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Laurent Robert: Exister en tant que poète est une longue patience.

Publié le par Nathasha Pemba

Laurent Robert est né en 1969. Il vit près de Mons, en Belgique. Il a accompli des études de lettres jusqu'au doctorat et il est actuellement professeur de littérature et de didactique du français Langue Étrangère dans l'enseignement supérieur belge. Il écrit essentiellement de la poésie et des articles d'histoire littéraire et d'analyse sur des auteurs méconnus ou oubliés du 19e et du 20e siècle – en particulier sur des femmes poètes. Le Sanctuaire de Pénélope l'a rencontré pour discuter autour de son livre "Guerres"

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la littérature ?

J'ai l'impression que cela a toujours été là, que cela remonte à l'apprentissage de la lecture. Savoir lire et y trouver du plaisir est la chose la plus importante que l'on puisse apprendre. Par la suite, il y a eu les premières grandes lectures à l'adolescence, assez classiques du reste : Fenimore Cooper, Baudelaire, Sartre, Mauriac, Camus, Zola, Boris Vian...

Qu’avez-vous découvert dans l’univers de la poésie ?

Le fait que le poème soit un univers en soi. Un poème peut tout contenir, toute la vie d'un homme ou toute sa philosophie en quelques vers. Il peut aussi ne – presque –  rien dire, si ce n'est « je t'aime » ou « Dieu existe » comme la plupart des sonnets du 16e siècle, ou bien « ceci est de la poésie » comme chez les modernes, mais il le fait, dans le meilleur des cas, de façon éclatante, imparable. La grâce du langage poétique est de pouvoir dire ce tout ou ce rien de manière incontestable – et que le lecteur sache que, là, se produit de la beauté ou de l'art ; qu'il finisse parfois aussi par s'approprier le texte au point de le connaître par cœur ou du moins de se souvenir pour toujours de son existence.

Vous avez écrit un recueil de cent cinquante haïku, ce qui est plutôt rare dans l’univers littéraire occidental, est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur le haïku ?

Le haïku est une forme fixe très brève d'origine japonaise, apparue au 17e siècle. Il est constitué en japonais de 17 unités phoniques, réparties en 3 segments respectivement de 5, 7 et 5 unités. Cela donne en français 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes, sans rime. À l'origine, les haïku comportent  un « mot-saison »  –  une allusion à la saison. Ils prévoient aussi une « césure », une rupture de ton entre un des segments et les deux autres. Certains haijins (auteurs de haïku) francophones considèrent que le respect du rythme 5-7-5 est un carcan artificiel et que le haïku est simplement constitué de 3 vers brefs, quelle qu'en soit la longueur. De fait, en anglais, chez Jack Kerouac par exemple – grand auteur de haïku ! –, les vers ne respectent pratiquement jamais ce schéma rythmique et sont souvent même plus brefs, ce que permet l'anglais plus facilement que le français. Certains poètes en revanche pensent que le haïku doit privilégier, encore aujourd'hui, une tonalité bucolique et s'approcher d'un esprit « zen » ou de ce qu'ils pensent être le zen.

Pour ma part, je reste fidèle à la contrainte 5-7-5, que je trouve fertile. Je me fixe généralement une contrainte thématique, mais en la matière tout est possible. Tous les sujets peuvent être abordés en haïku : la profondeur d'une réflexion métaphysique aussi bien que le sexe, la guerre, la politique, les conflits sociaux ou des sujets plus légers. Mon précédent recueil, Métro Stalingrad, évoquait en haïku des lieux d'un quartier populaire de Paris et des lieux de la banlieue industrielle où je vis, en Belgique – très loin à chaque fois du bucolisme, du pittoresque...

Pourquoi avoir choisi le style codifié pour dire les choses ?

À l'origine, sans doute d'abord parce que c'est une forme poétique que j'aime lire. Par la suite, j'ai choisi de m'exprimer en haïku en raison des caractéristiques même de la forme : la brièveté nécessaire qui évite le bavardage, l'épanchement, l'apitoiement sur soi-même ; et la contrainte d'écriture qui est un défi, un aiguillon pour la créativité. En écrivant Guerres, je me suis rendu compte que le haïku était vraiment la forme adéquate pour mon propos, car toute guerre est un univers fragmenté, éclaté – personne n'en a une vue d'ensemble, personne n'y comprend rien. Et le haïku empêche le pathos, le lyrisme déplacé, favorise au contraire le clin d'œil, l'allusion.

Avez-vous été marqué par un auteur japonais précis, spécialiste du haïku ?

Certainement, et presque évidemment, par Bashô (1644-1694), qui est un des plus prolifiques haijins et peut-être le plus brillant. J'aime aussi beaucoup Sôseki (1867-1916) : « Les hommes meurent/ Les hommes vivent/ Passent les oies sauvages ».

Que nous apprennent les cent cinquante haïku de Guerres, votre recueil ?

Je ne sais pas si apprendre est le terme qui convient. Si le lecteur est touché par certains textes, s'il a envie d'aller plus loin, de lire d'autres livres, de s'intéresser aux poètes que je cite ou à la poésie en haïku, bref si sa curiosité est éveillée, alors le pari sera gagné pour moi.

Peut-on dire que le monde est aujourd’hui entre noirceur et sensualité ? J’ai beaucoup aimé ce nouveau genre que je découvre, et le haïku 26 m’a particulièrement touchée :

Les accents de Dieu

Christ est dans le no man’s land

Boueuse Babel

*Ce haïku a-t-il un sens précis ?

C'est ma propre perception qui est entre noirceur et sensualité. J'ai besoin, en poésie, de ressentir les choses et de les communiquer charnellement, beaucoup plus qu'intellectuellement. Je ne souhaite pas m'exprimer de façon abstraite. La noirceur est une évidence pour ce recueil, mais je crains qu'elle le soit aussi pour le monde d'aujourd'hui. De ce point de vue, le terrorisme est pire que la guerre. Ce ne sont pas des soldats qui en combattent d'autres, mais des idiots qui veulent mourir en massacrant des innocents. À la noirceur se joint l'absurdité.

Par ailleurs, comme aurait dit André Gide, j'attends des lecteurs qu'ils m'expliquent mes textes ! Le haïku que vous citez fait référence à une image qui traverse le recueil et qui est celle du babélisme de la guerre. La guerre est le lieu où les langues se confrontent, s'entremêlent, où chacun, également, souffre dans sa langue – ou bien aspire à des jours meilleurs. C'est ce que symbolisent encore les citations de poètes en anglais et en allemand. Le poème interroge aussi la présence de Dieu dans la guerre. Je ne me prononce pas sur un « silence de Dieu » ou sur une responsabilité ou sur le fait que Dieu puisse être un recours. « Les accents de Dieu » sont peut-être les accents de ceux qui le prient, de chaque côté des tranchées. « Christ est dans le no man's land » : cela veut-il dire qu'il n'est d'aucun camp, qu'il est la cible de tous, qu'il est seul face aux hommes en guerre et que cela le désole ? Je n'en sais rien, et je veux laisser le lecteur se faire sa propre interprétation, se raconter sa propre histoire.

Avez-vous d’autres publications en vue ?  

Si oui, dans quel genre ?

J'ai un recueil de tanka qui est terminé et devrait, je l'espère, sortir à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. Le tanka est la forme noble, ancienne, du poème court japonais. Il est constitué de 5 segments, en français 5 vers de 5, 7, 5, 7 et 7 syllabes. Le haïku est apparu en isolant les trois premiers vers du tanka et en en faisant des textes autonomes. Je travaille actuellement sur d'autres ensembles de textes poétiques.

Quelles sont les difficultés rencontrées par un auteur belge aujourd’hui ?

Les mêmes sans doute qu'un auteur québécois, suisse ou français : il est difficile d'être édité, difficile d'avoir un peu de presse. C'est particulièrement vrai pour la poésie, à laquelle la presse générale ne s'intéresse pas du tout – et la presse littéraire très peu ! Indépendamment de l'effort d'écriture, exister en tant que poète est une longue patience.

Quelle est la différence entre la poésie classique et le haïku ?

Le haïku partage plusieurs caractéristiques avec le sonnet. Tous deux sont des formes anciennes qui ont une origine géographique précise (le Japon, l'Italie), mais qui se sont largement répandues à travers le monde. Ils sont très codifiés mais admettent aussi des adaptations en fonction des langues dans lesquelles ils sont écrits. Or, malgré ces transformations, et par une espèce de mystère propre à ces deux formes, ils ne perdent pas leur identité, ils restent reconnaissables pour ce qu'ils sont : un haïku, un sonnet.

La différence majeure entre le haïku et la poésie versifiée traditionnelle est l'absence de rime. Cependant, si le haïku est, selon moi, plus proche du sonnet que du poème en vers libres ou du poème en prose – formes habituellement associées à la modernité –, son caractère fragmentaire, gnomique, le rend très intéressant pour le lecteur contemporain qui a plus de goût pour les formes brèves. Le haïku peut contenir la poésie la plus élevée et être tout autant une poésie aisément transportable voire « jetable » . On peut lire quelques haïku entre deux stations de métro ; c'est moins simple avec une élégie de Lamartine ou une grande pièce épique de Victor Hugo!

Depuis quand écrivez-vous ? D’où vous vient l’amour pour la littérature ?

Depuis l'adolescence. Comme je l'ai dit, c'est lié à la découverte de la lecture, puis au plaisir de manipuler les mots. Il y a quelque chose du thaumaturge dans le fait de faire aboutir un projet d'écriture – fût-il très modeste.

Quel est votre écrivain de cœur ?

Baudelaire, car c'est le premier poète que j'ai lu de ma propre initiative, le premier  – hormis les récitations enfantines – dont j'ai appris des textes par cœur que je connais encore, le seul enfin que je n'ai jamais moins aimé ou cessé d'aimer.

Quel est votre personnage de roman préféré ?

Le Docteur Pascal, du roman éponyme d'Émile Zola.

Quelle est votre relation avec Wilfred Owen, Georg Trakl et Guillaume Apollinaire ?

Tous les trois sont d'immenses poètes, qui ont pris part à la Première Guerre mondiale, y ont souffert et y sont morts – mais seul Owen est vraiment mort au combat. Chez Owen, je suis fasciné par le mélange de lyrisme et de concrétude dans l'évocation de la guerre. C'est un élégiaque qui a été contraint de décrire sans fioritures ce qu'il voyait, comme dans le célèbre poème « Dulce et decorum est », où il évoque la mort d'un soldat asphyxié à l'ypérite. Trakl meurt au début de la guerre,  d'une overdose de cocaïne. Infirmier, il a sombré dans la folie après avoir découvert l'horreur d'un champ de bataille sur le front de l'Est. Il écrit très peu sur la guerre, mais ses textes sont très forts. Toute sa poésie est la fois sombre et lumineuse. Chez Apollinaire, c'est beaucoup plus la sensualité qui retient mon attention, en particulier à travers les Poèmes à Lou, d'un érotisme toujours brûlant. Je suis en revanche peu impressionné par les Calligrammes. Je vais peut-être choquer, mais je ne pense pas qu'Apollinaire avait grand chose à dire sur la guerre même.

Un Vœu ?

Peut-être à la manière de Lawrence Ferlinghetti : « a rebirth of wonder », une renaissance de la merveille.

