Le féminisme Humanisant de Chimamanda Ngozie ADICHIE: Nous sommes tous des féministes.

Publié le par Pénélope Mavoungou

Je pense toujours que lorsque l’on rencontre le texte d’un écrivain, on pourrait parler d’une rencontre d’amour. Une rencontre d’amitié. Avant de l’avoir rencontré dans ses écrits, on ignorait presque tout de lui. Et puis d’un coup ! On est ébloui et transporté. On a juste une seule envie : que ça dure. Le coup de foudre.

Chimamanda Ngozie ADICHIE appartient à cette espèce des grands écrivains qui vous transportent. Au début vous ne savez pas où elle vous mène, mais dès que vous vous embarquez, vous ne cessez de la découvrir. Et comme dit souvent Florent Pagny, au sujet de ses talents dans The Voice, « Elle envoie, elle envoie et puis d’un coup c’est de l’émotion, de la fascination».

« Nous sommes tous des féministes », Un texte de 50 pages qui n’est autre que la reprise d’une conférence donnée en décembre 2012 par l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi ADICHIE. Elle avait abordé le thème du danger de la pensée unique notamment sur celle que les gens ont de l’Afrique. À partir des exemples très ancrés dans son vécu, l’auteur présente des stéréotypes du féminisme, mais aussi de ce que je puis appeler le « masculinisme », le fait de toujours considérer que certains attributs sont faits pour les hommes : être président, faire de la politique, conduire un bulldozer, être philosophe, donner un pourboire, entrer seul dans un hôtel ou dans un bar, régler une addition…

Elle est partie d’un constat très personnel : « Tout le monde la traite de féministe. Et on a comme l’impression qu’être féminisme est un mal. Etre féministe pourrait paraître aux yeux de certains de ces proches comme un défaut tel être un terroriste. Sans oublier les conseils de certains de ses lecteurs. Notamment ce journaliste :

D’après lui les gens trouvaient mon roman féministe et il me recommandait-en secouant la tête, l’air attristé, d’éviter à tout prix de me présenter de la sorte car les féministes sont malheureuses, faute de trouver un mari.  Puis cette universitaire nigériane qui m’a expliqué que le féminisme ne faisait pas partie de notre culture, que le féminisme n’était pas africain, et que c’était sous l’influence des livres occidentaux que je me considérais comme féministes  

 

Etre une féministe africaine heureuse : un véritable challenge.

J’ai donc décidé de devenir une féministe heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvre et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes

Elle invite, en réalité à un féminisme décomplexé et humanisant, c’est-à-dire donner au méritant ce qu’il mérite sans être obligé de penser que ce métier est fait pour les hommes ou spécifiquement pour les femmes. Cf son exemple (resté dans sa mémoire) à travers son désir d’être chef de classe. 

À ma grande surprise la maîtresse m’a dit que le chef de classe devait être un garçon 

Des questionnements de l'auteur :

Pourquoi c’est toujours l’homme qui doit régler l’addition ?

 Et si nous inculquions aux garçons et aux filles qu’il ne faut pas faire le lien entre virilité et argent ? Pourquoi enseigne t-on aux filles de ménager l’ego fragile des hommes ? Pourquoi les éducateurs apprennent-ils aux femmes à se sous-estimer et à se diminuer ?

En définitive, je dirais que le texte est non seulement féministe, mais aussi humaniste, car pour l'auteure, nous, humains, somme tous des féministes.

Pour ma part, je considère comme féministe un homme ou une femme qui dit, oui, la question du genre telle qu’elle existe aujourd’hui pose problème et nous devons faire mieux. Tous autant que nous sommes, femmes et hommes

 Le texte est un beau texte. Un texte osé même si ma crainte c’est finalement que Chimamanda ne devienne un jour victime de la globalisation de la réalité africaine ou de ce qu'elle appelle "pensée unique". Un concept n’est jamais une réalité et moins encore un espace géographique. La congolaise que je suis est heureuse de découvrir cette culture nigériane, mais refuse d'universaliser certaines réalités aux autres pays africains. J’ai à peu près le même âge que Chimamanda, mais jamais je n’ai vu, par exemple une fille être ignorée par un serveur, comme dans cet exemple :

Quand un serveur m’ignore, j’ai l’impression d’être invisible. C’est insupportable. L’envie me tenaille de lui dire que j’appartiens autant à l’espèce humaine qu’un homme et que je suis aussi digne d’être prise en compte

Je pense qu'Adichie ne doit jamais cesser d'affirmer, comme elle l'a fait dans Américanah, que l'Afrique incarne un grande diversité.

Chimamanda Ngozie Adichie, Nous sommes tous des féministes, Paris, Gallimard, 2015.

Publié dans Femmes Inspirantes

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Mª Luís 16/07/2015 16:11

" NOUS SOMMES TOUS des féministes" Je trouve que seulement par ce titre l'auteur dit beaucoup et nous invite à la réflectión et à recherche de c'est que nous sommes, hommes et femmes! Je suis heureuse d'entouver, grâce à notre amie Pénélope. Merci.

Mª Luís 16/07/2015 16:01

J'ai aimais ce commentaire, parce que va droit à que j'aime aussi de me sentir femme dans la recherche de mon être de femme, à coté des outres femmes et travailler ensemble pour ce que nous une entant que des êtres humains:des homes des femmes,pour bâttir un monde plus juste et humain. Dans la diversité de nos pays africains, chercions ce que nous unie.