L'amitié se dit sur plusieurs registres

Publié le par Nathasha Pemba

L’amitié se dit sur plusieurs registres : surtout la confidence et la confiance partagées. Telle est l’ouverture et la conclusion de cette nouvelle intitulée « L’amitié ! ». Elle est issue du recueil POLYGAMIQUES de NATASHA PEMBA, La Doxa Editions 2015. Les personnages mettent en scène la diversité des relations humaines. Celles qui vont de la camaraderie aux relations sexuelles « tarifées », avec des pagnes wax offerts aux « belles mères » ; ou encore, adultérines. Tel le père d’Annie aux préservatifs parfumés (p.161) dont le stratagème est découvert par la fille.

La femme stratège et ambitieuse qui veut coûte que vaille rejoindre l’Europe monte ses plans. Réussira-t-elle ? Annie veut épouser un jeune blanc ; et pourtant, son copain William, rentré des USA a monté son entreprise au Congo et compte y vivre définitivement ; lui la veut pour épouse mais elle, le mariage n’est pas encore à l’ordre du jour. Annie exècre les noirs et les contraintes sociales dues à « la famille africaine »trop présente et ennuyeuse. Bien que la famille de William, elle vive en Occident. Les plans des deux tourtereaux ne sont-ils pas inconciliables ? Les projets d’Annie vont-ils réussir ?

Jean Philippe, le blanc rencontré au restaurant sera-t-il l’homme providentiel qui lui fera sortir des multiples stages pour avoir un travail stable ? Jean Philippe, directeur adjoint d’une compagnie de pêches (p. 157) est pourtant marié ; son épouse et sa fille vivent en France. « Le blanc-là, Jean Philippe veut une amitié, genre on ne fait rien » (p. 158). Tel est l’éclat de rire qui motive Annie quand elle entre dans un taxi qui la conduit à Tchimbamba. Gisèle, l’amie et la confidente d’Annie problématise l’intention de Jean Philippe : Une amitié sans sexe est-elle possible entre un homme et une femme ?

Le texte critique le caractère volage des hommes, leur capacité à avoir plusieurs femmes conquêtes ; non sans mettre en évidence l’hardiesse des femmes capables de draguer les hommes. Gisèle jongle les Ouestafs (Ouest-Africains) comme des ballons de foot-ball ; et en échange de son corps, son alimentation est digne des grands restaurants de Pointe Noire. Son nihilisme est voluptueux. (Célestin Monga). Faut-il accepter de sortir avec un homme pour son argent, les pagnes wax qu’il donne à sa mère ? Tel est le cas de Gisèle qui s’interroge sérieusement sur sa dignité (p. 160).

La nouvelle grandit au fur et à mesure. Elle met le lecteur dans l’expectative … Au restaurant, où elle été invitée, Annie voit entrer William accompagné ; qui est cette femme ? Elle a le courage d’aller vers son fiancé et faire les présentations ; et réciproquement, l’on constate que la dame à l’accent anglophone est un partenaire de services. L’auteure laisse le lecteur imaginer la suite ; et la nouvelle atteint son but : aider le lecteur à inventer un récit pluriel sur la base des points de suspension. La leçon : l’amitié se nourrit de confidences et elle est possible entre un homme et une femme. Cela sort un peu du sens commun. « L’amitié ! » est une véritable peinture de la réalité interrelationnelle qui est décrite avec un humour transparaissant à la lecture du texte. Il ya aussi lieu de s’interroger sur ces multiples demandeurs d’emploi qui n’ont peut être que de l’Europe un rêve, une chimère ?

François-Xavier Akono

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