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Sa mère de Sophia Azzeddine

Publié le par Nathasha Pemba

Sophia Azzeddine met en avant l'histoire de Marie-Adélaïde, une fille née sous x. L'héroïne du roman a connu plusieurs familles et plusieurs emplois en grandissant.

De ce point de vue, on peut dire qu'elle a vécu dans une sorte d'instabilité qui a en quelque sorte influencé le cours de sa vie.

Marie-Adélaïde sait aussi ce que veut dire "matricule numéro tant" après avoir passé un séjour dans une prison.

Bref, elle est convaincue que son histoire n'attire personne parce qu'en plus d'être une fille ordinaire, elle est singulièrement une fille à problèmes. Si elle ne cherche pas les problèmes, ceux-ci ont choisi de venir vers elle. Mais elle ne se décourage pas parce qu'elle est convaincue que tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. 

Ignorant ses vraies origines, Marie-Adélaïde se laisse aller par son imagination féconde en essayant de penser le type de famille à laquelle elle appartiendrait, mais ne sait pas encore qu'elle est d'origine arabe.

Contrairement aux autres (je parle de ceux qui se réunissent au sein d'une association en pensant que ça fera moins mal), je n'ai jamais fantasmé ma mère biologique. J'ai bien réfléchi et j'en suis arrivée à la conclusion que je viens d'une famille de bourgeois. Pas pour me consoler mais parce que c'est logique. Les gros beaufs bouffeurs de surimi, il les gardent les gosses, ils ne les abandonnent pas. Plus tard, les torgnoles pleuvent mais bizarrement l'affection est là. (...). Ce sont les bourgeois qui se débarrassent des mauvaises branches. Ils n'aiment pas les contraintes, peu importe leur nature, ils ont un projet de vie qu'ils n'envisagent qu'à long terme. (...). Mon grand-père a dû trancher comme ça: tu abandonneras ce bébé et tout redeviendra comme avant. Ça a dû être bref. Comme le soupir qui l'a précédé.

 

Cet extrait montre que même si elle suppose être née d'une bourgeoise, elle ne les porte pas trop dans son coeur.

Entre autres thèmes développés, il y a la question de la relation mère-fille qui n'est pas abordée directement, mais qui en réalité constitue le fil du texte comme l'indique le titre. Toutefois il s'agit ici d'une mère inconnue, lointaine... comme l'est l'héroïne aussi, presque insaisissable et assez éloignée de la réalité. Avant de rencontrer sa mère, Marie-Adélaïde est une fille en colère qui rejette tout le monde. En passant, elle égratigne les bourgeois, les pauvres, les hommes et femmes politiques, la cour des grands... Bref, à force de vouloir dénoncer tout, elle ne dénonce presque rien et frôle la stigmatisation.

Écrit à la première personne sans être forcément linéaire, le roman est très captivant et ne donne pas envie de le poser tant qu'on n'a pas lu le dernier mot. On peut dire que le style de l'auteure est très captivant. L'auteur évoque aussi les attentas du 15 novembre à Paris, les difficultés liées à l'emploi et autres thèmes.

Nathasha Pemba

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Doctrovée Bansimba, Artiste congolaise

Publié le par Juvénale Obili

Née au Congo Brazzaville, Doctrovée Bansimba est une artiste et peintre congolaise. Elle a reçu le Premier prix de peinture à l'issue des Premières Rencontres Internationales d'Art Contemporain des Ateliers Sahm en 2013. Elle est aussi récipiendaire du Sanza de Mfoa 2016. Elle a réalisé un portrait de Serge Gainsbourg à l'occasion de la célébration du vingtième anniversaire de la mort de l'artiste sur le mur de sa maison.

Juvénale Obili s’est entretenue avec elle pour le compte du Sanctuaire de la Culture.

 

1-Bonjour Doctrovée. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. S’il faut retracer ton parcours, que dirais-tu? Es-tu une femme qui se sent investie par une mission ? Quels sont les moments forts de ton parcours d'artiste ?

 

Tout a commencé par le gribouillis de l’école maternelle, ensuite par des dessins au sol sous forme de contes ainsi que le modelage d’argile au bord du Djoué. Il y a aussi eu les moments où je récupérais des petits objets ça et là : les chutes de tissus et les poupées qui finissaient par être brûlées par ma mère. L’envie d’en faire un peu plus se transformait en une joie inexplicable où se se rendre utile devenait comme un appel. Je réalisais des « Morceaux choisis » d’entrée en classe de sixième pour les autres alors que je n'étais qu'au CM1. Au collège je rêvais de faire les Beaux-Arts après le B.E.P.C, malgré l’opposition de l’autorité parentale. Cependant, je peignais les murs des maisons, et dessinais sur les murs des boutiques … les bouteilles de jus, des morceaux de viande, des tranches de saucisson. C'était une sorte de Street art commercial. J'ai fait cela jusqu’au lycée. Enfin, après l’obtention du baccalauréat en 2006, j'ai fait à la fois l’École Nationale des Beaux-Arts et l'Académie des Beaux-Arts de Brazzaville de 2007 à 2011. Ajoutant des expériences en ateliers auprès d'anciens de la scène artistique congolaise comme Rémy Mongo Etsion le sculpteur, et un certain maître Shims . À partir de 2012 j’ai enchaîné résidences de création, rencontres internationales, ateliers et récompenses. Lorsque je suis en face d’un support  vide, et que j’ai une  pensée  en  accord  avec mon état d’âme  fusionnant avec mes instruments de prédilection , rendre palpable une vie comprise dans une autre  qui au départ n’était qu’une simple pensée ,sourire  la naissance de cette œuvre qui vie,  sourit et fait cogiter les autres ,c’est ça ma mission et  mes moments les plus forts .

 

3- Tu es une artiste. En quoi consiste ton art ? Quel regard portes-tu sur l’art congolais ?

 

Je chante la poésie du monde : celle d’Afrique et d’ailleurs, je déclame la succession des vers : vers de douleur, douleur de soi douleur de l’autre, les vers de rites, d’étreinte, de barrière, du regard de l’autre, de toute sorte de guerre ,de cette guerre qui ne se vit pas seulement à travers  les crépitements des armes, je déclame les vers de la nature, nature de l’homme, nature de… mon art est aussi une forme de thérapie pour moi. L’art congolais est riche, il mérite que l’on retrace son histoire et qu’on en fasse un programme  pédagogique.

 

portrait de Serge Gainsbourg sur le mur de sa maison. Peinture réalisée par Doctrovée Bansimba à l'occasion du 20e anniversaire de la mort de l'artiste.

4- Quelle est ta relation avec le pinceau ? Combien de tableaux à ton actif ? Où peut-on les trouver ? As-tu déjà participé à une exposition ?

 

J’ai pas mal d’œuvres, et  j’entretiens une forte relation avec mon pinceau.  J’ai participé à quelques expositions un peu partout, à Brazzaville, à Kinshasa, à la biennale Dak'art avec les ateliers Sahm, en France à Paris , en Suisse. J’ai exposé à Londres  1:54 Contemporary African Art Fair avec Barthélémy Toguo ; à Vienne, et ça continue…    

 

5- Être une femme et artiste, qu'est-ce que cela représente au quotidien dans une société où la femme a encore du mal à faire valoir ses compétences .

 

Je suis une femme oui et ça se voit, par contre dans le contexte du travail, je me définis comme artiste tout court. J’aime bien cette pensée d'Indira Gandhi : « il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui prennent le crédit. Tentez d’être du premier groupe ; il y a moins de compétition » .  Alors il  suffit juste de travailler comme il se doit pour s’affirmer, trouver sa place... voilà.

 

6- Sur le plan humanitaire, y a –t-il une cause qui te tient le plus à cœur ?

 

Protéger les enfants contre toutes les formes d’exploitation et de violence surtout ceux qui sont abandonnés à eux-mêmes dans tous les coins des rues, leur donner l’accès à une éducation et une formation de qualité, répondre à leurs besoins vitaux (la santé, la nutrition, l’eau, et assainir leur environnement), favoriser gratuitement la scolarisation des personnes en conditions de handicap.

 

7- Si Doctorovée était Ministre de la culture, quelle serait sa priorité ?

 

Je me sens très bien dans ma peau d’artiste qui est aussi celle d’un ambassadeur de la culture, donc être ministre ne m’a jamais traversé l’esprit. Par contre en tant qu'artiste je demanderais ou peut-être, proposerais à ceux qui ont la possibilité de l’être de prendre exemple sur les autres:  Juger l’art et l’artiste de son pays à sa juste valeur, lui donner une grande visibilité, favoriser les échanges culturels, donner l’opportunité aux artistes d’aller faire découvrir leur art et découvrir celui des autres ; créer des sérieuses activités culturelles, des espaces favorables d’expression pour artistes, des musées, et tout ça pour de vrai. Préserver précieusement son patrimoine culturel, et surtout d’arrêter de transformer les salles de cinéma et autres en une sorte de Super market ou d’église, pour un perpétuel épanouissement et développement.

 

8- En 2006 après l'obtention de ton BAC, tu as préféré vivre ta passion en dépit de la volonté des parents. Y a t-il un parallélisme entre l'engagement et la passion artistique ?

 

Lorsque l’on a la chose en soi, et qu’on est destiné précisément à cette chose, la passion prend le dessus de tout engagement. Ce qui m’inspire le plus c’est tout ce qui nous entoure, le  mystère de l’univers.

 

10- Qu’est-ce que l’art t’apporte de plus dans la vie ?

