Tity Bonheur Bassekat ou le regard du jeune politique congolais

Publié le par Pénélope Mavoungou

Qu’est-ce que la jeunesse ? est la question que l’on serait, de prime abord, tenté de poser à l’auteur de cet essai. Mais en lisant sa pensée jusqu’au bout, on constate que l’auteur a voulu non seulement donner une vision : la sienne. Une vision du jeune qui envisage d’entrer en politique, mais aussi une partie de sa pensée politique jalonnée des entrées historiques . l'histoire du monde, celle de l’Afrique, celle du Congo-Brazzaville. Ou simplement celle de la politique congolaise. Dans cette mouvance historique, on rencontre des visages phares comme Alexandre le Grand, Nelson Mandela, Barack Obama, Lumumba, Marien-Ngouabi etc…

Cette audace, ce courage d’avoir osé écrire ce livre fait de Tity-Bonheur un théoricien de la jeunesse.  En effet, parmi les jeunes de son pays, il a osé théoriser l’idée de jeunesse en politique, lui donner une forme, lui donner des raisons de ne pas choisir de rester sur le banc de touche, même s’il peut arriver que l’on se demande si cette jeunesse sacrifiée a-t-elle vraiment le choix.

De fait, s’il est tout aussi facile de trouver des jeunes « manipulables et instrumentalisables » par les hommes politiques congolais, il n’est pas tout aussi difficile d’en trouver qui refusent de se laisser manipuler et qui croient simplement que lorsque les choses changeront, ils oseront, mais pas avec une race de rapaces.  

Tity-Bonheur Basseka est un étudiant congolais, né le 24 avril 1991. Il est détenteur d'une Licence en droit (études internationales et communautaires), et ne cache pas sa passion pour la politique et son ambition d’être de ceux qui seront au cœur du Congo de demain. Il est depuis peu le président d'une cellule de réflexion juvénile dénommée « Think Tank Jeunesse Audacieuse », qui a pour vision d'inciter les jeunes à s'intéresser davantage aux questions liées à la République.

Qui est jeune ?

Telle est la première question à laquelle l’auteur se propose de répondre dès les premières lignes de son livre. À travers des images, et des textes, il essaie de répondre à la question en s’appuyant sur des critères d’âge, sur des textes de l’UNESCO. Ce qui reste toujours difficile à comprendre, surtout lorsque l’on sait que dans certains univers la jeunesse peut aller jusqu’à cinquante ans. Ou encore que la jeunesse peut caractériser, dans plusieurs circonstances, un état d’esprit, une manière d’être.

L’auteur finit par définir la jeunesse non point par rapport à une tranche d’âge mais par rapport à son objet. La jeunesse dit-il « c’est l’âge des passions, du goût du risque et des aventures. C’est la période la plus importante dans la vie d’un homme, car c’est à partir d’elle que se dessinent les fruits que chacun apportera pour contribuer à l’avenir d’une nation. C’est le moment de la vie où chaque individu doit faire bouger les choses, impacter son environnement et produire des actes qui auront des effets constants et perpétuels pour le grand bien des générations futures. Même si dans la plupart des cas, les jeunes ne sont pas aux commandes de la vie de la Cité et se sentent abandonnés par la société et par les décideurs politiques, les jeunes sont les ailes du progrès et les dépositaires de l’émergence d’un pays. Ils sont la source et la fin, et rien ne peut marcher droitement dans un pays s’ils ne sont pas pris en compte » 

Dans sa dynamique politique, l'auteur estime que les politiques actuelles instrumentalisent les jeunes et vilipendent la notion de jeunesse. Il refuse d’accorder aux détracteurs de la jeunesse l’occasion de dire que la jeunesse ne s’engage pas. Les jeunes, dit –il, s’engagent, mais autrement. Ils interviennent souvent et de manière très spectaculaire sur les scènes publiques : « ils soutiennent les partis politiques avec beaucoup de naïveté ou avec beaucoup de calcul» . Cependant il leur manque de l’audace.

