Je m'aime moi non plus: question d'estime de soi

Publié le par Nathasha Pemba

Avant on disait si facilement « je t’aime »…Et puis l’expression a été galvaudée et réduite à une réalité purement charnelle. Elle a connu une éclipse. Même lorsque l’on veut traduire un sentiment fort qui n’est pas que de l’amour charnel, on dit si facilement, désormais, « je t’aime bien ». Si cela semble rassurer, cela peut aussi se révéler être une sorte de fuite de responsabilité sentimentale.

Le monde actuel a peur de l’amour ou du moins c’est l’impression qu’il donne. Avec l’arrivée des Réseaux sociaux, les choses n’ont pas beaucoup changé, car l’amour est devenu quasi-hypocrite, quasi-mensonger. Quelques émoticônes en forme de cœur, victimes d’un clic rapide, représentent tant de choses. S’ils désignent des cœurs pour celui qui les reçoit, personne ne sait ce qu’ils signifient pour celui qui les envoie.

J’aime ton post ? Je t’aime ? Prends ce cœur et laisse-moi tranquille…Bref c’est un cœur rose signe de l’amour. Mais est-ce vraiment de l’amour ? Quel impact pour l’estime de soi ?

Et Moi dans tout cela ?

J’essaie de me consoler de ce cœur. Je me dis que l’autre m’aime et c’est le plus important. Mais souvent dans cette précipitation de la quête de l’amour de l’autre, j’en oublie de m’aimer. Est-ce compréhensible de savoir que je cherche à m’aimer ? Pourquoi dois-je m’aimer, moi qui suis humaniste et qui accorde toujours de l’importance à l’autre ?

En tant qu’individu j’ai besoin de me valoriser et surtout d’être moi. Je n’ai pas besoin d’incarner un autre type de personne et je ne veux pas être noyée par les autres.

Être moi c’est me valoriser. Mais je ne peux être moi que si à la base j’en suis conscient ou consciente, si à la base j’ai de la bonne humeur. Bref si je suis bien dans ma peau et dans ma qualité d’être. Comme dans toute chose, même dans mon estime de moi, il faut au fondement une attitude positive, car c’est elle qui me conduit à me sentir bien dans ma peau et à m’estimer à ma juste valeur. Ce n’est pas de l’orgueil. Cela est juste important si je veux estimer les autres. Tant que je ne serai pas conscient ou consciente de ce que je suis, je ne saurai jamais reconnaître les autres à leur juste valeur. Une bonne estime de soi génère de la responsabilité et conduit à s’engager.

Quand on apprend à s’estimer, on a le courage de s’auto évaluer et de poser une échelle de valeurs pour voir ce qu’il y a à prendre et à laisser. Ce qui ne va pas. Ce que nous ne sommes pas. Au niveau émotionnel, une personne qui s’estime a sa juste valeur reste très fiable et stable. Ce qui est tout à fait le contraire d’une personne qui manque d’estime d’elle-même. Elle est instable. Elle a peur de s’engager et personne ne lui fait confiance, parce qu’elle même manque de confiance en elle. Elle n’est sûre de rien.

Sarah a 18 ans. Elle a un problème manifeste avec son physique. Elle a un problème d’acceptation de soi. Elle cherche toujours de la reconnaissance dans les yeux des autres. Elle est devenue esclave du jugement des autres. Elle a changé de look parce qu’elle veut faire plaisir à ses amies. Du coup elle s’aliène et ne s’apprécie guère que dans les yeux des autres.

"Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même", a dit Sartre.

En quoi autrui est-il important dans mon estime de moi ?

Dans le monde de la vie, la présence de l’autre est importante et souvent son regard peut conduire à augmenter notre estime de nous-mêmes. Cette dimension relationnelle compte beaucoup pour faire grandir l’estime de soi.

Il y a un toutefois…

Oui…souvent ce besoin du regard des autres peut envahir et finir par nous aliéner. Surtout lorsqu’il s’agit d’un groupe. Facilement, on peut être pris par le poids et conduit à ne nous valoriser qu’à l’intérieur d’un groupe. Il y a aussi le regard souvent négatif que le groupe peut poser sur nous qui conduit finalement à nous mésestimer.

Dans son roman « Ces mains sont faites pour aimer », Pascale Wilhelmy, écrivaine québécoise, parle de l’enfance de Julia, le personnage principal de son roman. De Julie qui rêvait d’être blonde alors qu’elle avait des cheveux noirs : « À cinq ans, je l’avais espéré plus que tout. C’était à l’approche de Noel. Je faisais mes premières armes dans un monde inconnu : la maternelle. Il y avait trois mois déjà que j’y étais. Nous devions présenter une petite pièce de théâtre, inspirée de la nativité. Il y aurait Jésus, Joseph et Marie, le Rois mages et les bergers. Des anges aussi. Lorsqu’était venu le temps de choisir la douce Marie, l’institutrice avait demandé qui souhaitait l’incarner. Pour la première fois depuis mon arrivée en classe, j’avais osée lever la main. J’écrasais ma timidité démesurée. Elle m’avait à peine regardée. Elle n’en avait que pour trois petites blondes aux cheveux bouclés, à la peau blanche. Elles allaient se disputer le grand rôle. J’étais écartée. Pas même finaliste. Quelques jours, j’avais fini honteuse, avec toute la tristesse que peut porter secrètement une fillette, à quatre pattes. Devant les élèves des autres classes, devant les parents. On m’avait confié le rôle qui me revenait. Celui de l’âne. On m’avait épargné le bœuf. J’ai porté les séquelles de cette première apparition publique pendant les années. Je refusais tous les rôles. Même ceux de figurante, qu’on me proposait charitablement. Le temps n’a rien adouci. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à pardonner à ce professeur… » p13-14

Comme on vient de le constater à travers cet exemple de Julia, l’estime de soi se génère dès l’enfance. Quand un enfant est souvent mis à l’écart et diminué, il aura de sérieux problème en grandissant. On notera aussi que l’estime de soi n’est pas statique. Elle peut évoluer, changer, diminuer selon les situations et les contextes. Disons qu’au lieu de passer notre temps à nous sous-estimer, nous devons entrer dans la danse. Oser essayer, même si nous ne sommes pas si sûr de réussir dans la perfection, mais faire. S’engager. Donc aimer. Oser dire « je t’aime ».

Quelques trucs pour une meilleure estime de soi… Simplement.

-Ne jamais se sous-estimer

-Se féliciter d’avoir fait quelque chose de bien

-S’encourager pour mieux faire…dans la vie les erreurs sont permises

-Intérioriser le connais-toi toi même avant de s’engager dans une action ou dans une relation

-Éviter d’entrer dans l’esprit de la « fausse modestie »…quand on te félicite, sois heureuse et fière de toi.

-Comme l’écrit Hervé Gournelle, « Ne laisse jamais personne te dire ce dont tu es capable. C'est à toi de choisir et de vivre ta vie ».

Nathasha Pemba

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