 

Qu’est-ce que l’art m’apporte de plus dans ma vie ? Waouh ! Je vis l’art je respire l’art, je rêve l’art, je pleure l’art, je danse l’art, je souris l’art, je baigne l'art, je vois l’art, je transpire l’art, je déclame l’art, je mange l’art, je chante et bouge l’art, je crie l’art, je discute l’art, je dors l’art, je me lève l’art, je marche l’art, et l’art c’est toute ma vie.

 

11- Quel est ton rêve pour la jeunesse congolaise ?

 

Que cette jeunesse soit celle qui baigne dans une potion pour se cultiver continuellement pour un meilleur lendemain. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juvénale Obili et Doctrovée Bansimba

                                                    

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Nouvelle de Marien Fauney NGOMBÉ: PRÉCIS SUR LA MISE EN BIÈRE D'UN PLAT PIMENTÉ

Publié le par Marien Fauney Ngombé

Je vais vous raconter l’histoire d’un homme qui mange. Mais avant ça, laissez - moi vous raconter mon réveil et lever un pan du pagne sur ma vie ici.

 

Il est quatorze heures. Le soleil s’acharne à être à la hauteur de sa réputation. Le vivant comme l’inerte suffoque, s’étouffe, chauffe, brûle, sue et s’assèche.

 

Je suis devant ma fenêtre. Je me lève à peine et profite de la réverbération du soleil sur le sable. D’une oreille distraite, j’écoute l’émission quotidienne que diffuse la radio nationale. Émission sur des tranches de vie. Elle est l’œil indiscret sur notre société. J’aime entrer dans les vies de ces gens comme moi, ces pauvres destins échoués, ces lapsus de la destinée, ces sans - intérêts. Grâce à ce journaliste depuis plus de dix ans, les modestes gens ont dix minutes de gloire. Aujourd’hui, l’émission se termine sur l’histoire d’un homme à qui la femme a proposé de faire ménage à trois avec son amant. Elle, le pauvre mari cocufié et l’amant insolent. Onong ! Afrique maudite ! Nos ancêtres vont mourir une seconde fois de là où ils se trouvent. Et surtout n’allez pas me parler de vos histoires de royauté matrilinéaire et de ces reines qui avaient des arènes remplies d’hommes. Pas de sottises dans ma parcelle, dans ma maison, ni dans mon poste radio.

 

J’ai failli balancer ce poste radio pourri contre le mur. De toutes les façons, ceux qui témoignent et le journaliste ne sont que des affabulateurs qui gagnent leur pain en déblatérant des boniments. Boniments d’arracheurs de dents, boniments de sorciers de la forêt équatoriale.

 

J’habite ce neuf mètres carrés depuis le lancement de « Bo yoka makambo » (en français : Écoutez donc ça !). C’est le titre de l’émission. La peinture vert bouteille a désormais des traces noires de mains d’adultes et d’enfants, de suie souvenir de début d’incendie, de gras de beignets et de sauces graines, de rouge de feutres, de stick à lèvres de ma femme et de maîtresses ramenées en catimini, de marron mal nettoyé d’excréments de mon enfant et de son père un lendemain de cuite sévère …

 

Je n’ai jamais rafraîchi les murs. Je pensais rester six mois ici, dans ce célibatorium, du nom qu’on donne aux enfilades de studios en location dans une cour commune. Généralement occupées par des célibataires.

 

Je n’ai pas toujours été aussi oisif. J’ai même travaillé à l’époque quatorze mois de suite dans la société qui produisait l’eau minérale. Mais après le scandale d’empoisonnement aux produits chimiques, elle a dû fermer. Je ne sais pas comment je fais pour passer les saisons depuis tout ce temps sans avoir une vie réellement stable. Mouf ! j’ai fait mienne l’expression : une vie de bâton de chaise. Je bringuebale sous le poids de ce gros postérieur qu’est la vie d’un homme.

 

Désormais couché à pas d’heure et levée à 14h pour écouter « Bo yoka Makambo », et ensuite rendre une visite à Mama Odemba. Tout le monde l’appelle par son prénom Ma’ Eugénie. Mais son restaurant s’appelle Odemba. Et moi je l’associe à ce lieu.

 

Chez Ma’ Eugénie, il fait bon vivre. J’y suis accueilli comme si j’étais chez un parent proche. C’est un joli restaurant. Pas vos trucs de la ville climatisée insipide. Vos trucs où vous n’allez que pour discuter et faire les beaux et non pour honorer les plats.

 

Non ! c’est un restaurant typique de chez nous. Un lieu pittoresque. Les casiers de bières y tiennent lieu de sièges. Les tables en bois y sont parfois recouvertes de nappes aux motifs vichy. Nous sommes en plein air ou alors entourés de tôles ondulées. Ma’ Eugénie n’est jamais loin. Toujours près de ses braseros, à ajouter un condiment, à goûter la sauce brûlante. Plusieurs énormes marmites couvent le secret culinaire de cette ceinture noire du domptage des arômes.

 

Quand j’arrive au restaurant Odemba, ma cuite de la veille est bien passée par là parce j’ai une faim d’un voleur qui sort de garde à vue. Dans ma vie, je passe d’une ivresse à une autre. De celle de la bouteille, à celle de l’entrecuisse pour finir à celle de l’assiette. Ma vie est si mal fichue qu’il me faut le miroir déformant de l’ivresse pour la traverser sans penser au suicide. Ekié ! vous êtes choqués pour si peu ? Parlez aux putes de l’avenue Waka - Wewa, elles vous en diront autant.

 

A quatorze heures trente, je cherche l’ébriété. L’ivresse du repu. Sous ses actes, on glorifie l’acte de manger. Apprécier l’instant et enfin terrasser la faim. Mais toujours apprécier cet instant.

 

Manger pour célébrer la vie. L’arrivée du repas est une victoire sur nos maudites vies. Vie de nègre. Au sens le plus poisseux du terme. Loin de vos étymologies fallacieuses. Ici nègre, c’est nègre de misère. Nègre de trou du cul du monde. Nègre de dépotoir des rêves déchus. Nègre de galère en fond de cale depuis des siècles. Nègre d’impasse des existences sans perspectives. Nègre d’une boussole qui s’entête sur le seul point cardinal : la déchéance.

 

Donc laissez - moi manger. Célébrer le Ndolè sucré. Célébrer le saka - saka mielleux. Célébrer le tiep sirupeux. Aucun plan de redressement du FMI ne viendra contrôler la sauce de mon mafé. Aucun président français ne taxera ma façon de déglutir bruyamment, d’empester la friture , de baver sur mon plat de Bongo Tchobi.

 

Bref. Entendons nous bien, j’insiste, je parle du plaisir du pauvre. Loin des couverts et des mets copieux. Les conseillers du président, encore moins les directeurs de sociétés, ni le patron de ma femme ne savent manger. Vous comprenez ils mangent avec apprêt, à la manière des gens qui mangent avant que les ventres ne gargouillent. Huit couverts sur la table. Quatre verres. Assiettes disposées en enfilade. Mais ils viennent manger où à un colloque sur la faïence de Limoges et l’argenterie de Versailles? Ces complexés du repas ! Aka laisse - nous ça ! Une assiette, un verre et un contexte pour manger. Voilà tout ce dont j’ai besoin. Rajoutez - y une marmelade de piment fermenté et une bière bien tiède.

 

On mange comme on fait l’amour. Ces hommes ont des femmes pour leur argent. Parce que dans le pantalon c’est comme sur la table. Trop compliqué. Trop de façon façon!

 

Dans ma vie actuelle le plus important est le rituel de 14H chez « Ma' Eugenie ».

 

Nous sommes de nombreux hommes à braver la poussière pour aller chez « Ma' Eugénie ».

 

Oh seigneur ! Ivresse du sot – l'y - laisse, coma gustatif à cause de la croupe de dindon. Amen !

 

Je vous disais c’est l’histoire d’un homme qui mange avant tout. Alors : Action !

 

Gros plan sur moi. Sur mon séant, mon embonpoint résout le problème d’inconfort sur ce casier de bière en plastique rouge. Un vieux casier Coca - Cola qui a connu toutes les morphologies du quartier. Le foufou est servi. Féculent à déglutir sans modération. Il se modèle dans la paume de la main. D’un geste fier et rythmé. Presque instinctivement, on porte un morceau de foufou avec le pouce, l’index et l’annulaire avant de le poser au bord de la langue qui vient cueillir la pâte au bout de la lèvre inférieure. Tout est rythme. Le geste est cadencé. Comme la cloche du chien de Pavlov, ce premier geste déclenche des réactions dans la bouche. La salive est là. Elle a compris. Elle s’invite au rythme de l’Odemba. Elle sait que la viande arrive.

 

Le plat de viande en sauce est servi. Un gibier qui a un goût fort. Des tripes ? Des gésiers ? Peu importe ! Ma’ Eugénie fait ça bien ! Elle m’a mélangé des restes de différentes viandes dans un même plat en sauce. Je plonge le foufou dans la sauce. Non pas au fond de la sauce. Je reste sur les rebords de l’assiette creuse. J’effectue un geste qui épouse la forme d’une virgule. Ensuite dans un geste de point d’exclamation, je pique une cuisse. La ponctuation du djaffeur – gourmand dans le jargon de mon quartier.