Propos recueillis par Nathasha Pemba

Publié dans Rencontres

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Taxi diaries 1

Publié le par Nathasha Pemba

Anonymous est mon nom. Puisque c'est comme cela que je me retrouve dans cette société où les gens, à force de courir, à force de chercher leur vie finissent par oublier ce qui peut parfois être essentiel. Mais moi, malgré mon anonymat, malgré ma vie désormais assimilée à un numéro de téléphone et à la plaque jaune posée sur ma voiture, je suis devenu témoin de presque tout. Je fais un métier où je rencontre toutes les couches de la société. Toutes les races. Vous ne pourrez l'imaginer si je ne nous le dis pas. Le médecin aussi rencontre tout le monde. Même le croque-mort. Il peut même arriver à ce dernier de savourer un instant ces vies ne vivant plus devant lui et de se dire: "Nous sommes égaux devant la mort.". Oui, il n'a pas tort. Même lorsque notre richesse nous pousse à nous faire enterrer dans de somptueux cercueils en cuivre ou en marbre, même avec les plus beaux caveaux carrelés ou cimentés, nous finissons tous par redevenir poussière.
 Oui! Nous sommes poussières et notre vocation est de retourner à la poussière.


Je suis chauffeur de taxi. C'est un métier que je fais depuis plus de quarante ans. Depuis que je suis arrivé à Paris. Le taxi, tout le monde, à un moment ou à un autre de son existence, l’emprunte. Quand on se rend à l'hôpital. Quand on voyage. Ou pour être pratique lorsqu'on n'a pas de voiture.
 C'est donc dans cet anonymat qui me caractérise que finalement je me sens un peu fort. Un peu considéré. Mais parfois je suis réduit à un simple objet. Mais je crois que c'est dans ce métier que j'observe le plus de monde. Que j'apprends surtout. 
Quand j'ai quitté mon pays, j'avais dix-huit ans. Je venais de décrocher mon baccalauréat F1. Toute ma famille s'est cotisé pour que je vienne étudier en France. La cotisation est un aspect de la solidarité africaine qui m'a toujours époustouflé. Tout le monde donne sa part. Même le plus pauvre. Je suis originaire de la Côte d’Ivoire.
Quand je suis arrivé, je pensais que je rentrerais. Finalement. Je ne suis jamais rentré. L'incertitude du lendemain. La peur du chômage. Les conflits armés. J'ai choisi de rester dans ce pays. Non pas parce que je voulais, mais parce que je n'avais pas d'autre issue.

Aujourd'hui, j'ai pris une cliente.

Nous sommes à la gare Paris-Montparnasse. Je n'ai pas vraiment de clients. Je languis. Mais je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Je suis là et je joue avec mon téléphone intelligent. Finalement je me dis que ce n'est pas une mauvaise chose que l'invention de ces téléphones. Ils nous permettent de nous occuper et d'en apprendre tant sur ce qui se passe dans notre société. Je ne dépense ni essence ni énergie. 

Je pose mes lunettes noires sur mon visage. Je suis là. J'aperçois une belle jeune femme noire qui arrive. Elle s'approche d'un monsieur. Un Blanc qui est là, debout à côté de son trolley. Je pense que c'est son mari… Ou son copain. Je sais que beaucoup de nos sœurs  noires aiment les Blancs, dit-on parce qu'ils sont fidèles. Ils savent aimer. Et aussi parce qu'ils sont gentils. Mais bien sûr! Je me demande toujours sur quels Blancs ils tombent?

Blanc d'Afrique n'est pas Blanc de France dèh. Ici, il y a beaucoup de charges. Donc il ne libère pas aussi facilement l'argent qu'en Afrique où il ne dépense quasiment pas grand-chose. D’ailleurs pour qu’il te respecte, tu dois travailler. En Afrique, ils sont expatriés. Ils ont des bonifications. Ils vivent bien leur vie. Ils peuvent donc donner leur supplément à leurs femmes africaines. Mais côté fidélité, je refuse d'y croire. Je suis un homme et je sais que la fidélité est la plus grande des tortures que l'homme est appelé à subir. Nous les hommes, aimons toujours regarder les belles femmes. Celles-là qui attirent. Oui c'est plus fort que nous. Mais c'est comme cela. La fidélité ou l’infidélité n’a pas de frontière. C’est un trait humain universel.

Et l'amour? Nos sœurs africaines veulent vivre comme des Blancs. Elles vous exigent des câlins à tout bout de champ et veulent qu'on leur dise « je t'aime » chaque heure. Mais c'est quoi cette histoire! Nous on les aime. Nous faisons de notre mieux pour les assister quand elles ont des problèmes dans leurs familles: décès, maladie ou voyage d'un frère en Europe...

Cependant celle que je vois, en dépit de sa beauté, est très naturelle. Aucun vernis sur les ongles. Elle a mis un collant. Des bottes avec 1cm de talon. Ce sont des bottes en daim. Elle a introduit son collant à l'intérieur. C'est un look que j'apprécie chez les femmes. Il leur donne un style de femme de cow-boys et c'est plaisant à regarder. Je dirais même plus: c'est excitant. La fille que j'aperçois porte un manteau au dessus. Elle a une écharpe très colorée. Elle tient elle aussi un tout petit trolley de couleur rouge et un sac à L'épaule. Elle porte des lunettes. Elle est belle dans cette simplicité. Toujours sous mes lunettes, je jette un œil du côté de ce Blanc. Ce dernier est rempli d'admiration devant elle.

Ils discutent. Deux minutes. Trois bonnes minutes. Je suis presque jaloux de ce mec. Je me rêve intérieurement en homme-araigné pour encercler cet homme. Et je vois le mec pointer son doigt vers la droite. Je ne comprends rien. Je pose mes yeux sur mon téléphone. J'entends des coups légers sur ma voiture. Je lève mon regard. Elle est là ma belle. Devant cette voiture. La mienne.

-Excusez-moi. Je voudrais aller à l'aéroport Charles de Gaulle. Mais je ne connais pas l'arrêt des bus d'Air France. Pouvez-vous m'aider?

-Mais bien sûr. Qui refuserait de rendre service à une telle beauté?

Elle sourit. Eh là! Quel beau sourire. Une belle dentition. Cette fille est une fille de la mer. Ça se voit. Elle a un côté Mami wata. Je l’aime déjà.

Je continue.

-Mais pourquoi préférez-vous prendre le bus d'Air France? Je peux vous faire un prix.

-Pourquoi pas... En fait je ne vais pas à Charles de Gaulle. Je vais dans un hôtel à Roissy-en-France. Juste pour être près de l'aéroport pour mon voyage demain matin.

Elle me donne l'adresse. Je connais bien ce secteur.

-Mais je peux vous y amener et je vous fais un prix?

Elle sourit.

-Alors dites-moi votre prix?

-40 euros.

Elle sourit. Elle ouvre la portière et je mets sa petite valise dans mon coffre.

Elle est assise à l'arrière.
 Je sens que nous allons discuter. Elle est bien calme. Je la lorgne à partir de mon rétroviseur. Mon cœur chauffe. Il faut qu'elle me parle. J’ai envie de l'écouter. Je prends le risque de commencer la causerie.


-Vous voyagez dans votre pays? 


-Non. Je vais en Côte d'Ivoire.


-Ah vous êtes ivoirienne?, fis-je les yeux brillants de bonheur.

-Non. Mais vous si.


-Comment vous le savez?


-L'accent ivoirien se reconnait toujours. Moi je suis congolaise.


-Ça fait longtemps que vous êtes ici?


-Euh! Dix ans déjà. J'habite à Toulouse.


-Ah la ville des intellos…


-Ah bon!


-M'oui…Toulouse est très développé en matière de recherche.


-Ah oui…


-Donc vous allez pour vos recherches?


-Oui.


-Si je puis me permettre, que faites-vous comme études?


-Journalisme. Journalisme scientifique.

-Ah! C'est une très bonne chose… Nous avons besoin de gens comme vous pour faire bouger les choses en Afrique.


-Ah ça! J'y compte bien.


-Vous rentrerez?


-Oui. Je crois que je ne peux pas vivre en Occident.


-Vous n'avez pas tort. J'y songe de plus en plus. L'été prochain je vais acheter une villa dans mon pays. J'en ai marre de rester ici. De toutes façons, plus rien ne me retient ici. Mes enfants sont tous casés. Ils ont eu de bons boulots.


-Et votre épouse?

-Elle veut rester ici. Vous savez, vivre dans ce pays n'est pas facile. C’est le règne de l'anonymat. À peine même si quelqu'un t'adresse la parole. Dans le métro, c'est le règne de l'anonymat. Même pas un regard, même pas un sourire. Je suis ici depuis trop longtemps. Je veux me faire plaisir pour mes vieux jours.


-Vous n'avez pas tort. Mais l'Afrique déçoit beaucoup aussi.


-Oui. Tous ces vieux qui ne veulent pas partir. Qui bloquent l'évolution des jeunes et veulent tous modifier les constitutions de leurs pays. C'est pourquoi nous comptons sur des gens comme vous.


-Merci. Je ne vous oublierai pas.

Je suis arrêté devant un feu rouge. Quelques fois ce sont les moments aimés par un chauffeur de taxi. En fait, pas seulement  un chauffeur de taxi. Tous les chauffeurs qui roulent et qui ne sont pas pressés. Même si je reconnais que le chauffeur de taxi l’aime parce qu’il augmente sa course. Cette nuit, je n’ai pas bien dormi. D’abord je suis rentré tard, mais celle qui fait office de ma femme devant l’État n’était pas là. Ça m’a comme rendu un peu jaloux. Même si je sais qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut, comme je fais ce que je veux. Mais tout de même... Je préfère la trouver à la maison lorsque je rentre. Il était deux heures du matin. J’avais eu une course un peu chargée. Des Japonais qui m’avaient demandé de les accompagner au Mont Saint Michel. Je crois que lorsqu’ils me l’avaient demandé, ils ne savaient pas où on allait. C’est assez loin de Paris, mais ils m’ont bien payé. Donc quand je suis rentré, je suis allé à pas aphones, voir dans sa chambre. Elle n’y était pas. Depuis combien de temps elle le fait ?

Je n’ai pas bien dormi, parce que j’étais impatient de la voir rentrer. Elle est rentrée vers quatre heures du matin, les chaussures aux pieds. Elle avait posé une perruque bizarre sur sa tête. Ses cheveux ressemblaient à je ne sais quoi. Ce n’était pas moche, mais en 25 ans de mariage, je n’avais jamais vu cela. J’espère qu’elle n’était pas allée à une réunion de sorcières.

Je somnolai, malgré moi, quelques secondes devant ce feu rouge. J’étais juste à côté d’un bus. Il y avait là un arrêt. Je vis une fille sortir. Une Noire. Une africaine je suppose, car même si il y a beaucoup de Noirs ici à Paris, ils ne sont pas tous africains. En plus un Noir-africain est très distinguable d’un autre Noir. Je voyais donc cette fille africaine. Elle était d’un noir assez particulier. Elle avait porté un collant avec une jupe dessus. Un top noir et une veste noire et blanc en maille recouvraient le buste. Elle avait un derrière très impressionnant. Une poitrine, de véritables airbag. Elle me plut. Je la trouvais très brute. Et je me dis que celle-là, je pourrais la retravailler. Elle me fit un peu sourire. C’était l’été. Le pollen était dans l’air. Je me mis à éternuer et au moment où je me courbais pour chercher un mouchoir, je vis que ma belle brute avait endossé des chaussures qu’elle était obligée de piétiner, parce que cela devait lui faire atrocement mal. Elle marchait tout en lisant le bout de papier qu’elle tenait entre ses doigts. Elle cherchait probablement une adresse. A force de la regarder, je me mis à rêvasser. J’entendis un klaxon venant de je ne sais où. Pif le bus était déjà loin. Je dus démarrer pour éviter le désordre.

