Halte spirituelle : Les Saintes Écritures au coeur de nos altérités.

Publié le par Nathasha Pemba

Ce matin-là je suis arrivée au travail. Il me restait encore trente minutes pour respirer avant d’entamer la journée. J’ai croisé une collègue. Nous avons discuté quelques minutes autour d’une tasse de thé. Elle est sortie quelques minutes. Puis elle est revenue s’asseoir. Elle tenait en main un livre. Sachant qu’elle adore lire les romans, je suis allée discuter avec elle pour en savoir un peu plus. C’était le Nouveau-Testament. Une version inconnue par moi. Je n’ai pas voulu changer de place, même si par principe je ne discute jamais de la parole de Dieu. J’aime mieux la partager ou l'écouter. J’estime que la grande Révélation divine c’est le Mystère de l'Incarnation où "Dieu a choisi de «se révéler», de se faire connaître en personne dans l’histoire et de s’adresser aux hommes «comme à des amis»"; le Christ étant le Médiateur et la Plénitude de cette Révélation (Dei Verbum) et notre part à nous aujourd’hui c’est de tenir parole et de faire rayonner cette parole par notre témoignage avant tout, sans la déformer.

Traduire sa vie en page d’Évangile. Que c’est beau. Je ne discute pas de la Bible parce que je suis ignorante de la Bible. Bien au contraire, j’ai une formation de base en Théologie, donc la Bible, du moins les écrits, j’en ai lu pas mal pour valider certains cours, mais aussi pour mes méditations. Les différentes traductions de la Bible m'ont été enseignées. Ma collègue m’a demandé si je connaissais la Bible. Je lui ai répondu : « un peu ». Il est difficile de dire qu’on connaît ce livre même lorsqu’on a tout lu. Je lui ai parlé d’une de nos anciennes collègues qui me lisaient la Bible tous les matins lorsque j’arrivais et qui m’agaçait des fois.

Je déteste les routines. Lire la Bible ne fait de mal à personne, c’est lorsqu’on se met à vouloir condamner, imposer ses vues et faire dire à Dieu des choses qu’il n’a pas dites que je m’éclipse en général. Tel est mon rapport aux Saintes Écritures. Je lui ai pris la Bible entre les mains. J’ai ouvert la première Lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens au chapitre 1, 1-11. Ce que nous appelons « L’hymne à l’amour ». Le texte entier était souligné en rose. Elle l’avait lu. J’ai voulu le relire avec elle. Le titre était : La chose la plus importante du monde.

En effet, si je savais parler toutes les langues des hommes et même celle des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je ne serais rien de plus qu’une trompette claironnante ou une cymbale bruyante.

Si je n’ai pas l’amour, j’ai beau être le plus inspiré des porte-parole de Dieu, connaître tous les secrets de son plan et être versé dans toutes les sciences, je peux même avoir une foi absolue au point de transporter des montagnes : sans amour je ne suis rien.

Quand je me dépouillerais de tous mes biens pour la nourriture des affamés, quand je distribuerais en aumônes tout ce que possède, quand même je me ferais brûler pour mes convictions, si je n’ai pas d’amour, cela ne me sert de rien.

Celui qui aime est patient, il sait attendre ; son cœur est largement ouvert aux autres. Il est serviable, plein de bonté et de bienveillance ; il cherche à être constructif et se plaît à faire du bien aux autres. L’amour vrai n’est pas possessif, il ne cherche pas à accaparer, il est bien de toute envie, il ne connaît pas la jalousie.

Lorsqu’on aime, on ne cherche pas à se faire valoir, on n’agit pas de manière présomptueuse. Celui qui se rengorge, s’étale et s’enfle d’orgueil n’est pas inspiré par l’amour. Aimer, c’est aussi se conduire avec droiture et tact. L’amour prend des égards et évite de blesser ou de scandaliser, il n’est pas dédaigneux. Celui qui aime ne saurait agir à la légère ou coong>mmettre des actes inconvenants. Aimer c’est ne pas penser d’abord à soi, chercher son prrong>opre intérêt, insister sur ses droits. L’amour n’est pas irritable, il ne s’aigrit pas contre les autres. Il n’est pas susceptible. Quand on aime, on ne médite pas le mal, on ne le soupçonne pas chez les autres. Si on subit des torts, on n’en garde pas rancune. Découvrir une injustice, ou voir commettre le mal, ne fait pas plaisir à celui qui aime. Il se place du côté de la vérité et se réjouit lorsqu’elle triomphe. L’amour couvre tout : il souffre, endure et pardonne. Il sait passer par-dessus les fautes d’autrui. Aimer c’est faire confiance à l’autre et attendre le meilleur de lui, c’est espérer sans faiblir, sans jamais abandonner. C’est savoir tout porter, tout surmonter. L’amourstrong> n’aura pas de fin. Les prédications inspirées passeront, les prières en langues cesseront et toutes nos connaissances s’évanouiront.

Cette traduction du Nouveau-Testament m’a plu. Je l’ai trouvée dynamique. Et lorsque j’ai regardé sur la couverture. Il était écrit : Transcription dynamique du nouveau testament. J’avoue que j’aime bien cette force qui traverse les écrits pour transpercer les réalités de nos existences, des fois, endormies par la routine de nos multiples occupations. C’est ce qui m’a plu dans cette rencontre.