 

C’est un geste d’orfèvre. Je conclus ces gestes précis de prestidigitateur gourmand en prenant un peu de piment dans la coupelle disposée sur ma droite. Je mâche en faisant circuler le bol alimentaire, c'est-à-dire le mélange foufou-viande-sauce pimentée sur différentes zones de ma langue. Je fais rebondir le bol alimentaire pour titiller le palais. Les cellules du goût se situent même dans la gorge juste à l’entrée de l’œsophage. C’est pour cette raison que je mastique bruyamment. Mes postillons sont projetés à une telle vitesse qu’il se retrouve sur la chaussée mélangés à la poussière et aux postillons des passants bavards et en sueur.

 

Aristote ou je ne sais quel vieux aurait distingué quelques saveurs : doux, amer, onctueux, salé, aigre, âpre, astringent et acide. Loin des réalités sous mon soleil. Après de nombreuses études pour compléter les postulats d’Aristote, un chimiste, un certain Cohn aurait découvert quatre goûts élémentaires. Le goût fonctionnerait comme la peinture. Tous les goûts ne seraient que des combinaisons à l’infini de quatre goûts primaires. Comme la science ne s’arrête jamais aux limites de mon intelligence de bantou, un japonais, un incertain Ikeda a ajouté un cinquième goût primaire : l’umami.

 

Mes amis, ces études ne prennent pas en compte les réalités de mon assiette, de la longue cuisson au feu de charbon de Ma’ Eugénie. L’assaisonnement avec des plantes qui ont échappé aux études des botanistes de laboratoires. Chaque semaine, je découvre des nuances de goût. Quand mon nez coule, de la morve chaude et pimentée, que mes tempes battent de plus en plus vite, que mon cœur s’emballe à cause de ce piment indigène. Quand il y a cette conjonction de phénomènes, ma langue crée une saveur inédite. Mon cerveau synthétise les séquences de cette situation et ne retrouve rien dans sa mémoire.

 

Surtout ne jamais oublier le piment. Le piment garantit la forme extatique du plaisir gustatif.

 

Laisser un piment entier dans la sauce. Cet arôme qui s’échappe de la marmite est une torture. Beaucoup de maris ont avoué des adultères à leur femmes enceintes à cause de cet arôme. Mon oncle m’a dit que c’est de cette anecdote que viendrait l’expression « passer à table ». Hummm je mange, je malaxe le foufou, je décharne la viande avec toutes mes dents. D’un coup de langue, je cure entre mes dents pour enlever des morceaux de chair filandreux.

 

Je réintègre ces morceaux au tango du bol alimentaire qui se forme. Je garde le rythme. Ma langue récupère des restes de sauces échouées au dessus de mes lèvres irritées par le piment.

 

Ça pique ! C’est que c’est bon Dieu des blancs ! C’est violemment bon ! Nom d’un sorcier !

 

Après la première phase durant laquelle je bois plus que je ne mange, viens la seconde phase. Une fois rassasié à faire sauter les boutons de ma chemise, je mange désormais pour le plaisir. Durant cette pause, j’apprécie la bière locale tiède ou fraîche, peu importe. À cette heure, les glaçons que Ma’ Eugénie met dans son bac en polystyrène pour maintenir les boissons au frais ont fondu. Une primus, une Skol ou une autre canette d’une brasserie locale fait toujours l’affaire.

 

J’apprécie mes gorgées bruyantes. Je les prends par saccades. La bière glisse au fond de ma gorge. Si le plat me rend compte de l’importance d’avoir une langue, la bière rend ses lettres de noblesse à ma gorge déployée. Elle accueille la bénédiction de douze degrés. Au diable, les menus problèmes de la vie. Je suis dans mon paradis. La vue de Ma’ Eugénie qui me lance un sourire complice me fait plaisir. Elle se rend complice de mon forfait. A cet instant, j’ai tué tous mes problèmes. Homicide volontaire.

 

« Ma’ Eugénie 2 autres bières s’il te plaît … On va booooooiiiiiiire ! ».

 

Mais attention je n’ai pas fini de manger.

 

Seconde phase, je demande un plat de brochettes. Attendez maintenant c’est la diète après un plat bien gras.

 

La musique qui passe depuis une demi – heure, je ne l’écoute pas. Pour moi, la musique, c’est un bruit de fond pour accompagner ma dégustation. Mais attention c’est indispensable. Et je veux du Odemba (style musical de l’orchestre de Franco). Et je saurais si vous mettez autre chose. C’est tout un rituel une bonne musique Odemba fait partie des éléments constitutifs du goût, de la saveur du plat.

 

Le rythme est moins enlevé. J’ai moins la tête dans mon plat. Chez Ma’ Eugénie, il y a cinq tables, pas plus. Des fonctionnaires en longues pauses déjeuner, un jeune qui aime les coins des anciens, une femme qui attend un rendez - vous avec son copain taximan qui s’arrêtera pour donner quelques billets de mille francs.

 

Je ne parle qu’à Ma' Eugénie.

 

- Ça va les affaires Ma’ ?

 

- On se débrouille dis donc ! Avec la crise là, même les bikoros sont devenus chers …

 

- Et toi elle n’est toujours pas revenue ?

 

- Aka ne me parle pas de cette sorcière du Mayombe ! Qu’elle me rende mon fils c’est tout ...

 

Ma’ Eugénie me ramène à la réalité. Ma femme est partie un jour rembourser 150 francs parce qu’un chauffeur de bus lui avait fait crédit. Depuis, elle n’est plus jamais revenue. Pendant un mois, j’ai pris tous les bus qui s’arrêtent près de chez moi. J’ai vu des chauffeurs tous plus laids que moi avec des haleines de gibiers pourris.

 

Aucun n’avait connaissance de ma femme. De ma Léonie. Des maudits ! Depuis, je ne prends ni bus ni taxi. J’avais mon petit travail à la menuiserie. J’y allais à pied. Et devant mes retards incessants, j’ai été viré. Depuis, je passe ma vie entre chez moi et chez Ma' Eugénie. J’ai eu quelques pièces en vendant les bricoles de ma maison. De ma chambrette …

 

« Léonie pourquoi ? Pourquoi es-tu partie? Notre temps allait arriver. J’allais finir par ouvrir ma menuiserie.

 

Dans cette ville où il y a autant d’enterrements que de mariages, mes cercueils auraient toujours trouvé preneurs. Je me serai spécialisé dans les cercueils pour enterrer tous ces gens las de la vie comme moi. Qui prétextent un AVC, le SIDA ou une crise cardiaque pour partir. J’aurais aussi fabriqué des portées pour cacher les secrets de tous ces cocus, de ces champions de l’adultère, les voleurs de la républiques, les détraqués du string et du caleçon …

 

"Pourquoi Léonie ? Pourquoi as-tu sacrifié notre amour sur l'autel de mon indigence passagère ?

 

C'est quoi dix ans dans une vie?

 

La misère n'est pas une gangrène ni une sentence irrévocable.

 

On n'ampute pas un cœur aimant pour cela. Et on peut toujours faire appel de ce que semble décider le destin pour nous. Tant qu'il y a la vie...

 

Leonie l'amour se fortifie quand l'assiette manque de viande. Quand la sauce ne dialogue qu'avec la boule de foufou.

 

Je ne comprends pas. Disparaître aussi brutalement. Nous étions pourtant devenus forts. Je venais enfin de retrouver du travail. Ca ne pouvait qu'aller mieux. Mes promesses de pagnes Wax, ton adhésion à une tontine, les ordonnances du petit, tout serait désormais payé en temps et en heure. Tu me hantes.

 

Je te cherche en vain jusque dans ivresses. Fais - moi un signe...

Je veux revoir notre fils tout sourire. Le fruit de mon amour vitale toi.

Je veux vous prendre dans des bras de père et de mari tous les deux. Je suis épuisé. Tu m'entends? Épuisé !Littéralement sonné par le coup de massue que tu as porté sur ma poisseuse de vie.

Une fois passé l'ébriété le retour à ma réalité sera encore d'une violence. Je chercherai une nouvelle ivresse. Le cœur et la pupille en larmes.

Léonie je te le promets, demain j’arrête de m’empiffrer si tu reviens. Crois-moi je saurai te faire revivre nos années lycée. Nous reprendrons plaisir à flâner dans nos imaginaires sans s'interdire de rêver de nouveau. L'ivresse de l'Amour. Je t’en prie reviens...".

 

Marien Fauney Ngombe, Écrivain Congolais

Dessin de Bob Kanza

 

Publié dans Nouvelles du mois.

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Zabor ou les psaumes: Kamel Daoud

Publié le par Nathasha Pemba

La sortie de Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud constitue l’un des évènements les plus attendu de la prochaine rentrée littéraire dans l’univers francophone de l’édition. Le roman sortira le 17 août 2017 aux Éditions Actes Sud.

 

Zabor est une ode à l’écriture et à l’imaginaire.

 

Zabor, c’est l’histoire d’un jeune garçon orphelin de mère qui sera sauvé de la religion et de plusieurs autres maux sociaux grâce à l’Écriture. Dès son enfance, il écrit... il écrit, mais il écrit toujours parce qu’il a compris que, dans son cas, seule l’écriture lui donnera la force de survivre. Il consigne ses écrits dans des cahiers…

Il essaye de faire comprendre à ses proches que son rapport à l’écriture constitue une force de libération dans sa vie.

 

En réalité, le vrai nom de Zabor c’est Ismaël. C’est à la suite d’un événement qu’on l’a surnommé Zabor, un nom qui signifie « psaumes ».

