Mon Labyrinthe de Destinée Doukaga

Publié le par Pénélope Mavoungou

« Le tourment d’une orpheline » est la première idée qui m’est venue à l’esprit lorsque je suis arrivée à la dixième page de ce roman autobiographique. Je l’ai noté sur un bout de papier espérant y trouver un synonyme, car je trouvais que « tourment » faisait trop tourmenté. Finalement lisant à la page 25, cette phrase : « Mais la joie de le revoir m’a fait oublier de lui faire part du tourment que j’endurais ». Dès lors, j'ai décidé de garder le titre de ma lecture.

Mon Labyrinthe est un récit autobiographique où l’auteure choisit de faire un bilan des situations vécues durant une période de sa vie. Elle dévoile ce que l’on sait presque déjà de ce qui se passe après la mort des parents, dans plusieurs sociétés africaines post-coloniales. Mais ici cet abandon ou cette «fausse adoption » de la famille maternelle se fait sous fond de guerre, sous fond de véritable hypocrisie. Personne ne connaît l’état psychologique de l’autre. Il y a juste cette habitude de revendiquer les orphelins que l’on retrouve dans plusieurs familles en Afrique. Une revendication fondée sur des intérêts purement matériels. Ou encore une revendication que l’on exhibe pour se faire valoir devant la famille, devant les amis ou encore devant les membres de sa confrérie spirituelle ou politique.

Dieu ne nous commande-t-il pas de prendre soin de la veuve et de l’orphelin ?

Tout allait si bien… jusqu’au jour où la guerre, ces conflits armés provoqués par d’autres personnes pour leur propre intérêt… Il arriva ce jour-là où tout bascula. D’abord l’exil… la mère a toujours parlé de ses origines. C’était un exil sans être un exil. C’était un peu le retour aux sources. Ce moment ou en s’exilant ou en repartant aux sources, on est obligé de faire le tri…où « les rêvent cessent d’exister »… pour plusieurs raisons. La santé, les moyens financiers… et la peur sont présents. Mais aussi la joie de retrouver les siens.

Le retour aux origines a fait de la narratrice et de sa mère, des étrangères… L’étranger qui, comme chez Camus, finira par prendre le cycle et les couleurs de l’absurde. De l’étranger qui est souvent stigmatisé… parce que non connu, parce que différent. Le roman de Camus commence par : « Aujourd’hui maman est morte ». Mais à la différence de Meursault, personnage principal de L’étranger de Camus, dans Mon Labyrinthe, la narratrice n’a pu voir le corps de sa mère. Elle a juste gardé une chose d’elle : un peigne. Sa seule relique après l’amour qui restera toujours gravé dans son cœur. Cet étranger qui finit souvent par se retrouver seul. Cet étranger devenu « indésirable ». Traité « d’ingrat » et dont les tempes seront continuellement martelées par « libérez ma maison ». Pour la narratrice, ce sentiment « d’être de trop » est toujours présent quand on est étranger.

Après l’exil vint la tombe… Ce passage nous a fait penser à Tchitchelle Tchivela (L’exil ou la tombe), mais un peu différemment, car là, pour la mère de la narratrice, ce sera l’exil et la tombe. En effet, elle se serait attendue à tout, sauf à la mort de sa mère car pour elle, sa mère a toujours été éternelle. Cependant, cet exil lui offrira des souvenirs pas toujours gais, mais des tremplins pour aller de l’avant.

Refusant de continuer à être étrangère, la narratrice choisira de rentrer chez elle… où pourtant elle restera étrangère malgré elle.

Surgiront des questionnements qui finiront par mettre la foi entre parenthèses: 

Ma mère n’est plus, Dieu aussi est donc mort ? Sinon réveille-toi. Je ne voudrais pas faire ce que je n’ai pas envie de faire. Pourquoi me laisses-tu seule avec ce lourd destin ? Réveille-toi sinon je me tue 

Choisit-on sa famille ?

