Charles Zacharie Bowao, le philosophe de la démocratie

Publié le par Pénélope Mavoungou

Je recommande ce livre à tous ceux qui, en Afrique, entrent en politique.

…Même aux anciens politiciens qui se prennent pour des hommes politiques accomplis. Il faut avoir le courage d'assumer ses échecs pour continuer. La démocratie en Afrique et au Congo-Brazzaville peine décoller. Adoptée, elle est encore à l'état de déclaration. Cette excellente analyse de cet ami et confrère philosophe décortique les notions de "tribalisme, d'ethnisme, d'ethnicisme et d'ethnocentrisme".

Le tribalisme, une erreur conceptuelle qui plane dans l'esprit de la plupart des congolais. Même les hommes politiques. L'auteur en analysant le concept, à partir des recherches anthropologiques et sociologiques montrant que le tribalisme se dit en lien avec les "tribulations inhérentes à l'enfance primitive de l'humanité, souligne qu' "il est impropre de parler encore de tribalisme, sauf à vouloir inconsciemment accepter ou valider cette dévalorisation surannée, qui ne correspond nullement à la situation actuelle. (...) Pas de tribu, donc pas de pratique tribale, encore moins de tribalisme." (p. 23)

Déconstruisant le paysage politique congolais qui s'est enlisé dans l'esprit ethnocentriste, l'auteur propose à la place, la prise en compte d'une éthique du politique. Il est important de créer une conscience. Une prise de conscience de notre appartenance commune et de notre responsabilité commune. Il est difficile que le Congo continue sur cette voie. Penser et repenser la politique et les moyens de Vivre ensemble demeure importante. Voire indispensable.

Sans amateurisme et sans esprit anti-moderne, le philosophe Bowao donne une définition de la Citoyenneté qui me paraît compatible avec les cultures africaines. Une définition où la Citoyenneté n'exclut pas l'ethnie. On est Vili, Mbochi, Bomi taba, Lari, Punu, Bembé… Mais on est Citoyen Congolais aussi.

En somme, Bowao essaie de remettre l'intellectuel africain face à sa conscience en le conduisant à se questionner et à se positionner au sujet de l'impertinence de l'ethnocentrisme et de l'urgence d'une éthique du politique.

Lisons! Lisons… Lisons en évitant de catégoriser...

Cela nous évitera de raconter n'importe quoi!

 

Nathasha Pemba

Référence du livre:

Charles Zacharie BOWAO, L'imposture ethnocentriste, (Brazzaville, Editions Hemar, 2014)

Publié dans Analyses Essais

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