Ma cliente assise à l’arrière semblait me contempler.

Après quelques embouteillages, je l’ai déposée à son hôtel et je suis vite reparti. Elle m’a donné 50 euros.

En démarrant mon taxi, j’ai aperçu, au coin de l’autel, une jeune dame. Une Noire. Avec deux jumeaux blonds. Elle était tellement affectueuse avec eux qu’elle m’arracha deux larmes. Je pense qu’elle était nounou ou quelque chose comme ça.

10 mars 2015

Aujourd’hui j’ai rencontré un ancien tirailleur. Un Sénégalais. Il était plein de médailles. Il n’était pas seul. Il était avec sa belle. Une belle dame d’environ 80 ans pleine de médailles elle aussi, mais des médailles en or. Je les ai envié. Parfois, j’aimerais être comme eux. Avec mon épouse.

   2 mai 2015

À la réincarnation.

Si l’on me demandait aujourd’hui ce que je voudrais faire comme métier, je sauterais sur l’occasion : Homme politique. J’adore ce métier. Non seulement tu gagnes ta vie, mais aussi tu mens pour vivre. Un jour j’ai pris un homme politique. Il est resté avec moi huit heures du temps. Je ne vous parle pas de ma recette de ce jour-là. J’aurais pu dormir un mois. Sans compter le pourboire. J’étais aux anges. À vrai dire, c’est lui qui m’a vraiment donné le goût de faire de la politique dans  une prochaine vie. Il m’a dit que même son téléphone était payé par son parti politique. En dehors de cet homme politique français, il y a tous ces hommes politiques africains qui viennent et qui repartent. Ils te louent pour tout le temps de leur séjour. Avec ceux là, tu dors sur l'argent. Des grands dépensiers. Même si je me réjouis de gagner autant d’argent, je pense tout de même à la misère de notre peuple.

 

 

À suivre, le mois Prochain 

 

Nathasha Pemba

Publié dans Nouvelles du mois.

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Alix Paré-Vallerand: Je voyage dans les mots!

Publié le par Nathasha Pemba

Artiste, Amie des mots, Guide-Animatrice dans un musée, rédactrice, Cofondatrice du collectif Ramen... Mais... Qui est Alix Pavé-Vallerand ?

 

Qui es-tu Alix PV ?
Je suis née à Québec en 1990. J'ai grandi dans une maison d'artistes. Ma mère était journaliste. Elle lisait tout le temps : nos bibliothèques impressionnaient mes amies.  Maman gardait toujours son carnet d'écriture près du lit au cas où elle se réveille avec une idée en pleine nuit. Elle est malheureusement décédée il y a quatre ans sans avoir pu publier quoi que ce soit. Elle m'a transmis l'amour des mots, l'humour et une certaine curiosité intellectuelle. Après des études chaotiques en histoire de l'art et en création littéraire, je me suis joint à un collectif littéraire. Aujourd'hui, je suis guide-animatrice de jour et organisatrice de spectacles poétiques de soir.

Que penses-tu des relations humaines sous le prisme des Réseaux Sociaux ?
J’écoutais récemment une entrevue de Catherine Voyer-Léger à l'émission C’est fou à la radio de Radio Canada. Elle disait : « Les réseaux sociaux sont fascinants, il y a là des communautés qui parlent, qui échangent, qui génèrent une réflexion collective en produisant un discours. Facebook est une machine qui a une mémoire énorme, il suffit de savoir comment y extraire ce que l'on cherche.» Certains trouvent les dits réseaux vains et superficiels. Je vois les réseaux comme un laboratoire pour les artistes, une plateforme pour lancer des idées. Je les utilise pour m'inspirer. Je lis beaucoup d'articles relayés par des amis et des connaissances. C'est sur qu'après l'inspiration, il faut s'en éloigner et se diriger vers sa table de travail! J'ai malheureusement peu de discipline…!

Ta Télésérie préférée ?
Twin Peaks de David Lynch pour l'étrange étrangeté. La première saison est un chef d'œuvre. Girls de Lena Dunham pour la représentation de la sexualité et la finesse de l'écriture. Broad City, une série écrite par deux femmes qui est selon moi, l'une des plus drôles des dernières années.

Ta citation motivante
Je ne suis pas une grande fan a des citations motivantes, je les  trouve  toujours un peu mièvres. J'ai lu les deux autobiographies de Patti Smith, chanteuse et poète. Dans son dernier livre M. Train , elle écrit : “It is not si easy writing about nothing”. Ce qui résume bien la besogne de l’écrivain : écrire à propos de tout et de rien sans que ça ait l'air “travaillé”. Tout un défi!
Tu es guide-animatrice au Musée du Monastère des Augustines à Québec, Que t’inspire le Monastère ?

Le monastère m'inspire la tranquillité et la paix. C'est profondément lié au lieu et à la communauté. J'entre parfois au boulot avec mes angoisses immédiatement résorbées au contact apaisant du lieu. Mine de rien, le terrain de l'hôtel Dieu est occupé par le d'Augustines, depuis 1644. Traitez moi d'ésotérique mais je crois que c'est lié à l'inconscient du lieu.

Est-ce un monastère dans le sens classique du terme ?

Le Monde des Augustines, aujourd'hui n'est plus un monastère au sens classique du terme puisque les Augustines ont décidé d'ouvrir l’ancien cloître pour en faire un lieu de mémoire habité avec un musée, un centre d'archives, un centre de ressourcement et un hôtel. La communauté n'habite donc plus dans le vieux Monastère mais dans une autre aile du bâtiment. Au Monastère des Augustines, contrairement aux autres couvents, il y a de l'action dans les lieux publics comme le musée ou l'accueil tout en étant un lieu propice à la contemplation.

Comment convaincrais-tu un touriste au sujet du Musée Le Monastère des Augustines ?

Les Augustines ont fondé le premier hôpital en Amérique du Nord au Nord du Mexique. Ce sont des femmes de tête qui ont posé les bases de notre système actuel de Santé​. Les côtoyer tous les jours est un privilège. Que dire de plus. Je ne peux que vous encourager à visiter le musée qui retrace plus de 375 ans d'histoire!
Quelle est Ta phrase préférée, celle de Saint Augustin ?
Je n'ai pas de citation en particulier mais j'aime son message d'amour.
Quel est ton plus grand défi ?
Finir mes projets. Je suis une personne avec plein d'idées mais j'ai parfois de la difficulté à les concrétiser.
Ta musique préférée
J'aime beaucoup PJ Harvey, Rufus Wainwright, Feist et Jimmy Hunt. J'ai un faible pour les artistes un peu outsider. Les paroles sont importantes pour moi.

Ton havre de paix ?

Ma sœur, ma solitude, mes livres et mes amis.
Alix, une voyageuse ?

J'ai beaucoup voyagé dans ma jeune vingtaine. En 2008, j'ai célébré mes 18 ans à Paris. En 2010, je suis partie en Europe avec un billet d'aller et sans plan. On a fait 5 pays (France, Suède, Écosse, Italie, Allemagne). En 2012, j'ai voyagé seule en Espagne et au Portugal. Maintenant, je suis plutôt pauvre comme job. Je voyage dans les mots! Cette année j'ai planifié un voyage à Toronto.
Trois derniers romans que tu as adoré ?
La femme qui fuit de Anaïs Barbeau-Lavalette. Je l'attendais depuis longtemps. Écriture au compte goutte racontant l'histoire de la grand-mère de Barbeau-Lavalette. Pour une amatrice d’histoire de l'art, cette histoire est du bonbon. 
Un long soir, Paul Kawczak. Une découverte, cet auteur. J'adore la forme brève expérimentale. J'espère le revoir. Après les avoir rencontré au Mois de la poésie, je suis en train de lire vivre près des tilleuls du collectif Ajar.
Mon Saint Roch ? Y habites-tu depuis toujours ? Parle-nous de Ton Saint Roch ?
J'y habite depuis trois ans. Avant, j'étais en Haute-Ville. Mon saint Roch est un Phoenix. Qui fut en l'espace de deux cent ans un quartier ouvrier et un lieu où la haute bourgeoisie faisait ses emplettes. Par la suite, il fut considéré dès les années 1980 comme le quartier le plus mal famé du pays. Mon quartier a toujours su se réinventer. J'aime ses contrastes parfois déroutants. Ils alimentent ma fiction.

Un mot sur le mois de la Poésie (mois de mars) ? C’est quoi le collectif Ramen ?

Le collectif Ramen est un collectif littéraire et poétique de la basse ville de Québec. Notre but : faire croître la poésie à Québec. Nous organisons des soirées de récitals poésie à chaque troisième vendredi du mois à la librairie St-Jean-Baptiste. Chaque soirée est suivie d'un micro ouvert  où tous sont invités à lire. Nous produisons également des fanzines (sortes de livres de poésies autopubliés). En somme, nous sommes à la fois créateurs et diffuseurs de poésie.
Quel coin du monde rêves-tu de visiter prochainement ? Pourquoi ?
J'aimerais bien visiter la Grèce pour la lumière particulière. J'aimerais aussi aller voir les provinces de l’est du Canada.
Quelle est selon toi, la place de la femme dans les ARTS au Québec?

La moitié des signataires du manifeste du Refus Global étaient des femmes (équivalent du manifeste du surréalisme au Québec). Je ne crois pas qu'elles ont eu la reconnaissance que leurs comparses mâles ont eu. Au Québec, nous vivons dans une société progressiste, certes mais il y a encore du chemin à faire. Trop souvent, les récits autofictionnels de femmes sont considérés comme relevant de l'intime. Alors que l'intime masculin lui, est faussement considéré comme plus universel.

À quoi penses-tu lorsque tu entends parler le mot "féminisme" ?

Pour moi, le féminisme rime avec Solidarité. Je pense à la solidarité, à l'amitié, à la bienveillance entre les femmes. Le féminisme est aussi un combat, il faut se rappeler que rien n'est acquis!

 

Propos recueillis par Nathasha Pemba,

(Le Sanctuaire de Pénélope)

 

Publié dans Femmes Inspirantes

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Lady Boomerang de Marie-Léontine Tsibinda

Publié le par Nathasha Pemba

D’origine congolaise, Marie-Léontine Tsibinda est poète, nouvelliste, dramaturge et conteuse. Diplômée de l’Université de Brazzaville, elle a gagné le prix UNESCO-Aschberg 1996 pour sa nouvelle Les pagnes mouillés. Elle a publié des nouvelles dans plusieurs anthologies, dont Sirène des sables (2014). En mars 2015, une lecture publique de sa pièce La porcelaine de Chine a été réalisée au Théâtre français de Toronto. Lady Boomerang est son premier roman.

