L'angoisse existentielle au coeur de Partir

Publié le par Nathasha Pemba

Avec trente minutes de lecture au lever, trente minutes de lecture dans le bus, Partir a trouvé sa place dans ma bibliothèque ambulante. C’est au cours d’une rencontre entre amis d’un instant que je l’ai trouvé. Celui ou celle qui l’a laissé entre mes mains, n’a plus jamais refait surface dans mon univers. J’ai commencé à le lire. J’ai aimé le style. Déjà, je suis une amoureuse du personnel qui, pour moi, n’a rien d’individualiste. À chacun son style après tout !

 

Désigné comme un thriller psychologique, Partir est un roman plein de suspens. Et de rebondissements aussi. Un roman qui s’ancre sur une crise existentielle profonde où se nier et nier les autres devient une nécessité pour s’en sortir.

 

De quoi partir est-il le nom ?

Comme l’indique la quatrième de couverture, l’étonnement n’est pas pour celle qui décide de partir. Mais bien pour celui qui se réveille un matin et trouve que quelque chose lui a échappé. Ben. Ben c’est le mari d’Émily, l’héroïne du roman. Émily avait tout pour être heureuse, pourtant elle décide un jour de partir ? Émily était juriste Mais pourquoi s’en va-t-elle ? Jusqu’à 85 % du roman, tout ce qu’on sait c’est qu’elle veut changer de vie. Elle change tout. De nom. De ville. De métier. Son style vestimentaire. Mais se change-elle au fond d’elle-même ?

 

À sa naissance, Émily est une fille attendue. Adulée par sa mère. Pour la mère qui n’attendait qu’une fille, l’arrivée d’une jumelle est une surprise. Surprise qui se marque par une intégration forcée, masquant un rejet d’un enfant non-désiré. C’est dans cette atmosphère que Caroline, l’autre jumelle va faire son entrée dans le monde. Ce qui est souvent visible, c’est souvent le fait qu’intuitivement, un enfant qui n’est pas aimé le sent, le ressent, le sait et le perçoit. Et lorsqu’il ne s’enferme pas dans son monde, il peut décider de devenir une racaille jusqu’à détruire la vie de ses proches. Juste pour quelques minutes d’attentions. C'est ainsi qu'est décrit le personnage de Caroline alors qu'Émily est une enfant superbe, choyée et adulée, puisqu’attendue.

 

Entre amitiés, rencontres, déceptions et amour, le père des jumelles, qui n’a jamais assumé son rôle de parents va s’enfoncer dans une hypocrisie qui le conduira à partir ou à être chassé, simplement. Partir, parce que plus personne ne voudra de lui. Décrivant la relation de ses parents, la narratrice parle de sa mère et de son père en ces termes :

 

" En dépit de ses multiples trahisons, elle avait continué à l’aimer et n’avait mesuré que tardivement la gravité du vice qui entachait la personnalité d’Andrew. Un vice dont il ne se débarrasserait jamais tant il était bien ancré. Jamais il ne pourrait résister à un joli visage ni à une belle paire de seins – ni à quiconque aurait le talent de stimuler son ego au point de lui faire oublier son état de mari, de père, sa carrière peu reluisante et sa calvitie naissante".

 

Les deux dernières parties du livre décrivent un drame. Pas seulement psychologique, mais un drame familial. Emily se retrouvera en plein questionnements. S’enfoncer ou espérer? Parler ou se taire?

 

" Cette vérité, je la garde au fond de moi depuis trop longtemps. Peut-être que tout déballer m'aiderait à passer les prochaines minutes. J’ouvre la bouche mais j'hésite, comme si choisir ou non le mot juste pouvait améliorer les choses, ou les aggraver ? J'ai l'impression de me tenir en haut d'un plongeoir, le corps crispé, fléchi, impatient. J’y vais? Je n'y vais pas? Je respire un bon coup et je me lance dans le vide ".

 

La suite du roman nous enseignera que si le silence peut-être une solution, parler peut aussi être une solution. Un moyen de recréer la vie. Une possibilité de l’existence. Émily sait que si elle veut avancer et se sentir libre dans sa vie, elle doit écouter la voix intérieure qui lui parle. Quelques fois, prêter attention à la dynamique intérieure qui environne notre être profond peut se révéler salutaire en nous donnant l'opportunité de saisir l’horizon des possibles comme une ouverture à la vie avec ses dénuements et ses splendeurs. Se fuir c’est tomber sur une impasse et s’appauvrir psychologiquement.

 

Mon point de vue 

J’ai beaucoup aimé le livre de Tina S. J’ai décidé de lire son deuxième thriller Psychologique. Son écriture me plait. J’aime le suspens et les constructions entre souvenirs, présents, et possibilités. Une belle écriture qui ne s’accommode pas de silences inutiles. Même si l’écriture engendre des enchevêtrements constants, on ne s’y perd pas. Elle nous dévoile quelque chose à compte-gouttes. Même si je voyais Émily finir sa vie avec Simon, je n’ai pas imaginé un seul  instant qu’elle allait retrouver Ben et Charly. La fin est une surprise totale, mais heureuse. Finalement.

 

Nathasha Pemba

 

Tina seskis, Partir, (traduction française), Paris, Le Cherche Midi, 2015.

 

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