À l'école de l'Écoute

Publié le par Nathasha Pemba

Le commencement de bien vivre c'est de bien écouter, écrivait Plutarque. L'écoute fait partie des socles essentiels de la vie en communauté. Pourtant, il n'est pas facile de la réaliser, car elle est une qualité bien rare. En dehors de ceux et celles qui écoutent, dans le cadre d'une profession, peu de personnes écoutent de nos jours. Plutarque considère l'écoute comme la condition nécessaire de tout apprentissage; l'apprentissage de la vie reste en premier plan.

Quand on grandissait, les parents nous l'imposaient. Plusieurs subissaient. Mais après l'éclatement de ces gardes-fous familiaux qui ont libéré notre parole et parfois notre égoïsme, nous avons repris le pouvoir de parler sans écouter. d'imposer sans solliciter. On ne s'étonnerait donc pas aujourd'hui que plusieurs initiatives sur le dialogue n'aboutissent pas. Soit on subit, soit on parle trop. Bref on écoute rarement parce qu'écouter implique toujours une réciprocité.

Lorsque l'on prend le temps de s'écouter et non simplement de s'entendre ou de s'entendre dire, la compréhension est au rendez-vous. Or, Dieu seul sait combien nous nous comportons souvent en Incompris. À tort ou à raison, je ne saurais le dire, mais l'incompréhension est une vraie gangrène qui tue progressivement la relation. Écouter nous permet de transcender le préjugé et de devenir tolérant en dehors de toute forme de relativisme moral.

Dans un univers où l'on ne s'écoute pas, la solitude n'est jamais loin. Le conflit semble permanent. Esclave des préjugés ou des qu'en dira-t-on, on ferme la porte de la réussite et même quelques fois la possibilité de rêver à ceux et celles qui ont bien envie qu'on les écoute et qu'on leur donne notre avis. 

"J’ai beaucoup appris en écoutant attentivement. La plupart des gens ne sont jamais à l’écoute."

(Hemingway)

Écouter ok, mais comment écouter ?

J'aime beaucoup cette prière de Patrice de La Tour du Pin

"En toute vie le silence dit Dieu. Tout ce qui est tressaille d'être avec Lui. Soyez la voix du silence en travail, couvez la vie, c'est elle qui loue Dieu. Pas un seul mot, et pourtant c'est son Nom que tout secrète et presse de chanter; n'avez-vous pas un monde immense en vous ? Soyez son cri et vous aurez tout dit. Il suffit d'être, et vous entendrez rendre la grâce d'être et de bénir; vous serez pris dans l'hymne de l'univers, vous avez tout en vous pour adorer car vous avez l'hiver et le printemps, vous êtes l'arbre en sommeil et en fleurs; jouez pour Dieu des branches et du vent, jouez pour Dieu des racines cachées. Arbres humains, jouez de vos oiseaux, jouez pour Lui des étoiles du ciel qui sans parole expriment la clarté: jouez aussi des anges qui voient Dieu. Amen".

La question que l'on a envie de se poser: Comment le silence peut-il être au fondement de l'Écoute?

C'est simple. Celui qui écoute doit être capable de se taire, de faire silence en lui, de prendre du temps pour que l'Autre en face de lui puisse s'exprimer en toute liberté. Quand on prend le temps d'écouter l'Autre activement sans l'interrompre, on est un héros du vivre ensemble. Écouter implique de ce fait l'oubli de soi, pour quelques instants. Écouter, ce n'est donc pas ici pomper des conseils à Autrui ou encore lui remonter le moral. Non, Écouter ici c'est écouter pour que l'Autre puisse exister. Écouter pourrait donc s'apparenter ici à de la Maïeutique socratique, car il est question, en écoutant l'Autre, de l'aider à trouver en lui-même (à accoucher) des pistes de solutions pour sortir de ce qu'il croit être sa misère.

"Celui qui sait écouter deviendra celui qu'on écoute."

(De Vizir Ptahhotep) 

Il y a plus de 20 ans, j'ai fait ma promesse dans le Mouvement "Bilengé ya Mwinda" (Jeunes de La Lumière), ma parole d'engagement était "Seigneur, aide-moi à être  une lumière pour les Autres, Une présence pour leur donner un espace d'expression". Je n'avais pas 18 ans. Plus j'y pense, plus je me rends compte que cela n'a jamais été facile. La route a toujours été jalonnée d'épines, parce que la volonté c'est toujours de vouloir être soi-même, briller soi-même. Ce n'est jamais une marche, encore moins un acquis. Chaque jour il faut se reconquérir et marcher, parce que la vie implique toujours l'Autre. C'est dans ce mouvement que j'ai appris le sens de l'écoute, lors des partages. Il fallait écouter les autres, être juste là sans les juger.

Écouter ce n'est pas une chose facile. On s'efface pour laisser à l'Autre le terrain dans le but de coexister à ses côtés. Il peut aussi arriver que l'on accepte de prendre sur soi, momentanément, sur soi tout ce que l'Autre est capable de dire car, à ce moment-là, ce n'est pas de notre rejet ou de nos suggestions dont il a besoin. Il a juste besoin qu'on soit là.

Écouter, c'est participer à la libération de l'expression de l'autre.

Quand on ne peut pas écouter l'Autre, cela signifie qu'on est incapable de s'écouter soi-même. On est, de ce fait, une personne désintégrée qui court les rues pour prodiguer des conseils alors qu'elle est incapable de s'écouter. C'est pourquoi une écoute active est nécessaire pour nous aider à aller à la rencontre de la vie dans ses diverses manifestations.

S'écouter, c'est donner de l'importance aux mots, donner à l'autre la possibilité de s'exprimer librement. Ne jamais couper la parole quand l'Autre parle. Ne jamais lui poser des questions quand il parle. En somme, tout le monde parle, peu écoutent. En cela, écouter est un art car elle nous engage.

 

Nathasha Pemba

 

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