*

Dans Lady Boomerang s’entremêle l’histoire de Santou et celle de plusieurs autres femmes. Née de Nitou et de Ntinu Luaka, Santou Mango-Mango se voit dès sa jeune enfance obligée de vivre d’abord avec son père devenu veuf suite à la noyade de Ntinu Luaka dans une rivière de Sangavuvu ; puis de vivre avec Dalila l’élue de son père qui deviendra plus tard veuve, elle aussi. En réalité, le père ne s’est jamais remis de la mort de son épouse. Il meurt par accident.

Le destin de Santou est marqué par la mort d’êtres chers dès l’enfance. Elle expérimente la dimension impénétrable et imprévisible de la vie. Elle vit et elle ne sait pas ce qui l’attend, car elle n’a jamais été préparée à cela. Elle devra s’adapter, cahin-caha, devant chaque situation qu’elle rencontre dans son parcours.

Santou continue la vie avec sa belle-mère et ses frères. Malgré l’absence de ses parents, elle ne vivra pas trop malheureuse jusqu’au jour où Nzenza, l’amant de Dalila, fait irruption dans leur demeure. Sa vie prendra un tournant tout à fait extraordinaire, car elle vivra le pire inimaginable. Rejetée plus tard par Dalila sa belle-mère, qui la soupçonne de coucher avec Nzenza, Santou cherche le réconfort auprès de son amant Dina qui la rejette beaucoup plus par jalousie que par rupture de sentiments. Lui aussi la soupçonne d’entretenir une relation mitigée avec Nzenza.

Santou est d’autant plus outrée et indignée, qu’elle ne sait plus à quel saint se vouer. En réalité, elle vient d’apprendre qu’elle porte une grossesse mystique dont le père reste pour le moment inconnu.

Après s’être consolée dans la boisson, Santou voit dans une espèce de rêve-vision, qu’elle se trouve dans une forêt, prise dans un étau où une voix, celle de Nzenza, se déclare être le père des jumeaux qu’elle portait dans son ventre. Il lui propose de faire d’elle la reine de son royaume mystérieux.

Néanmoins, la réalité montrera qu’il n’est pas question d’un rêve, car Santou mettra au monde deux monstres. Elle devient folle et finit par rentrer dans son village accompagnée d’une dame particulière qui se dévoilera au fil du temps.

Par bouts et par souvenance, le texte découvre des pistes qui montrent que dès sa conception, Santou n’est pas une fille ordinaire.

L’œuvre de Marie-Léontine Tsibinda accorde une belle part aux différentes figures féminines. Elle montre à partir de chaque personnage la capacité que possède l’être féminin à aller au-delà des déterminismes que lui impose la société. D’abord, Ntinu Luaka qui choisit la liberté contre le désir du monde de lui imposer un mari ; ensuite, Dalila, l’amoureuse jalouse, qui finit par imposer la cruauté et la calomnie à son semblable par amour pour un homme ; puis, Reine Avelela une figure inspirante qui aidera Santou à sortir des cendres ; enfin, Santou, la Lady Boomerang du roman, qui choisit de lutter pour permettre au souffle de vie de se maintenir en vie. Au-delà de la violence humaine et de l’humiliation, Santou choisit la vie et la réconciliation. Dina, son homme, est aussi l’objet de son martyr, mais elle continue de l’aimer.

Lady Boomerang, ce premier roman de Marie-Léontine Tsibinda, c’est le cas de le dire, est un roman fantastique. Il amène le lecteur dans un monde merveilleux et lui permet d’explorer les profondeurs visibles et invisibles improbables. La dimension poétique de la plume de l’auteure donne à ce texte une singularité bien précise. Marie-Léontine Tsibinda, qui ne se cloître pas dans le fantastique, décrit à quelques endroits des faits réels tels la vie des "Sapeurs", la réalité politique contemporaine ou encore la fusillade d’Ottawa.

Très proche de ses amours traditionnelles (Poésie et Théâtre), Marie-Léontine Tsibinda déploie, en s’appuyant sur la délicatesse de sa signature, des virilités inventives et des saveurs intérieures non négligeables. L’évocation du caractère insolite surprend certes, mais sa nature simple permet de mieux saisir la narration et ouvre à un monde invraisemblable entre amours, violences, rejets, ruptures et renaissance. Le rythme est correct, précis et livre la représentation d’un altruisme toujours en quête du meilleur pour soi et pour les autres. La spécificité de Lady Boomerang c’est aussi son hybridité; oeuvre fantastique se situant entre le poétique, l’irréel, le mystère et le réel.

Lady Boomerang, à mon sens, est une œuvre qui renoue avec la possibilité de renaissance humaine et de réconciliation comme l’indique la dernière phrase du texte : « Enfin retrouvés et réunis ». Marie-Léontine Tsibinda aurait pu aussi intituler ce roman : « Un second souffle ».

Je vous le recommande…

Nathasha Pemba

 

Références:

Marie-Léontine, Lady Boomerang, Ottawa, Les Éditions L'Interligne, 2017.

 

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À l'école de l'Écoute

Publié le par Nathasha Pemba

Le commencement de bien vivre c'est de bien écouter, écrivait Plutarque. L'écoute fait partie des socles essentiels de la vie en communauté. Pourtant, il n'est pas facile de la réaliser, car elle est une qualité bien rare. En dehors de ceux et celles qui écoutent, dans le cadre d'une profession, peu de personnes écoutent de nos jours. Plutarque considère l'écoute comme la condition nécessaire de tout apprentissage; l'apprentissage de la vie reste en premier plan.

Quand on grandissait, les parents nous l'imposaient. Plusieurs subissaient. Mais après l'éclatement de ces gardes-fous familiaux qui ont libéré notre parole et parfois notre égoïsme, nous avons repris le pouvoir de parler sans écouter. d'imposer sans solliciter. On ne s'étonnerait donc pas aujourd'hui que plusieurs initiatives sur le dialogue n'aboutissent pas. Soit on subit, soit on parle trop. Bref on écoute rarement parce qu'écouter implique toujours une réciprocité.

Lorsque l'on prend le temps de s'écouter et non simplement de s'entendre ou de s'entendre dire, la compréhension est au rendez-vous. Or, Dieu seul sait combien nous nous comportons souvent en Incompris. À tort ou à raison, je ne saurais le dire, mais l'incompréhension est une vraie gangrène qui tue progressivement la relation. Écouter nous permet de transcender le préjugé et de devenir tolérant en dehors de toute forme de relativisme moral.

Dans un univers où l'on ne s'écoute pas, la solitude n'est jamais loin. Le conflit semble permanent. Esclave des préjugés ou des qu'en dira-t-on, on ferme la porte de la réussite et même quelques fois la possibilité de rêver à ceux et celles qui ont bien envie qu'on les écoute et qu'on leur donne notre avis. 

"J’ai beaucoup appris en écoutant attentivement. La plupart des gens ne sont jamais à l’écoute."

(Hemingway)

Écouter ok, mais comment écouter ?

J'aime beaucoup cette prière de Patrice de La Tour du Pin

"En toute vie le silence dit Dieu. Tout ce qui est tressaille d'être avec Lui. Soyez la voix du silence en travail, couvez la vie, c'est elle qui loue Dieu. Pas un seul mot, et pourtant c'est son Nom que tout secrète et presse de chanter; n'avez-vous pas un monde immense en vous ? Soyez son cri et vous aurez tout dit. Il suffit d'être, et vous entendrez rendre la grâce d'être et de bénir; vous serez pris dans l'hymne de l'univers, vous avez tout en vous pour adorer car vous avez l'hiver et le printemps, vous êtes l'arbre en sommeil et en fleurs; jouez pour Dieu des branches et du vent, jouez pour Dieu des racines cachées. Arbres humains, jouez de vos oiseaux, jouez pour Lui des étoiles du ciel qui sans parole expriment la clarté: jouez aussi des anges qui voient Dieu. Amen".

La question que l'on a envie de se poser: Comment le silence peut-il être au fondement de l'Écoute?

C'est simple. Celui qui écoute doit être capable de se taire, de faire silence en lui, de prendre du temps pour que l'Autre en face de lui puisse s'exprimer en toute liberté. Quand on prend le temps d'écouter l'Autre activement sans l'interrompre, on est un héros du vivre ensemble. Écouter implique de ce fait l'oubli de soi, pour quelques instants. Écouter, ce n'est donc pas ici pomper des conseils à Autrui ou encore lui remonter le moral. Non, Écouter ici c'est écouter pour que l'Autre puisse exister. Écouter pourrait donc s'apparenter ici à de la Maïeutique socratique, car il est question, en écoutant l'Autre, de l'aider à trouver en lui-même (à accoucher) des pistes de solutions pour sortir de ce qu'il croit être sa misère.

"Celui qui sait écouter deviendra celui qu'on écoute."

(De Vizir Ptahhotep) 

Il y a plus de 20 ans, j'ai fait ma promesse dans le Mouvement "Bilengé ya Mwinda" (Jeunes de La Lumière), ma parole d'engagement était "Seigneur, aide-moi à être  une lumière pour les Autres, Une présence pour leur donner un espace d'expression". Je n'avais pas 18 ans. Plus j'y pense, plus je me rends compte que cela n'a jamais été facile. La route a toujours été jalonnée d'épines, parce que la volonté c'est toujours de vouloir être soi-même, briller soi-même. Ce n'est jamais une marche, encore moins un acquis. Chaque jour il faut se reconquérir et marcher, parce que la vie implique toujours l'Autre. C'est dans ce mouvement que j'ai appris le sens de l'écoute, lors des partages. Il fallait écouter les autres, être juste là sans les juger.

Écouter ce n'est pas une chose facile. On s'efface pour laisser à l'Autre le terrain dans le but de coexister à ses côtés. Il peut aussi arriver que l'on accepte de prendre sur soi, momentanément, sur soi tout ce que l'Autre est capable de dire car, à ce moment-là, ce n'est pas de notre rejet ou de nos suggestions dont il a besoin. Il a juste besoin qu'on soit là.

Écouter, c'est participer à la libération de l'expression de l'autre.

Quand on ne peut pas écouter l'Autre, cela signifie qu'on est incapable de s'écouter soi-même. On est, de ce fait, une personne désintégrée qui court les rues pour prodiguer des conseils alors qu'elle est incapable de s'écouter. C'est pourquoi une écoute active est nécessaire pour nous aider à aller à la rencontre de la vie dans ses diverses manifestations.

S'écouter, c'est donner de l'importance aux mots, donner à l'autre la possibilité de s'exprimer librement. Ne jamais couper la parole quand l'Autre parle. Ne jamais lui poser des questions quand il parle. En somme, tout le monde parle, peu écoutent. En cela, écouter est un art car elle nous engage.

 

Nathasha Pemba

 

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Les bienfaits du rire: Je ris donc je suis

Publié le par Nathasha Pemba

Kathy que ses amis qualifient de bonne rieuse, et qui ne rit ou ne sourit pas moins de trente fois par jour, répète sans cesse que grâce aux vertus du rire, elle se sent toujours prête à affronter toutes les situations, même celles liées à son état de santé et à son bien-être social : « Ce n’est pas une banalité. Je ne banalise rien, mais je ne veux pas non plus aggraver. Rire et sourire me font un bien fou. Le rire est gratuit. Je ne manque jamais une occasion de rire, parce que je sais que cela peut me faire du bien à moi et à mon entourage. Ma devise personnelle est : « Rire est bon pour le moral », souligne-t-elle.