Quand j’ai fini ma lecture, ma collègue m’a dit une chose à laquelle j’ai toujours pensé : « Tout ça c’est dur ». En effet c’est dur l’Amour. Tout semble si simple lorsque l’on dit d’aimer son prochain, mais l’amour ce n’est pas se limiter à crier « je t’aime à quelqu’un ». C’est bien plus. Et c’est difficile. Mais cette dimension « difficile » à nos yeux nous conduit-elle à bloquer les voies de la réalisation de l’amour inscrites en nous ? Non. Je ne pense pas. Il faut oser car celui qui nous le commande est bien conscient du caractère fini de notre humanité, donc même si nous essayons de vivre cette réalité à 1%, ce sera déjà une bonne chose. Il faut oser comme dans tout ce que nous faisons dans la vie. Mettre le découragement en avant est très défaitiste. On ne peut jamais démarrer une voiture lorsqu’on porte en soi l’idée qu’un accident va se produire. C’est une éventualité, mais ce n’est pas un fait donné à l’avance. C’est comme l’amour, si tu n’essaies d’aimer tu ne sauras jamais ce que c’est d’aimer. Tu ne sauras jamais combien un acte d’amour peut faire du bien.

Il nous restait environ quatre minutes pour commencer notre journée professionnelle. J’ai encore ouvert une page de l’évangile que j’aime beaucoup : Mt 7, 21-28. Ensuite Sarah m’a demandé mon programme de la soirée. J’avais rendez-vous avec un ami. Elle me dit : « Dommage, je tenais à t’inviter à une rencontre entre gens qui aiment Dieu sans distinction de confession religieuse ».

La foi est un don de Dieu. Mais elle est avant tout quelque chose qui se vit à un niveau personnel où on a confiance en Dieu et où on choisit de l'aimer selon nos dispositions à nous. En un certain sens, elle implique aussi les œuvres comme le souligne Saint Jacques (Jacques 2, 17-18). C’est un peu comme l’amour aussi. On ne l’impose pas. La foi se vit dans le cœur et dans la vie de chacun. Dans la vie de chacun de nous, il y a des haltes qui sont essentielles. Elles ne remplacent en rien nos convictions, mais elles les renforcent. C’est comme l’Esprit qui est toujours à l’œuvre alors que nous ne pensons, parfois, pas à lui. Ce qui me plaît dans l’hymne à l’amour, c’est la force transportée par les écrits et ces vérités qui finalement ne se limitent pas aux Chrétiens, car si l’Esprit est pour tous, n’oublions jamais que l’Amour aussi est pour tous. Il suffit d’oser.

À chaque fois quelqu’un veut critiquer mes appartenances religieuses je lui demande toujours quel Livre il lit. Lorsqu’il me répond la Bible, je lui demande ensuite : « Crois-tu en ce que tu lis ou bien ? ». Il crie: « Je crois ». Ok. C’est bon. C’est un livre inspiré. Pourquoi cherches-tu, alors à créer des polémiques inutiles autour d’un livre que nous appelons tous "Livre Saint" ?. Même en matière de religion, la diversité est admise. La liberté de religion demeure, pour moi, fondamentale là encore.

Qu’on soit chrétien, musulman, animiste, athée ou bouddhiste, ce qui compte à mes yeux c’est la capacité à aimer et à respecter la Vie. Le Dieu que nous servons tous n'est pas ennemi de la Vie. Je ne suis pas partisane du relativisme, mais je pense qu’on ne peut rien imposer aux gens, au risque de créer des hypocrites de service. Qui aime en vérité ne fait pas de mal. Pour moi que l’on soit Chrétien catholique ou chrétien protestant, ce qui compte c’est notre relation non seulement avec la Bible qui peut nous rassembler, mais aussi qui, mal interprétée, peut nous enfermer dans un radicalisme sans précédent. Cependant c’est notre relation avec Dieu, le sacré et l’autre qui demeure au fondement de toute religion, car la religion étymologiquement désigne le lien (religio-religare) de l’homme avec le sacré ou la divinité. Mais ce lien n’est pas à sens unique. Lien avec Dieu, Lien avec soi-même, Lien avec autrui (parce qu’autrui est toujours une transcendance et toute vie est une histoire sacrée). C’est l’histoire d’un triple lien. L’amour c’est la Loi de Dieu pour moi et pour mes semblables. Ni condamnation, ni critique, ni mépris de l’autre. La parole de Dieu est ce qu’elle est et elle ne changera pas. Celui qui veut annoncer la parole de Dieu doit d'abord lui-même se mettre à l'écoute de la parole de Dieu.

Merci à Sarah pour cette halte spirituelle dans un lieu où je ne m'attendais pas à partager l'Évangile.

Nathasha Pemba

Publié dans visions du monde

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Alpha 14/06/2016 16:42

Oui la Foi se vit à un niveau personnel, dans une relation de soi à Soi, sans contrainte ni obligation! Merc Nathasha pour cet article tiré d'une remarquable expérience!