Amitié et Vérité

Publié le par Nathasha Pemba

"Platon m’est cher, mais la vérité me l’est encore davantage" écrit Aristote dans "Ethique à Nicomaque" et " Politique". Être ami de…est une bonne chose, mais être ami de la vérité l'est encore davantage. Ce qui s'oppose radicalement à "Magister dixit" ou "Amicus meus dixit" (le maître a dit ou mon ami m'a dit).

Est-ce que parce que le maître a dit que même s'il faut mentir je dois mentir ? Est-ce parce que c'est mon ami qui a dit que je dois violer les droits humains et tuer, je dois l'exécuter ? Discernement oblige. Sans devenir le radical ennemi du maître ou de l'ami l'on doit pouvoir faire appel à son bon sens. Ainsi sans contredire Platon son maître et son ami, Aristote qui fut son élève disait-il "j'aime Platon, mais j'aime encore plus la Vérité".

Quelques siècles plus tard, le Cardinal Malula écrira "Je préfère être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité". La suite sur sa vie en témoigne. En choisissant la Vérité, il a subi le martyr comme à la croix. Il est mort en exil pour avoir refusé de trahir la Vérité et se mettre au service d'un maître de ce monde.

Dans un monde qui tend de plus en plus en plus à se collectiviser, choisir la Vérité peut paraître aberrant ou faire de nous un traître, un démissionnaire, un méchant. Bref un individualiste sans coeur. C'est normal tout ça! Ça semble humain! Mais avoir le privilège de choisir la Vérité c'est accepter d'être en paix avec soi-même, parce qu'être en paix avec soi-même est le tremplin nécessaire pour être en paix avec les autres. C'est un combat difficile mais Hugo ne disait-il pas que "ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent ?". La lutte n'est pas que physique. Il ne faut jamais l'oublier. Tous les jours l'humain lutte avec les idées, les siens, les ennemis et les amis. C'est la lutte.

En somme dire qu'on aime la Vérité plus qu'un ami ou un maître devrait réjouir notre ami ou notre maître parce qu'il gardera au moins la certitude d'avoir en face de lui un Ami et un disciple plein de bon sens, car par exemple dans le cas de Platon, il enseigne lui-même à préférer la Vérité à quelque sentiment: "un homme ne mérite pas qu'on fasse cas de lui plus que de la Vérité" (République, Livre X).

Il n'y a pas d'amitié sans conséquences.

Nathasha Pemba

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Bazook 23/04/2016 14:03

Oui, cependant, dans un monde de 7 milliards dhumains toutes les verites sont-elles bonnes a dire? A commencer par la premiere: nous sommes trop nombreux. Defendre ce type de verite et lutter pour elles te semble-t-il approprie? Attention: pas d'angelisme de la verite! Les marxistes et bcp d'autres ont cru detenir la verite... A quel prix! Et si personne ne detient la verite, comment decides-tu en politique? En economie? En matiere d'education? L'homme doit sans doute connaitre la verite, mais de la a la suivre en toute circonstance, il y a la marge utile du discernement...

Nathasha Pemba 24/04/2016 00:17

Bonjour mon cher Bazook
Je vous remercie pour votre intervention, mais j'ai l'impression que nous sommes sur deux registres. Le choix et le dire. Choisir la Vérité à l'amitié pose d'autres enjeux que celui de "toute vérité" n'est pas bonne à dire. Nous sommes ici dans le cadre de l'aliénation du Moi qui peut facilement sacrifier ses valeurs à cause d'une parole ou d'une relation qui devient parole d'évangile. Votre argumentation correspond beaucoup à un article que j'ai traité il y a quelques années de cela. Je vous invite à lire le lien suivant...vous y trouverez des réponses probablement et peut-être d'autres questionnements se révèleront. http://lesanctuairedepenelope.overblog.com/2014/04/lorsqu-il-est-question-de-l-amour-du-prochain-et-du-respect-de-la-dignite-humaine-le-mensonge-en-vue-du-bien-est-il-tolerable.html