Dans un monde qui roule à mille à l’heure et où les gens ne cessent de courir, le stress est devenue la pierre de touche de l’existence humaine. Métro-boulot-stress. On manque le temps du plaisir et le rire a perdu sa place, à force de croire que celui qui rit ne peut être pris au sérieux. Rire est devenu un luxe, parce que beaucoup de nos contemporains pensent que rire est une perte de temps. Pourtant on ne peut pas faire abstraction du rire, tant qu’on vit. Rire est dans l’être de l’homme.

Parmi les nouvelles tendances du siècle, il y a les stress, la déprime et les conventions sociales (ne pas rire devant des hommes ou des inconnus). On vous dit simplement que dans certains milieux, il ne faut pas rire au risque d’être taxée de personne de mœurs douteuses. Résultat : des visages renfrognés et le stress chronique, même à table, dans le métro… ou en famille. On est toujours pressé.

Empêcher à l’être humain de rire ou de sourire, n’est ce pas lui ôter une partie importante de son être, de ce qui fait son humanité?

Toutefois, les spécialistes et les psychologues nous disent que dix minutes de rire par jour est un bon supplément pour la santé. Un bon facteur d’équilibre psychologique. Un peu comme le calcium, le magnésium ou la vitamine D.

Les vertus du rire

Les réseaux sociaux ont trouvé un moyen de traduire le rire, montrant par là, que même dans un monde virtuel, on a besoin de rire : Lol[1], mdr[2] pdr[3]. Certains vont même jusqu’à dire expdr[4] ou même rdr[5] etc…

Tout cela montre à quel point, partout où est l’homme le rire reste présent. On a besoin de le traduire le plus fortement possible, lorsqu’on ne peut l’observer de manière visible.

Bergson, un philosophe français des derniers siècles, a consacré une œuvre impressionnante sur la question du rire. Dans son livre intitulé Le rire,  Henri Bergson, considère le rire comme quelque chose d’essentiellement humain, car il est non seulement visible par le fait que l’on peut facilement dire d’une personne qu’elle est en train de rire, mais il est aussi cérébral, parce que lorsqu’on rit, c’est une dimension de notre cerveau qui est mis en exergue et qui travaille. Pour lui, le rire a aussi une fonction sociale:

Pour comprendre le rire, il nous faut le remettre dans son environnement naturel, qui est la société, et surtout, nous devons déterminer son utilité, qui est sociale. (…) Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Il doit avoir une signification sociale.

Comme on peut le constater, en plus de posséder des fonctions de médiateur social, le rire  permet aussi aux tensions physiques et mêmes psychologiques de s'évacuer. Dans certaines situations. Même dans les moments d’énervements, certaines personnes rient, quelques fois elles rient jusqu’à pleurer. Et bien au-delà de cette embrouille intérieure, le corps humain se détend de manière inéluctable, car son système nerveux central et les glandes endocrines produisent des substances (endorphines, hormones du plaisir, de la morphine naturelle) qui ont une vocation réparatrice. D’ailleurs, dans certains pays, par exemple, de plus en plus, il y a des clubs de rire, et même des clowns et des humoristes qui sont engagés dans les centres hospitaliers et les cliniques médicales, pour détendre les malades et ce, notamment les enfants.

Une étude a montré qu’en plus de dérider, le rire est un véritable contrepoison au mal-être. Il chasse les angoisses existentielles qui habitent sans cesse l’être humain et secrète la joie de vivre et le bonheur de vivre avec les autres, car un rire ouvre toujours à la rencontre de l’autre, surtout lorsqu’il se laisse communiquer.

Selon les scientifiques, le rire met en jeu une douzaine de muscles du visage : ceux des paupières, des lèvres, des pommettes (dont les fameux petit et grand zygomatiques), du cou....

La plupart des médecins sont unanimes à dire que le rire fait du bien à l’être à part entière. Il agit sur le système cardio-vasculaire, la digestion, la douleur, la respiration, le système neuro-hormonal, le système immunitaire, le sommeil, l’humeur, l’émotionnel, la confiance en soi, l’estime de soi, l’énergie, la mémoire, l’intellect, la communication avec soi et autrui, le système musculaire,

L’impact du rire sur la santé : une prescription nécessaire.

Dans quel cas utiliser ce médicament ?

Ce médicament est un produit sans molécule chimique qui agit pour le bien-être de l’être entier de la personne, âme et corps. Il lutte contre la douleur interne et externe et le stress. Ses propriétés correctrices peuvent se manifester à forte dose. Peut être prescrite chez l’adulte et chez l’enfant, à partir de la naissance jusqu’à la mort.

Il est utilisé dans les cas suivants :

  • Le traitement de la douleur : bon antalgique contre la  douleur intérieure : le rire distrait et baisse le niveau des tensions au niveau des muscles.
  • Le traitement du stress : source de bien-être, le rire détend et permet l’amitié entre les personnes.
  • Le traitement de la colère : dès qu’on commence à rire, c’est déjà le signe que la colère s’en va.
  • Le traitement de la digestion : le rire aide à guérir la constipation. Quand on rit, on fait des exercices abdominaux. Ce qui aide au bon transit intestinal.
  • Le traitement des incommodités fonctionnelles : l’excès de cholestérol, l’hypertension artérielle, l’asthme, les infections pulmonaires.
  • Le traitement de l’insomnie : en supprimant les tensions, le rire nous détend et permet de s’endormir plus facilement. Un bon remède contre l’insomnie !
  • Le traitement de la mauvaise humeur : Le rire influence l’humeur, nous rendant joyeux et énergiques. Le rire a des conséquences positives sur le psychisme humain.

 

Mode d’emploi et posologie

  • Le matin : deux minutes.
  • L’après midi : quatre minutes.
  • Au coucher : cinq minutes minutes ou plus.

Conseils :

  • Bon pour l’estime de soi
  • Augmente la qualité des relations
  • Bonne intégration en société, génératrice de liens, une vision moins étriquée de la société dans sa dimension diverse.
  • Le rire permet de vivre plus vieux. Le rire limite donc l'usure de l'organisme.
  • Le rire fait maigrir le rire permet de stimuler 400 muscles du corps humain. Une personne qui rit activement pendant une heure brûlerait 500 calories. (L’homme et le rire)

Nathasha PEMBA

 

Sources bibliographiques :

L’homme et le rire : http://tperire.e-monsite.com/pages/iii-les-effets-du-rire.html

Henri Bergson, Le rire : essai sur la signification du comique, Paris, PUF (14e édition), 2012.

Norman Cousins, La volonté de guérir, Paris, Éd. Seuil, 1980.

Sébastien Bohler et de Véronique Durruty,  La chimie de nos émotions,  Paris, Éd. Aubanel, 2007.

Madan Kataria,  Rire sans Raison, Paris, le Club du rire,

 

 

 

 

[1] Laughing out loud : je rigole très fort.

[2] Mort de rire

[3] Pouffer de rire

[4] Extrêmement pouffer de rire

[5] Ressusciter de rire.

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Désir d'enfant de Marc Bressant

Publié le par Nathasha Pemba

Désir d'enfant est un recueil de Nouvelles de Marc Bressant, écrivain français. J'aime beaucoup les nouvelles. C'est mon genre littéraire préféré. Dans la nouvelle, il y a ce côté chute, surprise et suspense que j'affectionne beaucoup. J'aime faire travailler les lecteurs et les imaginer en train de chercher la suite d'un texte .

Ce recueil nous conduit à la fois à Vienne, à Guernesey chez Victor Hugo, en Scandinavie, dans les grottes... mais aussi dans un pan de l'histoire: La préhistoire. 

Il est question d'une chose: Le désir de procréer. À travers les différentes nouvelles, l'auteur montre que désirer un enfant n'est pas que l'apanage de la gent féminine. Plusieurs hommes veulent avoir des enfants pour les aimer, pour laisser une trace, pour montrer leur virilité. Bref Tout humain semble être, selon Bressant, un désireux d'enfant. C'est ce que démontre l'attitude du Général Haudemain, personnage d'une nouvelle, lorsqu'il confie: "j'ai toujours rêvé d'être mère". Ou encore dans la nouvelle "Folles farandoles". L'auteur écrit : "Observer la soif de la maternité qui habite ses filles a toujours bouleversé Dolorès. Dès leurs premiers gazouillis, toutes les trois, chacune selon sa personnalité n'ont cessé de parler de leur bébé à venir".

L'auteur montre comment le désir d'un enfant donne des ailes et de la persévérance pour tenir même au milieu des vents contraires, pour braver ces interdits et tolérer l'infidélité. Il n'hésite pas non plus à parler de ceux et celles qui renoncent à leur désir de maternité en bravant le culte social de la maternité.

Ce livre est avant tout un livre sur le désir de maternité inhérent à tout être humain, sur la liberté et sur la féminité.

Quatorze nouvelles que vous aimerez certainement.

Nathasha Pemba

Références

Marc Bressant, Désir d'enfant et autres nouvelles, Paris, Éditions de Falois, 2016

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Rosette Pipar: L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon

Publié le par Nathasha Pemba

Née en Belgique, Rosette Pipar réside au Québec depuis plus de trente ans. Trois décennies qui correspondent à son engagement dans le domaine des communications. Elle a été tour à tour Journaliste, Agent d’artiste, Recherchiste, Animatrice de télévision, Organisatrice d’évènements et de campagnes promotionnelles. Entre autres engagements, Rosette a aussi dirigé la Fondation des arts des Laurentides. Fondatrice de Phoenix3 alliance, elle est aujourd’hui Consultante en communication et en développement stratégique et personnel. Depuis 2007, elle collabore à la direction des nouvelles collections au sein de la maison d’édition Marcel Broquet-La nouvelle édition. Nous l’avons rencontrée pour la Rubrique « Femmes Inspirantes » du Blog Le Sanctuaire de Pénélope.

Écrire la vie…

Même si, à l’âge de cinq ans, je trouvais les premières lectures idiotes… je me souviens, comme si c’était hier, des premiers textes qui s’éternisaient sur de longues pages monotones: Rémi a ramé avec sa rame… J’éprouvais des problèmes de lecture au point de devoir suivre des leçons privées… Aujourd’hui, je sais que je m’ennuyais, tout simplement. Mais, très vite, j’ai commencé à dévorer tous les livres que je trouvais… J’étais fascinée.  J’ai tout de suite aimé écrire. Le monde du livre était le seul espace où mon imaginaire galopait avec bonheur, jamais rassasié. Plus tard, je suis devenue un rat de bibliothèque. À chaque moment libre, je m’infiltrais dans l’immense et imposante bibliothèque de l’école. Mes premiers poèmes virent le jour vers l’âge de 14 ans.

Comment s’est tissée, au fil du temps, votre relation avec l’écriture ?

Ce n’est que vers l’âge de 30 ans que j’ai recommencé à écrire pour moi. Le processus s’est accéléré alors que mon corps et mon âme percevaient un début de vide existentiel, alors que j’avais, apparemment, tout pour être heureuse et comblée. L’écrit devint alors l’expression de mes questionnements, de ce trop plein inexplicable.

