Lytta Basset, Aimer sans dévorer

Publié le par Nathasha Pemba

"J'avoue qu'il m'a fallu du temps, beaucoup de temps. Des combats à répétition, dont je me serais bien passée. Des ornières où je m'enfonçais tant et plus. Le pesanteur de situations sans lendemain, quand "l'enfer c'est les autres". Et, au fil des saisons, cette évolution si lente, si laborieuse vers des relations humaines viables… Tout cela pour parvenir à lâcher la hantise d'être aimée, vraiment aimée. Et, par la même occasion, celle d'aimer suffisamment. Je pourrais dire aujourd'hui que les obstacles ont fini par s'envoler, tels des monceaux de feuilles mortes chassées par le vent. Je me tiens dans l'Amour. Et je nous y vois tous, les moins aimables aussi.

Cela peut paraître d'une banalité affligeante: je ne doute plus d'être aimée ni d'être capable d'aimer. Facile à dire! Pourtant je fais partie de tous ceux pour qui cela ne va pas de soi, n'est longtemps pas allé de soi. Je peux voir maintenant ce que j'ai laissé derrière moi. Me voilà, à l'abri de tout amour dévorant: la peur d'être dévorée m'a peu à peu quittée sans que j'aie besoin de me fabriquer une armure. Par ailleurs, je suis libérée de mon propre besoin de fusionner, donc de dévorer… sans pour autant m'enliser dans l'indifférence. En chemin, les repères m'ont souvent fait défaut, les clés de compréhension, les connaissances psychologiques, les impulsions de vie, les éclairages spirituels. Ils m'auraient évité beaucoup d'impasses, de gâchis relationnels, d'errance et de désolation". 

 

Lytta Basset, Aimer sans dévorer, Paris, Albin Michel, 2010.

Publié dans visions du monde

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