Richard Ali: Je suis, pour ma part, très heureux d’être en train de mener le bon combat !

Publié le par Nathasha Pemba

Écrivain et auteur, passionné du Livre et Directeur de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, Richard Ali A MUTU KAHAMBO, originaire de la République démocratique du Congo, plus connu sur la scène littéraire et dans la société sous le nom de "Richard Ali" est avant tout Juriste de formation, concepteur-rédacteur et présentateur d'une émission littéraire à la chaîne de télévision congolaise "b-one littératures". Il est aussi  l'initiateur de l'Association des Jeunes écrivains du Congo (AJECO)

Dans le cadre de la Rubrique « Rencontres » de mon blog, je l’ai rencontré virtuellement pour qu’il nous parle de cette passion du livre qu’il porte non seulement comme espérance du Développement intégral humain, mais aussi comme Valeur culturelle.

Un mot sur le Centre Wallonie-Bruxelles ?

 C'est un grand centre culturel situé en plein centre-ville et considéré à ce jour comme un des hauts-lieux de la culture congolaise, privilégiant des créations, des rencontres, des échanges, des débats, de partenariats culturels et d'amitiés.

Peut-on le considérer comme l’équivalent de l’Institut Français du Congo à Brazzaville ?

La Bibliothèque Wallonie-Bruxelles est aussi une autre branche de la Délégation: une bibliothèque publique de la Délégation pour les lecteurs congolais et même de tous les horizons. Vous aurez donc compris que la Délégation a, à la fois, en sus d'autres départements, un centre culturel et une bibliothèque. Toutefois, il faut noter que quand je parle de la Délégation, je ne parle pas de l'Ambassade du Royaume de Belgique; c'est ce que je voulais un peu souligner pour bien relativiser quant à votre question sur la comparaison du Centre Wallonie-Bruxelles avec l'Institut-Français.  En tout état de cause, on peut bien admettre cette comparaison. 

Un mot sur les activités du centre ?

En ce qui concerne les activités du Centre, je ferai de mon mieux pour que le Responsable du Centre, le Directeur-adjoint, vous en parle, car c'est lui la bouche autorisée pour ce département. Moi, comme je vous l'ai dit, c'est la Bibliothèque. Toutefois, le Centre offre ou organise plusieurs activités chaque mois, notamment les spectacles de théâtre, de danse, de ballet, de musique (concert), de percussion, de la mode, des expositions photos, des conférences-débats, des projections cinématographiques, des clubs des discussions d'arts, etc. ces différentes activités sont programmées mensuellement et publiées dans un agenda qu'on tire à de milliers d'exemplaires et qu'on distribue gratuitement à travers la ville. 

La Bibliothèque pour sa part, reste une des plus importantes de la ville, et accueille chaque jour une centaine de lecteurs: jeunes comme adultes. C’est une bibliothèque publique avec une diversité d'ouvrages dans tous les domaines. A ce jour, les abonnements se multiplient sans cesse. Nous offrons un abonnement annuel pour des frais équivalents à moins de deux dollars. Et, puisqu'il faut faire vivre cette Bibliothèque, chaque mois nous donnons l'opportunité aux auteurs et écrivains congolais de venir présenter leurs ouvrages dans nos salles, nous organisons donc des débats autour des publications, des soirées de poésie et de slam, des rencontre-échanges élèves et auteurs, des visites guidées, café-presse, etc.

Parlez-nous du Prix Littéraire Zamenga...

Le Prix Littéraire Zamenga, pour le présenter rapidement, est un concours des nouvelles littéraires inédites (ne dépassant pas 8 pages) écrites en français par des auteurs congolais (amateurs comme professionnels) sans limite d'âges et dont le gagnant remporte un Prix de 1000$US plus une publication de l'une de ses œuvres aux éditions Mediapsaul et Mabiki.

Ce prix est une initiative de l'Association des Jeunes écrivains du Congo (AJECO) que je préside, avec l'Association pour le Leadership, L'Excellence et la Formation (ALEF) de l'honorable Serge Maabe (parrain de la première édition en cours) en collaboration avec la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles, les éditions Mediaspaul et Mabiki,  le Magazine JeuneCongolais et l'asbl Elongo-Elonga. La date limite pour réception des textes de cette première édition en cours est fixée au 31 décembre 2016 à minuit, heure de Kinshasa, à l'adresse: prixzamenga@gmail.com ou à déposer physiquement à la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles Kinshasa.

Pourquoi avoir choisi de donner le patronyme de Zamenga à ce prix ? Pourquoi pas Antoine-Roger Bolamba, par exemple, considéré comme le premier écrivain de la RDC ?

