Le libraire dans la vie du lecteur: une belle symphonie

Publié le par Nathasha Pemba

Le Libraire ce n'est pas seulement celui qui encaisse les sous. Vous indique le lieu où placer votre carte bancaire. Vous tend un ticket et vous demande: « besoin d'une poche? ». Et qui, à la fin, répète: "Merci-Au revoir". Sans oublier « À bientôt ». Il en existe certainement, ce genre de libraires, ceux-là qui dévergondent le métier et pervertissent la vocation. Ceux qui sont passionnés du Lucre et non pas du Livre. Pourtant on ne peut être libraire sans aimer le livre. Même si on décide de vivre de son salaire de libraire, il faut aimer livre, parce si un libraire n’est pas capable de transmettre sa passion à un lecteur, il va à l’encontre de sa vocation, puisque c’est à travers cette transmission de sa passion qu’il peut réussir à vendre un livre.

Hier j'ai rencontré un Libraire, je suis restée plus d'une heure à parler Livres avec lui. Je revenais de mon travail et je suis passée dans cette grande et belle Librairie au cœur de Sainte Foy, à la place « Pyramide ». La librairie « La liberté » est la première librairie où j’ai posé mes pas quand je suis arrivée dans la ville de Québec. Depuis lors, je suis devenue une fidèle discrète. J’y vais quasiment toutes les semaines, puisqu’elle se situe sur mon chemin, entre le parcours des bus 7 et 13 que j’emprunte pour rentrer chez moi. Ce soir-là, en discutant avec un des libraires, je ne me suis pas rendue compte que le temps passait. J’ai oublié ma faim. Je cherchais précisément trois livres: « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, « Paris est une fête » d'Hemingway et « De nos frères blessés » de Joseph Andras. Les deux premiers étaient ses préférés. Il savait exactement sur quels rayons ils se trouvaient. Et le troisième, « De nos frères blessés », qui vient tout juste de sortir nous a conduit vers un auteur que nous affectionnions tous les deux, Kamel Daoud avec « Meursault Contre-enquête ». Ce livre qui est devenu un livre référence pour moi. Puis je lui ai parlé de mon désir de découvrir les Lettres québécoises. Je trouve que cela est utile surtout lorsqu’on vit là. J’en ai déjà lu quelques uns, mais ce n’est pas assez. Je lui ai parlé donc des trois premiers sur ma liste(« L’orangeraie », « L’école des chiens », « La femme qui fuit »). Il m'a dit que c'était un bon choix. Ensuite il m’a parlé de « Journal 1955-1962» de Mouloud Feraoun, un livre qui me plairait probablement, selon lui. En lui parlant de l’urgence de lire « le deuxième sexe » pour des besoins académiques, il m’a suggéré une auteure québécoise « Annie Cloutier », qui donne une autre approche du féminisme dans « Aimer, Materner, Jubiler. L’impensé féministe ». Il m’a demandé quel auteur africain lui suggérerais-je à lire pour l’été. « Congo Inc. Le testament de Bismarck » de Jean Bofane, a été mon conseil. C’est un livre que j’ai lu et aimé. Puis nous avons parlé des écrits de Tocqueville sur le féminisme et sur l’esclavage en Amérique. J’ai découvert donc que j’avais en face de moi un passionné de lettres. Puis il fallait que je rentre à la maison. À la fin, nous étions tous les deux contents, parce que lui a fait son métier, conseil, vente et partage, et moi j’ai appris et acheté. L’argent est entré dans la caisse, la culture s’est exaltée. Tout le monde était content.

Le libraire ou la libraire, pour moi, c’est l’homme ou la femme de la rencontre. Si « au commencement est la relation », comme l’écrit Buber dans « Je et Tu » (citant Bachelard), je pense qu’au préalable est la rencontre. Il y a au fondement de la relation avec le libraire, la rencontre. Ce moment où pour la première fois l’on comprend dans son cœur qu’on reviendra toujours dans ces lieux. Pas toujours pour acheter, mais pour toucher, humer et discuter, car le libraire nous aura partagé le goût des livres, le goût des bons livres. À la fin j’ai fini par demander son nom au libraire. Pour revenir. Ou pour recommander des amis. Joël Vallières est son nom. Et je le remercie d’avoir su comprendre, en m’aidant à choisir sans s’imposer, quels étaient mes choix. Je souhaite une longue vie au métier de Libraire.

Nathasha Pemba

Publié dans Rencontres

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