En somme, pour l’auteur, « le potentiel congolais est la colonne vertébrale de la survie de la république …travailler avec la jeunesse, c’est construire le futur…la détourner et la manipuler c’est détruire les fondations de l’avenir ».

Pour Tity-Bonheur, être jeune est « un atout incontournable ». La jeunesse et la politique, estime-t-il vont de pair.

Il est une évidence de notre siècle, c’est qu’aujourd’hui au Congo les adultes ne peuvent plus occulter la jeunesse. Composer avec elle est, selon Tity-Bonheur Basseka, un impératif. La condition même de son avenir.

Habituée à vivre dans un monde ployant sous les slogans, je suis presque tentée de résumer Tity en disant : « pas de politique sans jeunesse », car elle est la condition sine qua non du développement d’un peuple. Il le dit en ces termes : « sans la jeunesse aucun discoureur infatigable ne peut s’imaginer une destinée en politique»

 Tity-Bonheur ou l’apologie de l’audace

L’auteur est convaincu que désormais, seule une énergie doit habiter la jeunesse: l’audace . Il estime que tous les secrets du succès se trouvent dans l’audace. En un mot pour lui, « l’audace c’est d’accepter d’être leader et de prendre le risque que les autres se refusent à prendre » .

Pour l'auteur, les prérequis de l’audace sont : la justice et l’intégrité, l’humilité et les valeurs républicaines.

« Les discoureurs infatigables », un titre très accrocheur

Dans un pays où l'on n’est habitué à entendre des mots comme « le bâtisseur infatigable », on peut presque sourire en lisant l’expression « discoureur infatigable ». Comme quoi, les slogans peuvent quelques fois se révéler très inspirateurs. Il me rappelle d’ailleurs, une de mes futures publications où je parle d’un « dictateur infatigable » qui n'est pas heureux quand il ne dicte pas sa loi. Dans cette partie de son livre, l’auteur fait i le diagnostic de la politique congolaise, mais aussi de la politique africaine. Il analyse Ce que l’on pourrait appeler les barricades du décollage de l’Afrique. Il dresse deux portraits : celui du politicien et celui de l’homme d’état.

Qu’est-ce qu’un politicien ? -C’est celui qui prêt à tout pour aboutir à sa fin -C’est un démagogue et un piètre faiseur -C’est un homme qui dirige sans partage, -C’est celui qui flatte sur la personnalité de celui dont il mendie les faveurs, -C’est celui qui n’a aucun respect du tissu constitutionnel, -Il truque les élections, opprime le peuple, -Il est le problème et la solution… -Il est créateur de milice privée -Il est dictateur, manipulateur : le sentiment d’insécurité est son bouclier pour maintenir le peuple sous sa botte : il devient incontournable.

Les politiciens ils aiment s’inventer des slogans à leur gloire et se mettre dans la peau des hommes de valeurs, des héros nationaux…exemple, Mobutu se représentait souvent sur des banderoles avec Lumumba alors qu’ils faisait partie de ceux qui ont participé à sa mort 

« Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Nelson Mandela, mais ne tolèrent pas d’opposition de leur propre peuple ». L’auteur reprend cet extrait du discours d’Obama pour montrer ce qu’il constate des politiciens africains.

 Un politicien est donc ce qu’on pourrait appeler un beau parleur qui est en même temps un piètre faiseur. C’est quelqu’un qui s’habitue faire ce qu’il ne dit pas et à dire ce qu’il ne fera pas. C’est un calculateur de première heure, un harangueur de masses, mais un mauvais exécutant  

Pour l'auteur , le dieu du politicien c’est « sa carrière et ses objectifs ». L’homme d’État quant à lui est « représentatif des responsables politiques d’un pays qui détiennent le pouvoir de décision politique et en font usage pour le bien commun »:

- Il a une grandeur d’esprit et est attaché à son pays,

- Il n’a pas besoin des flatteries et des acclamations des hommes, il sert le peuple,

-Il s’efforce de connaître les souffrances de son peuple et d’y apporter des solutions,

-Il est responsable et recherche des solutions pour sa nation.