Non. Personne en venant au monde ne sait ce qui l’attend même dans sa propre famille. Mais une mère, même quand on ne l’a pas choisie a, avec son enfant, un lien que personne ne peut comprendre. C’est ce que ressent l’enfant dès l’enfance. Et souvent cette mère-là, lorsqu’il n’y a plus ou pas de père devient tout pour nous. L’oncle qui est censé être là. Celui-là même qui attend toujours l’âge nubile de sa nièce pour établir sa liste de la dot. L’oncle le grand responsable. Il se déresponsabilise face à la misère de sa nièce, celle-là même à qui il a donné son nom  

 Personne ne m’a aidé dans ma vie. Je me suis toujours battue seule 

Il y a, par ailleurs, le visage de la cousine-tutrice qui guette des occasions pour foutre à la porte ces « sans familles » qu’elle s’est s’auto-imposée. Encore cette fausse charité baignée d’intérêts et d’égoïsme. Et puis les autres cousines et cousins qui ont toujours été là et qui ont fait ce qu’ils ont pu, car on ne donne que ce que l’on a.

Une image fidèle : Jbs.

L’ami qui ne part pas. L’ami fidèle. L’ami qu’on aurait parfois du mal à situer dans le récit : ami ou petit-ami ? Le lecteur peut souvent se surprendre en train de vouloir que Jbs épouse le personnage principal pour qu’elle s’en sorte enfin.

Durant ces moments désertiques, la narratrice s'est nouée des relations particulières. Avec des êtres particuliers. Le plus présent reste le livre. Duhamel disait « le livre tient désormais lieu de mémoire à l'humanité tout entière, que tout ce que nous savons est dans nos livres, que le livre exige de nous un fort salutaire qu’il nous permet la réflexion et le travail intellectuel, que notre civilisation, en bref, pourrait s’appeler la civilisation du livre » 

Pour la narratrice le livre n’était pas seulement ce médiateur entre elle et le passé et tout ce qui existait, mais aussi un antidote, un exutoire. Elle cite Taty Loutard, Henri Lopes, Mambou Aimé Niali, … des auteurs qu’elle a lu. Mais aussi la musique… beaucoup plus Patience Dabany.

Étudier va rester la seule chose à laquelle la narratrice va s’accrocher. Le seul espoir, et le moment où l’obtention du bac devient le seul moyen de survie. La seule raison de vivre :

 Si j’échoue il ne restera plus qu’à me donner la mort  

Pourquoi aller à l’école, alors qu’elle aurait pu mener une vie facile ? Trouver un homme. Non. Elle préfère rester digne dans sa pauvreté et réussir de ses propres moyens. Elle y croit. Elle y est arrivée.

Quand les portes s’ouvrent, l’optimisme s’installe. On sait que les difficultés reviendront certainement, mais on les regardera avec un autre regard

 J’ai commencé à affronter la vie avec une vision différente, un peu plus optimiste cette fois

À la fin, par simple curiosité, j’ai envie de demander à la narratrice : « Qu’est devenu votre petit-frère. Celui dont vous parlez à la page 50 de votre récit ? ».

En somme, le récit de « Mon Labyrinthe » traduit un malaise : celui des sociétés africaines qui n’ont de cesse de mettre en solde l’humanité de leurs concitoyens. Combien d’enfants, de jeunes sont aujourd’hui dans la rue parce que les gouvernants se détournent de leur mission sociale ? Comment l’État peut-il hypothéquer l’avenir de ses jeunes en trichant avec la réalité ? Les bourses, la corruption… Finalement être pauvre est-ce un anathème ?

Le livre de Destinée Doukaga interpelle… Il invite à marcher

 

Nathasha Pemba

 

Destinée Doukaga, Mon Labyrinthe, Paris, Edilivre APARIS, 2014, 12, 00 euros.

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Commenter cet article

DELVERE 27/02/2017 14:02

LA DOULEUR EST COMME UN VISITEUR, CERTES QUE LE PASSE NOUS PERMET DE CONSTRUIRE LE FUTUR MAIS LE PLUS IMPORTANT C EST QU APRES NOUS EN SOMMES SORTIES VICTORIEUSE. VOUS AVEZ SU NOUS ECLAIRER PAR VORE OUVRAGE,UN CHEF D OEUVRE!CHAPEAU.MERCI

Nathasha Pemba 28/02/2017 23:40

Merci beaucoup de vous intéresser à notre blog

Pénélope-Natacha 26/01/2015 20:53

Elle a le mérite d'avoir été écrite DDH… Maintenant on avance…c'est ce qui compte

DDH 26/01/2015 21:38

Oui...tu as raison.... Le passé n'est pas plus important que le futur... Merci encore Pêne...

DDH 26/01/2015 20:26

Pénélope....
Quelle histoire triste!