Écrire, de ce fait, peut-il être considéré comme un exutoire ?

Plus tard seulement, le livre devint l’exutoire viscéral de la crise de mon couple. Des carnets, écrits à l’encre turquoise, d’une main docile malgré le bouillonnement intérieur, en témoignent. Je croyais les utiliser pour en faire un livre. À part quelques poèmes extraits de ces amis fidèles, les écrits sont restés figés dans ces cahiers de douleurs. D’autres mots, issus de mes rêves, ont aussi rempli quelques carnets. J’y inscrivais les signes de la nuit et les signes du jour, tentant de remettre de l’ordre dans mon cœur brisé et de trouver la force d’avancer en me délestant d’un peu de chagrin et en me gonflant d’objectifs et de nouveaux rêves, vivante que j’étais, malgré tout.

Comment expliquez-vous cela ?

Toujours, je considérais ces écrits comme une extension de l’expression de mes émotions. J’avais du mal à prendre ces « fragments » trop au sérieux. À force d’offrir des poèmes à mes amies, à des connaissances, j’ai bien dû admettre que mes mots, écrits spontanément, avaient un certain écho auprès d’autres.

Et aujourd’hui, Que dites-vous de votre relation à l’écriture ?

Ce n’est que très récemment, malgré les 11 livres écrits, que j’ai réalisé à quel point l’écrit est ma mission actuelle. Je lui dois la Vie. L’Univers me l’a confié et lorsque je m’accorde un espace libre, la connexion se fait, miraculeusement. Je peux affirmer que je suis écrivaine, surtout poète. Ah, si quelqu’un m’avait dit, comme à Duras : « Ne faites rien d’autre qu’écrire… », peut-être me serais-je commise plus rapidement. Et, en même temps, ne faut-il pas un certain vécu, voire une certaine castration, pour que jaillisse, plus fort encore, le flux de l’émotion parfois trop longtemps macérée.

« Écrire, ce n’est pas, pour moi, orchestrer savamment un plan d’écriture, même si une certaine organisation est nécessaire. C’est surtout un acte impulsif, une force qui demande à vivre. Le texte, bien sûr travaille par la suite, conserve, presque toujours, sa forme brute, pulsion de l’instant capté à même la vie »

Vous parlez de mission. Pensez-vous que chaque humain a une mission sur terre ? Comment prendre conscience de cette vérité ?

Certains frémissent lorsqu’on leur parle de « mission ». Personnellement, j’ai pressenti que je devais nécessairement en avoir une. C’est sans doute un grand malheur qui m’a incitée à revoir mes objectifs de vie. Lorsque mon château de sable s’est écroulé, je me suis demandé ce que je faisais sur terre. J’ai donc fait le bilan de ma vie à 40 ans, tant du point de vue professionnel que personnel. Au niveau de ma carrière, ce fut assez facile. Quelques tests d’orientation, d’évaluation de mes habiletés, de mes désirs me confirmèrent la route à suivre. J’étais bien dans mon élément mais je pouvais y ajouter quelques formations et outils. J’entamai alors une dizaine d’années d’études universitaires, à temps partiel.

Comment définirez-vous la mission ?

Pour moi, la mission de la vie est bien de faire ce que l’on aime naturellement, être dans sa passion. À quoi reconnaît-on une passion ? Simple. Tout ce que vous feriez même si vous n’étiez pas payé pour le faire car cela vous semble facile et, surtout, car cela vous procure de la joie. Parfois, cela nous paraît trop simple et nous cherchons ailleurs au lieu d’irriguer le champ de nos talents naturels.

Vous êtes Coachdans quel domaine précisément ? En développement personnel ? En quoi consiste exactement votre travail de Coach ? Êtes-vous satisfaite ?

J’ai été coach dans divers domaines. Lorsque je gérais la Fondation des arts des Laurentides (1996 à 2008), j’ai notamment conçu Horizons artistiques, un programme de réinsertion sociale par les arts pour les décrocheurs scolaires durant quatre ans. Trois cohortes de 20 jeunes âgés entre 15 et 25 ans ont été encadrées par une équipe d’intervenantes sociales durant près de 4 mois à raison de 30 heures par semaine.

En quoi consistait ce projet ?

L’essentiel de ce projet consistait à tenter de provoquer une étincelle chez ces jeunes désœuvrés. Pour ce faire, j’ai invité une vingtaine d’artistes professionnels dans diverses disciplines que ce soit le théâtre, l’écriture, la musique, la sculpture, la peinture, la danse, la photographie, la vidéographie, le cinéma et même un chef de chœur et un chef d’orchestre à présenter leur passion à ces jeunes. Il fallait leur démontrer à quel point ce qui nous anime nous rend vivant. Tous ces jeunes ont participé à de nombreux ateliers de développement personnel, des ateliers créatifs de groupe. Je leur ai personnellement montré comment créer un plan d’affaires sommaire incluant un positionnement personnel, un slogan, un dépliant, une carte d’affaires.

En dehors de ce projet de la réinsertion par les arts, avez-vous une autre expérience à évoquer ?

Au niveau corporatif, grâce à mon entreprise Phoenix3 alliance, j’ai également accompagné de nombreux entrepreneurs dans leur développement commercial dans divers secteurs d’activités : tourisme, santé, agroalimentaire, culture, sport. J’ai présenté de nombreux dossiers aux Grands prix du tourisme des Laurentides et obtenu 13 grands prix dont deux au national. Aussi, le Grand prix de la culture en 2000 pour le Festival des jeunes musiciens. J’ai conçu également un programme-pilote « Art et affaires » pour le Conseil de la culture des Laurentides soutenu par les Partenaires du marché du travail (Emploi Québec).

« Dernièrement, je faisais mes courses et l’emballeur à la caisse m’interpella. Comment allez-vous madame Pipar ? Interloquée, je le regardai en lui répondant : « Vous me connaissez ? » Il me répondit avec un large sourire : « Tout le monde devrait connaître madame Pipar ! » Soudain, je me souvins du grand gaillard qui participait à Horizons artistiques et qui voulait absolument faire des bijoux avec des micros pièces de vieux ordinateurs »

Les gens vous font-ils confiance sans hésiter ?

En général, les gens me font assez rapidement confiance. J’ai une bonne capacité d’écoute et d’empathie. J’agis souvent comme une « mère », ce qui n’est pas toujours l’idéal pour un coach d’affaires. Ce qui est particulier, chez moi, est le fait que lorsque j’ai réalisé un diagnostic d’entreprise doublé d’un plan de commercialisation, je suis tellement convaincante que les clients m’ont souvent confié la réalisation de mes propres plans. Je les ai donc accompagnés durant 2 à 4 ans. Une des raisons qui m’a poussée à cesser ces activités est que j’étais un peu trop imprégnée des enjeux des entreprises que je « portais » littéralement à bout de bras. Expérience exaltante mais quelque peu éreintante.

Pensez-vous que l’écriture est avant tout un acte de liberté ?

Pour moi, l’écriture est certes un acte de liberté, mais elle est surtout la voix de l’inconscient qui se manifeste, celle du corps et du cœur, celle qui veut communiquer à sa manière. Une sorte d’écho de l’expression humaine brute en ce qu’elle a de pur, d’authentique, d’essentiel.

Quel est votre rapport à l’écrit ?

En ce qui me concerne, l’écrit m’est devenu vital. C’est ma voix, c’est mon feu, c’est ma vie. Pire, c’est ma seule raison d’exister. J’ai longtemps craint la parabole des talents. Elle me hante encore… « Qu’as-tu fait de tes talents ? » Souvent, je pense à la mort en me demandant si j’ai fait fructifier les talents reçus. Sans prétention, la bonne fée m’en a affublé de quelques-uns. De plus, ma curiosité naturelle m’entraine à me disperser. Je n’évoquerai même pas en détail l’ampleur de mes activités professionnelles qui me poussent dans l’idéation, la création, l’organisation, les communications… qui me tiennent très occupée. Entre le théâtre, la danse, le dessin, la couture, la cuisine, premières amours que j’adorais, j’adore et j’adorerai… il me reste, l’écrit, outil qui, à lui seul, peut exprimer toutes ces envies à peine comblées. L’écrit est donc devenu un devoir, dans le sens non contraignant de l’acte. Au plus, je lui laisse le champ libre, au plus il se déverse tel un torrent me confirmant que « quelqu’un écrit » … il y a tant à dire. J’écris intuitivement. Je ressens le flot qui se manifeste à travers ma plume singulière. Ce devoir est donc de le servir pour qu’il puisse susciter chez celui qui lit, l’envie, l’élan vers soi, peu importe son médium d’expression. Oser ce qui nous fait vibrer, il n’y a rien d’autre ici-bas. Car si je rayonne de joie, j’éclairerai l’autre qui me le rendra.

Vous êtes Poète… Quel rapport la poésie entretient-elle avec le monde ?

La poésie se fait l’extension impulsive, intuitive, de tout ce qui m’habite. Que ce soit une émotion, une impression, une rencontre, un fait divers. Les mots jaillissent naturellement avec une fluidité déconcertante qui m’a souvent portée à croire que « ce » n’étaient que bribes imparfaites de souffles qui me traversaient. Une sorte d’exutoire simplet. Cependant, à les relire, je dois bien me rendre à l’évidence que ces mots n’ont rien d’anodin. Ils reflètent l’instant vécu, sorte d’instantané photographique de ce que je vis. Ils me renvoient à ces souvenirs, ces réflexions qui m’interpellaient comme un album photos dans lesquels on revit les moments de notre existence. Un songe, un constat, un témoignage, une revendication, une plainte… dans une approche humaniste. La vie, l’amour, la mort, la vieillesse, la douleur, la trahison, la joie, les amis, la nature … Le sujet de l’humain est déjà assez vaste pour que je me perde dans des conjonctures sociales ou politiques qui me désarment. Par contre, certains poètes excellent à dessiner des images parfois virulentes, parfois hautement philosophiques et aussi étrangement censées sur leur vision du monde. En ce sens, la poésie est essentielle.

Quels sont les thèmes de vos recueils ?

Un thème, cependant, est récurrent chez moi. L’écrit ou, comme dirait un de mes amis : le cri. En effet, l’écrit a longtemps été cette voix qui revendiquait sa place dans ma vie. Il piaffait… attendant dans l’antichambre de ma vie. De nombreux poèmes en témoignent. D’ailleurs, « Désir d’écrire », mon premier essai intimiste, est l’accouchement de l’écrit. C’est Lui, l’écrit qui me parle. Voulant comprendre pourquoi je procrastinais, je lui ai laissé sa voix. Je lui ai répondu. Je sens que, bientôt, il prendra la place qui lui revient.

Pensez-vous que l’espérance est un ingrédient nécessaire pour sortir des misères que nous impose, quelques fois, la vie ?

L’espérance est essentielle. Pas toujours facile cependant que d’oser avancer dans un horizon incertain sans garantie aucune que le chemin emprunté soit le bon. En 2010, le vide existentiel s’étant fait omniprésent, ayant réalisé beaucoup de mes rêves, je décidai de suivre le programme « Sens et projet de vie » destiné, initialement aux gens désireux de « re-traiter » leur vie, de préparer leur retraite et de trouver un nouveau sens à leur existence. Outre les merveilleuses lectures, les rencontres avec un groupe de 20 personnes avec lesquelles j’ai cheminé durant deux ans et demi, j’ai appris que le sens de la Vie est celui qu’on lui donne. Ouf. Quelle responsabilité ! Quelle soudaine liberté. Impossible, dès lors, de se cacher. Pour ce faire, il est vital de bien ou enfin, de mieux se connaître, d’identifier nos valeurs, nos passions et de nous y dédier.

