Lecture conseillée: Nos Gloires secrètes de Tonino Benacquista

Publié le par Nathasha Pemba

Nos gloires secrètes est bien écrit. Ni simple ni complexe... Juste ce qu'il faut pour qu'on y trouve sa place. N'est-ce pas que nous avons tous nos gloires secrètes ? L'auteur parle des gloires secrètes que chacun des personnages a pu avoir dans sa vie. Un meurtrier anonyme, un poète vengeur, un parfumeur amoureux, un antiquaire combattant, un enfant silencieux, un milliardaire misanthrope… Chaque personnage vit une expérience riche à l'intérieur de lui-même et semble être heureux de cette vie intérieure contrairement à celle qui lui offre l'univers qui l'entoure. Personnellement, j'ai beaucoup aimé, celle de l'enfant silencieux, superbement écrit et drôle. En lisant ce recueil de nouvelles, on retrouve le thème dans toutes les nouvelles et cela donne un joli bouquet à l'ensemble des textes.
 

 

Extrait de la première nouvelle: Meurtre dans la rue des cascades

"Je suis l'homme de la rue.
Pour le prince, je suis la plèbe. Pour la vedette, je suis le public. Pour l'intellectuel, je suis le vulgum. Pour l'élu, je suis le commun des mortels.
Ah la belle condescendance des êtres d'exception dès qu'il s'agit de parler de moi ! Leur précision d'entomologiste quand ils évoque mes goûts et mes mœurs. Leur indulgence pour mes travers si ordinaires. Souvent je leur envie ce talent de ne jamais se reconnaître dans les autres ni les gens. À tra
vers leur bienveillance, je sens combien ma médiocrité les rassure. Que serait l'élite sans sa masse, que serait la marge sans sa norme ?
Suis-je donc si prévisible aux yeux du penseur qui sait tout de mon instinct grégaire, de ma vocation à n'être personne, de mon étonnante attirance pour les heures de pointe ? Suis-je à ce point discipliné que jamais je ne me perds dans le grand labyrinthe du savant ? Suis-je si dépourvu d'amour-propre que je m'accommode du bâton dans l'espoir d'une carotte ? Suis-je si prompt à rire ou pleurer dès qu'un artiste se sent inspiré ? Suis-je si triste et sombre que je m'emploie à désespérer le poète ? Suis-je si lâche que j'attends le hurlement des loups pour y mêler le mien ?
Vous, êtres lumineux, qui osez partir croisade, prendre les chemins de traverse, parler à l'âme, haranguer les foules, vous qui faites tourner un monde que l'homme de la rue se contente de peupler, savez-vous qu'à force de parler en son nom, de le réduire à une espèce bêlante , de nier son individu, vous l'avez, ô ironie, contraint au bonheur ? Car comment accepter d'être privé d'un destin exceptionnel sinon en étant bêtement heureux, simplement, platement, naturellement heureux ? Heureux comme seul un homme de la rue sait l'être, affranchi du devoir de surprendre, du besoin d'être admiré. Et ce bonheur anonyme, patient, le guérira peut-être de n'avoir pas vécu ce quart d'heure de gloire que le XXème siècle lui promettait
".

Tonino Benacquista, Meurtre dans la rue des Cascades (Nos gloires secrètes)

 

 

Je vous le recommande vivement.



 
 
 
 
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