Une minute à l'aéroport Pierre-Elliot Trudeau de Montréal

Publié le par Nathasha Pemba

Il y a tant de choses qui se passent dans les aéroports. Des larmes. de joie, mais des fois de tristesse. L'angoisse. L'impatience. Le bonheur. Quand on mène depuis bientôt plus de 20 ans une vie de globe trotteuse comme moi, on croit avoir déjà tout vu dans un aéroport, non. Chaque minute passée dans un aéroport est unique. Que d'anecdotes. J'en remplirai un cahier de 1000 pages. Quand on voyage, on va toujours à la rencontre de l'autre qui n'est pas seulement un autre moi, mais aussi une identité, une réalité, une culture, une conviction. Forcément nous rompons temporairement avec notre univers habituel. On est alors amené, dans cette ouverture au monde, à explorer et à rencontrer de nouvelles altérités, de nouvelles manières d'être.

Je suis sortie de chez moi à 6h 20 du matin. Mon bus était prévu pour 7h. À la gare routière, j'ai trouvé quelques personnes, certainement des accrocs à la ponctualité comme moi. Une dame de l'autre côté, un couple multiculturel se bichonnant, deux jeunes demoiselles, smartphones en main et les écouteurs aux tympans. Le bus est arrivé et a ouvert ses portes. Je suis allée m'asseoir dans un coin. Pour manger. Et Lire. Et boire aussi peut-être.

Entre sommeil, internet, lecture et grignotage, le voyage m'a paru moins long. Trois heures plus tard, nous sommes arrivés. Je suis descendue du bus. Je connais cet aéroport par coeur. J'ai jeté un coup d'oeil sur le tableau des arrivées. Il était indiqué une 1h 30 de retard à côté du vol que j'étais venue attendre. Rien d'étonnant car les retards sont consubstantiels aux voyages. Quoique. Je me suis assise dans un coin et j'ai continué ma lecture. j'ai vu plusieurs personnes passer. Des couples. Des personnes seules. À ma gauche, se tenait une femme. Plus loin, un homme, certainement son époux avec deux enfants dans deux poussettes différentes. De l'autre côté vers ma droite, se tenait un Quinquagénaire. Il tenait précieusement en main la laisse de son chien. Bref, la vie tournait.

Il est arrivé. Il portait un chapeau sur la tête, un sac en main. Dans un aéroport, ce n'est pas un look rare. Moi je n’avais que mon livre et mon crayon. Je lisais Congo Inc. de Jean Bofane, publié chez Actes Sud. Il s'est approché de moi. Tout en s'excusant de me sortir de ma lecture, il a voulu savoir ce que je lisais. Lui donner le titre lui semblait insuffisant. Il voulait en faire une photo parce qu'il voulait s'en procurer. J'ai reconnu un amoureux des Lettres. Puis il s'est assis pour faire une photo du livre avec son Smartphone. Puis finalement il a voulu connaître mes origines, puis il m'a parlé des siennes. Puis nous avons parlé de la rencontre des cultures, notamment du choc qu'elle pouvait produire à certains moments. De l'effort que pouvait fournir les uns et les autres, au-delà de leur différence pour faire exister le Vivre ensemble. Puis finalement, je ne sais trop comment, il m'a dit qu'il écrivait. Beaucoup de gens écrivent. Moi aussi j'écris. Pourtant écrire est toujours différent d'écrire, parce que dans la littérature le plus souvent c'est une subjectivité qui se narre ou se laisser narrer. Dans tous les cas, j'ai su que c'était un écrivain. Il y a toujours ce quelque chose chez les écrivains d'une certaine catégorie qui me séduit: leur simplicité.

Nous avons parlé de tout et de rien. De notre vision de l'univers, de ses livres, de ma formation philosophique. D'un peu de tout, de la nouvelle version de la série "Roots". De la question de l'assimilation… Et de Tocqueville aussi.

Mon visiteur, celui que je suis allée attendre, est arrivé. J'ai été obligée de m'en aller. J'ai promis lire son livre. D'ailleurs j'ai déjà passé ma commande à la librairie.

Lui, c'est Daniel Guénette, écrivain québécois, auteur de plusieurs ouvrages dont le plus récent s'intitule L'école des chiens.

Embarquement immédiat pour la littérature.

Nathasha Pemba

Publié dans Rencontres

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