Comment un adulte traumatisé par ses parents, durant toute son enfance, peut-il s’en sortir ?

Chacun d’entre nous porte ses propres blessures qui génèrent un lot de souffrances. Même si le traumatisme d’un enfant battu ou violé peut sembler pire qu’un enfant incompris de ses parents, il n’en reste pas moins que la souffrance, elle, est à son paroxysme pour chacun de nous. Je crois sincèrement que l’on peut apprendre à mieux vivre. Personnellement, je suis en quête existentielle depuis l’âge de 15 ans. Sans doute un désir de comprendre et de dépasser les sentiments de mal-être m’ont motivée à rester cette chercheuse de l’infini.

Le risque de replonger dans l’angoisse existentielle semble toujours présent…

C’est un chemin difficile. Se remettre en question me semble essentiel, toujours dans le but d’arriver à être de plus en plus en cohérence avec ce qui nous anime. Parfois, il faut des années pour comprendre les décisions prises à notre détriment. Pourtant, toutes, elles nous servent de terrain d’apprentissage vers soi. En même temps, comme on peut lire dans L’Ecclésiaste ou le désir infini de trouver un sens à la vie … «Va, mange ton pain… vis, simplement. » Pourquoi l’être humain est-il si torturé ? Sans doute cette cassure avec la divinité en nous, cette mémoire d’un au-delà plus grand que nous et duquel nous avons été amputés pour vivre l’expérience terrestre dans ce terrain de jeu qui nous offre des leçons de vie.

À ceux qui demeurent pessimistes dans la vie, que leur conseillez-vous ?

J’ai lu beaucoup de théories au sujet des gens naturellement optimistes et ceux dont le tempérament penche souvent vers le négativisme. On pourrait donc avoir tendance à être défaitiste en se disant que notre ADN est blanc ou noir et que nous n’avons aucun pouvoir sur notre personnalité. Je crois qu’il s’agit, avant tout, d’apprendre à être conscient de nos pensées, d’identifier les sources négatives, de muscler notre façon de penser et surtout de s’entourer de gens positifs ou du moins de tenter d’éviter les autres. L’être humain a tendance au mimétisme et s’il n’est pas vigilant, il peut facilement tomber dangereusement dans des habitudes néfastes. Sans verser dans l’attitude « rose » de certaines personnes qui prétendent ne jamais vivre de problème, il est possible de relativiser et lorsqu’on apprend la gratitude, l’habileté à reconnaître les petits instants de bonheur de chaque jour, on développe un espace plus grand pour la joie. Un des exercices que je faisais avec mes enfants était d’identifier toutes les choses positives de la vie et les négatives aussi. On est alors surpris du nombre de bons éléments que nous pouvons trouver au quotidien. Au plus on remplit son cœur de points positifs et de lumière, au moins il reste d’espace pour le sombre.

Quel est votre philosophe de cœur ? Pourquoi ?

Philosophie de cœur ? Quel programme ! Existe-t-il une philosophie du cœur ? Tout ce que je puis en dire c’est que j’ai découvert, justement lors du séminaire « Découvrir sa mission » animé par Thérèse Landry, élève de Jean Montbourquette, que j’étais une femme de cœur. C’est du moins ce qu’elle m’a dit. J’en suis restée totalement surprise. Il est vrai que j’ai toujours beaucoup d’attention pour les amis, la famille, sans doute parce que j’aimerais qu’on m’en accorde autant moi qui en ai tellement manqué. Aujourd’hui, je donne sans attente, juste pour le plaisir de faire plaisir. Mais le cœur est bien autre chose que le simple fait d’offrir quoi que ce soit. Le cœur est le pouls de l’être humain. Il devrait être au centre de nos décisions. Malheureusement, on, je, le relègue encore bien trop souvent au second rang au profit du mental qui, effrayé, s’emballe et prend le contrôle de la zone de confort, même inconfortable.

Bachelard écrit: « Au commencement est la relation», Que vous inspire cette phrase ?

J’ai lu un merveilleux livre « Le courage de créer[1] » qui parle de rencontre avec soi. Rencontre avec ce qui naît de soi et que l’on accueille. Sorte de découverte. Un peu comme lorsque j’écris et que je lis cette autre moi qui existe aussi. J’ai lu Bachelard mais je ne me souviens pas de cette expression chez lui. Par contre, l’« instant », chez lui, évoque pour moi l’attention à l’essentiel, le vital… Il y a la rencontre avec soi, en toute lucidité et toute empathie pour la personne qu’on découvre en soi, pas nécessairement l’idéal que nous nous plaisons à tenter d’atteindre et qui, souvent, est la cause de souffrances, de déceptions. La rencontre avec soi est importante. L’écoute profonde, l’alignement avec nos valeurs. La rencontre avec l’autre est essentielle. En lui accordant une place attentive, nous le faisons exister. Nous apprenons[2]. C’est notre écho, notre miroir, celui qui nous renvoie notre image humaine. Nous n’existons que dans le regard de l’autre. Double perception, à la fois intimiste en ce qui a trait à la capacité de nous voir et à celle d’être avec l’autre.

C’est le mois de la femme : Quel est votre REGARD sur la femme du XXIe siècle ?

Plutôt mitigée cette position de femme. Ne devrions-nous pas parler des Amazones ? Ce que je vois est surtout cette fébrilité d’avoir envahi les bancs des universités, de s’être taillée une place dans pratiquement toutes les sphères de la société et pourtant d’être encore le sujet de groupes de féministes. Je compatis avec elle. Combien immenses, voire inhumaines, sont les tâches qu’elle s’est imposée pour revendiquer son statut d’égale à l’homme. Ce faisant, elle n’a fait qu’accumuler la lourdeur de sa vie car elle n’a pu évacuer son talent naturel maternel, fut-elle maman ou non, ses capacités d’empathie, d’organisatrice, de gestionnaire. Tout cela doublé d’une volonté farouche de se conformer aux standards physiques, de rester belle et désirable, séductrice… se laissant quand même, malgré tous ces talents, supplanter par certains mâles en quête de beauté juvénile, soucieux de ne pas vieillir aux côtés d’une femme de leur âge.

Je recommande la lecture « La gloire d’une femme » de Marianne Williamson. Un bijou que l’on ne trouve pratiquement plus en librairie. Je l’ai offert à bien des femmes.

 

***

 

 

[1] Rollo May, Le courage de créer, Marcel Broquet-la nouvelle édition, 2010

[2] Lire à ce sujet Le bonheur d’être soi… selon Sœur Angèle , Marcel Broquet-La nouvelle édition, 2014.

 

Visiter le Site de Rosette Pipar: http://www.rosettepipar.com

 

 

Publié dans Femmes Inspirantes

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Concertos

Publié le par Nathasha Pemba

Sur ma table de travail, il y a la liste de ce que je dois faire jusqu'en 2020, du point de vue de l'écriture. C'est ce qui est écrit... Pourtant, chaque jour, ça change. Je change l'ordre des priorités ET DES COULEURS. Je voudrais faire un clin d'oeil à cette amie qui m'a proposé d'écrire son histoire. C'est une histoire vraie. D'ailleurs, elle a pris le soin de me demander d'écrire ceci au début du livre: "Ceci est une histoire vraie. Tous les personnages que vous croiserez dans ce livre ont bel et bien vécu, respiré et marché. Cependant par respect pour certaines personnes, nous avons tout changé".

Tout avait commencé dans un ascenseur. C'était au mois de Juillet. Elle me l'avait dit en riant: "Si tu fais philosophie, tu devrais écrire mon histoire. À quoi sert la philosophie si ce n'est à penser ou à écrire. C'est vrai. Même quand on "pense" avoir épuisé la philo, la philo questionne toujours. D'ailleurs, peut-on épuiser la philo ? Mêmes les pères fondateurs ne l'ont pas épuisé. C'est pourquoi il y a des spécialisations en philo. Aucune science sur terre n'est épuisable puisqu'elle est évolue d'erreurs en découvertes. La philosophie est inaltérable.

Après plusieurs rencontres, entre rires et larmes, elle m'a demandé: "Vas-tu l'écrire mon histoire ?". Je lui ai dit que oui, et que ça prendra le temps que ça prendra. Il faut du travail, et là, je suis encore bien occupée en ce moment. Elle m'a dit: "C'est gentil... On n'est pas pressée". Alors que je réécoute nos entretiens, je me dis que l'ordre de priorité sur mon papier pourrait changer d'ici juillet 2017. D'ailleurs, j'ai déjà trouvé un titre provisoire: CONCERTOS. J'ai écrit quelques lignes et j'ai vite refermé parce que j'ai beaucoup de travail en ce moment. La littérature est un amour qui t'embarque au loin lorsque tu ne canalises pas tes élans. Je me rends compte qu'elle avait raison... On n'est pas pressée. Il nous faut encore lire et relire certaines philosophies pour pouvoir comprendre et mieux traduire cette histoire

Extrait de ce que j'ai déjà écrit:

"Quand j’ai rencontré Hestia, et après toutes ces années où elle a dû me supporter dans ce que je pouvais avoir de plus ombrageux, elle est restée là. Elle ne m’a jamais reproché mon attitude. Elle m’a comprise et m’a prise à la main. J’ai compris que dans la vie, rien n’est jamais enterré à l’avance. Il est toujours possible de rétablir l’équilibre, d’espérer sourire un jour, d’aimer autrement. On y met de la volonté, du désir, du cœur et de la persévérance. L’amour m’est apparu comme quelque chose de Transcendant, quelque chose qui pouvait donner une impulsion même à un mort. La fragilité y est, mais elle est transcendée par ce qu’il y a de puissant. Aimer change beaucoup de choses dans la vie. Il n’efface pas le souvenir, mais il oriente l’avenir. Lors de notre première rencontre, je n’ai pas voulu lui montrer que j’étais parfaite. Je préfère toujours être moi. Que les gens m’aiment comme je suis avec mon histoire. Elle aussi m’a fait comprendre que l’amour était meilleur lorsqu’il était imparfait. La perfection, chez nous, se vit dans l’instantané. Quand il faut manger, cuisiner, faire de la pâtisserie, s’aimer, on le fait bien et mieux. le rapport de ma misère à l’amour m’a sauvée des eaux".

 

À... dans plusieurs mois.

Heureux vendredi.... C'est le temps du Carême. N'oubliez pas de boire beaucoup de lait 

 

Nathasha Pemba

 

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Charline Effah: Le féminisme est un humanisme

Publié le par Nathasha Pemba

Écrivaine, Artiste, Entrepreneure, Éducatrice et Féministe, Charline Effah est titulaire d'un Doctorat en Littérature de l'Université Charles de Gaulle de Lille. Nous l'avons rencontrée dans le cadre du mois de la femme pour notre rubrique "Les femmes inspirantes".