 

Dans ce roman à voix unique, Zabor parle de sa relation avec son père, avec ses autres frères issus de l’autre mère ainsi qu'avec sa tante célibataire, analphabète et illettrée, mais d’une grande intelligence pratique .

 

À l’école coranique Zabor se familiarise avec la Loi et avec la Divinité. En lisant des romans qui n’ont rien à voir avec la religion il fait la connaissance de la Liberté, du Désir, de l’Étrangeté, du Prodige et de l'Irréel.

 

Zabor et sa tante savent que lui Zabor n’est pas comme les autres. Il a été élevé dans une mouvance religieuse certes, seulement il sait qu’il ne sera jamais l’esclave de la Religion.

 

Zabor a un don. Il en est conscient. Ce don c’est celui de l’écriture; mais aussi de la relation de l’écriture avec la mort. Aussi, lorsqu’il écrit dans son cahier, il pense donner sens à la vie. L’écriture est pour lui une nourriture qui lui permet de lutter contre la mort. Quand il n’écrit pas, il y a un malheur dans le village…

 

"Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, , les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l'immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution: écrire. Mais il fallait écrire toujours, sans cesse, à peine le temps de manger ou d'aller faire mes besoins, de marcher correctement ou de gratter le dos de ma tante en traduisant très librement les dialogues des films étrangers ravivant le souvenir des vies qu'elle n'a jamais vécues. Pauvre femme qui mérite à elle seule un livre qui la rendrait centenaire".

 

Le soir où l’histoire s’écrit, est censé être le jour de la mort de son père. Toute la famille est présente. Que va-t-il faire de son don,  Lui qui peut retarder l’échéance de la mort de son père grâce à la puissance de son écriture ? Zabor écrit…

 

Mon point de vue

Quand j’avais commencé mes études de philosophie, parmi nos professeurs nous avions surnommés quelques uns « Esprit ». Esprit pour souligner la hauteur de leur point de vue. Pour moi Kamel Daoud est un « Esprit ». J’avais beaucoup aimé Meursault Contre-enquête. Et j’ai beaucoup aimé celui-ci même s'il est écrit dans un style tout à fait différent. Ici Zabor, contrairement à Haroun (le frère de l'Étranger), se met dans la peau d’un conteur, d’un historien, d’un révolté ou d’un scribe simplement.

 

À partir de cette lecture, on ressent comme un besoin pour l’auteur de Zabor ou les psaumes », de raconter, de dire la réalité ou de la dédire. Il souligne le caractère incontournable du Verbe (Logos) qui finit toujours, quels que soient les lieux et les temps, par réaliser sa vocation première : devenir un livre. Il y a un Verbe qui est au début; ensuite ce Verbe qui s'incarne dans la parole; Puis ce Verbe qui prend chair sur un papier pour devenir Vie. Vous l'aurez Imaginé chers lecteurs, Daoud m'a fait penser au Prologue de Saint Jean l'Évangéliste. C’est pourquoi je dirais que, dans ce roman, L'Écriture est œuvre de rédemption parce qu’elle a pour vocation d'aider l’humain à sortir de sa misère et d'amener les autres à se libérer aussi.

 

Zabor ou les psaumes est bien écrit et il permet à chaque lecteur de vivre l'expérience de la liberté comme Volonté.

 

Je recommande la lecture de ce roman.

 

Nathasha Pemba

 

Références:

Kamel Daoud, Zabour ou les psaumes, Arles, Actes Sud, Paraîtra le 16 août 2017.

 

Quatrième de couverture

Orphelin de mère, mis à l'écart par son père, il a grandi dans la compagnie des livres qui lui ont offert une nouvelle langue. Depuis toujours, il est convaincu d'avoir un don : s'il écrit, il repousse la mort ; celui qu'il enferme dans les phrases de ses cahiers gagne du temps de vie. Ce soir, c'est auprès de son père moribond qu'il est appelé par un demi-frère honni... Fable, parabole, confession, le deuxième roman de Kamel Daoud célèbre la folle puissance de l'imaginaire et rend hommage à la langue française comme espace d'infinie liberté.

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Lilly Rose Agnouret, auteure de romances

Publié le par Nathasha Pemba

1-Qui es-tu Lilly Rose Agnouret ?

 

J'aurais 31 ans. Je suis gabonaise, maman de deux enfants, un fils et une fille de moins de 5 ans. Je vis à Libreville avec mon conjoint. Je suis une lectrice de romances à l'africaine (avec la collection Adoras venue de Côte d'Ivoire ou la collection Sapphire press, venue d'Afrique du Sud) et de romans d'évasion.

 

2-J’ai le souvenir d’une amie, Marthe, qui m’a fait découvrir les romances et plus particulièrement les Harlequin… Y a-t-il une différence entre ce que vous écrivez et les Harlequin ?

 

j'ai beaucoup lu Harlequin quand j'étais au collège et au lycée. Mes grandes sœurs et leurs copines en lisaient, donc je n'avais pas besoin de courir pour en avoir. Aujourd'hui encore quand je m'ennuie, je lis Harlequin. Je pense que l'idée que je me faisais du prince charmant vient sûrement de toutes ces histoires à l'eau de rose que je lisais en grandissant.

Je ne pense pas qu'il y ait une grande différence entre ce que j'écris et les Harlequin. Je veux dire que tout tourne autour de la romance : la rencontre d'un homme une femme, le jeu de séduction, leur idylle et ce que laisse entrevoir l'avenir du couple.

La différence pour ce qui me concerne vient du fait que mes personnages principaux féminins, je tiens à ce qu'ils soient africains. J'essaie, peut-être pas toujours habillement, de faire coller nos réalités africaines avec le monde de la romance.

Mais souvent, ce que l'on me fait comme retour c'est que mes personnages dans ce qui est l'expression de leurs sentiments, restent très occidentalisés.

Bref, le chemin est encore long mais au moins, j'écris des histoire qui me plaisent et que j'aurais aimé lire en grandissant. (rires)

 

Harlequin a cela d'ingénieux que les auteurs arrivent à faire vivre l'environnement dans lequel évoluent les personnages. C'est à dire qu'en plus de suive l’idylle entre les personnage, les descriptions des lieux que visitent les protagonistes de chaque histoires, sont vraiment vivant. Cela donne toujours envie de voyager et de découvrir. Je n'ai jamais été à Hawaï, pourtant en lisant ce genre de romans, j'y ai déjà voyager à plusieurs reprises. Chose fantastique (rire).

 

3- Sinon quelle différence existe-t-il entre les romances et ce qu’on appelle littérature classique (traditionnelle), ou plutôt y a t-il une différence entre ce qu’écrit Lilly Rose ou Fabiola et Modiano ?

 

La différence que je fais entre la Romance et la littérature dite classique, c'est le fait que le public ciblé est différent. Et d'après ce que je vois, la romance est plutôt une littérature d'évasion, de divertissement. On lit une romance lorsque l'on a envie de s'évader, de rêver, de lire sans stress. Elle est là pour émouvoir, plus qu'autre chose.

La littérature générale est là pour parfois instruire, éduquer, pousser les gens à réfléchir et à questionner le monde. Enfin, c'est comme ça que je le vois.

Je ne prétends pas changer le monde en écrivant. J'espère juste que les lectrices passent un moment agréable en tombant amoureuses folles de mes personnages masculins (rires).

 

4-D’où vient le terme romance pour désigner le roman sentimental ?

 

Le plus simple serait de dire roman sentimental. Mais il y a tellement de déclinaisons dans ce terme générique... je pense qu'un jour, les lecteurs eux-mêmes décideront du terme à employer. Qui sait ce que cela donnera. Je me contente de lire et écrire en espérant que l'on cesse de penser que la romance est un sous-genre de littérature.

 

5- Depuis quand écris-tu ?

 

J'écris réellement depuis 2012. je me suis essayée en tenant au quotidien une page sur Facebook sur laquelle je publie depuis lors, un feuilleton que des lecteurs suivent et commentent. Cela m'a encouragée à sortir mon premier roman en 2015.

 

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Blog Le Sanctuaire de Pénélope

 

Publié dans Rencontres

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Fabiola Chenet: Auteure de romances

Publié le par Nathasha Pemba

Bonjour Fabiola comment vas-tu?

Bonjour Pénélope, et merci pour cette opportunité. J Au moment où je commence à répondre à ces questions, je vais bien. LOL Je donnerai peut-être une autre réponse d’ici la fin du questionnaire. Edit : fin du questionnaire 15 jours après : c’est le week-end donc ça va.

 

Qui es-tu Fabiola Chenet ?

Je suis née à l’île de la Réunion, il y a quelques années (hum), mariée et mère de trois enfants. Je travaille dans le social depuis très longtemps et mon premier roman a été publié en 2013, en ebook uniquement, aux éditions Laska. Je suis également la rédactrice en chef du webzine mensuel Les Romantiques.

 

 

J’ai le souvenir d’une amie, Marthe, qui m’a fait découvrir les romances et plus particulièrement les Harlequin… Y a-t-il une différence entre ce que vous écrivez et les Arlequins ?

En ce qui me concerne, il n’y a pas de différence. Ma première romance lue était un Harlequin et c’est dans ces romans que j’ai puisé mon style et mes idées. On peut dire de moi que j’écris de la romance classique.

 

 

Sinon quelle différence existe-til entre les romances et ce qu’on appelle littérature classique (traditionnelle), ou plutôt y a t-il une différence entre ce qu’écrit Fabiola et Modiano ?