Le Patronyme "Zamenga" s’est imposé de lui-même face aux autres, notamment celui que vous citez; Bolamba, comme on a eu à penser ou encore V.-Y Mudimbe, etc. En créant ce concours, nous voulons revaloriser la littérature congolaise, la promouvoir, faire savoir à la population congolaise que ses écrivains existent, et qu’il est, par ailleurs, possible de les honorer. C’est pourquoi la mémoire de l'un de ces écrivains-auteurs congolais, et pas le moindre, Batukezanga Zamenga reste pour nous un choix essentiel.  Le choix pour Zamenga trouve son origine dans les rues congolaises, notamment à Kinshasa. À Kinshasa, jeunes comme vieux, surtout les profanes, connaissent Zamenga et le vénèrent.

Il faut aussi noter que Zamenga Batukezanga reste à ce jour, l'unique auteur congolais le plus lu et donc le plus connu du public ou du lectorat congolais. Il faut être un peu branché en littérature pour connaître tous ces autres noms-là: tels Bolamba, Mudimbe, Pius Nkashama, etc. 

Nous n'avons donc pas voulu nous exposer à cette difficulté là pour ce premier projet d'envergure. Vous aurez donc compris qu'on ne voulait pas faire un projet puis après qu'on se mette à expliquer tant de choses aux gens en commençant par exemple sur le nom qu'allait porter le Prix si ce n'était pas "Zamenga" dans le cas d'espèce. Cela étant dit, soyez rassurée que très bientôt d'autres prix ou initiatives littéraires verront le jour et porteront bien les noms d'autres auteurs congolais, et surtout de ses pères comme celui de Bolamba  Lokolé.   

Que sont devenues les œuvres de Zamenga ? Sont-elles vulgarisées ? Enseignées ? Lues en dehors de la RDC ?

Zamenga continue de maintenir le record de vente d’œuvres littéraires, toutes générations confondues. Zamenga nous a quitté, mais son éditeur continue toujours de tirer chaque année des milliers d'exemplaires de ses titres. Pour faire place à d'autres auteurs congolais, certaines écoles commencent même à refuser que les élèves exposent sur Zamenga, car depuis des décennies sur dix ouvrages que rapportent les élèves pour exposer au cours de français, huit sont des titres de Zamenga. Je vous parle ici de choses vécues et vérifiables à Kinshasa.

Quelle est la place de Zamenga dans la littérature congolaise ?

Zamenga n'est pas compté parmi les pionniers de la littérature congolaise, moins encore parmi ses plus talentueux, mais il demeure un écrivain d'exception qui a su pénétrer les cœurs de ses lecteurs congolais à travers ses courtes histoires faisant de lui, l'auteur le plus populaire du Congo-Kinshasa. 

Ces trois prix sont-ils issus d’un financement externe ou des fonds propres ?

Jusque-là, le Prix reste ouvert à toutes collaborations externes: privées ou publiques. C'est dire que ceux ou celles qui ont apprécié cette initiative et désirent nous appuyer sont vivement les bienvenus! Toutefois, comme je vous l'ai dit au début, il y a un ami, jeune député provincial de Kinshasa et très passionné des littératures, Honorable Serge Maabe, qui est aussi Président d'une structure organisant des ateliers littéraires "ALEF", c'est bien avec lui que nous avons pensé lancer ce projet et qui, pour le moment, s'est d'une certaine manière porté garant pour le succès de la première édition et ce,  avec ses propres moyens.  Personnellement, je suis resté très flatté de son geste.

Le Prix est immense, et il nous faut beaucoup de moyens. Ceux qui voudront rejoindre l'Honorable Maabe, sont vraiment attendus. Il est temps pour que la littérature congolaise ait aussi des mécènes.

Est-ce le premier prix en RDC ? 

Le Prix Littéraire Zamenga n'est pas le premier prix littéraire qui est organisé sur l'espace congolais.  D'autres prix ont existé il y a bien longtemps, et même très récemment ici nous avions eu le Prix littéraire Mark Twain, qui a été organisé par l'ambassade des États-Unis à Kinshasa.

Toutefois, on se doit quand même souligner que le Prix Zamenga doit aujourd'hui se présenter comme le premier des plus prestigieux prix littéraires organisés au Congo-Kinshasa par des congolais eux-mêmes. Jusqu'à ce jour, aucun prix littéraire décerné au pays ne dépassait la somme de 1000$ pour le gagnant, Mark Twain qui battait le record jusque là se limitait à 500$ et ce, pour le premier seulement; alors que le Prix Zamenga récompense et le premier (1000$), et le deuxième (500$), et le troisième (300$) sans compter les autres récompenses surprises au jour de la remise des prix le 28 janvier 2017. 