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J’ai lu N’Être. Je vous ai aperçu quelques fois sur Facebook, assez discrètement, avec des photos de votre mère ou de deux petites filles (votre fille et votre nièce). Vous parlez aussi de votre grand-mère dans une interview. C’est donc par-là que je voudrais commencer notre causerie : La famille ?  Quelle place la famille occupe-t-elle dans votre vie ? Quelle idée vous faites-vous d’une famille normale ?  Quels souvenirs gardez-vous de votre famille ?

J’ai grandi au sein d’une grande famille dans laquelle plusieurs générations cohabitent depuis toujours.  J’ai eu la joie d’être élevée par ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. La population de ma famille est majoritairement féminine, ce qui fait que de façon naturelle, la femme est une figure imposante et un tantinet autoritaire. Et les hommes (c’est assez drôle) se sont presque éclipsés pour laisser la scène et même une grande  partie du pouvoir aux femmes de ma famille. Ils se sont mis en retrait sans s’exclure de la gestion des choses familiales. Bien que leur implication soit plus discrète, les hommes sont toujours sollicités pour les grandes questions, notamment pour trancher sur des sujets sérieux comme le mariage. Mes souvenirs sont ceux d’une famille heureuse, soudée, parfois traversée par des orages mais qui en ressortait plus forte et plus unie. Et pour moi, une famille normale c’est celle qui sait garder son socle malgré les différences et les individualités qui la composent.

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Si j’étais un homme, j’épouserais une femme Gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre

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Charline Effah, vous êtes Féministe, Écrivaine, Éducatrice, Entrepreneure, Mère de famille… Comment arrivez-vous à concilier tous ces costumes ?

Je ne me pose pas la question de la conciliation de tous ces costumes. Et d’ailleurs, je n’aime pas trop le terme de costume car il m’évoque l’image d’un comédien qui jouerait plusieurs rôles  sur une même scène. Ces attributs font partie de moi et c’est à travers eux que je trouve mon équilibre. Il ne s’agit pas de rôles que je joue. C’est tout simplement moi.

Quel est votre style Charline ? Femme talon aiguille, petite jupe ou femme ballerine jeans ou les deux… Ou un peu de tout ?

Je suis plutôt ballerine jeans.

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Quand l’art triche, il ne touche pas

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N’Être est un roman puissant. Il dit tout à fait le contraire de son format. Il me fait penser à ces livres de petit format qui, bien souvent ne le sont pas, parce que simplement grand par leur contenu. Je pense à L’Existentialisme est un humanisme de Sartre ou encore au Contrat social  de Rousseau. Ce sont des livres d’éternité. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a inspiré ce souffle de liberté existentielle que l’on rencontre entre les lignes de N’Être ?

J’ai une âme d’artiste. Je chante, j’écris, j’ai commencé récemment à prendre des cours de guitare. Et ma sensibilité artistique m’a enseigné une chose : quand l’art triche, il ne touche pas. Et pour moi, la meilleure façon d’être authentique en écrivant, c’est de prendre toujours un peu de moi pour parler des histoires de tout le monde. J’ai écouté ma musique intérieure pour écrire N’être. J’ai cherché la corde sensible dans ma vie personnelle qui serait un élément déclencheur autour duquel j’allais écrire le roman par la suite.

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Je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme

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Charline Effah, militante féministe… J’ai été un peu surprise de le lire l’autre jour sur votre page. Quelle est votre définition du féminisme ? Et qu’entendez-vous par féminisme militant ? Pour quoi militez-vous donc ? (Pour reprendre la question)

Le Larousse définit le Féminisme comme  un « mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

C’est une définition on ne peut plus claire et à laquelle j’adhère complètement. Les choses vues ainsi, je dirai que « Le féminisme est un humanisme »

Nous sommes nombreux, hommes et femmes, à nous insurger contre les violences faites aux femmes, contre les violations de leurs droits, contre les mariages précoces des jeunes filles… Rien que pour ça, si on part de la définition du Larousse, c’est que nous sommes tous féministes. Là où les choses se gâtent, c’est quand on oublie l’essence première d’une pensée et qu’on s’arrête sur les manifestations azimutées des brûleuses de soutiens-gorge ou des apologistes de la castration. Ce militantisme extrême fait que les vraies questions sont passées sous silence. Et moi, je milite pour l’accès à l’éducation des femmes qui, comme tout le monde le sait, est une arme.

 Votre rapport au masculin…

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai grandi dans une famille où les femmes ont toujours été en surnombre. Cela n’a pas influencé mon rapport au masculin, bien au contraire, car j’ai compris très jeune que tant que les rôles sont définis, il n’y a aucune raison que la cohabitation se passe mal. Je sais être à ma place de femme. Je ne revendique pas de porter la culotte, ça m’est égale.  J’exige juste le respect  de mes droits et de ma personne. Je pense que ce sont des aspirations universelles.

Vos compatriotes gabonais vous estiment beaucoup en tant qu’auteure et femme engagée. Que pensez-vous du statut de la femme en général et de la femme gabonaise en particulier ? Quel effet cela vous fait-il d’être reconnue et estimée par vos pairs ?

Si j’étais un homme, j’épouserais une femme gabonaise. C’est certain. La Gabonaise  me séduit car autant elle peut se montrer douce et docile, autant elle est foncièrement libre. Elle a vite acquis son indépendance financière et elle s’affirme sans tapages. Sa posture actuelle est à l’image de nombreuses femmes dans le monde même si dans plusieurs pays, il y a encore du travail à faire au niveau de l’accès à l’éducation pour les jeunes filles.

La famille littéraire gabonaise est assez soudée. C’est une chose que j’apprécie énormément et je pense que, vu la jeunesse de notre littérature, l’une de nos forces réside dans cette fraternité que nous avons intérêt à entretenir.

Je vous définis comme Entrepreneure, mais je vois en vous une éducatrice aussi. J’imagine que si le seul souci était le lucre, vous auriez pu vous lancer dans autre chose, comme ouvrir une boutique par exemple. Cependant vous avez choisi d’œuvrer dans le domaine éducatif et social, d’aider en quelque sorte les jeunes mais aussi les femmes plus âgées à donner un sens à leur vie.

C’est joliment me définir en me voyant comme une éducatrice. J’ai travaillé dans un Institut de formation qui accueillait majoritairement des femmes issues de l’immigration. Vous savez, sur les terres hexagonales, il y a comme un parcours professionnel de l’immigré qui est tout tracé. On sait dans quels genres de métiers on veut retrouver les mêmes personnes sans se demander si elles ont des rêves, sans écouter leurs histoires personnelles.

Quand avez-vous ressenti le besoin de rajouter cette corde à votre arc ?

Je me souviens d’une femme d’origine algérienne qui était Kinésithérapeute dans son pays et, en arrivant en France, elle a multiplié les petits boulots pour vivre pendant des années. Elle était touchée dans son amour-propre, elle a pleuré devant moi, elle m’a dit : Charline, j’avais un cabinet de Kinésithérapeute à Alger. J’avais des salariés, deux associés et je gagnais bien ma vie. Aujourd’hui, je suis réduite à faire du baby-sitting. J’aimerais faire autre chose car j’ai honte de ce que je suis devenue ». Elle m’a demandé de l’aider à sortir de cette situation professionnelle peu épanouissante pour elle. D’autres témoignages de ce genre se sont ajoutés. Entre temps, j’ai démissionné de l’Institut de formation en question, car je voulais me consacrer à l’écriture de mon prochain roman. Mais cette femme m’a recontactée pour me demander si j’étais prête à l’accompagner dans son projet d’évolution professionnelle. J'ai, bien entendu, accepté de la revoir et ensemble nous avons travaillé pour la validation de ses acquis. Et comme les résultats étaient positifs et motivants pour elle, elle en a parlé à deux autres de ses amies, qui ensuite en ont parlé à d’autres. Je suis passée de cinq à deux cents demandes.

Pouvez-vous nous parler de l’Institut Diadème ? De ce qu’on y réalise ? De vos joies, de votre manière, à vous, de mettre en confiance les personnes qui viennent vous rencontrer…

Face à cette floraison de demandes, il était donc urgent que je donne un cadre légal à cette activité. J’ai donc créé l’institut Diadème. Pour mettre ces personnes en confiance, je vais comprendre leur histoire personnelle, leur parcours et surtout leurs rêves et ambitions. Je leur explique ce qui est réalisable à moyen et à long terme.  Ce qu’il faut, c’est être honnête, ne pas leur vendre des chimères, car certaines sont déjà assez désillusionnées. Il ne faut pas non plus les mettre dans des cases.

La vision de l’Institut... (Dans l’espace et dans le temps).

La vision de l’institut Diadème est de les accompagner sur plusieurs années de sorte de travailler par étape leurs projets.

***

Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

***

Dans le contexte de votre engagement, peut-on parler d’entreprenariat social ?

Je pense que oui.

Dans sa note sur votre roman, Alain Mabanckou a parlé de Mariama Bâ. Je n’ai pas encore lu toutes vos œuvres, mais je ne douterais point de la virilité féminine visible et tantôt invisible qu’il y a en vous. Alors, quelles sont les cinq femmes qui vous ont le plus influencée, en dehors des membres de votre famille ? En quoi vous ont-elles influencée ?

Elles sont nombreuses les femmes qui m’ont influencée et les femmes qui m’influencent encore. Mais dans un cadre strictement littéraire, il y a Ananda Devi que je recommande à toute jeune femme écrivaine de lire au même titre que Mariama Bâ, car ce serait vraiment passer à côté d’un monument littéraire. Ananda Devi est de ces auteurs qui ont un univers.  Calixthe Beyala. Elle a un style vif, vivant, saisissant en parfait accord avec sa personnalité. Honorine NGou, écrivaine gabonaise. Elle a été mon enseignante à la Faculté des Lettres modernes de Libreville. Elle écrit de bons textes. Même si elle n’est pas très connue en France, au Gabon elle jouit d’une estime et d’une notoriété indéniables.

Où situez-vous votre féminité ? Qu’entendez-vous par féministe assumée?

Féministe assumée, car à l’heure des débordements et des polémiques autour de cette question, quelques voix se taisent, de peur d’être taxée de "tête en l’air" de "femme frustrée" et de bien d’autres attributs qui dévoilent les interférences au sein de la cause féministe.

Aujourd’hui, pour demain, que vous suggère votre engagement féministe ?

J’espère avoir assez d’énergie et de temps pour monter une association qui aiderait à favoriser la scolarisation des jeunes filles en Afrique.

Pour le mot de la fin, je vous suggère de dire en quelques mots à nos lectrices et lecteurs, le lien que vous faites entre féminisme et liberté : Jusqu’où le féminisme ?

Féminisme et liberté pour évoquer le combat des suffragettes qui obtinrent le droit de vote pour les femmes en 1918. Féminisme et liberté pour évoquer qu’il y a seulement cinquante ans que les femmes eurent l’autorisation de travailler sans accord de leurs maris.  Féminisme et liberté pour dire que le monde n’est pas juste. Les rapports entre hommes et femmes ont souvent souffert de cette injustice et la liberté est une aspiration inhérente à tout être humain. Il ne faut pas avoir honte de revendiquer ses droits. Il faut juste veiller que ces revendications soient intelligentes pour qu’elles soient mieux comprises.

 

Charline Effah et Nathasha Pemba

 

Institut Diadème:  http://www.institutdiademe.com/

Publié dans Femmes Inspirantes

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