- Il n’envoie pas des gens pour tâter le terrain ou électriser son peuple,

-Il est motivé par l’amour qu’il a envers son peuple.

Ces hommes d’état, ce sont, selon l’auteur, de la trempe de Lumumba. On retrouve aussi, dans le livre, d’autres sujets comme la nécessité de la moralisation au Congo qui aura pour « conséquence fondamentale d’installer chez les jeunes une culture patriotique, en lâchant dans la politique active des jeunes citoyens avertis, profondément démocrates, cultivés »

En outre, l'auteur parle de l’engagement politique des jeunes invitant ces derniers à s’engager sans hésitation. Changement de mentalité ? Oui, dit Tity-Bonheur. C’est la condition de l’émergence, le « moteur principal dans la mise en place des changements futurs, des perspectives d’avenir que la jeunesse doit sans plus attendre enclencher pour porter les couleurs rayonnantes de l’audace ». Pour y arriver, l’auteur propose de se concentrer sur deux lois universelles :

La première est la loi de l’attraction : « nous sommes un aimant et nous attirons naturellement vers nous ce que nous sommes naturellement vers nous ce que nous sommes au-dedans de nous ». La deuxième est la loi des correspondances : « il nous sera impossible d’aller à l’émergence ou d’industrialiser le Congo, si nous ne changeons pas, en premier lieu, notre manière intrinsèque de voir la politique ». Pour que les choses puissent bouger, affirme Basseka, il faut adopter une politique générationnelle : il n'y a pas de succès sans successeur.

Ici l’auteur soulève la question de l’alternance considérée comme la bête noire de la majorité des chefs d’États africains qui ont tendance à s’identifier au pouvoir. Il soulève deux types d’alternance : l’alternance générationnelle et l’alternance politique. Il survole la question de la Constitution de 2002 du Congo. Il s’inscrit dans une vision générationnelle qu’il considère comme « un moyen démocratique facilitant l’avènement au pouvoir d’une nouvelle classe de jeunes dirigeants politiques, afin de poursuivre, d’améliorer l’héritage laissé par les aînés et de continuer d’assurer la gestion des affaires de l’État »

En plus de ces questions l'auteur parle de la place des religions et des ethnies dans la politique congolaise qu’il juge utile. Il considère cela comme une question à ne pas éluder. Néanmoins, il met en garde contre l’instrumentalisation par l’ethnie.

L’essai de Tity-Bonheur mérite qu’on lui accorde une attention particulière dans un certain sens, car il décrit l’état de la politique congolaise avec brio. La description qu’il fait du politicien et de l’homme d’État d’autre part, en montrant la grande différence existante, a aussi retenu mon attention, après sa théorie de l’audace. Même si je suis restée sur des questionnements, je reconnais que l’étude de Basseka fournit une perspective différente d’une certaine vision de la jeunesse congolaise que l’on peut très bien observer aujourd’hui. L’initiative est courageuse. Nous lui souhaitons un bon vent, tout en lui souhaitant de se souvenir que l’audace est un vocable très ambivalent et souvent excessif qu’il faut utiliser avec tact, sinon on risque de tomber dans les excès. J’aurais souhaité qu’il insiste davantage sur cette question en montant que la vertu est toujours entre l’excès et le défaut, et que le rééquilibrage de la jeunesse en politique est plus que nécessaire qu’un courage illimité. S’il m’était demandé de donner un titre à ce livre, je l’appellerai : « Tity-Bonheur ou le regard du jeune politique congolais ».

Nathasha Pemba,

 

 

Publié dans Analyses Essais

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