Modiano écrit ce qu’on appelle de la littérature générale. La romance est un genre littéraire dont l’objectif est de raconter l’évolution de l’histoire d’amour d’un couple qui doit se terminer avec une fin heureuse. Par conséquent, l’ensemble de l’histoire doit être focalisée sur ce couple, même s’il y a des personnages secondaires, et même s’il peut y avoir des histoires d’amour secondaires.

 

D’où vient le terme romance pour désigner le roman sentimental ?

Eh bien le terme vient des USA, et est utilisé depuis 2007 par nous Les Romantiques. LOL En fait, en 2007, nous avons publié le premier numéro de notre webzine mensuel, dans lequel j’ai fait un article intitulé Roman d’amour ou romance tout court ? où je parlais au nom de toutes les lectrices qui en avaient marre des appellations péjoratives, et plus particulièrement « roman à l’eau de rose ». A travers cet article, j’ai clamé haut et fort qu’il était temps d’utiliser un seul terme : romance. Le mot est utilisé aux USA pour désigner ce genre littéraire (avec sa propre définition) et il est tout à fait utilisable en français. Depuis cette date, tout le monde l’utilise. Le problème est que, de nos jours, il y a beaucoup de confusion entre romance dans la littérature et romance en tant que genre littéraire, avec des codes bien précis. En 2007, j’œuvrais pour que le terme Romance soit accepté, en 2017, mon nouveau cheval de bataille est de faire comprendre qu’une intrigue de romance, en tant que genre littéraire, doit avoir une fin heureuse et que l’histoire d’amour doit être centrale.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’écris depuis que je lis de la romance. J’avais onze ans à l’époque. Je n’ai pas écrit en me disant que je pouvais faire mieux que les auteurs que je lisais, mais juste parce que j’avais des idées dans la tête. Je les ai mises sur un cahier (pas d’ordinateur à l’époque LOL) et c’est seulement après la création du site et du forum Les Romantiques que je me suis décidée à partager mes écrits avec les membres. C’était en 2001.

 

 

Combien de romans à ton actif ?

J’en ai sept. Parmi eux, trois font partie d’une série avec des couples différents pour chaque tome. Il y a une anthologie, quatre romances historiques et trois contemporaines.

 

 

Est-ce que cela se vend bien ?

Cela dépend des titres et de plein d’autres paramètres qu’on ne pourra jamais vraiment comprendre LOL A ce jour, le titre qui s’est le mieux vendu, c’est Passion et conséquences. Pour les autres j’ai des ventes tous les mois, plus ou moins importantes.

 

Trouves-tu facilement des éditeurs ?

Oui et non. Il y a quelques années, seuls deux éditeurs publiaient de la romance, mais d’auteurs traduits. Depuis, la majorité ont plusieurs titres de romance dans leur catalogue (plus ou moins assumés). D’autres maisons d’édition spécialisées en romance se sont créées et publient des auteurs francophones. Alors oui, il y a du potentiel au niveau de la publication. Mais pour autant, tout écrivain de romance n’aura pas forcément de contrat. Pour être publiée, que ce soit dans une maison d’édition traditionnelle ou non, il faut être prête à faire quelques concessions. La première d’entre elles est d’accepter de n’être publiée qu’en numérique. Beaucoup d’éditeurs de romance misent sur une parution en numérique avant d’envisager une publication en papier. Et malgré ce qu’on pourrait penser, la romance en numérique se vend très bien.

 

Je lisais dans un article que la romance est un genre décrié, notamment dans le monde francophone… Et toi, que dis-tu?

La romance est décriée partout, même aux USA, malheureusement. Mais c’est aussi le genre qui se vend le plus dans le monde entier. En France, nous avons un autre gros problème : l’élitisme. C’est culturel et on a du mal à en sortir. La romance est considérée comme des histoires de bonnes femmes frustrées, de ménagères. Pourtant, je connais personnellement beaucoup de cadres qui en lisent. Elles ne sont pas frustrées pour autant.

 

As-tu lu Orgueil et préjugés de Jane Austen ? Dans quel type de littérature la classes-tu?

Oui j’ai lu Orgueil et préjugés et il s’agit d’une romance contemporaine. C’est juste qu’à l’époque ce terme n’était pas utilisé. Contemporaine parce que Jane Austen écrivait des histoires qui se situaient à son époque. Pour toute lectrice de romance, Jane Austen est une pionnière.

 

Une romance parle-t-elle forcément de l’amour ?

Non seulement la romance parle d’amour, mais en plus de fin heureuse.

 

Quels sont tes goûts en matière de littérature, en dehors de la romance ?

Actuellement, il m’arrive de lire du roman féminin. L’un de mes auteurs préférés est Sophie Kinsella. Dans mes romans préférés qui ne sont pas de la romance, il y a quelques classiques (Le comte de Monte Cristo ou encore Au bonheur des dames), mais globalement je ne lis pratiquement que de la romance.

 

Pour toi, qu’est-ce qu’un bon écrivain ?

Il n’y a pas de bon ou mauvais écrivain. Un même livre peut être avalé en entier par un lecteur, et jeté contre un mur par un autre. La lecture en elle-même est quelque chose de suggestif et dépend de l’état d’esprit de la personne qui lit. Oui, je sais, je n’ai pas répondu à la question. LOL

 

Est-ce faux d’affirmer que la romance est une affaire de femmes ?

Non, ce n’est pas faux. Je pense que tout est question de sensibilité et d’empathie. On ne trouve pas dans l’écriture d’un homme ce qu’on a chez les femmes. Par exemple, un homme va être plus brut, plus cru, dans le style mais également dans les scènes hot. Il y a très souvent un manque de sentiment flagrant. Et ce n’est pas ce que les femmes recherchent.

 

Fabiola, un mot sur le Festival du Roman Féminin… ?

Nous avons organisé le Festival du Roman Féminin afin de réunir en un même lieu auteurs, éditeurs et lectrices de roman féminin et de romance. Ce n’est pas un salon du livre, il n’y a pas de vente de livres sur place. C’est un vrai festival où tous vont se côtoyer pendant deux jours. Nous proposons des ateliers, des tables rondes, des lectures, des meet&greets, et une séance de dédicaces au cours de laquelle les livres sont offerts par les éditeurs et/ou les auteurs. Le nombre de places pour les auteurs est limité, car nous voulons quelque chose d’assez intime, et surtout faire en sorte que les lectrices découvrent l’univers de chaque auteur invité. C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas inviter tous les auteurs qui le souhaitent. C’est aussi pour cela que nous n’invitons pas les mêmes auteurs chaque année. Il y a beaucoup d’auteurs de roman féminin et de romance, il faut laisser une place à chacune. De même, le nombre d’entrées est limité et nous ne faisons pas de vente de pass sur place. En 2016, nous avions accueilli 210 participantes, et en 2017, 390. Nous allons bientôt lancer notre troisième édition.

 

 

Pour toi, quels sont les dix commandements de la romance ?

Attention, il s’agit de mes dix commandements à moi, Fabiola Chenet (même si je sais que beaucoup seront de mon avis LOL).

1 Ne pas confondre romance et roman d’amour (Roméo et Juliette n’est pas une romance)

2 Ne pas confondre romance et chick lit (Le journal de Bridget Jones n’est pas une romance)

3 La romance a des codes, au même titre que le roman policier, ne pas les accepter, c’est ne pas aimer la romance. Dans ce cas il vaut mieux éviter d’en lire

4 Une romance, c’est une intrigue focalisée sur un couple et l’évolution de son histoire d’amour pendant tout le roman

5 On doit savoir très rapidement qui sont les héros

6 S’il y a triangle amoureux, il ne doit pas durer

7 Il ne doit pas y avoir un changement radical de héros ou d’héroïne pendant l’histoire

8 Même si c’est à la mode en ce moment, il faut éviter les trilogies (voire plus) sur le même couple

9 S’il y a une série avec des héros différents dans les tomes suivants, il faut éviter de faire mourir les héros précédents

10 Une fin heureuse est obligatoire pour le couple présenté au début du livre

 

Pour toi qu’est-ce que le féminisme ? Y crois-tu ?

Plus que l’égalité hommes-femmes, selon moi, le féminisme est un mouvement de lutte pour les droits de la femme. Personnellement, je ne crois pas à l’égalité homme-femme, dans la mesure où nous sommes biologiquement différents. Par contre toute femme a droit au respect et aux mêmes droits que les hommes.

 

Le parfum révèle le féminin en chacun de nous disait un penseur, et toi quel est ton parfum préféré et pourquoi ?

Flowers par Kenzo. Un parfum frais, léger et fleuri. Je n’aime pas tout ce qui est trop capiteux ou fort.

 

As-tu des projets ?

Je viens de signer un contrat pour ma prochaine romance historique avec un éditeur traditionnel : Diva Romance. Elle paraitra en 2018. Je travaille aussi sur un autre projet qui me tient à cœur depuis quelques années.  

 

 

Parmi les derniers romans que j’ai lus tout récemment il y a « Danser au bord de l’abîme » de Grégoire Delacourt, un roman d’une grande hauteur sentimentale. Dans une interview, l’auteur affirme, au sujet du coup de foudre : « À tout moment, on peut tomber amoureux et c’est magnifique ! On est alors touché droit au cœur par quelque chose de plus grand que soi ». Qu’en dis-tu ?

