se dessine au moment de l’action. De ma démarche artistique, l’Art de la Performance c’est l’humanisation du suprême et la déification du gris-gris africain, à travers des actes sur un espace du mentir-vrai.

Trouve-t-on tes œuvres sur le marché?

Au marché, l’on trouve des commerçants et de la marchandise. Rires. J’aurais aimé que l’on trouve mes œuvres au marché Total au Congo ou Marché Mokolo au Cameroun mais je n’ai pas encore trouvé de tables. Donc, il n’y a que la scène pour trouver mes œuvres ou l’espace public.

Les moments qui ont marqué ton parcours d'artiste : Quelques  souvenirs ?

Les moments qui ont marqué mon parcours… Je suis marqué tout le temps. Des bons et des mauvais souvenirs. Ce qui m’a marqué, c’est l’exil. Être séparé de la terre et de la mère. Et entreprendre un travail de vagues réminiscences pour chanter, gueuler, écrire et jouer le pays. Puis, être confronté aux problèmes des camerounais avec un mal fou du pays. Je dirais précisément l’année 2010 avec la rencontre de Marc Antoine Vumilia, un Auteur et metteur en scène de la RDC, ayant échappé à une condamnation à perpétuité et qui a saisi l’Art comme une bouée de sauvetage. Je l’ai vu se battre dans son exil. Cinq ans plus tard, j’échappe aux griffes de la dictature pour saisir l’Art et l’écriture comme une dernière chance à la vie. Se souvenir ! Les beaux moments, c’est que depuis 2011, au Congo-Brazzaville, chaque année jusqu’à ce que je m’exile, j’ai reçu des différentes récompenses autant dans l’Art que dans le sport. J’en garde des beaux souvenirs. Et ce qui me rappelle qu’il faut encore pousser plus loin.

Comme acteur, tu apparais dans ''Entre le marteau et l'enclume'' du réalisateur Glad Amog Lemra... Que penses-tu du cinéma congolais ?

Le Cinéma congolais est entrain de renaître de ces cendres. Il y a un moment, l’on a cru que le Cinéma congolais se limitait aux sketches diffusés à longueur de journée sur les chaines nationales. Non… le Cinéma est une science qui répond à un certain nombre de critères techniques. Ce n’est pas parce qu’il y a l’adjectif « congolais » qu’il faut faire le con sur TéléCongo et dire que c’est le Cinéma. Le Cinéma congolais a plus d’une cinquantaine d’années. Heureusement qu’il y a des réalisateurs, scénaristes et cinéastes qui mettent le Congo sur un piédestal cinématographique international. Et ceux-là, œuvrent dans l’indifférence des pouvoirs publics depuis des décennies. Avec des maigres budgets, ils rivalisent par la qualité et la pertinence avec des pays où l’Etat a fait du Cinéma, une affaire personnelle. C’est un travail monstre. Et lorsqu’on parle du Congo au Burkina Faso, tu auras le trésor public qui va saigner parce qu’un ministre de la culture s’est souvenue qu’il y avait des cinéastes au Congo-Brazzaville. Du Cinéma, je n’en ai pas assez joué mais l’on me retrouve dans un court métrage « Bad Apples » de Ori Uchi Kayser et un long métrage « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra… C’est des noms de cinéastes comme Amog Lemra, Ori Uchi Kayser, Rufin Mbou, Liesbeth Mabiala que le nom « Cinéma congolais » se chuchote dans les grands rendez-vous du Cinéma. C’est des putains de samouraïs !

Comment décris-tu ta plume et quelles sont tes sources d'inspiration ?

Parlant d’écriture, ma plume c’est du souffle de marathonien. En toute humilité. J’écris tous les jours. Toutes les nuits, je lis. Parce que l’on ne peut devenir écrivain si l’on n’a jamais été lecteur. Sinon, c’est de l’imposture. C’est un relais qui n’admet pas de juste milieu. Je n’ai pas encore de roman publié. Je l’espère très bientôt. Puisque j’en ai dans mes tiroirs. Mais depuis un moment, je publie mes textes sur les réseaux sociaux dans un style qui m’est propre. Et depuis un moment, un nombre d’amis m’envoient leurs textes pour des retours et conseils mais j’y reconnais mon style. Alors, je les invite à découvrir d’autres écrivains, mieux inspiré que moi et bien expérimenté. Ce n’est qu’en faisant le tour du monde des livres qu’on trouve sa propre voie. Ce qui m’inspire, c’est tout ce qu’on peut voir, lire, écouter, sentir et toucher. Des noms d’auteur, il y a Sony Laboutansi, Kossi Efoui, Laurent Gaudé, Alain Mabanckou, Fatou Diome, Guy-Alexandre Sounda…

Tu es membre ou tu as été du mouvement citoyen Ras-le-bol... Qu'est-ce que c'est? Te décris-tu comme un artiste engagé, révolté ou résistant?

Se définir comme un Artiste engagé ou révolté, cette étiquette est un euphémisme pour le Congolais que je suis… Nous avons créé le Mouvement citoyen Ras-le-bol dont j’ai assuré la coordination avant l’exil, c’était parce qu’aucun politique ne voulait prendre ses responsabilités alors que le pays plongeait dans un tournant décisif de son histoire. Mais cela ne suffit pas pour faire  de moi, un Artiste dégagé ou engagé. Etre Artiste engagé, c’est du business maintenant. C’est un truc de politique, ça ! D’abord, on s’illustre dans l’opposition et porte les costards d’opposant, puis, l’on finit dans le troisième rang d’un système qu’on a toujours combattu. Pareil pour les artistes ! On brandit des pancartes révolutionnaires dans les spectacles pour passer à la caisse ensuite. Le père Noël n’a pas de salaire. Et moi, je ne suis pas Père Noël. Je suis un Artiste avec ses faiblesses et ses inquiétudes. Un jour, je bois. Un jour, je déconne. Un jour, j’écris. Un jour, je ris ! Un jour, je pleure. Je suis un Artiste, pas plus qu’un autre. Je laisse ces étiquettes de merde aux artistes de service !

Des perspectives ?

Des perspectives !!! Mon Album de Slam « Enfant d’Afrique » arrive dans un mois au Congo-Brazzaville. Une manière pour moi de faire sentir ma présence auprès de ceux et celles à qui je manque. Je prépare un troisième album. Un album de rap ! Les miens l’attendent impatiemment. Un spectacle de Théâtre à jouer dans quelques mois en Afrique de l’Ouest. Une Performance à faire dans un mois à Yaoundé. Deux livres à sortir avant la fin de l’année. Un rôle principal à jouer dans un film à Yaoundé dans une semaine. Et un recueil de poésie à boucler aujourd’hui.

Un mot à la jeunesse congolaise…

Nous sommes des milliers à l’extérieur du pays. Nous attendons de la jeunesse qu’elle s’impose et impose le respect de l’humain sur toute l’étendue du territoire comme l’ont fait ceux grâce à qui, nous sommes à quelques pas de l’affranchissement… Ainsi, le retour au pays de tous les Artistes, intellectuels, scientifiques, politiques, activistes congolais à l’extérieur ne sera déterminé que par la soif de liberté de cette jeunesse. Quand un orteil te démange, on l’arrache. Loin du pays, nous réfléchissons autrement que nos compatriotes, donc, ne partageons pas les mêmes reflexes pour imposer ce qu’elle doit être et faire. A la jeunesse congolaise sur le terrain de déterminer s’il va falloir qu’une stèle soit posée sur le Congo ou s’il faut que l’on brandisse son drapeau tricolore à jamais : Choisir !    

Propos recueillis par Juvénale Obili

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