Les Congolais démocratiques s’intéressent-ils à la lecture ? Quelle note donneras-tu de 1 à 10 ?

Savoir si les congolais de Kinshasa s'intéressent-ils à la lecture, je vous répondrai sans autres commentaires: OUI! La note sera alors de 8/10! 

Quelle démarche le centre Wallonie-Bruxelles déploie-t-il pour développer la culture du lire et de l’écrire ?

Déjà en mettant en place cette grande et belle bibliothèque publique en plein centre-ville et surtout à cette modique somme pour un abonnement annuel: juste 1500Fc (adultes) et 1000Fc (élèves), tout est dit, fait et réglé! Mais, voilà qu'on ne s'est pas arrêté là ! Nous avons mis en place, comme je vous l'ai dit, toute une politique d'animation littéraire pour faire vivre la bibliothèque, attirer plus de lecteurs, accompagner les auteurs, assister les jeunes talents littéraires, renforcer les capacités des éditeurs, appuyer d'autres bibliothèques partenaires, etc.

Je viens de vous parler du Prix ZAMENGA, et voilà, la Bibliothèque est un des grands partenaires de cette initiative.

Je vous parlerais par exemple de ce que la Bibliothèque a initié cette année: La première édition de LA GRANDE RENTRÉE LITTÉRAIRE DE KINSHASA. Une initiative qui a apporté un souffle nouveau au secteur littéraire congolais.  Il y a aussi les SOIRÉES POÉSIES ET SLAM que nous organisons depuis un temps et qui drainent un monde fou qu'à chaque édition la salle de lecture refuse du monde. Ces activités comme tant d'autres permettent aussi de faire connaître la Bibliothèque aux curieux et de les fidéliser comme abonnés. 

Demain ministre de la culture ou de l’éducation, quelles seraient tes priorités ?

Ahhhhahhhahha! (rires). Depuis que je monte les marches de la culture, les gens me le souhaitent. Ce conditionnel serait-il prophétique? (Mdr, juste pour blaguer). Non, mais je pense sérieusement, le premier défi serait de redonner à la CULTURE et à l'ÉDUCATION les places qui leur reviennent dans une société qui se veut compétitive et qui veut réellement perdurer dans le temps! Le vrai développement d'une NATION doit passer par ces deux piliers. Il est très étonnant de constater que jusqu'à ces jours, nos dirigeants continuent de faire de ces Ministères les enfants pauvres de leur gouvernement! Je suis toujours étonné que des Ministres sont nommés et passent dans ce secteur sans batailler pour qu'il y ait ne fut-ce qu'une Bibliothèque par commune (arrondissement), ils sont nommés et passent et pas un seul n'a pensé ériger le monument d’un grand nom de la littérature congolaise. Ils passent sans vraiment revoir le programme de l'enseignement. Par exemple, on  continue de faire reprendre la classe à un élève parce qu'il n'a pu faire une déclinaison latine, parce qu'il n'a pas bien écrit le nom d'un certain PEPIN LE BREF, parce que, parce que, non, mais sérieux! On "chasse" un élève de l'école parce qu'il a du mal à parler correctement le français!

Le défi est énorme, mais rien n'est impossible. Il suffit simplement de placer les hommes qu'il faut aux places qu'il faut. Bientôt, en RDC, il y aura un nouveau gouvernement de cohésion nationale, je prie que l'on nomme un vrai homme de culture à ce poste, en attendant que s'accomplisse votre "conditionnel-prophétique"... (rirrrrrres)

Quelle est la visibilité de l’écrivain congolais à l’interne comme à l’externe ?

Il y a quelques temps encore, on pouvait parler de « sommeil » dans le secteur littéraire congolais. Aujourd'hui c'est  vraiment avec fierté que ce secteur culturel reprend peu à peu sa place car notre littérature retrouve ses couleurs des années 70-80- et début 90. A l'externe, Il y a des visages qui vont désormais au-delà de l’espace congolais. C’est le cas de Jean Bofane, Fiston Mwanza, Pie Tshibanda, Clémentine Madiya, Bibish Mumbu, Bienvenu Sene Mongaba, Joelle Sambi, etc. A l'interne, anciens comme nouveaux, ils sont tous là, plume à la main, pour de nouvelles aventures. Je parlerai d’environ une centaine si pas plus. D'ailleurs, il y a des nouveaux talents qui émergent en poésie, dans la nouvelle, le roman, le théâtre...

Les lettres congolaises deviennent de plus en plus visibles! Je suis, pour ma part, très heureux d’être en train de mener le bon combat! Une nouvelle histoire pour cette littérature est en train de s'écrire en lettres d'or!

 

Nathasha Pemba et Richard Ali.

 

Publié dans Rencontres

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