C’est exactement pour ça que la romance existe. C’est ce qu’on s’échine d’ailleurs à faire comprendre depuis des années. Ce que je veux personnellement ressentir en refermant une romance, c’est la satisfaction de voir le couple que j’ai suivi pendant toutes ces pages avoir sa fin heureuse, parce que chaque héros aura compris que l’amour est ce qui nous guide vraiment dans la vie, qu’il n’y a pas de plus belle chose que ça. Le problème c’est que la même phrase prononcée par une femme ne sera pas prise au sérieux. Au mieux, on va dire qu’elle est trop romantique, au pire on la traitera d’« auteur de roman de gare ». Et ce ne sera pas un compliment.

 

Je te remercie.

Merci à toi J

 

Nathasha Pemba,

Pour le blog Le sanctuaire de Pénélope

Publié dans Femmes Inspirantes

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Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur: Noël Kodia-Ramata

Publié le par Juvénale Obili

Contenant 200 pages et publié en août 2010 par les éditions Edilivre, « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » est un roman de Noël Kodia-Ramata, essayiste, romancier, poète et critique littéraire. 

 

Congolais de Brazzaville et Docteur en littérature française de l'Université de Paris IV Sorbonne, Kodia-Ramata a enseigné les littératures congolaise et française à l'école normale supérieure ( E.N.S ) de l'Université Marien Ngouabi. On lui doit également le premier dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le genre romanesque.

 

De quoi parle « Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur » ?

 

L'histoire se passe dans un pays nommé la Katamalaisie. Il y règne un climat politique d'après les indépendances. On retrouve deux protagonistes : Claude Alain (journaliste blanc) et Galiana (journaliste katamalaisienne). Le premier travaille à RFI et est venu en Katamalaisie pour réaliser un reportage sur les enfants de la rue. La deuxième travaille à l'ORTK (office de radiodiffusion télévision katamalaisienne) où elle est la plus brillante.

 

Le séjour du journaliste blanc fait les pages de ce livre.

 

Le roman présente une société influencée par une politique qui la plonge dans le gouffre du désespoir et de la sottise après les événements politiques dont les stigmates sont encore bien pointus : la dégradation de la mentalité des habitants qui subissent le chômage, la crise économique, et bien d'autres soucis rendant ainsi leur vie difficile au quotidien.

 

La Katamalaisie est au coeur de l'Afrique centrale. Il jouxte le Congo-Zaïre et le Congo-Brazzaville. L'arrivé du journaliste blanc à Tourneville (capitale de la Katamalaisie) tombe sur l'événement du coup d'État raté, organisé par le capitaine Moléki Nzéla, contre le pouvoir du guide suprême, le président Koudia Koubanza. Aidé par Galiana qui a été son guide dans la ville, il comprend toute l'histoire politique de ce pays qui l'a marqué. Par l'occasion, il obtient une interview du président dans le palais présidentiel qu'il découvre pour la première fois.

 

La thématique développée dans le roman incarne l'histoire politique d'un pays, l'image alarmante de sa société et la mentalité dont fait preuve son peuple à travers la mauvaise gestion des biens publics et l'incivisme particulièrement. Ce roman évoque la soif du pouvoir pendant la période de l'Afrique post-coloniale. Il rejoint, de fait, les questions développées dans  « Le Pleurer-Rire » d’Henri Lopes.

 

Kodia-Ramata a une plume intéressante qui donne le goût de la lecture. La personnification revient à maintes reprises dans le roman. Sont mentionnés expressément : le sobriquet Papa Wemba, «Le manguier, le fleuve et la souris», le marché de Plateaux des 15 ans, les quartiers Mafouta et Kombo etc... afin de nous situer l'histoire dans un pays que nous pourrions bien imaginer.

 

Outre la trame principale du roman, on y rencontre divers thèmes : promotion de l'Afrique et ses valeurs; amitié ou amour entre deux amis: homme et femme; le phénomène d'enfants de la rue et sorciers; la vie des orphelins; religion ancestrale de l'Afrique et l'arrivée des blancs; l'unité nationale [reflétée par ce personnage apparent: Denis Ondongo (un nom réputé du Nord) Malonga (réputé du Sud)]; entre talent et rêve d'un petit enfant...

 

Personnellement, la lecture de ce roman m'a fait penser à un grand Lissapo [ conte] qui a regroupé plusieurs facettes sur les questions de société. C'est le témoignage d'une époque. Si l'on faisait de ces écrits un film, plusieurs pays africains se sentiraient visés par la fiction qui s'apparente littéralement avec la réalité des dits pays en général, notamment du point de vue de la politique. Le fait que l'auteur puisse terminer l'histoire par le bonheur d'un jeune orphelin qui va partir en Europe pour poursuivre son rêve de grand footballeur, nous laisse croire qu'au milieu de toutes nos inquiétudes, il y a de l'espoir, la croyance en l'avenir...

 

Nous avons aussi retenu que l’auteur reste marqué par deux préoccupations fondamentales : la jeunesse et l'anxiété des États africains qui ne jouissent pas de leur richesse économique:

 

 

Et pourtant notre pays, la Katamalaisie est riche. Il possède la bauxite comme la Guinée, les diamants comme le Congo-Zaïre et le pétrole comme le Congo. Mais pourquoi les jeunes continuent-ils de végéter dans la misère, le chômage, la délinquance, l'oisiveté, la drogue et le sida sexuel ? Nous n'avons plus notre part de bonheur. Nous n'avons plus notre part de bauxite. Nous n'avons plus notre part de diamant. Nous n'avons plus notre part de pétrole. Plus rien ne peut plus être comme avant. Plus rien ne peut plus être envisagé. 

 

 

 

Je vous recommande vivement ce livre 🙂

Juvénale Obili


 

Quelques termes utilisés dans le livre :


- Mvouamas [ hommes riches ]

- Kanzanko [ sorte de chemise de femme confectionnée à partir d'un pagne ]

- Nzambi ya Mpungu [ Dieu tout puissant ]

- Mosutu [ pénis non circoncis ]

 

Références:

Noël Kodia-Ramata, Un journaliste blanc sous le soleil de l'équateur, Paris, Edilivre, 2010.

Prix: 17.00 €

 

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Demain j'aurai 25 ans de Ketsia Béatrice Safou

Publié le par Nathasha Pemba

Demain j'aurais 25 ans est un récit autobiographique dans lequel l'auteure parle de sa vie, à partir de son arrivée en France à l'âge de quatorze ans jusqu'à la veille de ses 25 ans. Le récit est composé de trois parties.

Dans la première partie Ketsia Béatrice Safou adopte le style d'un enfant qui est heureux au milieu des enfants de la famille jusqu'à ce que ses parents biologiques, immigrés en France, décident de procéder à un regroupement familial. Elle raconte comment dans toute la folie de son adolescence, elle se débat avec le consulat de France à Pointe-Noire, avec son passeport puis avec son visa qu'elle est obligée de cacher dans sa culotte afin de ne pas se le faire dérober.

Avec la joie de partir viennent les larmes de la séparation puis les promesses et les espoirs.

À son arrivée en France, l'auteure va de l'étonnement à l'engagement. Bien qu'elle soit en famille, Ketsia Béatrice se sent parfois comme une "nouvelle" parce qu'elle sent qu'elle va devoir s'adapter à certaines habitudes.  Après l'obtention de son bac, elle décide de prendre sa vie en main en maintenant très fort le lien familial.

La deuxième partie du récit est exclusivement consacrée à l'Amour qui vient avec le succès. L'amour pour un homme âgé, puis pour un autre Ludovic, moins âgé que le premier feront partie de ses expériences. Cependant la première expérience pour le premier amour envers cette personne âgée (qui peut avoir l'âge de son père) semble avoir marqué l'auteure puisqu'elle y revient sans cesse. Entre les lignes se faufilent continuellement des rebondissements après de multiples joies suivies des déceptions et des diffamations. Au milieu de ces vents contraires, l'auteure sait qu'elle doit tenir malgré tout.

Ce chef congolais qui, loin d'aimer d'amour la fille, vivait sans doute le fantasme de découvrir le corps d'une fille sortie droit de l'adolescence, de le posséder (le corps) et de lui intimer un silence qu'aucun sens humain ne pourrait tolérer. À partir de ce rejet, le désespoir arrive dans le coeur de l'auteure qui finit par comprendre que cet homme-là, Coco le chef, n'est en réalité qu'un curieux qui voulait découvrir son corps... Un "salaud" de plus selon la meilleure amie de l'auteure. 

"Je raccroche, mon visage s’inonde de larmes. Je perds toutes mes forces et m’écroule sur le lit. Je pleure comme rarement j’ai pleuré. Personne n’est au courant de cette relation, donc personne ne peut me consoler. Ce n’est peut-être pas la première bourrasque que j’affronte, mais c’est la pire de toutes et je ne suis pas très vaillante. (…) Je mesure ce soir-là l’expression « pleurer toutes les larmes de son corps ». Comme les insectes qui se cognent à la vitre, des pensées vont et viennent dans ma tête. Comment peut-il me dire ça ? Dieu ! Que les choses ont changé. Ce Mec me courait après il y a encore quelques jours. Je suis tombée amoureuse de lui, certes je savais qu’il était marié, mais c’est lui qui a voulu de cette relation. Alors pourquoi tant d’inhumanité ? Cette expérience avec Coco m’avait complètement traumatisée et déprimée. J’avais cru aimer un homme bon, un père de famille attentionné, ce n’était qu’égarement !"

 

Dans la troisième partie, l'auteure parle de ses autres publications et particulièrement de son livre "La France une justice sans justesse" qui la conduite au Palais BOURBON; Une reconnaissance qui lui donne l'occasion de rencontrer plusieurs personnalités françaises et d'avancer dans ses choix.

