Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur: Noël Kodia-Ramata

Publié le par Juvénale Obili

Contenant 200 pages et publié en août 2010 par les éditions Edilivre, « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » est un roman de Noël Kodia-Ramata, essayiste, romancier, poète et critique littéraire. 

 

Congolais de Brazzaville et Docteur en littérature française de l'Université de Paris IV Sorbonne, Kodia-Ramata a enseigné les littératures congolaise et française à l'école normale supérieure ( E.N.S ) de l'Université Marien Ngouabi. On lui doit également le premier dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le genre romanesque.

 

De quoi parle « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » ?

 

L'histoire se passe dans un pays nommé la Katamalaisie. Il y règne un climat politique d'après les indépendances. On retrouve deux protagonistes : Claude Alain (journaliste blanc) et Galiana (journaliste katamalaisienne). Le premier travaille à RFI et est venu en Katamalaisie pour réaliser un reportage sur les enfants de la rue. La deuxième travaille à l'ORTK (office de radiodiffusion télévision katamalaisienne) où elle est la plus brillante.

 

Le séjour du journaliste blanc fait les pages de ce livre.

 

Le roman présente une société influencée par une politique qui la plonge dans le gouffre du désespoir et de la sottise après les événements politiques dont les stigmates sont encore bien pointus : la dégradation de la mentalité des habitants qui subissent le chômage, la crise économique, et bien d'autres soucis rendant ainsi leur vie difficile au quotidien.

 

La Katamalaisie est au coeur de l'Afrique centrale. Il jouxte le Congo-Zaïre et le Congo-Brazzaville. L'arrivé du journaliste blanc à Tourneville (capitale de la Katamalaisie) tombe sur l'événement du coup d'État raté, organisé par le capitaine Moléki Nzéla, contre le pouvoir du guide suprême, le président Koudia Koubanza. Aidé par Galiana qui a été son guide dans la ville, il comprend toute l'histoire politique de ce pays qui l'a marqué. Par l'occasion, il obtient une interview du président dans le palais présidentiel qu'il découvre pour la première fois.

 

La thématique développée dans le roman incarne l'histoire politique d'un pays, l'image alarmante de sa société et la mentalité dont fait preuve son peuple à travers la mauvaise gestion des biens publics et l'incivisme particulièrement. Ce roman évoque la soif du pouvoir pendant la période de l'Afrique post-coloniale. Il rejoint, de fait, les questions développées dans  « Le Pleurer-Rire » d’Henri Lopes.

 

Kodia-Ramata a une plume intéressante qui donne le goût de la lecture. La personnification revient à maintes reprises dans le roman. Sont mentionnés expressément : le sobriquet Papa Wemba, «Le manguier, le fleuve et la souris», le marché de Plateaux des 15 ans, les quartiers Mafouta et Kombo etc... afin de nous situer l'histoire dans un pays que nous pourrions bien imaginer.

 

Outre la trame principale du roman, on y rencontre divers thèmes : promotion de l'Afrique et ses valeurs; amitié ou amour entre deux amis: homme et femme; le phénomène d'enfants de la rue et sorciers; la vie des orphelins; religion ancestrale de l'Afrique et l'arrivée des blancs; l'unité nationale [reflétée par ce personnage apparent: Denis Ondongo (un nom réputé du Nord) Malonga (réputé du Sud)]; entre talent et rêve d'un petit enfant...

 

Personnellement, la lecture de ce roman m'a fait penser à un grand Lissapo [ conte] qui a regroupé plusieurs facettes sur les questions de société. C'est le témoignage d'une époque. Si l'on faisait de ces écrits un film, plusieurs pays africains se sentiraient visés par la fiction qui s'apparente littéralement avec la réalité des dits pays en général, notamment du point de vue de la politique. Le fait que l'auteur puisse terminer l'histoire par le bonheur d'un jeune orphelin qui va partir en Europe pour poursuivre son rêve de grand footballeur, nous laisse croire qu'au milieu de toutes nos inquiétudes, il y a de l'espoir, la croyance en l'avenir...

 

Nous avons aussi retenu que l’auteur reste marqué par deux préoccupations fondamentales : la jeunesse et l'anxiété des États africains qui ne jouissent pas de leur richesse économique:

 

 

Et pourtant notre pays, la Katamalaisie est riche. Il possède la bauxite comme la Guinée, les diamants comme le Congo-Zaïre et le pétrole comme le Congo. Mais pourquoi les jeunes continuent-ils de végéter dans la misère, le chômage, la délinquance, l'oisiveté, la drogue et le sida sexuel ? Nous n'avons plus notre part de bonheur. Nous n'avons plus notre part de bauxite. Nous n'avons plus notre part de diamant. Nous n'avons plus notre part de pétrole. Plus rien ne peut plus être comme avant. Plus rien ne peut plus être envisagé. 

 

 

 

Je vous recommande vivement ce livre 🙂

Juvénale Obili


 

Quelques termes utilisés dans le livre :


- Mvouamas [ hommes riches ]

- Kanzanko [ sorte de chemise de femme confectionnée à partir d'un pagne ]

- Nzambi ya Mpungu [ Dieu tout puissant ]

- Mosutu [ pénis non circoncis ]

 

Références:

Noël Kodia-Ramata, Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur, Paris, Edilivre, 2010.

Prix: 17.00 €

 

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