Par ailleurs, Ketsia Béatrice n'oublie pas, en passant, de questionner l'impact du réseau social Facebook dans la vie des gens.

Demain j'aurai 25 ans, est le livre de la vie de Kétsia Béatrice Safou.

Comme lectrice, je n'ai évidement pas manqué de réagir. D'abord c'est un livre qui se lit très facilement. Et puis il y a le côté narratif qui vous conduit à aller un peu plus vite pour connaître le dénouement du récit.  Cela est vrai pour moi et le sera certainement pour d'autres lecteurs, Plus on lit, plus on a l'impression de connaître chaque personnage, et plus on a envie de percer le secret du mystère. Sur ce coup-là, je dirais que l'auteur a brillamment réussi son oeuvre.

Mon bémol, c'est que j'aurais souhaité que ce récit autobiographique soit un roman écrit à la troisième personne. Sur le plan littéraire ce livre aurait eu un impact plus grand. Néanmoins, j'estime que ce qui compte c'est l'intention de l'auteure. En discutant avec mon frère, j'ai pensé qu'elle voulait tourner la page de beaucoup de choses et écrire s'est avéré à ce moment-là comme un acte thérapeutique. Dans un autre sens, j'ai pensé que l'auteure voulait attirer l'attention des jeunes filles ou encore des femmes qui se laissent obnubiler par l'argent ou le pouvoir et qui croient à l'amour pour toujours personnifié par l'instant.

Nathasha Pemba,

 

Références de l'ouvrage

Ketsia Béatrice Safou, Demain j'aurai 25 ans, Paris, Édilivre, 2017.

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Vhan Olsen Dombo : Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance

Publié le par Juvénale Obili

Terre. Mère. Art. Liberté.

Performance. Rap. Slam. Poésie. Cinéma.

Exil. Identité. Choix. Afrique.

Je. Tu. Il. Nous.

Tels sont les mots que l'on retrouve dans le discours de Ya Vé, artiste congolais.

Juvénale Obili l'a rencontré.

***

Bonjour Vhan, comment vas-tu ?

Bonjour ! Je vais bien. Merci.

Nos lecteurs aimeraient savoir qui est Vhan Olsen Dombo ?

Vhan Olsen Dombo est un Artiste-Rappeur-Slameur-Auteur-Comédien-Metteur en scène et Performeur congolais, exilé au Cameroun depuis deux ans.

Pourquoi Ya Vé comme nom d'artiste ?

Parce que le nom de la terre est sacré et étant coupé du temps. Par la falsification de l’histoire et de la désorientation du souffle identitaire, J’ai dû entreprendre la fabrication de l’être et de l’Artiste comme une réponse au temps. Ya Vé c’est le côté maniaque et contradictoire de Vhan Olsen Dombo.  Dans Ya Vé, il y a le diminutif de Yaya (Aîné ou Grand) et Vé qui veut dire en langue « Non » ! Ya Vé c’est un grand « Non », celui qui sait dire « Non » ! Ya Vé comme nom d’Artiste parce qu’il y a un moyen de rectifier ce qui avait été décidé avant que je vienne au monde.

Tu portes plusieurs vestes... Quel est finalement ton domaine précis, comme artiste ?

Un domaine précis… Je n’en ai vraiment pas ! C’est le même souffle artistique qui, tantôt, s’appelle Rap ou Slam, tantôt, du Théâtre, de la Performance ! Moi, je m’exprime et les autres catégorisent. Tout se confond dans ma tête. Si l’on bouleverse les règles de reconnaissance de tel genre artistique, brassant tout dans un même pot, l’on trouvera un nom pour le classifier dans une case. On dira « Genre inclassable » ! Dire « genre inclassable » c’est classer et catégoriser ! L’on se sent souvent en danger quand l’on n’a aucun nom à ce qui se présente à notre conscience humaine. L’humain se croit au dessus de tout. Une épreuve qui échappe à la conscience identitaire, est soit, de la sorcellerie ou la folie. Comme si la sorcellerie était le summum du miracle africain. Après l’on se place dans un regard occidental et judéo-chrétien de l’ancien colonisé pour cracher sur la sorcellerie, alors que ça fait partie de mon quotidien. Donc, mon domaine précis c’est la sorcellerie artistique !

La performance… qu’est ce ?

La performance c’est l’enfant terrible de l’Art qui va à contre-courant des règles prédisposées. Les définitions quasi-formelles en sont légion. L’Art Performance n’est admis dans aucun conformisme artistique, donc, répéter la définition des autres, c’est valider son contraire. Chaque Artiste naît avec une définition mouvante de l’Art de la Performance. Chaque Performance est une redéfinition de l’instant. Redéfinir. Du Japon en Allemagne jusqu’en Afrique du Sud, et enfin au Congo, la Performance a une autre définition. Et ça se définit et se dessine au moment de l’action. De ma démarche artistique, l’Art de la Performance c’est l’humanisation du suprême et la déification du gris-gris africain, à travers des actes sur un espace du mentir-vrai.

Trouve-t-on tes œuvres sur le marché?

Au marché, l’on trouve des commerçants et de la marchandise. Rires. J’aurais aimé que l’on trouve mes œuvres au marché Total au Congo ou Marché Mokolo au Cameroun mais je n’ai pas encore trouvé de tables. Donc, il n’y a que la scène pour trouver mes œuvres ou l’espace public.

Les moments qui ont marqué ton parcours d'artiste : Quelques  souvenirs ?

Les moments qui ont marqué mon parcours… Je suis marqué tout le temps. Des bons et des mauvais souvenirs. Ce qui m’a marqué, c’est l’exil. Être séparé de la terre et de la mère. Et entreprendre un travail de vagues réminiscences pour chanter, gueuler, écrire et jouer le pays. Puis, être confronté aux problèmes des camerounais avec un mal fou du pays. Je dirais précisément l’année 2010 avec la rencontre de Marc Antoine Vumilia, un Auteur et metteur en scène de la RDC, ayant échappé à une condamnation à perpétuité et qui a saisi l’Art comme une bouée de sauvetage. Je l’ai vu se battre dans son exil. Cinq ans plus tard, j’échappe aux griffes de la dictature pour saisir l’Art et l’écriture comme une dernière chance à la vie. Se souvenir ! Les beaux moments, c’est que depuis 2011, au Congo-Brazzaville, chaque année jusqu’à ce que je m’exile, j’ai reçu des différentes récompenses autant dans l’Art que dans le sport. J’en garde des beaux souvenirs. Et ce qui me rappelle qu’il faut encore pousser plus loin.

Comme acteur, tu apparais dans ''Entre le marteau et l'enclume'' du réalisateur Glad Amog Lemra... Que penses-tu du cinéma congolais ?

Le Cinéma congolais est entrain de renaître de ces cendres. Il y a un moment, l’on a cru que le Cinéma congolais se limitait aux sketches diffusés à longueur de journée sur les chaines nationales. Non… le Cinéma est une science qui répond à un certain nombre de critères techniques. Ce n’est pas parce qu’il y a l’adjectif « congolais » qu’il faut faire le con sur TéléCongo et dire que c’est le Cinéma. Le Cinéma congolais a plus d’une cinquantaine d’années. Heureusement qu’il y a des réalisateurs, scénaristes et cinéastes qui mettent le Congo sur un piédestal cinématographique international. Et ceux-là, œuvrent dans l’indifférence des pouvoirs publics depuis des décennies. Avec des maigres budgets, ils rivalisent par la qualité et la pertinence avec des pays où l’Etat a fait du Cinéma, une affaire personnelle. C’est un travail monstre. Et lorsqu’on parle du Congo au Burkina Faso, tu auras le trésor public qui va saigner parce qu’un ministre de la culture s’est souvenue qu’il y avait des cinéastes au Congo-Brazzaville. Du Cinéma, je n’en ai pas assez joué mais l’on me retrouve dans un court métrage « Bad Apples » de Ori Uchi Kayser et un long métrage « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra… C’est des noms de cinéastes comme Amog Lemra, Ori Uchi Kayser, Rufin Mbou, Liesbeth Mabiala que le nom « Cinéma congolais » se chuchote dans les grands rendez-vous du Cinéma. C’est des putains de samouraïs !

Comment décris-tu ta plume et quelles sont tes sources d'inspiration ?

Parlant d’écriture, ma plume c’est du souffle de marathonien. En toute humilité. J’écris tous les jours. Toutes les nuits, je lis. Parce que l’on ne peut devenir écrivain si l’on n’a jamais été lecteur. Sinon, c’est de l’imposture. C’est un relais qui n’admet pas de juste milieu. Je n’ai pas encore de roman publié. Je l’espère très bientôt. Puisque j’en ai dans mes tiroirs. Mais depuis un moment, je publie mes textes sur les réseaux sociaux dans un style qui m’est propre. Et depuis un moment, un nombre d’amis m’envoient leurs textes pour des retours et conseils mais j’y reconnais mon style. Alors, je les invite à découvrir d’autres écrivains, mieux inspiré que moi et bien expérimenté. Ce n’est qu’en faisant le tour du monde des livres qu’on trouve sa propre voie. Ce qui m’inspire, c’est tout ce qu’on peut voir, lire, écouter, sentir et toucher. Des noms d’auteur, il y a Sony Laboutansi, Kossi Efoui, Laurent Gaudé, Alain Mabanckou, Fatou Diome, Guy-Alexandre Sounda…

Tu es membre ou tu as été du mouvement citoyen Ras-le-bol... Qu'est-ce que c'est? Te décris-tu comme un artiste engagé, révolté ou résistant?

Se définir comme un Artiste engagé ou révolté, cette étiquette est un euphémisme pour le Congolais que je suis… Nous avons créé le Mouvement citoyen Ras-le-bol dont j’ai assuré la coordination avant l’exil, c’était parce qu’aucun politique ne voulait prendre ses responsabilités alors que le pays plongeait dans un tournant décisif de son histoire. Mais cela ne suffit pas pour faire  de moi, un Artiste dégagé ou engagé. Etre Artiste engagé, c’est du business maintenant. C’est un truc de politique, ça ! D’abord, on s’illustre dans l’opposition et porte les costards d’opposant, puis, l’on finit dans le troisième rang d’un système qu’on a toujours combattu. Pareil pour les artistes ! On brandit des pancartes révolutionnaires dans les spectacles pour passer à la caisse ensuite. Le père Noël n’a pas de salaire. Et moi, je ne suis pas Père Noël. Je suis un Artiste avec ses faiblesses et ses inquiétudes. Un jour, je bois. Un jour, je déconne. Un jour, j’écris. Un jour, je ris ! Un jour, je pleure. Je suis un Artiste, pas plus qu’un autre. Je laisse ces étiquettes de merde aux artistes de service !

Des perspectives ?

Des perspectives !!! Mon Album de Slam « Enfant d’Afrique » arrive dans un mois au Congo-Brazzaville. Une manière pour moi de faire sentir ma présence auprès de ceux et celles à qui je manque. Je prépare un troisième album. Un album de rap ! Les miens l’attendent impatiemment. Un spectacle de Théâtre à jouer dans quelques mois en Afrique de l’Ouest. Une Performance à faire dans un mois à Yaoundé. Deux livres à sortir avant la fin de l’année. Un rôle principal à jouer dans un film à Yaoundé dans une semaine. Et un recueil de poésie à boucler aujourd’hui.

Un mot à la jeunesse congolaise…

Nous sommes des milliers à l’extérieur du pays. Nous attendons de la jeunesse qu’elle s’impose et impose le respect de l’humain sur toute l’étendue du territoire comme l’ont fait ceux grâce à qui, nous sommes à quelques pas de l’affranchissement… Ainsi, le retour au pays de tous les Artistes, intellectuels, scientifiques, politiques, activistes congolais à l’extérieur ne sera déterminé que par la soif de liberté de cette jeunesse. Quand un orteil te démange, on l’arrache. Loin du pays, nous réfléchissons autrement que nos compatriotes, donc, ne partageons pas les mêmes reflexes pour imposer ce qu’elle doit être et faire. A la jeunesse congolaise sur le terrain de déterminer s’il va falloir qu’une stèle soit posée sur le Congo ou s’il faut que l’on brandisse son drapeau tricolore à jamais : Choisir !    

Propos recueillis par Juvénale Obili

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Véronique Tadjo: Ébola ou l’expérience de la détresse humaine

Publié le par Nathasha Pemba

Véronique Tadjo est poète, romancière, peintre et auteure de plusieurs livres. Elle a obtenu  le Grand prix de Littérature d’Afrique noire en 2005. 

 

En compagnie des hommes est un roman écrit sous forme de chroniques. Il a pour trame de fond une société aux prises avec le virus Ébola qui extermine tout sur son passage. 

Véronique Tadjo conjugue l’expérience de plusieurs vies autour de ce virus. À partir de trois voix liées par un destin sombre, le roman relate la dévastation de plusieurs populations. L’histoire est poignante, pleine de misère certes mais aussi empreinte d’espoir. 

 

Le Baobab, l’une des voix centrales parle de lui, de sa puissance et de son pouvoir. De son rapport légendaire aux humains. Le lecteur perçoit dans son monologue un fond de regret. Le Baobab regrette que l’homme se soit éloigné de lui, "arbre premier, arbre éternel, arbre symbole" ÊTRE multicentenaire dont les racines viennent de très loin. Baobab fait partie des racines et il est impossible à l’homme d’avancer sans le prendre en considération. C'est lui qui dispense la lumière et la vie pour que les hommes soient éclairés. 

 

Par la voix du Baobab s'expriment plusieurs témoins de la destruction causée par le virus Ébola.

 

Il y a d'abord le médecin, en combinaison d'astronaute, qui s'exprime. Il  a sacrifié sa vie pour être au service des malades et dans ce cas précis, au service des malades d’Ébola. Chaque jour qu’il passe auprès de ses malades (sous une tente) est comme une grâce pour lui car il sait que, comme ses patients, il est lui aussi exposé au virus. Il décrit les conditions de travail assez difficiles, mais dont il faut se contenter. Il fait ce qu’il peut pour sauver des vies. Il parle de la disgrâce de la maladie et de la fragilité de l’humanité car avec Ébola, l’humain est devenu souffrance, supplice et tourment.

 

Ensuite il y a l’infirmière. Cette dernière est aussi la sage-femme, celle qui est sur tous les fronts et  peut être amenée à remplacer le médecin en cas d'absence. Cette femme qui a étudié en Occident mais qui a choisi de rentrer dans son pays pour servir ses concitoyens. Cette femme qui prône certaines valeurs dans l’accomplissement de sa tâche. À travers la voix de cette femme, c’est aussi la voix des sans voix qui est mise en exergue; c’est l’irresponsabilité de l’État qui est pointée car l'infirmière sage-femme déplore le fait que l’État soit devenu incapable d’assumer son rôle social. Le désarroi de l’infirmière se traduit dans le regard critique qu’elle porte sur la démission du gouvernement en matière de santé et de ses limites  face au virus Ébola.

 

Dans ce désarroi, on perçoit, une prise de conscience et un élan de solidarité. Les solutions sont certes difficiles, mais il faut bien se battre pour qu’il y ait moins de morts, car quoi qu’on en dise, la mort n’est jamais banale ; « elle n’est pas belle ».

Puis il y a les villageois. Mais aussi la posture du chercheur qui parle de la découverte de cette épidémie et de ses recherches. Il demande l’implication de l’éducation dans la prévention contre cette épidémie. La menace est toujours là, mais il faut lutter contre elle, car elle peut se réveiller à tout moment. Il faut résister.

 

La deuxième voix, celle d’Ebola apparaît vers la fin de l'ouvrage. Ébola refuse de porter la souffrance des hommes. Il décline son identité et se défend des hommes qui viennent le déranger dans sa tranquillité. De ce fait, il invite les hommes à la prudence car c’est à eux qu'il appartient de déterminer le vrai enjeu.

 

Entre ces voix, il y a une pensée pour la femme, la mère, les orphelins d’Ebola, les volontaires… Tout ce monde qu’Ebola mobilise, immobilise ou démobilise.

 

La troisième voix est celle de la chauve-souris qui joue le rôle de catalyseur entre les deux premières voix. Elle a été le seul porteur sain bien avant que les humains ne décident de s'en prendre à la nature. Elle veut favoriser le dialogue entre les vivants et les objets.

 

En compagnie des hommes est le livre de l’espoir, de la solidarité humaine et du respect de l'environnement. Le livre est agréable et bien écrit. Il est original car Véronique Tadjo restitue à la nature, à travers le baobab sa place dans la vie des hommes. Une belle surprise, ce roman à la frontière de nos humanités. Ces voix qui n’ont rien des personnages ordinaires d’une fiction vous hantent longtemps après votre lecture car elles réveillent en nous le sentiment de solidarité à partir de cette universalité autour d’une souffrance que l’auteure parvient à mettre en évidence. Ces voix composent le fil de l’intrigue comme l’horizon d’un monde futur qu'il va falloir impérativement penser.  

 

Véronique Tadjo laisse aux différentes voix la pleine liberté d’exprimer leur ressenti et de résister à la misère humaine pour pouvoir conjuguer les forces ensembles et chasser au loin le virus Ébola. Le Baobab rappelle à l’humain sa mission. Le docteur montre ses limites certes, néanmoins il sait que même dans les profondeurs de la misère matérielle, un médecin ne doit pas se focaliser sur l’argent. Par sections, le texte forme un tout unifié et reconstitue l’histoire d’une mère qui accepte le risque de la mort parce qu’elle espère. Le chercheur sait que cette maladie est scientifique et que la solution ne sera pas mystique. Il faut se préserver. Chaque voix parle, enseigne, et commente la tragédie. Pour l'auteure, il s’agit de faire attention à l’humain et à l’environnement, à la solidarité et au rejet, à l’amour et à la haine, à la foi et à la raison, à l’individu et à la société, au mensonge et à la vérité, à l'Occident et à l'Orient

 

À travers cette histoire, Véronique Tadjo montre que la fiction peut exercer un pouvoir sur la société et sur les manières d’être individuelles et collectives. Son talent d’écrivaine de romans, de poèmes et de littérature jeunesse se déploie dans son œuvre avec une évidence certaine. C’est bien là, l’originalité de son roman, car comme Camus avec La peste, elle montre que la fiction, la réflexion et l'éducation se tiennent toujours côte à côte. Par cette calamité , Tadjo considère que la condition humaine est l'otage de sa destinée à partir d'Ébola,  ce virus appréhendé pour ses effets exterminateurs.

Nathasha Pemba

Référence

Véronique Tadjo, En compagnie des hommes, Paris, Don quichotte, à paraître le 17 août 2017, 17 euros.

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